‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 6 sur 131 · Francesco da Buti, Mem. délia vita di Dante · texte numérisé non relu

Francesco da Buti, Mem. délia vita di Dante

xvi INTRODUCTION.

Blancs. Ils allèrent en armes trouver les Prieurs', et accusèrent leurs adversaires de conspirer contre la liberté publique. Cependant les Noirs s'étant armés de leur côté, toute la ville fut en commotion, et un conflit devint imminent.

En ces graves circonstances, délibérant avec ses collègues sur le parti à prendre. Dante leur conseilla d'exiler les chefs des deux factions. Ne voyant, en effet, aucun autre moyen de prévenir des maux effroyables, les Prieurs se rangèrent à cet avis. Les Noirs furent bannis au delà de la Piave, près de Pérouse. et les Blancs à Sarzana. Mais les Blancs ayant obtenu quelque temps après la permission de rentrer dans Florence, les Noirs, qui attribuèrent cette faveur à Dante, le taxèrent de partialité. Les haines se rallumèrent, et la ville fut plus que jamais en proie à la discorde.

Cependant le pape Boniface, craignant que les Blancs, qui comptaient parmi eux beaucoup de Gibelins, ne prévalussent, et que les Noirs, presque tous Guelfes, ne fussent exclus du gouvernement, pressa Charles de Valois de marcher sur Florence. Il y entra avec son armée; mais, au lieu de pacifier les dissensions et de réconcilier les partis, il prit possession de la ville pour son propre compte. Les Blancs furent désarmés, et les Noirs rappelés. Ils revinrent en triomphateurs, ouvrirent les prisons . et saccagèrent les maisons <de leurs adversaires.

Dante, alors en mission près du pape, pour solliciter son intervention amiable, était le principal objet de leur rage. Une proclamation, publiée le 27 janvier 1302. le condamna à une amende de huit mille livres et à un exil de deux ans, et, à défaut de paiement de l'amende, à la confiscation de ses biens, lesquels furent saisis. Là ne s'arrêta point la persécution. Au mois de mars de l'année suivante, un décret le condamna, ainsi que quinze autres Florentins. à être brûlé vif2.

En apprenant le triomphe de ses ennemis à Florence. Dante quitta Rome immédiatement, irrité contre le pape qu'il soupçonnait de l'avoir retenu par de fausses promesses sur les bords du Tibre, tandis qu'il concertait sa ruine sur les bords de l'Àrno. Il se rendit d'abord à Sienne, d'où pleinement instruit des malheurs qui le

1. Il y en avait six. C'étaient les magistrats suprêmes de la république.

2. Tirahoschi, Stor. délia Letter. ital., t. v, p. 418, donne le texte de la sentence, écrite en latin.

INTRODUCTION, xvn

frappaient, il alla rejoindre à Àrezzo les autres exilés, dont le chef, Bossone da Gubbio. Faccueillit avec une grande joie.

Plus tard, les Blancs tentèrent de rentrer de vive force dans Florence : ils s'emparèrent même d'une des portes, mais ils furent linalement repoussés. On a dit que Dante faisait partie de cette expédition ; il parait, au contraire, l'avoir désapprouvée1, et qu'< lie fut l'une des causes qui le brouillèrent avec ses compagnons d'exil.

«Rappelé à Florence, mais sous des conditions humiliantes, il refusa d'y rentrer2. » Sa vie ne fut désormais qu'une suite de courses ermntes. Le pauvre banni s'en allait là où le conduisaient les circonstances, le besoin qui le pressait, l'inquiétude de son esprit, l'incurable tristesse de son àme. En 1306, on le voit à Padoue chez les marquis Malaspina, puis avec son ami Bo.-s ne da Gubbio, ensuite à Vérone, près des Scabgicri. De là , reprenant son pèlerinage , il parcourt une partie de l'Italie, passe les Alpes, et vient à Paris cherc! er dans l'étude un aliment à sa pensée avide de savoir, et une distraction à "ses amers ennuis. « C'était, dit M. Villemain 5, d'après Boccace, « vers 1304; beaucoup de monde, clercs et laïques, étaient accou- « rus dans la grande salle de l'université pour entendre une thèse « qui devait être soutenue de quo libet, « sur tout ce qu'on vou- « (Ira. » Le tenant était un étranger, jeune encore, d'une physio- « nomie haute et grave; il y avait quatorze champions attaquants : a chacun présentait sa question (t sa difficulté avec tous les argu- « ments que la science du temps pouvait fournir. Lorsque ces quatorze « chevaliers scolastiques eurent passé, le tenant reproduisit luia môme toutes les questions; puis il les reprit, et avec une infinie « variété d'arguments, terrassa chacun de ses quatorze adversaires.»

Il ne laissait pas, durant ces pérégrinations, de continuer son poëme, commencé avant son exil, sans qu'on sache à quelle date précise, et terminé pendant le séjour de l'empereur Henri VII en Italie. Dante et les autres proscrits avaient espéré qu'il leur rouvrirait les portes de Florence. Il marcha en effet sur cette ville; mais, daignant, à ce qu'il parait, d'échouer dans cette attaque, il tourna tout à coup vers le royaume de Naples, et bientôt après mourut, em-

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