partie du roc qui surplombe exactement le milieu de la fosse
0 suprême Sagesse, combien grand est Fart que tu montres au ciel , sur la terre et dans le monde mauvais, et combien sont justes les dispensa tions de ta puissance !
Je vis , sur les côtés et au fond , la pierre livide pleine de trous d'une égale largeur, et chacun était rond.
232 CANTO DECIMONONO.
6 Non mi parén meno ampi ne maggiori, Ghe quei che son nel mio bel San Giovanni Fatti per luogo de' battezzatori ;
7 JL,' un degli quali, ancor non è molt'anni, Rupp'io per un che dentro v'annegava :
E questo sia suggel ch'ogni uomo sganni.
8 Fuor délia bocca a ciascun soperchiava D' un peccator li piedi , e délie gambe Infino al grosso, e l'altro dentro stava.
9 Le piante erano a tutti accese intrambe ; Per che si forte guizzavan le giunte, Che spezzate averian ritorte e strambe.
10 Quai suole il fiammeggiar delte cose unte Muoversi pur su per Testrema buccia ; Tal era li cla' calcagni aile punte.
11 Chi è colui , Maestro , che si cruccia , Guizzando più che gii altri suoi consorti , Diss'io, e cui più rossa fiamma succia?
12 Ed egli a me : Se tu voi ch'io ti porti Laggiù per quella ripa che più giace, Da lui saprai di se e de1 suoi torti.
13 Ed io : Tanto m' è bel , quanto a te piace : Tu se'signore, e sai ch'io non mi part© Dal tuo volere, e sai quel che si tace.
CHANT DIX-NEUYIÈME. 233
Ils ne me semblaient ni plus ni moins amples que, dans mon beau Saint- Jean, ceux qu'on a creusés pour les baptisants3,
L'un desquels je brisai, il y a peu d'années, pour sauver un enfant qui se noyait : et que, par ce témoignage, tout homme soit détrompé 4.
De la bouche de chacun sortaient d'un pécheur les pieds et les jambes jusqu'au mollet, et le reste était dedans.
Tous avaient les plantes des pieds embrasées; par quoi si fortement se contractaient les jointures, qu'elles auraient rompu cordes et liens.
Tel à la surface des choses ointes est le mouvement de la flamme; tel était -il là, des talons jusqu'au bout des doigts.
— Maître, clis-je, quel est celui qui, dans son angoisse, frétille plus que ses compagnons, et que suce une flamme plus rouge?
Et lui à moi : — Si tu veux qu'en bas je te porte par cette rive d'au-dessous , tu sauras de lui-même qui il est , et quelles furent ses fautes.
Et moi : — M'est bon tout ce qui te plaît; tu es mon Seigneur, et sais qu'en rien je ne m'écarte de ton vouloir, toi qui connais même ce qu'on tait.
234 CANTO DECIMONONO.
14 Allor venimmo in su l' argine quarto ; Volgemmo, e discendemmo a mano stanca Laggiù nel fondo foracchiato e arto.
15 E'1 buon Maestro ancor dalla sua anca Non mi dipose, sin mi giunse al rotto. Di quei che si pingeva con la zanca.
16 0 quai che se', che'l di su tien di sotto, Anima trista , corne pal commessa , Comincia' io a dir, se puoi , fa motto.
17 Io stava come'l frate che confessa
Lo perfido assassin , che poi ch' è fitto , Richiama lui, per che la morte cessa.
18 Ed ei gridô : Se' tu già costi ritto , Se' tu già costi ritto , Bonifazio ?
Di parecchi anni mi menti lo scritto.
19 Se' tu si tosto di quell'aver sazio,
Per lo quai non temesti torre a inganno La bella Donna, e di poi farne strazio?
20 Tal mi fec'io, quai son color che stanno, Per non intender cio ch' è lor risposto , Quasi scornati, e risponder non sanno.
21 Allor Virgilio disse : Dilli tosto,
Non son colui, non son colui che credi : Ecl io risposi corne a me fu imposto.
CHANT DIX-NEUYIEME. 235
Alors nous vînmes sur le quatrième rempart5, et, tournant, nous descendîmes, à main gauche, dans le fond étroit et percé de trous.
Et le bon Maître ne me déposa point de sa hanche, qu'il ne m'eût porté jusqu'à celui qui tant se lamentait avec les jambes :
— 0 toi qui, planté comme un pin, as en dessus ce qui devrait être en dessous, qui que tu sois, âme triste, commençai- je à dire, parle, si tu le peux.
Je me tenais comme le frère qui confesse le perfide assassin, et que , déjà dans la fosse , celui-ci rappelle pour retarder la mort 6.
Et lui cria : « Es -tu là debout déjà, là debout es- tu déjà, Boniface 7? L'écrit m'a menti de plusieurs années 8 ?
« Es-tu si tôt rassasié de ces richesses, à l'aide desquelles tu n'as pas craint de t' emparer frauduleusement de la belle Dame9, que tu as ensuite saccagée? »
Tel que ceux qui , ne comprenant point ce qu'on leur dit, demeurent comme moqués, et ne savent que répondre, tel fus- je.
Lors Virgile : — Dis-lui vite : « Je ne suis pas celui, je ne suis pas celui que tu crois ! » Et je répondis comme il m'était prescrit.
236 GANTO DECIMONONO.
22 Per che lo spirto tutti storse i piedi : Poi sospirando, e con voce di pianto, Mi disse : Dunque che a me richiedi?
23 Se di saper chi io sia ti cal cotanto, Che tu abbi perô la ripa scorsa , Sappi ch'io fui vestito del gran manto :
24 E veraraente fui figliuol dell' orsa , Cupido si per avanzar gli orsatti,
Che su F avère , e qui me misi in borsa.
25 Di sotto al capo mio son gli altri tratti Che precedetter me simoneggiando , Per la fessura délia pietra piatti.
26 Laggiù caschero io altresi, quando Verra colui ch'io credea che tu fossi, Allor ch'io feci il subito dimando.
27 Ma più è'1 tempo già che i piè mi cossi, E ch'io son stato cosi sottosopra,
Ch' ei non starà piantato e coi piè rossi :
28 Chè dopo lui verra di più laid' opra Di ver ponente un pastor senza legge, Tal che convien che lui e me ricopra.
29 Nuevo Iason sarà, di cui si legge Ne' Maccabei : e corn' a quel fu molle Suo re, cosi fia a lui chi Francia regge.
Sur quoi le damné tordit les pieds; puis, soupirant et d'une voix plaintive, me dit : « Que demandes-tu donc ?
« Si de savoir qui je suis tu as tant de souci , que tu aies pour cela parcouru ces rives , sache que je fus revêtu du grand manteau 10.
« Je fus vraiment fils de l'Ourse11, et si avide que, pour enrichir les oursons, je mis là- haut l'or, et ici moi-même dans la bourse.
« Tirés par la fente de la pierre, sous ma tête sont couchés les simoniaques qui me précédèrent.
« Là aussi je tomberai, quand viendra celui que je croyais être, lorsque je fis la soudaine demande.
« Mais plus de temps il y a déjà que mes pieds brûlent et que j'ai été ainsi renversé , qu'il ne le sera luimême , et que ses pieds ne brûleront :
« Car, souillé de plus laides œuvres, après lui viendra du Couchant un pasteur sans loi 12, tel que lui et moi il convient qu'il recouvre.
« Il sera un nouveau Jason duquel parlent les Macchabées, et comme à celui-là flexible fut son roi , à celui-ci le sera le roi qui régit la France 13. »
238 CANTO DECIMONONO.
30 lo non so s'-f mi fui qui troppo folle , Ch' io pur risposi lui a questo métro : Deb or mi di , quanto tesoro voile
31 Nostro Signore in prima da San Pietro , Che ponesse le chiavi in sua balia?
Gerto non chiese se non : Yiemmi dietro.
52 Ne Pier ne gli altri chiesero a Mattia Oro o argento, quando fu sortito Nel luogo che perde Y anima ria.
33 Perô ti sta, cbè tu se' ben punit© ; E guarda ben la mal tolta moneta, Ch'esser ti fece contra Carlo ardito.
u E-se non fosse ch'ancor lo mi vieta La reverenza délie somme chiavi, Che tu tenesti nella vita lieta ,
35 1' userei parole ancor più gravi :
Chè la vostra avarizia il mondo attrista, Calcando i buoni e sollevando i pravi.
36 Di voi, Pastor, s'accorse il Vangelista, Quando colei, che siede sovra l'acque, Puttaneggiar co' régi a lui fu vista :
37 Quella che con le sette teste nacque , E dalle diece corna ebbe argomento.
Fin che virtute al suo marito piacque.
Je ne sais si je fus bien sensé, lui répondant en cette sorte : — Hé ! dis- moi quel trésor
Notre Seigneur exigea de saint Pierre, avant de remettre les clefs en son pouvoir? Certes, pour toute demande il lui dit : « Suis -moi. »
Ni Pierre ni les autres n'exigèrent de Mathias de l'or ou de l'argent, quand par le sort il fut élu à l'office que perdit l'âme criminelle 14.
Reste donc là , car justement es- tu puni, et garde bien les deniers mal perçus, qui contre Charles te rendirent hardi15.
Et n'était que, môme ici, me le défend le respect pour les clefs souveraines que tu tins pendant la douce vie ,
J'userais de paroles encore plus rudes : car votre avarice attriste le monde, foulant aux pieds les bons, et élevant les mauvais.
Ce fut vous, Pasteurs, qu'eut sous les yeux l'Évangéliste, quand avec les rois il vit forniquer celle qui est assise sur les eaux16,
Celle qui naquit avec les sept têtes et eut les dix cornes pour signe17, tant que la vertu plut à son époux 18.
40 GANTO DEÇIMONONO.
38 Fatto v' avëte Dio d'oro e d' argento : E che altro è da voi ail' idolâtre,
Se non ch'egli uno, e voi n'orate cento?
39 Ahi, Costantin, di quanto mal fa matre, Non la tua conversion, ma quella dote Che da te prese il primo ricco pâtre !
40 E mentre io gli cantava cotai note, O ira o coscienza che'l mordesse, Forte spingava con ambo le piote.
credo ben ch'al mio Duca piacesse, Con si contenta labbia sempre attese Lo suon délie parole vere espresse.
