‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 58 sur 131 · Ibid., ch. xxn, terc · texte numérisé non relu

Ibid., ch. xxn, terc

3 Ibid., ch. xxiii , terc. 4-8.

cxii INTRODUCTION.

Reconnu de Forese , un de ses amis mort depuis peu , Dante le reconnaît à son tour, malgré son visage défait, et sans cesser d'aller, ils s'entretiennent ensemble : Forese lui nomme plusieurs ombres. L'une d'elles est Buonagiunta, un des rénovateurs de la poésie vulgaire , effacé bientôt par des poètes plus récents , parmi lesquels il désigne Dante lui-même. Il veut savoir pourquoi ni lui ni Guittone n atteignirent j amais ce doux style nouveau. Dante lui en explique la cause : substituant la recherche de l'esprit aux émotions du cœur, ils manquèrent de naturel et de vérité.

« — Qui outre-passe pour plaire davantage, répond Buonagiunta, « plus ne reconnaît la différence de l'un à l'autre style. — Et, sem- « blant satisfait , il se tut ' . »

Notre dessein, en rappelant cet épisode, singulier peut-être en un tel lieu , est de montrer combien Dante a su répandre de variété dans son poëme , qui embrasse toutes les connaissances , toutes les idées du siècle où il vécut , depuis les théories philosophiques et scientifiques , jusqu'aux principes de l'art et aux préceptes du goût.

Après cette digression vient une scène de tendresse entre les deux amis , pleins , là encore, du vif souvenir de la patrie, et attristés des maux qui la menacent. Forese en accuse surtout le chef des Noirs, Corso Donati, qui, plus tard, fuyant là fureur du peuple, tomba de cheval et périt, traîné par l'animal fougueux.

Cette mort future, prédite en a région des ombres, a, dans la peinture qu'en fait le Poëte, quelque chose du rêve, et n'en est que plus terrible. On est à la fois sur la terre, en enfer; on voit passer comme deux fantômes la cavale et celui qu'elle traîne , on entend le galop précipité de la bête, qui va toujours, toujours plus vite, emportant le damné vers la vallée où ne s'efface nulle coulpe. Là reste le corps hideusement broyé, et l'âme s'abîme dans le gouffre éternel.

« Comme les oiseaux qui hivernent vers le Nil, quelquefois se « rassemblent en troupe , puis volent avec plus de hâte à la suite « l'un de l'autre ;

« Ainsi toute la gent qui était là, se tournant, hâta le pas, légère « par maigreur et par vouloir.

« Et , comme celui qui est las de courir laisse aller ses compa-

Page 1