‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 64 sur 131 · SUITE · texte numérisé non relu

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... Le Poëte croit distinguer, dans l'espace . au loin, sept arbres d'or, mais il constate que ce sont sept candélabres, à ce point resplendissants qu'ils semblent autant de lunes. Des personnages vêtus de blanc, sept arcs-en-ciel tracés sur l'azur, vingtquatre vieillards du plus noble aspect, couronnés de fleurs de lis. quatre animaux mystiques décorés de feuillages verts et dont chacun a six ailes couvertes d'yeux (symbole pour l'explication duquel Dante renvoie au livre d'Ezéchiel) escortent un char triomphal traîné par un griffon, à la fois oiseau et quadrupède. Le char de Phœbus est éclipsé par les splendeurs de celui-ci. Trois femmes dansent à sa droite, quatre s'ébattent à gauche :

« Trois clames venaient dansant en rond du côté de la roue « droite; l'une si rouge, que dans le feu à peine la discernerait-on.

« L'autre, comme si les chairs et les os eussent été d'émeraude : « la troisième, semblable à la neige qui vient de tomber1. »

« A gauche, quatre autres , vêtues de pourpre . menaieut leur

INTRODUCTION. cxix

« danse à la suite de l'une d'elles, qui à la tète avait trois yeux.»

Suivent deux vénérables vieillards dont l'un porte une épée, puis quatre personnages d'humble apparence; puis un vieillard seul (•saint Jean) plongé dans un sommeil extatique1.

Au sein d'un chœur éclatant, entonné par cent messagers d'amour qui chantent, en jonchant le sol de fleurs, leur hymne de joie, et parmi la pompe de ce magnifique cortège apparaît enfin Béatrix appelée à guider le Poé'te, du Paradis terrestre, qu'il vient de dépeindre, au véritable Paradis, ciel des deux, empyrée divin.

On a reconnu, sous ce langage figuré, le tableau tracé par Dante, de l'Église et de ses formes essentielles. On a vu qu'il puisait à pleines mains dans les Révélations de saint Jean. Les sept candélabres représentent , ou les sept églises d'Asie, où les sept grâces de l'Esprit saint. Les vingt-quatre vieillards sont les vingt-quatre livres de l'Ancien Testament ; on suppose que le char est le trône de saint Pierre: les quatre animaux mystiques symbolisent les quatre évangélistes. La double nature du griffon est une allusion à la double nature de l'Homme-Dieu, qui sauva le monde. Les trois nymphes de droite sont les vertus théologales; les quatre de gauche, les vertus cardinales, marchant sous la direction de la Prudence. Suivent saint Luc et saint Paul, l'un sous le costume de médecin, l'autre armé d'une épée, pour montrer que la Clémence et la Justice doivent servir d'étais au trône de saint Pierre, comme au trône de Dieu lui-même. Enfin viennent les grands docteurs de l'Église précédant Béatrix — ou la Théologie.

Cette dernière apparition, et l'élan passionné que Dante ressent devant elle, les souvenirs de jeunesse que fait refleurir en lui l'aspect de cette forme adorée, constituent un des plus beaux fragments de tout le poëme.

« J'ai vu au point du jour l'orient tout rose, et le reste du ciel « orné d'une douce sérénité,

« Et le soleil naître voilé d'ombres , de sorte que l'œil pouvait « longtemps en soutenir l'éclat tempéré par les vapeurs;

« Ainsi dans une nuée de fleurs qui s'épanchaient des mains « angéliques et retombaient en bas, dedans et dehors,

« Sous un voile blanc, couronnée d'olivier, m'apparait une dame « revêtue d'un vert manteau et d'une robe couleur de flamme vive.

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