42 Perô con ambo le braccia mi prese , E poi che tutto su mi s'ebbe al petto , Rimontô per la via onde discese;
43 Ne si stancô d' avermi a se ristretto , Si mi porto sovra'l colmo dell'arco,
Che dal quarto al quint' argine è tragetto.
u Quivi soavemente spose il carco Soave , per lo scoglio sconcio ed erto , Che sarebbe aile câpre duro varco.
Indi un altro vallon mi fu scoverto.
CHANT DIX-NEUVIÈME. 24f
Vous vous êtes fait un Dieu d'or et d'argent; et, entre vous et l'idolâtre, quelle différence, sinon qu'il en prie un, et vous cent?
Ah! Constantin, de combien de maux fut mère, non ta conversion, mais cette dot que reçut de toi le premier Père19 enrichi.
Et pendant qu'à lui je chantais de telles notes, soit colère, soit conscience qui le mordît, il remuait fortement les deux pieds.
Je crois que cela plaisait à mon Guide, tant, d'un visage content, il écoutait les paroles empreintes de vérité.
Cependant il me prit avec les deux bras, et quand je fus sur sa poitrine , il remonta par où il était descendu ,
Et ne se fatigua point de me tenir serré contre soi , mais il me porta sur le sommet de l'arche qui forme le trajet du quatrième au cinquième rempart.
Là doucement il posa la douce charge sur le rocher âpre et abrupt, qui serait aux chèvres un dur passage.
De là je découvris un autre bastion.
CANTO VENTESIMO
1 Di nuova pena mi convien far versi , E dar materia al ventesimo canto Délia prima canzon , ch' è de' sommersL
2 Io era già dispoto tutto quanto
A risguardar nello scoverto fondo , Che si bagnava d'angoscioso pianto :
3 E vicli gente per lo vallon tondo Venir, tacendo e lagrimando, al passo Che fanno le letane in questo mondo.
à Corne '1 viso mi scese in lor più basso , Mirabilmente apparve esser travolto Ciascun dal mento al principio del casso
5 Chè dalle reni era tornato il volto, E indietro venir gli convenia , Perché '1 veder dinanzi era lor tolto.
Il convient que mes vers racontent un nouveau supplice , et qu'il soit le sujet du vingtième chant de la première Cantique consacrée aux submergés.
J'étais déjà tout disposé pour regarder le fond, maintenant à découvert, que baignaient des pleurs d'angoisse,
Quand, par la ronde enceinte, des gens1 je vis venir en silence et versant des larmes , du même pas que les processions en ce monde.
Lorsque plus bas sur eux ma vue descendit, chacun d'eux me parut étrangement transposé du menton au commencement du buste.
Ayant le visage tourné vers les reins , il leur fallait aller en arrière, parce qu'ils ne pouvaient voir par devant.
244 GANTO VENTESIMO.
6 Forse per forza già di paiiasia Si travolse cosi alcun ciel tutto; Ma io nol vidi , ne credo che sia.
7 Se Dio ti lasci, lettor, prender frutto Di tua lezione, or pensa per te stesso, Corn' io potea tener lo viso asciutto,
8 Quando la nostra imagine da presso Vidi si torta , che'l pianto degli occhi Le natiche bagnava per lo fesso.
9 Certo io piangea, poggiato ad un de'rocchi Del duro scoglio , si che la mia Scorta
Mi disse : Ancor se' tu degli al tri sciocchi?
10 Qui vive la pietà quando è ben morta. Chi è più scelerato di colui
Ch' al giudicio divin passion porta ?
11 Drizza la testa, drizza, e vedi a cui S'aperse, agli occhi de' Teban, la terra, Per che gridavan tutti : Dove rui,
12 Anfiarao? perché lasci la gnerra?
E non restô di ruinare a valle
Fino a Minôs , che ciascheduno afferra.
13 Mira , c' ha fatto petto délie spalle : Perché voile veder troppo davante , Dirietro guarda, e fa ritroso calle.
Peut-être en est -il que la force de la paralysie ait ainsi totalement retournés ; mais je n'en ai point vu, et je ne crois pas qu'il y en ait.
Si Dieu permet, Lecteur, que de cette lecture tu retires du fruit, pense toi-même si, d'un œil sec,
Je pus voir de près notre image tellement déformée, que, des yeux coulant le long du dos, les pleurs baignaient la croupe.
Certes, appuyé contre un fragment du dur rocher, tant je pleurais, que mon Guide me dit : — Es- tu, toi, aussi, comme les autres insensés?
Ici vit la pitié, lorsque bien elle est morte2. Qui plus coupable est que celui qu'émeut de compassion le jugement divin?
Dresse, dresse la tête, et vois celui pour qui s'ouvrit la terre aux yeux des Thébains , de sorte que tous criaient : « Où vas-tu, Amphiaraùs?
« Pourquoi laisses-tu la guerre? » Et, de ruine en ruine, sans s'arrêter, il tomba jusqu'à Minos, qui se saisit de tous.
Vois comme son dos est devenu sa poitrine : parce que trop avant il voulut voir, il regarde en arrière et marche à reculons.
246 GANTO VENTESIMO.
14 Yedi Tiresia, che mutô semblante, Quando di maschio femmina divenne , Cangiandosi le membra tutta quante ;
15 E prima poi ribatter le convenne Li duo serpenti avvolti colla verga , Che riavesse le maschili penne.
16 Aronta è quei ch' al ventre gli s' atterga , Che nei raonti di Luni , dove ronca
Lo Carrarese che cli sotto alberga ,
17 Ebbe tra blanchi marmi la spelonca
Per sua dimora; onde a guardar le stelle E '1 mar non gli era la veduta tronca.
18 E quella che ricopre le mammelle, Ghe tu non vedi , con le trecce sciolte , E ha di là ogni pilosa pelle ,
19 Manto fu , che cercô per terre moite ; Poscia si pose là dove nacqu' io :
Onde un poco mi piace che m'ascolte.
20 Posciachè i1 padre suo di vita uscio, E venne serva la città di Baco, Questa gran tempo per lo mondo gîo-
21 Suso in Italia bella giace un laco Appiè cleir alpe , che serra Lamagna So\ra Tiralli ? ed ha nome Benaco.
Vois Tirésias4, qui changea de semblance, lorsque, ses membres se transformant , d'Homme il devint femme.
Et il lui fallut, de nouveau, frapper de sa verge les deux serpents entrelacés, avant de recouvrer les plumes de mâle.
Celui qui s'adosse à son ventre5 est Arons6, lequel, dans les monts de Luni, où sarcle le Carrarois qui habite au-dessous,
Eut pour demeure la grotte creusée dans les blancs marbres, d'où, sans que rien lui coupât la vue, il pouvait observer les étoiles et la mer.
Et celle-là qui, de ses tresses dénouées, recouvre son sein que tu ne vois pas, et qui, au-dessous, a toute la peau velue ,
Fut Manto 7, qui erra par beaucoup de pays , puis s'arrêta là où je naquis : ce pourquoi il me plaît que tu m' écoutes un peu. %
Après que son père eut quitté la vie, et que serve fut devenue la cité de Bacchus8, elle s'en alla longtemps par le monde.
Là-haut, clans la belle Italie , s'étend, au pied des Alpes, un lac qui borne l'Allemagne, au-dessus du Tyrol, et a nom Benaco.
«248 CA.NTO VENTESLUO.
22 Per mille fonti , credo, e più, si bagua. Tra Garda e Val Camonica, Pennino Dell'acqua che nel deito lago stagna.
23 Luogo è nel mezzo là dove'l Trentino Pastore, e quel di Brescia, e'1 Veronese Segnar potria , se fesse quel cammino.
24 Siede Peschiera , bello e forte arnese
Da fronteggiar Bresciani e Bergamaschi, Ove la riva intorno più discese.
25 Ivi con vien che tutto quanto caschi
Ciô che in grembo a Benaco star non puô, E fassi fiume giù pei verdi paschi.
26 Tosto che Tacqua a correr mette co , Non più Benaco, ma Mincid si chiama Fiiio a Governo, dove cade in Po.
27 Non molto ha corso, che trova una lama, Nella quai si distende e la'mpaluda,
E sufil di state talora esser grama.
28 Quindi passando la vergine cruda Vide terra nel mezzo del pantano, Senza coltura, e d'abitanti nuda.
29 Là, per fuggire ogni consorzio umano , Bistette coi suoi servi a far sue arti ,
E visse, e vi lasciô suo corpo vano.
Par mille sources et plus, je crois, est baigné le pays entre Garda et Val Camonica, et l'Apennin -, des eaux qui dorment dans ce lac.
Là , au milieu 9, est un endroit où le pasteur de Trente, et celui de Brescia, et celui de Vérone, pourraient bénir 10, s'ils suivaient ce chemin.
Peschiera, beau et fort rempart pour faire face aux Brescians et aux Bergamasques, est sise au lieu où autour la rive descend le plus.
Là , il faut que tout ce que le Benaco ne peut contenir prenne son cours à travers les vertes prairies.
Dès que l'eau commence à couler, non plus Benaco, mais Mincio elle s'appelle, jusqu'à Governo, où elle tombe dans le Pô.
Elle n'a encore que peu couru, lorsqu'elle trouve une plaine basse où elle s'épand , et dont elle fait un marécage, et alors en été elle devient dangereuse11.
Par ces lieux passant , la vierge sauvage 12 vit , au milieu de la bourbe, un endroit sans culture et nu d'habitants.
Là, fuyant tout commerce humain, elle s'arrêta avec ses serviteurs, pour exercer son art, et y vécut, et y laissa son corps inanimé.
250 CANTO VENTESIMO.
30 Gli uomini poi , che intorno erano sparti , S' accolsero a quel luogo , ch' era forte Per lo pantan ch' avea da tutte parti :
31 Fer la città sovra quell' ossa morte ;
E per colei, che il luogo prima elesse, Mantova Y appellar senz' aitra sorte.
32 Già fur le genti sue dentro più spesse, Prima che la mattia di Casai odi
Da Pinamonte inganno ricevesse.
33 Pero t'assenno che, se tu mai odi Originar la mia terra altrimenti , La verità nulla menzogna frodi.
34 Ed io : Maestro, i tuoi ragionamenti Mi son si certi , e prendon si mia fede , Che gli altri mi sarian carboni spenti.
35 Ma dimmi délia gente che procède, Se tu ne vedi alcun degno di nota ; Chè solo a cio la mia mente rifiede.
36 Allor mi disse : Quel, che dalla gota Porge la barba in sulle spalle brune , Fu, quando Grecia fu di maschi vota
37 Si , che appena rimaser per le cune , Augure, e diede il punto con Galcanta In Aulide a tagliar la prima fune.
Ensuite les hommes épars à l'entour se rassemblèrent en ce lieu , fort par le marais qui l'environnait de toutes parts ;
Et, sur ces os de mort, bâtirent une ville, qu'à cause de celle qui la première avait choisi le lieu, sans autre scrutin , ils appelèrent Mantoue.
Plus nombreux autrefois en furent les habitants, avant que la folie de Gasalodi n'eût été trompée par Pinamonte 13.
Ainsi t'avertis -je, afin que, si jamais tu entends donner à ma patrie une autre origine, aucun mensonge n'altère la vérité.
Et moi : — Maître , tes discours me sont si certains et tellement s'emparent de ma foi , que les autres me seraient des charbons éteints u.
Mais, parmi la gent qui s'avance, dis- moi si tu vois quelqu'un digne de note, car à cela seul mon esprit vise.
Lors il me dit : — Celui dont la barbe descend sur ses brunes épaules, quand la Grèce tellement se dépeupla de mâles,
Qu'a peine restèrent ceux au berceau15, fut augure, et, avec Galchas, donna en Aulide le signal de couper le premier câble.
252 C.ANTO YENTESIMO.
38 Euripilo ebbe nome, e cosi'l canta L' alta mia Tragedia in alcun loco , Bien lo sai tu, che la sai tutta quanta.
39 Quell'altro che ne' fianchi è cosi poco, Michèle Scotto fu, che veramente Délie magiche frode seppe il giuoco.
A0 Vedi Guido Bonatti, vedi Asdente , Che avère inteso al cuoio ed allô spago Ora vorrebbe , ma tardi si pente.
ài Yedi le triste che lasciaron Y ago , La spola e'1 fuso , e fecersi indovine; Fecer malle con erbe e con imago.
A2 Ma vienne ornai, chè già tiene'l confine D'ambedue gli emisperi, e tocca Fonda Sotto Sibilia Caino e le spine.
43 E già iernotte fu la luna tonda :
Ben ten dee ricordar, che non ti nocque Alcuna volta per la selva fonda.
Si mi parlava, ed andavamo introcque.
Il eut nom Euripide, et ainsi le chante ma haute Tragédie16 : tu le sais bien, toi qui la sais tout entière.
Cet autre si fluet fut Michel Scotto 17? qui vraiment sut les fraudes magiques.
Vois Guido Bonatti18, vois Asdente19, qui maintenant voudrait ne s'être mêlé que de cuir et de ligneul ; mais tard il se repent.
Vois les malheureuses qui laissèrent l'aiguille, la navette et le fuseau, et se firent devineresses; elles composèrent des charmes avec des herbes et des images.
Mais viens : déjà Gain et les épines20 occupent les confins des deux hémisphères, et se couchent dans l'onde au-dessous de Séville,
Et hier, déjà , la lune était ronde : bien dois- tu te souvenir qu'une fois elle ne te nuisit point clans la forêt profonde.
Ainsi me parlait-il, pendant que nous allions.
CANTO VENTESIMOPRIMO
1 Cosi di ponte in ponte, altro parlando Che la mia Commedia cantar non cura Venimmo. e tenevamo'l colmo, quando
2 Ristemmo per veder Y altra fessura Di Malebolge, e gli altri pianti vani ; E vidila mirabilmente oscura.
3 Quale nell'Arzanà de' Yiniziani Bolle l'inverno la tenace pece
A rimpalmar li legni lor non sani ,
Che navicar non ponno, e 'n quella vece Chi fa suo legno nuovo, e chi ristoppa Le coste a quel che più viaggi fece ;
5 Chi ribatte da proda , e chi cla poppa : Altri fa remi, ed altri volge sarte; Chi terzeruolo ed artimon rintoppa :
Ainsi, de pont en pont, parlant d'autres choses que ma Comédie n'a souci de chanter, nous allions , et nous avions atteint le faîte, quand
Nous nous arrêtâmes pour voir l'autre crevasse du Malebolge, et les autres pleurs vains; et je la vis étrangement obscure.
Telle que, l'hiver, dans l'arsenal de Venise, bout une poix tenace , pour espalmer les vaisseaux délabrés
Qui ne peuvent naviguer ; de sorte que l'un remet à neuf son navire, l'autre calfeutre les flancs de celui qui a fait plusieurs voyages :
Qui, radoube la proue; qui, la poupe : d'autres font des rames, d'autres tordent des cordages, d'autres réparent les voiles d'étai et d'artimon :
256 CANTO VENTESIMOPRIMO.
6 Tal , non per fuoco, ma per divin' arte Bollia laggiuso una pegola spessa , Che inviscava la ripa d' ogni parte.
7 F vedea lei , ma non vedeva in essa Ma che le bolle che'l bollor levava , E gonfiar tutta, e riseder compressa.
8 Mentr'io laggiù fisamenle mirava,
Lo Duca mio dicendo : Guarda, guarda Mi trasse a se del loco dov'io stava.
9 Allor mi volsi come l'uom cui tarda Di veder quel che gli convien fuggire, E cui paura subita sgagliarda ,
10 Che per veder non indugia'l partire : E vidi dietro a noi un diavol nero Gorrendo su per lo scoglio venire.
11 Ahi quanto egli era nell' aspetto fiero ! E quanto mi parea nell'atto acerbo, Gon F aie aperte , e sovra i piè leggiero !
12 L'omero suo, ch' era acuto e superbo, Carcava un peccator con ambo l'anche, Ed ei tenea de' piè ghermito il nerbo.
13 Del nostro ponte disse : o Malebranche, Ecco un degli anzian di Santa Zita :
Mettetel sotto , ch' io torno per anche
Telle, non par le feu, mais par un art divin, bouillait une poix épaisse, qui, de tous côtés, enduisait la rive.
Je la voyais, mais je ne voyais dans elle que les bulles soulevées par le bouillonnement, lesquelles se gonflaient et retombaient comprimées.
Pendant qu'en bas mes yeux étaient fixés , mon Guide disant : « Regarde , regarde , » à soi me tira du lieu où j'étais.
Lors je me tournai comme l'homme à qui il tarde de voir ce qu'il doit fuir, et que déconcerte la peur subite ,
De sorte que pour voir il se hâte d'aller; et, derrière nous, je vis venir un diable noir courant sur le rocher.
Ah î que d'aspect il était farouche! et qu'avec ses ailes déployées il me paraissait cruel dans sa contenance , et léger de pieds !
La pressant des deux hanches , un pêcheur chargeait son épaule élevée et pointue, et lui le tenait agrippé par le nerf des pieds.
« Gardien de notre pont1, dit-il, ô Malebranche2, voici un des anciens de Santa- Zita3 ; enfonce- le dessous, moi, je retourne pour d'autres
258 CANTO YENTESIMOPRIMO.
14 A quella terra che rr'è ben fornita : Ogni uom v' è barattier, fuor che Bonturo : Del no, per li denar, vi si fa ita.
15 LaggnVl butté , e per lo scoglio duro Si volse, e mai non fa mastino sciolto Con tanta fretta a seguitar lo furo.
16 Quei s' attuffô, e tornô su convoite;
Ma i démon , che del ponte avean coverchio Gridar : Qui non ha luogo il santo volto ;
17 Qui si nuota altrimenti che nel Serchio ; Per 6, se tu non vuoi de' nostri graffi , Non far sovra la pegola soverchio.
18 Foi l'addentar con più di cento rafii , Disser : Coverto convien che qui balli , Si che, se puoi ? nascosamente accaffi.
19 Non altrimenti i cuochi a' lor vassalli Fanno attuffare in mezzo la caldaia
La carne cogli uncin, perché non galli.
20 Lo buon Maestro : Acciocchè non si paia Che tu ci sii^ mi clisse, giù V acquatta Dopo uno scheggio, ch' alcun schermo t' aia :
21 E per nulla offension ch' a me sia fatta , Non temer tu , eh' i' ho le cose conte , Perché altra volta fui a tal baratta.
« En cette ville , qui est bien fournie : tout homme y est faussaire, hors Ronturo4; pour de l'argent, on y fait de oui, non. »
Dans la fosse il le jeta, et s'en retourna par le dur rocher, et jamais on ne vit mâtin détaché poursuivre avec tant de vitesse le voleur.
Celui-là plongea, puis revint en haut à la renverse ; mais les démons que le pont recouvrait crièrent : « Ici, point de Santo-Yolto5!
« Ici l'on nage autrement que clans le Serchio6 ; si tu ne veux pas sentir nos griffes, ne sors pas de la poix. »
Puis ils le mordirent avec plus de mille crocs, disant : « Il faut qu'ici couvert tu danses; et, si tu peux, grippe en cachette. »
Non autrement les cuisiniers font par leurs aides enfoncer, avec les crochets, la chair dans la marmite pour qu'elle ne flotte pas.
Le bon Maître : — Afin, dit -il, qu'on ne s'aperçoive pas que tu es ici, tapis -toi derrière un rocher qui te défende ;
Et, quelque offense qui me soit faite, ne crains point; ceci m'est connu, m' étant une autre fois trouvé en telle conteste.
260 CANTO VENTESIMOPRIMO.
22 Poscia passô di là dal co del ponte , E com'ei giunse in sulla ripa sesta , Mestier gli fu d' aver sicura fronte.
23 Con quel furore e con quella tempesta Ch'escono i cani addosso al poverello, Che di subito chiede ove s'arresta ,
24 Usciron quei di solto il ponticello, E volser contra lai tutti i roncigli : Ma ei gridô : Nessun di voi sia fello.
25 Innanzi che l'uncin vostro mi pigli, Traggasi avanti F un di voi che m'oda , E poi di roncigliarmi si consigli.
26 Tutti gridaron : Vada Malacoda;
Per che un si mosse, e gli altri stetter fermi E venne a lui dicendo : Che ti approda?
27 Credi tu , Malacoda , qui veclermi Esser venuto, disse '1 mio Maestro , Securo già da tutti i vostri schermi,
. 28 Senza voler divino e fato destro ?
Lasciami andar, chè nel cielo è voluto Ch'io mostri altrui questo cammin silvestro.
29 Allor gli fu l'orgoglio si caduto, Che si lascio cascar l'uncino ai piedi , E disse agli altri : Ornai non sia feruto.
Ensuite il passa le pont, et s'avança au delà, et, comme il arrivait sur la sixième rive, besoin eut-il d'avoir un front assuré.
Avec la même fureur, avec la même impétuosité que s'élancent les chiens contre le pauvre qui soudain s'arrête et demande,
Ceux-là s'élancèrent de dessous le pont, et tournèrent contre lui les crocs; mais il cria : — Qu'aucun de vous ne soit félon.
Avant que votre croc me touche, qu'un de vous s'avance et m'écoute, et qu'après il me gaffe, s'il l'ose.
Tous crièrent : «Va, Malacocla7! » Et, pendant que le& autres s'arrêtaient, l'un d'eux, s' avançant, vint à lui, disant : « Qu'y a-t-il? »
— Crois- tu, Malacoda, dit mon Maître, qu'ici je sois venu en sûreté contre toutes vos attaques,
Sans le vouloir divin et le destin favorable? Laissemoi aller ; car au ciel il est voulu que je montre à un autre cet âpre chemin.
Alors si abattu fut son orgueil , qu'il laissa tomber le croc à ses pieds, et dit aux autres : « Qu'on ne le frappe point. »
262 CANTO VENTESIMOPRIMO.
30 E'1 Duca mio a me : 0 tu, che siedi
Tra gli scheggion del ponte quatto quatto , Sicuramente ornai a me ti riedi.
31 Fer ch' io mi mossi , ed a lui venni ratto ; E i diavoli si fecer tutti avanti,
Si ch' io temetti non tenesser patto.
32 E cosl vid' io già temer gli fanti Ch'uscivan patteggiati cli Caprona, Yeggendo se tra nemici cotanti.
33 lo m'accostai con tut ta la persona Lungo '1 mio Duca , e non torceva gli occhi Dalla sembianza lor, ch'era non buona.
34 Ei chinavan gli raffi , e, Vuoi ch'io '1 tocchi (Diceva l'un con l'altro) in sul groppone? E rispondean : Si, fa che gliele accocchi.
35 Ma quel demonio che tenea sermone Col Duca mio, si volse tutto presto E disse : Posa , posa , Scarmiglione.
36 Poi clisse a noi : Più oltre andar per questo Scoglio non si potrà , perocchè giace Tutto spezzato al fondo l'arco sesto :
37 E se F anclare avanti pur vi piace , Andatevene su per questa grotta ; Presso è un altro scoglio che via face.
Et mon Guide à moi : — 0 toi qui entre les roches du pont es tapi , avec assurance maintenant reviens à moi.
Lors me levant , vite je vins à lai ; et tous les diables s'avancèrent ; de sorte que je craignais qu'ils ne tinssent point le pacte.
Ainsi vis-je autrefois les fantassins qui, dans Caprona8, avaient capitulé, craindre en se voyant au milieu de tant d'ennemis.
Je me serrai de tout mon corps près de mon Guide, ne cessant de regarder leur mine, qui n'avait rien de bon.
Ils abaissaient les crocs : « Et veux-tu, disait l'un à l'autre, que je le touche sur la croupe?» Et ils répondaient : « Oui, accroche-le par là. »
Mais le démon qui discourait avec mon Guide se tourna vite, et dit : « Paix , paix, Scarmiglione 9 ! »
Puis il nous dit : « Aller plus loin par ce rocher ne se pourra , parce que la sixième arche gît au fond , toute brisée.
» Si plus avant vous voulez aller, prenez par cette grotte ; auprès est un autre rocher, où s'ouvre un passage.
264 CANTO VENTESIMOPRIMO.
38 1er, più oltre cinqu'ore che quest' otta , Mille dugento con sessanta sei
Anni compiér, che qui la via fu rotta.
39 Io mando verso là di questi miei
A riguardar s' alcun se ne sciorina :
Gite con lor, ch'e' non saranno rei.
40 Tratti avanti, Alichino e Galcabrina, Cominciô egli a dire , e tu , Gagnazzo : E Barbariccia guidi la decina.
41 Libicocco vegna oltre, e Draghignazzo , Giriatto sannuto, e Graffiacane,
E Farfarello , e Rubicante pazzo ,
42 Cercate intorno le bollenti pane;
Gostor sien salvi insino aU'altro scheggio, Che tutto intero va sopra le tane.
43 Omè ! Maestro , che è quel che io veggio ? Diss' io : deh ! senza scorta andiamci soli , Se tu sa' ir ch' io per me non la cheggio.
44 Se tu se' si accorto corne suoli ,
Non vedi tu ch'ei digrignan li denti , E colle ciglia ne minaccian duoli ?
45 Ed egli a me : Non vo' che tu paventi : Lasciali digrignar pure a lor senno , Ch'ei fanno ciô per li lessi dolenti.
« Hier, cinq heures plus tard que l'heure présente, s'accomplirent douze cent soixante-six années10, depuis que la route fut rompue.
« J'envoie là quelques-uns des miens, pour voir si aucun n'y prend l'air11 : allez avec eux; nul mal ils ne vous feront.
« En avant, Alichino12 et Calcabrina13, commençat-il à dire ; et toi , Cagnazzo u ; et que Barbariccia 15 conduise la dizaine.
«Que Libicocco16 aille aussi, et Draghignazzo 17, Ciriatto ls aux dents de sanglier, et Graffiacane 19, et Farfarello 20, et Rubicante 21 le fou.
« Cherchez autour de la poix bouillante ! Que ceuxci soient saufs jusqu'à l'autre roche , qui tout entière passe au-dessus des tanières22. »
— 0 Maître, dis- je qu'est-ce que je vois? Si tu sais par où aller, allons seuls sans cette escorte ; pour moi , je ne la demande.
Si aussi attentif tu es que d'ordinaire, ne vois -tu pas comme ils grincent les. dents, et des sourcils me menacent?
Et lui à moi : — Je ne veux pas que tu t'effraies; laisse -les grincer à leur guise ; cela ils font pour les malheureux bouillis.
266 CANTO VENTESIMOPRIMO.
36 Per l'argine sinistro volta dienno ; Ma prima avea ciascun la lingua stretta Co' denti verso lor duca per cenno ;
Ed egli avea del cul fatto trombetta.
Nous tournâmes par le rempart à gauche ; mais auparavant chacun avait, en manière de signe23, serré avec les dents la langue tirée vers leur chef.
Et lui de son derrière avait fait une trompette.
CANTO VENTESIMQSECONDO
1 F vidi già cavalier mover campo,
E cominciare stormo, e far ior mostra,
E talvolta partir per loro scampo :
2 Corridor vidi per la terra vostra, 0 Aretini, e vidi gir gualdane, Ferir torneamenti, e correr giostra,
3 Quando con trombe e quando cou campane, Con tamburi e con cenni di castella,
E con cose nostrali e con istrane :
k Ne già con si diversa cennamella Cavalier vidi mover, ne pedoni ; Ne nave a segno di terra o di stella.
5 Noi andavam con li dieci dimoni; Ahi fiera compagnia! ma nella chiesa Co'santi, ed in taverna co'ghiottoni.
J'ai vu des cavaliers lancés dans la carrière pour commencer le combat, et pour la montre1, et quelquefois pour se sauver ;
J'ai vu des coureurs sur vos terres, ô Arétins; j'ai vu rôder des fourrageurs, ouvrir clés tournois , et courir des joutes.
Au son tantôt des trompettes, tantôt des cloches2 et des tambours, ou aux signaux faits des châteaux3 avec des choses en usage chez nous ou au dehors ;
J'ai vu des navires guidés par des signes soit de terre , soit d'étoile h ; mais je ne vis jamais à si étrange chalumeau se mouvoir cavaliers, ni piétons, ni vaisseau.
Nous allions avec les dix démons (ah! la terrible compagnie!) : mais « dans l'église avec les saints, à la taverne avec les goinfres 5. »
270 CANTO YENTESIMOSECONDO.
6 Pure alla pëgola era la mia intesa, Per veder délia bolgia ogni contegno, E délia gente ch' entro v'era incesa.
7 Corne i delfini, quando fanno segno Ai maiïnar eon l'arco délia schiena, Che s' argomentin di campar lor legno ;
8 Talor cosi ad alleggiar la pena Mostrava alcun dei peccatori il dosso, E nascondeva in men che non balena.
9 E corne all'orlo dell'acqua d'un fosso, Stan li ranocchi pur col muso fuori, Si che celano i piedi e l' altro grosso ;
10 Si stavan d' ogni parte i peccatori : Ma corne s' appressava Barbariccia, Cosi che ritraean sotto i bollori.
11 Io vidi, ed anche il cuor mi s'accapriccia, Uno aspettar cosi, com'egli incontra Ch'una rana rimane, e l'altra spiccia.
12 E Graffiacan , che gli era più di contra, Gli arroncigliô le impegolate chiome ,
E trassel su, che mi parve una lontra.
13 Io sapea già di tutti quanti il nome, Si li notai, quando furon eletti ,
E poi che si chiamaro, attesi corne.
Cependant je regardais attentivement la poix, pour bien connaître la bolge , et l'état de ceux qui brûlaient dedans.
Comme les dauphins, quand, de leur dos arqué, for seau ;
ils font signe aux marins d'aviser à sauver leur vais-
Ainsi alors, pour soulager sa peine, quelque pécheur montrait le dos, puis se cachait, plus rapide que Téclair.
Et comme, dans un fossé , sur le bord de l'eau, se tiennent les grenouilles, le museau dehors, cachant les pieds et le reste du corps;
Ainsi, de tous côtés, se tenaient les pécheurs : et, quand Barbariccia s'approchait, ils rentraient dans la poix bouillante.
J'en vis un (et mon cœur en frémit encore) , attendre en cette posture , comme il arrive qu'une grenouille demeure , tandis que l'autre plonge.
Et Graffiacane, qui le plus près de lui était, l'accrocha par ses cheveux empoissés, et le tira dehors : j'aurais cru voir une loutre.
De tous déjà je savais le nom, l'ayant noté quand ils furent choisis , et depuis ayant fait attention lorsqu'ils s'appelaient l'un Tautre.
272 CANTO VENTESIMOSECONDO.
1/» 0 Rubicante, fa che tu li metti
Gli unghioni addosso si che tu lo scuoi : Gridavan tutti insieme i maladetti.
15 Ed io : Maestro mio, fa, se tu puoi, Che tu sappi chi è lo sciagurato Venuto a man degli avversari suoi.
16 Lo Duca mio gli s' accosté allato, Domandollo ond' ei fosse, e quei rispose : F fui del Regno di Navarra nato.
17 Mia madré a servo d'un signor mi pose, Chè m'avea generato d'un ribalda Distruggitor di se e di sue cose.
18 Poi fui famiglia del buon re Tebaldo : Quivi mi misi a far baratteria ,
Di che rendo ragione in questo caldo.
19 E Ciriatto, a cui di bocca uscia D'ogni parte una sanna corne a porco, Gli fe sentir corne l'una sdrucia.
20 Tra maie gatte era venuto il sorco; Ma Barbariccia il chiuse con le braccia, E disse : State 'n là, mentr'io lo'nforco.
21 Ed al Maestro mio volse la faccia : Dimandal, disse, ancor, se più disii Saper da lui, prima ch'altri '1 disfaccia.
«O Rubicante, enfonce-lui tes grands ongles dans le dos, et l'écorche! » criaient tous ensemble les maudits.
Et moi : — Maître, sache, si tu le peux, qui est le misérable tombé aux mains de ses ennemis.
Mon Guide s'approcha de lui, et lui demanda d'où il était, et celui-ci répondit : « Je suis né dans le royaume de Navarre 6.
« Ma mère, qui m'avait eu d'un ribaud, destructeur de soi et de ses biens, me mit au service d'un seigneur.
« Puis je fus domestique du bon roi Thibaud : là , je m'adonnai aux fraudes dont je rends compte dans ce feu. »
Et Ciriatto, à qui sortait, des deux côtés de la bouche, une défense, comme au sanglier, lui fit, de Tune, sentir comment elles déchirent.
Parmi de méchantes chattes était venue la souris; mais Barbariccia l'enferma dans ses bras, et dit : « Tenez-vous à l'écart, tandis que je l'enfourche. »
Et vers mon maître il tourna la face : « Interroge- le encore, dit- il, si de lui plus tu désires savoir, avant qu'on le dépèce. »
274 CANTO YENTESIMOSECONDO.
22 Lo Duca : Dunque or dl degli altri rii : Conosci tu alcun che sia Latino
Sotto la pece? E quegli : lo mi partii
23 Poco è da un , che fu di là vicino : Cosi foss' io ancor con lui coverto, Chè io non temerei unghia, ne uncino.
2 ï E Libicocco : Troppo avem sofferto , Disse ; e presegli '1 braccio col runciglio, Si che, stracciando, ne porto un lacerto.
25 Draghignazzo anche i voile dar di piglio Giù dalle gambe ; onde il decurio loco Si volse intorno intorno con mal piglio.
26 Quand' elli un poco rappaciati foro, A lui che ancor mirava sua ferita, Dimando '1 Duca mio senza dimoro :
27 Chi fu colui, da cui mala partita Di che facesti per venire a proda?
Ed ei rispose : Fu frate Gomita,
28 Quel di Gallura, vasel d'ogni froda, Che' ebbe i nimici di suo donno in mano, E fe lor si, che ciascun se ne loda :
29 Denar si toise, e lasciolli di piano,
Si corn' ei dice : e negli altri ufici anche Barattier fu non picciol, ma sovrano.
Le Maître : — Maintenant, donc, parle des autres coupables. En connais-tu, sous la poix, quelqu'un qui soit Latin ? Et lui : « Je viens
« D'en quitter un qui n'était pas de loin de là : fussé-je encore avec lui couvert7, je ne craindrais ni les ongles, ni les crocs. »
Et Libicocco : «Nous avons trop patienté », dit- il. Et avec le croc il lai prit le bras, et le déchirant, il en emporta un lambeau.
Draghignazzo aussi voulut l'atteindre en bas par les jambes; de sorte que leur décurion se tourna tout autour d'un air courroucé.
Lorsqu'ils furent un peu apaisés, à celui qui encore regardait sa blessure mon Guide, sans tarder, demanda :
— Qui fut celui qu'à ton dam tu quittas, dis- tu, pour venir au bord ? Et il répondit : « Ce fut frère Gomita 8,
« De Gallura, réceptacle de toute fraude, qui eut en mains les ennemis de son maître , et les traita de façon que chacun d'eux s'en loue :
« Il tira d'eux de l'argent, et les laissa, comme il dit, en plaine9; et, dans ses autres offices aussi, fourbe il fut non médiocre, mais souverain.
276 CANTO YENTESIMOSECONDO.
30 Usa con esso donno Michel Zanche Di Logodoro; e a dir di Sardigna
Le lingue lor non si sentono stanche.
31 Oraè ! vedete Y altro che digrigna : 1' direi anche : ma io tenio ch' ello Non s' apparecchi a grattarrai la tigna.
32 E '1 gran proposto volto a Farfarello, Che stralunava gli occhi per ferire, Disse : Fatti'n costà, malvagio uccello.
33 Se voi voleté vedere o udire, Ricomincio lo spaurato appresso, Toschi o Lombardi , io ne farô venire.
3Zt Ma stien le Malebranche un poco in cesso, Si che non teman délie lor vendette; Ed io , seggendo in questo loco stesso,
35 Per un ch' io son ne farô venir sette, Quando sufolerô, corn1 è nostr'uso
Di fare allor che fuori alcun si mette.
36 Cagnazzo a cotai motto levo'l muso, Crollando '1 capo, e disse : Odi malizia Ch' egli ha pensato per gittarsi giuso.
37 Ond'ei ch'avea lacciuoli a gran divizia, Rispose : Malizioso son io troppo, Quando procuro a' miei maggior tristizia.
« Avec lui converse Michel Zanche 10, seigneur de Logodoro ; et de parler de la Sardaigne leurs langues ne se sentent point fatiguées.
« 0 moi ! voyez l'autre qui grince des dents ; je parlerais encore, mais je crains qu'il ne s'apprête à me gratter la peau. »
Et le grand Préposé 11, se tournant vers Farfarello qui roulait les yeux, prêt à frapper, dit : « Au large, méchant oiseau ! »
« Si vous voulez, reprit l'effrayé, voir ou entendre des Toscans ou des Lombards, j'en ferai venir.
« Mais qu'un peu à l'écart se tiennent les Malebranche, de sorte qu'ils ne craignent point leurs vengeances. Et moi, m' asseyant en ce lieu même,
« Pour un que je suis, j'en ferai, bien le sais -je , venir sept quand je sifflerai, comme nous avons coutume de faire lorsqu'un de nous se hasarde dehors. »
A ces paroles , Cagnazzo leva le museau , en secouant la tête, et dit : « Oyez la malice que, pour se jeter dessous , il a imaginée. »
Et lui, qui avait des lacets en grande abondance, répondit : « Trop malicieux suis -je, en effet, quand j'attire sur les miens plus de douleur. »
278 GANTO VENTESIMOSECONDO.
38 Alichin non si tenne, e di rintoppo Agli altri, disse a lui : Se tu ti cali, F non ti verro dietro di galoppo,
39 Ma batterô sovra la pece Y ali :
Lascisi'l collo, e sia la ripa scudo, A veder se tu sol più di noi vali.
40 0 tu, che leggi, udirai nuovo ludo. Ciascun dàlF altra costa gli occhi volse ; Quel prima, ch' a ciô fare era più crudo.
41 Lo Navarrese ben suo tempo colse, Fermé le piante a terra, e in un punto Saltô, e dal proposto lor si sciolse.
42 Di che ciascun di colpo fu compunto, Ma quei più, che cagion fu del difetto; Perô si mosse, e gridô : Tu se' giunto.
43 Ma poco valse : chè l'aie al sospetto Non potero avanzar : quegli ando sotto, E quei drizzô, vol ando, suso il petto :
44 Non altrimenti l'anitra di botto, Quando '1 falcon s' appressa, giù s' attuffa , Ed ei ritorna su crucciato e rotto.
45 Irato Galcabrina délia buffa, Yolando, dietro gli tenne, invaghito Che quei campasse, per a ver la zuffa.
Alichino ne se contint pas, et, à l'opposé des autres 12, il lui dit : « Si tu plonges, je ne viendrai pas à toi au galop ;
« Mais sur la poix je battrai des ailes. Qu'on laisse le bord, et que derrière la berge on se retire, pour voir si seul tu vaux mieux que nous. »
0 toi qui lis , tu vas entendre parler d'un jeu nouveau. Vers l'autre côté chacun tourna les yeux, et, le premier, celui à qui le plus il coûtait de le faire 13.
Le Navarrais prit bien son temps : il affermit les pieds à terre , et en un clin d'œil il sauta , et à leurs desseins se déroba.
De quoi chacun soudain fut contrit; mais celui-là plus qui de la faute était cause. Pourtant il s'élança , criant : « Je te tiens ! »
Mais peu lui servit ; les ailes ne purent devancer la peur : celui-là dessous s'enfonça ; et celui- ci, volant au-dessus , dressa la poitrine ,
Comme le canard, quand le faucon s'approche, tout à coup plonge, et lui s'en va courroucé et défait.
Irrité de la moquerie, Calcabrina vola derrière Alichino, désireux que l'autre échappât, pour venir aux prises 1A.
280 GANTO YENTESIMOSECONDO.
46 E corne '1 barattier fu disparito,
Cosi volse gli artigli al suo compagno. E fu con lui sovra'l fosso ghermito.
47 Ma l'altro fu bene sparvier grifagno Ad artigliar ben lui , ed ambedue Gadder nel mezzo del bollente stagna.
48 Lo caldo sghermitor subito fue :
Ma perô di levarsi era niente, Si avieno inviscate V aie sue.
49 Barbariccia con gli altri suoi dolente Quattro ne fe volar dall' altra costa Con tutti i raffi , ed assai prestamente
50 Di qua di là discesero alla posta : Porser gli uncini verso gl'impaniati, Ch'eran già cotti dentro dalla crosta :
E noi lasciammo lor cosi 'mpacciati.
Et quand le larron eut disparu , il tourna les griffes contre son compagnon , et sur la fosse ils s'assaillirent.
Mais l'autre à le griffer bien se montra épervier expert, et tous deux tombèrent dans l'étang bouillant.
Le feu soudain les fit se lâcher; mais se relever ils ne pouvaient, tant leurs ailes étaient engluées.
Non moins dépité que les autres , Barbariccia , de l'autre côté, en fit voler quatre avec tous les harpons; et très - prestement ,
D'ici , de là , ils descendirent au poste : ils allongèrent les crocs vers les empoissés, qui déjà étaient cuits dans la croûte ;
Et nous les laissâmes ainsi empâtés.
CANTO VENTESIMOTERZO
1 Taciti, soli, senza compagnia , N'andavam l'un dinanzi e l'alto dopo , Corne i frati minor vanno per via.
2 Volto era in su la favola d'Isopo
Lo mio pensier per la présente rissa , Dov' ei parlé délia rana e del topo ;
3 Ghè più non si pareggia mo e issa , Che l'un coll'altro fa, se ben s'accoppia Principio e fine con la mente fissa.
à E come l'un pensier dell'altro scoppia, Cosi nacque di quello un altro poi , Che la prima p'aura mi fe doppia.
5 lo pensava cosl : Questi per noi
Sono scherniti, e con danno e con beiïa Si fatta, ch'assai credo che lor noi.
Silencieux, seuls, sans compagnie, nous allions l'un devant et l'autre après, comme vont les frères mineurs.
La présente rixe me faisait penser à la fable d'Ésope où il parle du rat et de la grenouille *,
Mo et issa 2 ne sont pas plus pareils , que ne le sont l'un et l'autre, si l'esprit en lie bien le commencement et la fin.
Et comme d'une pensée en surgit une autre, ainsi de celle-ci en naquit une qui redoubla ma première peur.
Ceux-là, pensais -je, à cause de nous ont été joués, et avec tant de dommage et de moquerie, que je crois bien qu'ils s'en ressentent.
284 CANTO VENTESIMOTERZO.
6 Sel' ira sovra'l mal voler s'aggueffa, Ei ne verranno dietro più crudeli , Che cane a quella lèvre ch' egli acceffa.
Già mi sentia tutto arricciar li peli Délia paura , e stava indietro intento , Quand' io dissi : Maestro, se non celi
Te e me tostamente , i' ho pavento
Di Malebranche : noi gli avem già dietro :
Io gi' imagino si , che già gli sento.
E quei : S'io fossi d'impiombato vetro.
L'imagine di fuor tua non trarrei
Più tosto a me, che quella d'entro impetro.
10 Pur iiio venieno i tuoi pensier tra' miei Con simil atto e con simile faccia,
Si che d' entrambi un sol consiglio fei.
11 S' egli è che si la destra costa giaccia , Che noi possiam nell' altra bolgia scendere, Noi fuggirem l'imaginata caccia.
12 Già non compi'o di tal consiglio rendere, Ch' io gli vidi venir con l'ali tese,
Non molto lungi, per volerne prendere.
13 Lo Duca mio di subito mi p'rese , Corne la madré ch' al romore è desta , E vede presso a se le fiamme accese,
CHANT YINGT-TROISIÈME. 285
Si au malin vouloir la colère s'ajoute, ils nous poursuivront, plus cruels que le chien ne Test au lièvre que ses dents saisissent.
Je sentais déjà tous mes poils se hérisser cle frayeur, et, derrière, attentif je me tenais, quand je dis : — Maître , si promptement
Toi et moi ta ne caches , je crains les Malebranche : à notre poursuite ils sont déjà ; et si vivement je me Fimagine, que déjà je les sens.
Et lui : — Si j'étais de verre étamé, ton image extérieure plus vite en moi ne se refléterait pas, que ne s'y reflète celle de dedans.
Tes pensées présentes sont si conformes et si semblables aux miennes, que des unes et des autres je fais un seul conseil.
S'il se trouve que la côte à droite soit telle que nous puissions descendre dans l'autre bolge, nous échapperons à la chasse que tu appréhendes.
Il n'avait pas achevé d'expliquer son dessein , que non loin je les vis venir, les ailes déployées, pour s'emparer de nous.
Comme la mère que le bruit réveille , et qui près d'elle voit les flammes allumées ,
286 CANTO VENTESIMOTERZO.
14 Che prende il figlio e fugge, enon s' arresta, Avendo più di lui che di se cura ,
Tanto che solo una camicia vesta.
15 E giù dal collo délia ripa dura Supin si diede alla pendente roccia , Che l'un dei lati all'altra bolgia tura.
16 Non corse mai si tosto acqua per doccia A volger ruota di mulin terragno , Quand' ella più verso le pale approccia ;
17 Corne' 1 Maestro mio per quel vivagno, Portandosene me sovra'l suo petto, Corne suo figlio, e non come compagno.
18 Appena furo i piè suoi giunti al letto Del fondo giù, ch'ei giunsero sul colle Sovresso noi : ma non gli era sospetto ;
19 Chè l'alta providenzia che lor voile Porre ministri délia fossa quinta , Poder di partirs'indi a tutti toile.
20 Laggiù trovammo una gente dipinta, Che giva intorno assai con lenti passi Piangendo, e nel semblante stranca e vinta.
21 Egli avean cappe con cappucci bassi Dinanzi agli occhi, fatte délia taglia Che per li monaci in Cologna fassi.
Prend son fils, et fuit, et point ne s'arrête, ayant plus de soin de lui que de soi, jusqu'à se vêtir seulement d'une chemise ;
Soudain mon Guide me prit, et, du haut de la dure rive, le dos contre terre, s'abandonna sur la pente escarpée de la roche qui sépare une des bolges de l'autre.
Jamais, par un canal, lorsqu'elle approche le plus des aubes, l'eau ne courut si vite pour faire tourner la roue d'un moulin ,
Que mon Maître par cette pente , me portant sur sa poitrine comme son fils, non comme son compagnon.
A peine fûmes-nous arrivés au fond, qu'eux furent sur le col au-dessus de nous; mais ils n'étaient plus à craindre ,
La haute Providence, qui voulut faire d'eux les ministres de la cinquième bolge, leur ayant à tous ôté le pouvoir d'en sortir.
Là, nous trouvâmes une gents peinte, qui, autour de la fosse, à pas très-lents, allait pleurant, et paraissait lasse et rendue.
Ils avaient des chapes avec les capuchons abaissés devant les yeux , taillées comme celles qui se font à Cologne pour les moines.
288 CANTO YENTESIMOTERZO.
22 Di fuor dorate son , si en' egli abbaglia ; Ma dentro tutte piombo , e gravi tanto , Ghe Federico le mettea di paglia.
23 0 in eterno faticoso manto !
Noi ci volgemmo ancor pure a man manca Con loro insieme , intenti al tristo pianto :
24 Ma per lo peso quella gente stanca Venia si pian, che noi eravam nuovi Di compagnia ad ogni muover d'anca.
25 Perch' io al Duca mio : Fa che tu trovi Alcun, ch'al fatto o al nome si conosca, E gli occhi si andando intorno muovi.
26 Ed un che intese la parola tosca , Diretro a noi gridô : Tenete i piedi, Yoi , che correte si per Y aura fosca :
27 Forse ch'avrai da me quel che tu chiedi. Onde'l Duca si volse, e disse : Aspetta, E poi secondo il suo passo procedi.
28 Ristetti, e vidi duo mostrar gran fretta DeU'animo, col viso , d'esser meco; Ma tardavali'l carco e la via stretta.
29 Quando fur giunti , assai con l' occhio bieco Mi rimiraron senza far parola :
Poi si volsero in se, e dicean seco :
Elles sont dorées au dehors, tellement qu'on en est ébloui, mais de plomb au dedans, et si pesantes, que de paille, auprès d'elles, étaient celles que faisait 1 porter Frédéric 4.
O manteau éternellement accablant! Cependant avec eux nous tournâmes à gauche , attentifs à leurs tristes plaintes.
Mais, à cause du poids, cette gent lasse allait si lentement, qu'à chaque pas nous avions une compagnie nouvelle.
Lors, je dis à mon Maître : — Fais en sorte d'en trouver quelqu'un dont les faits et le nom soient connus , et ainsi allant regarde tout autour.
Et l'un d'eux, qui entendit la parole toscane, derrière nous cria : « Arrêtez, vous qui si vite courez à travers l'air obscur !
« Peut-être auras- tu de moi ce que tu demandes. » Sur quoi le Maître se tourna , et dit : — Attends , et ensuite marche à son pas.
Je m'arrêtai, et j'en vis deux sur le visage desquels se montrait le désir qui les pressait d'être avec moi, mais les retardaient la charge et le chemin étroit.
Quand ils furent arrivés, de leurs yeux louches beaucoup ils me regardèrent sans parler ; puis , se tournant l'un vers l'autre, ils se dirent entre eux :
290 GANTO VENTESIMOTERZO.
30 Costui par- vivo all'atto délia gola : E s'ei son morti, per quai privilegio Vanno scoverti délia grave stola?
31 Poi dissermi : 0 Tosco , ch1 al collegio Degl' ipocriti tristi se"' venuto ,
Dir chi tu se' non avère in dispregio.
32 Ed io a loro. F fui nato e cresciuto Sovra'l bel fiume d' Àrno alla gran villa , E son col corpo, ch' i" ho sempre avuto.
33 Ma voi chi siete, a cui tanto distilla, Quant' io veggio , dolor giù per le guance, E che pena è in voi, che si sfavilla?
34 E l'un rispose a me : Le cappe rance Son di piombo si grosse, che li pesi Fan cosi cigolar le lor bilance.
35 Frati Godenti furamo , e Bolognesi , Io Catalano , e costui Loderingo Nomati, e da tua terra insieme presi.
36 Corne, suol esser tolto un uom solingo Per conservar sua pace ; e fumino tali, Ch' ancor si pare intorno dal Gardingo.
37 F cominciai : 0 frati, i vostiï mali...
Ma più non dissi ; che agli occhi mi corse Un , crocifisso in terra con tre pâli.
« Au mouvement de la bouche, celui-là semble vivant ; et, s'ils sont morts, par quel privilège vont- ils sans être vêtus de la lourde robe ?
« 0 Toscan , venu dans le collège des tristes hypocrites , ne dédaigne point de dire qui tu es ! »
Et moi à eux : — Je suis né et j'ai crû sur le beau fleuve d'Arno, dans la grande ville, et j'ai le corps que j'eus toujours.
Mais vous dont les joues, autant que je vois, de douleur tant dégouttent, qui êtes- vous? et quelle peine produit en vous cette ardeur?
Et l'un d'eux me répondit : « Ces chapes orange5 sont de plomb , et si épaisses , que leur poids fait ainsi siffler les balances 6.
« Nous fûmes des frères Godenti de Bologne 7, moi Catalano, et lui Loderingo, nommés; ta ville tous deux nous prit,
« Comme se prend de coutume un homme solitaire, pour conserver sa paix; et nous fûmes tels qu'encore il se voit autour du Gardingo. »
Je commençai : — 0 frères, vos maux... Mais pas plus je ne dis , à mes yeux étant apparu un malheureux cloué en terre avec trois pieux.
292 CANTO VENTESIMOTERZO.
38 Quando mi vide , tutto si distorse , Soffiando nella barba , co' sospiri :
E '1 frate Catalan, ch' a cio s' accorse ,
39 Mi disse : Quel confitto, che tu miri, Consigliô i Farisei, che convenia Porre un uom per lo popolo a' martiri.
40 Attraversato e nudo è per la via , Corne tu vedi , ed è mestier, ch' e' senta Qualunque passa, com'ei pesa pria :
41 E a tal modo il suocero si stenta
In questa fossa, e gli altri del concilio Che fu per li Giudei mala sementa.
42 Allor vid'io maravigliar Virgilio Sopra colui ch' era disteso in croce Tanto vilmente nelFeterno esilio.
43 Poscia drizzo al frate cotai voce : Non vi dispiaccia , se vi lece , dirci S'alla man destra giace alcuna foce,
44 Onde noi ambedue possiamo uscirci Senza costringer degli angeli neri, Che vegnan d'esto fondo a dipartirci.
45 Rispose adunque : Più che tu non speri S'appressa un sasso, che dalla grau cerchia Si muove, e varca tutti i vallon feri ,
Lorsqu'il me vit , il se tordit de tous ses membres , soufflant dans sa barbe, et soupirant. Et le frère Catalano, qui de cela s'aperçut,
Me dit : « Ce crucifié que tu regardes8, aux Pharisiens conseilla qu'un homme fût, pour le peuple, envoyé au supplice.
« En travers et nu , comme tu vois , il gît sur le chemin , et il faut qu'il sente combien pèse quiconque passe.
« Et pareillement pâtit dans cette fosse son beaupère 9, et les autres du conseil qui fut pour les Juifs une mauvaise semence 10. »
Je vis alors Virgile s'étonner à l'aspect de celui qui si vilement était étendu sur la croix , dans l'étemel exil.
Ensuite il adressa ces paroles au frère : — Qu'il ne vous déplaise point, si cela vous est permis, de nous dire s'il est à main droite quelque ouverture
Par où, tous deux, nous puissions sortir, sans forcer des anges noirs à nous tirer de ce gouffre.
Il répondit : « Plus près que tu ne l'espères est un rocher, qui part du grand cercle et traverse tous les affreux remparts,
291 CANTO YENTESIMOTERZO.
46 Salvo ch' a questo è rotto , e nol coperchia : Montar potrete su per la ruina , Che giace in costa, e nel fondo soperchia.
*7 Lo Duca stette un poco a testa china, Poi disse : Mal contava la bisogna Colui, che i peccator di là uncina.
48 E'1 frate : l'udi' già dire a Bologna Del cliavol vizj assai , tfa1 quali udi' , Ch' egli è bugiardo, e padre di menzogna.
à9 Appresso , il Duca a gran passi sen gi , Turbato un poco d'ira nel semblante :
Ond' io dagl' incarcati mi parti'
Dietro aile poste délie care piante.
« Si ce n'est qu'étant rompu, il ne les recouvre pas entièrement. Vous pourrez monter par la ruine qui gît là, et s'élève au - dessus du fond. »
Le Maître se tint un peu la tête baissée , puis dit : — Mal contait la chose celui qui, là- haut, avec les crocs , déchire les pécheurs.
Et le frère : & J'ai ouï dire à Bologne que le diable a bien des vices, et, entre autres, qu'il est menteur et père du mensonge. »
Après cela, le Maître à grands pas s'en alla, en son visage un peu troublé de colère; et moi, laissant les autres. sous leur charge ,
Je suivis les traces des pieds chéris.
CANTO VENTESIMOQUÂRTO
1 In quella parte ciel giovinetto anno, Ghe'l Sole i crin sotto b Aquario tempra. E già le notti al mezzo di sen vanno :
2 Quand o la brina in su la terra assempra L'imagine di sua sorella bianca,
Ma poco dura alla sua penna tempra ;
3 Lo villanello. a oui la roba manca.
Si leva e guarda, et vede la campagna,
Biancheggiar tuta. ond'ei si batte Tança ;
4 Ritorna a casa, e qua e là si lagna,
Corne *1 tapin che non sa ehe si faccia; Poi riede, e la speranza riugavagna
5 Yeggendo '1 mondo aver cangiata faccia, In poco d'ora. e prende suo vincastro,
E fuor le pecorelle a pascer caccia :
CHANT VINGT-OUATRIEME
À cet âge du jeune an , où le soleil, sous le Verseau, tempère ses rayons, et où déjà la nuit est égale au jour;
Quand la gelée matinale reproduit sur la terre, mais pour peu de moments, l'image de sa blanche sœur 1,
Le villageois, à qui le fourrage manque, se lève, et regarde, et voit toute la campagne blanchir, et se bat le flanc :
Il rentre dans sa cabane , et de çà , de là , va se plaignant, comme le pauvret qui ne sait que faire, puis il retourne , et sent renaître l'espoir,
Voyant qu'en peu d'heures la terre a changé de face , et prend sa houlette , et chasse les brebis dehors à la pâture ;
298 CANTO YENTESIMOQUARTO.
6 Cosi mi fece sbigottir lo mastro, Quand' io gli vidi si turbar la fronte,
E cosi tosto al mal giunse lo 'mpiastro :
7 Ghe come noi venimmo al guasto ponte, Lo Duca a me si volse con quel piglio Dolce, ch'io vidi in prima a piè del monte.
8 Le braccia aperse, dopo alcun consiglio Eletto seco, riguardando prima
Ben la ruina, e diedemi di piglio.
9 E come quei che adopera ed istima,
Ghe sempre par che innanzi si provveggia, Cosi, levando me su ver la cima
10 D'unronchione, avvisava un' altra scheggia Dicendo : Sopra quella poi t'aggrappa; Ma tenta pria se è tal ch' ella ti reggia.
11 Non era via cla vestito di cappa,
Chè noi appena, ei lieve, ed io sospinto, Potevam su montar di chiappa in chiappa.
12 E se non fosse, che da quel precinto, Più che dall'altro, era la costa corta, Non so di lui, ma io sarei ben vinto.
13 Ma perche Malebolge in ver la porta Del bassissimo pozzo tutta pende, Lo sito di ciascuna valle porta,
Ainsi m'effraya le Maître, lorsque je vis son front si troublé, et aussi vite au mal vint le remède,
Mon Guide, quand nous arrivâmes au pont rompu, s'étant tourné vers moi avec cette douce contenance qu'en lui premièrement je vis au pied du mont.
Il ouvrit les bras, et, après avoir un peu tenu conseil en lui-même, regardant bien d'abord la ruine , il me prit :
Et comme celui qui agit avec précaution , et semble à tout penser d'avance, ainsi, me levant vers la cime
D'une grosse roche , et avisant un autre rocher, il me dit : — Accroche-toi ensuite h celui-là; mais auparavant essaie s'il peut te porter.
Ce n'était pas un chemin pour un vêtu de chape , lui léger, et moi , poussé, pouvant à peine monter de pierre en pierre.
Et n'eût été que de cette enceinte, plus que de l'autre, la côte était courte, lui, je ne sais, mais moi j'aurais été vaincu.
Mais, parce que tout le Malebolge penche vers l'entrée du plus bas puits, de chaque vallée la structure
300 GANTO VENTESIMOQUARTO.
14 Ghe l'una costa surge e l'altra scende : Noi pur venimmo alfine in su la punta Onde l'ultima pietra si scoscende.
15 La lena m'era del polmon si munta Quando fui su, ch'io non potea più oltre, Ànzi mi assisi nella prima giunta.
16 Ornai convien che tu sosi ti spoltre, Disse '1 Maestro, che, seggendo in piuma, In fama non si vien , ne sotto coltre :
17 Sanza la quai chi sua vita consuma, Cotai vestigio in terra di se lascia,
Quai fumo in aère od in acqua la schiuma.
18 E perô leva su, vinci 1' ambascia Gon F animo che vince ogni battaglia, Se col suo grave corpo non s'accascia.
19 Più lunga scala convienche si saglia : Non basta da costoro esser partito :
Se tu m'intendi, or fa si che ti vaglia.
20 Leva' mi allor, mostrandomi fornito Meglio di lena ch' i' non mi sentia ;
E dissi : Ya, ch' i' son forte e ardito.
-1 Su per lo scoglio prendemmo la via, Ch'era ronchioso, stretto e malagevole, Ed erto più assai che quel di pria.
Est telie, qu'une côte monte et l'autre descend : nous, cependant, nous parvînmes à l'extrémité, sur la pointe d'où la dernière pierre s'éboula.
Quand je fus là, mon haleine était si épuisée, que, ne pouvant aller plus loin, à cette première station je m'assis.
— Maintenant, il convient, dit le Maître, que tu secoues toute paresse : ce n'est point couché sur la plume, ni sous la couverture, qu'on acquiert la renommée
Sans laquelle celui qui consume sa vie, laisse de soi , sur la terre, le même vestige que la fumée dans l'air et l'écume dans l'eau.
Lève -toi donc, et que la fatigue soit vaincue par l'àme, qui vainc dans tout combat, si, sous le poids du corps, elle ne s'abat point.
Il faut monter un plus long escalier : avoir quitté ceux-là ne suffit pas ; si tu m'entends, fais que maintenant cela te serve.
Lors je me levai, plus en haleine qu'auparavant je ne me sentais, et je dis : — Va ! j'ai de la force et du courage.
Nous prîmes notre route par le haut du rocher, qui était raboteux, étroit et malaisé, et beaucoup plus escarpé que le précédent.
302 CANTO YENTESIMOQUARTO.
22 Parlando a-ndava per non parer fievole; Onde una voce uscio dall'altro fosso,
A parole formar disconvenevole.
23 Non so che disse, ancor che sovra 'I dosso Fossi deir arco già che varca quivi :
Ma chi parlava ad ira parea mosso.
24 1' era volto in giù : ma gli occhi vivi Non potean ire al fondo per l'oscuro : Perch' io : Maestro, fa che tu arrivi
25 Dall'altro cinghio, e dismontiam lo muro; Chè corn' i' odo quinci, e non intendo, Cosi giù veggio, e niente affiguro.
26 Altra risposta, disse, non ti rendo, Se non lo far : che la dimanda on esta Si dee seguir con Y opéra tacendo.
27 Noi discenderamo il ponte dalla testa, Ove s'aggiunge coll'ottava ripa,
E poi mi fu la bolgia manifesta :
28 E vidivi entro terribile stipa
Di serpenti, e di si diversa mena,
Che la memoria il sangue ancor mi scipa.
29 Più non si vanti Libia con sua rena; Chè, se chelidri, iaculi e faree Produce, e cencri con anfesibena;
Parlant j'allais, pour ne pas paraître faible, quand de l'autre fosse sortit une voix dont on ne pouvait former des paroles.
Je ne sais ce qu'elle disait, quoique déjà je fusse sur le dos de l'arche qui traverse là; mais celui qui parlait semblait ému de colère.
Je m'étais baissé; cependant, à cause de l'obscurité, mes yeux tendus ne pouvaient atteindre le fond. Ce pourquoi je dis : — Maître, fais que, descendant du mur,
Nous arrivions à l'autre enceinte; cai% comme d'ici j'ouïs et n'entends pas, ainsi en bas regardant, rien ne distingue.
— D'autre réponse, dit-il, je ne te fais que l'agir même; l'œuvre, en silence, doit suivre la sage demande.
Nous descendîmes du pont par l'extrémité où il se joint à la huitième rive, et alors la bolge se découvrit à moi :
Et je vis dedans un terrible amas de serpents , et d'espèce si diverse que le souvenir m'en fige encore le sang;.
Point ne se vante la Libye de produire dans ses sables plus de Chersydres, et de Chélydres, et de Jets, et de Pharées, et de Cenchris, et d'Amphisbènes,
304 CANTO VENTESIMOQUARTO.
30 Ne tante pestilenzie ne si ree Mostrô giammai con tutta Y Etiopia,
Ne con ci 6 che di sopra il mar rosso ee.
31 Tra questa cruda e tristissima copia Correvan genti nude e spaventate, Senza sperar pertugio o elitropia.
32 Con serpi le man dietro avean legate : Quelle ficcavan per le ren la coda
E '1 capo, ed eran dinanzi aggroppate.
33 Ed ecco ad un, ch'era da nostra proda, S'avventô un serpente, che '1 trafisse, Là dove il collo aile spalle s'annoda.
34 Ne O si tosto mai, ne I si scrisse, Gom'ei s'accese e arse, e cener tutto Covenne che cascando divenisse :
35 E poi che fu a terra si distrutto, La cener si raccolse per se stessa, In quel medesmo ritornô di butto :
36 Cosi per li gran savi si confessa, Che la Fenice muore e poi rinasce, Quando al cinquecentesimo anno appressa.
37 Erba ne biada in sua vita non pasce : Ma sol d'incenso lagrime, e d' amomo, E nardo e mirra son Y ultime fasce.
Ni tant de bêtes pestilentes, ni si méchantes elle ne montra jamais, avec tonte l'Ethiopie, et toutes les contrées au-dessus de la mer Rouge.
Au milieu de cette foison de cruels et odieux reptiles, couraient des gens nus et pleins d'épouvante 1, sans aucun espoir de refuge, ni d'héliotrope2.
Leurs mains étaient liées par derrière avec des serpents ; et ceux-ci dans leurs reins enfonçaient la queue et la tête, et se nouaient devant.
Et voilà que sur l'un d'eux, qui était près de la même rive que nous, s'élança un serpent qui le piqua là où le col s'articule aux épaules.
Jamais ni 0 , ni J ne s'écrivit aussi vite qu'il s'enflamma, et brûla tout entier, et tomba réduit en cendres :
Et lorsque ainsi détruit il fut gisant à terre, la poussière aussitôt se rassembla, et d'elle-même redevint le même corps qu'auparavant.
Ainsi, au dire des grands sages, le Phénix meurt et ensuite renaît, lorsqu'il approche de sa cinq centième
année
Il ne se nourrit, durant sa vie, ni d'herbes ni de grains, mais de larmes d'encens et d'amome; et le nard et la myrrhe sont ses derniers langes.
306 CANTO VENTESIJIOQUARTO.
38 E quai è quei che cade, e non sa como, Per forza di démon ch'a terra il tira,
0 d'altra oppilazion che lega l'uomo,
39 Quando si leva, che intorno si mira, Tutto smarrito dalla grande angoscia Ch'egli ha sofferta, e guardando sospira ;
40 Taie era il peccator levato poscia.
0 giustizia di Dio quant' è severa!
Che cotai colpi per vendetta croscia!
41 Lo Duca il dimandô poi phi egli era : Perch' ei rispose : F piovvi di Toscana, Poco tempo è, in questa gola fera.
42 yita bestial mi piacque, e non umana,
Si corne a mul ch' f fui : son Vanni Fucci Bestia, e Pistoia mi fu degna tana.
43 E io al Duca : Dilli che non mucci,
E dimanda quai colpa quaggiù'l pinse; Ch' io '1 vidi uom già di sangue e di corrucci.
44 Et il peccator, che intese, non s' infinse, Ma drizzô verso me l'animo e '1 volto,
E di trista vergogna si dipinse;
45 Poi disse : Più mi duol che tu m' hai colto Nella miseria, dove tu mi vedi^
Che quand' i' fui dell'altra vita tolto :
Tel que celui qui tombe et ne sait comment, que la force du démon l'ait jeté à terre, ou un autre mal qui lie l'homme,
Quand il se relève, regarde autour, troublé par la grande angoisse qu'il a soufferte, et, regardant, soupire :
Tel était le pécheur, après s'être relevé. Oh! que sévère est la justice de Dieu, dont la vengeance frappe de tels coups !
Le Maître alors lui demanda qui il était; il répondit : « Depuis peu de temps, je suis tombé de la Toscane dans cette gueule cruelle.
« Me plut une vie bestiale, et non humaine, comme à un mulet que je fus : je suis Vanni Fucci la brute, et Pistoie fut ma digne tanière 3. »
Et moi an Maître : — Dis-lui de ne pas biaiser, et demande- lui quel crime l'a poussé dans cette fosse; car je l'ai vu homme de sang et de colère.
Et le pécheur, qui m'entendit , ne feignit point, mais tourna vers moi son âme et son visage, où se peignit une méchante honte ;
Puis il dit : « Plus chagrin suis- je que tu m'aies surpris clans la misère où tu me vois, que je ne le fus quand l'autre vie me fut ôtée.
308 CANTO VENTESIMOQUARTO.
46 F non posso negar quel che tu chiedi : In giù son messo tanto, perch'io fui Ladro alla sagrestia de' belli arredi ;
kl E falsamente già fu apposto altrui.
Ma perché di tal vista tu non godi, Se mai sarai di fuor de' luoghi bui,
as Apri gli orecchi al mio annunzio, e odi, Pistoia in pria di Neri si dimagra, Poi Firenze rinnova genti e modi.
A9 Tragge Marte vapor di val di Magra, Ch'è di torbidi nuvoli involuto, E con tempesta irapetuosa ed agra
50 Sopra Gampo Picen fia combattuto :
Ond'ei repente spezzerà la nebbia, Si ch'ogni Bianco ne sarà feruto :
E detto F ho, perché doler ten debbia.
« Je ne puis refuser ce que tu demandes; si bas ai -je été envoyé parce que ce fut moi qui volai de la sacristie les beaux ornements;
«Et cela fut faussement imputé à un autre. Mais, pour que de m' avoir vu tu ne te réjouisses pas, si jamais tu sors de ces sombres lieux ,
« Ouvre l'oreille et écoute ce que je t'annonce : Pistoie s'amaigrit des Noirs4, puis Florence renouvelle hommes et choses 5.
« Du val de Magra , enveloppé de nuages orageux , Mars attire la vapeur, et, avec la furie d'une tempête impétueuse ,
« Sur les champs Picéniens on combattra ; et subitement la nuée crèvera, et tout Blanc sera frappé6.
« Et je l'ai dit parce qu'il doit t'en douloir. »
CANTO VENTESIMOOUINTO
1 Al fine délie sue parole il ladro
Le mani alzô con ambeduo le fiche, Gridando : Togli , Dio , chè a te le squadro.
2 Da indi in qua mi fur le serpi amiche,
Perch' un a gli s' avvolse allora al collo , Corne dicesse : F non vo' che più diche :
3 Ed un'altra aile braccia, e rilegollo Ribadendo se stessa si dinanzi,
Che non potea con esse dare un crollo,
4 Ah Pistoia , Pistoia ! chè non stanzi D'incenerarti, si che più non duri, Poi che in mal far lo semé tuo avanzi?
Per tutti i cerchi dell' Inferno oscuri Spirto non vidi in Dio tanto superbo , Non quel che cadde a Tebe giù de' mûri.
Lorsqu'il eut fini de parler, le voleur éleva les mains, et des deux fit la figue, criant : « A toi , Dieu ! prends -la ! »
Depuis lors m'ont été amis les serpents, un d'eux à son cou s' étant enroulé, comme s'il eût dit : « Je ne veux pas que tu en dises plus, »
Et un autre à ses bras, que, se rivant lui-même par-devant, il lia de telle sorte , qu'avec eux il ne pouvait donner de secousse.
Ah! Pistoie, Pistoie ! que n'en finis -tu de toi, te réduisant toi-même en cendres, puisque les tiens dépassent toujours plus leurs ancêtres dans le mal?
Dans tous les sombres cercles de l'Enfer, je ne vis point d'esprit si superbe contre Dieu , non pas même celui qui tomba des murs de Thèbes1.
31* CANTO VENTESIMOQUINTO.
6 Ei si fuggi, che non parlô più verbo : Ed io vidi un Centauro pien di rabbia Venir gridando : Ov'è, ov'è l'acerbe?
7 Maremma non cred' io che tante n'abbia, Quante bisce egli avea su per la groppa , Infin dove comincia nostra labbia.
8 Sopra le spalle, dietro dalla coppa, Gon Taie aperte gli giaceva un draco, E quello affoca qualunque s'intoppa.
9 Lo mio Maestro disse : Quegli è Gaco , Che sotto'l sasso di monte Aventino, Di sangue fece spesse volte laco.
10 Non va co' suoi fratei per un cammino, Per lo furar frodolente ch'ei fece
Del grande armento , ch'egli ebbe a vicino
11 Onde cessai' le sue opère biece Sotto la mazza d' Ercole, che forse Gliene diè cento, e non senti le diece.
12 Mentre che si parlava, ed ei trascorse, E tre spiriti venner sotto noi ,
De' quai ne io nè'l Duca mio s'accorse :
13 Se non quando gridar : Chi siete voi? Perché nostra novella si ristette ,
E intendemmo pure ad essi poi.
Il s'enfuit sans dire un mot de plus ; et je vis un Centaure plein de rage venir, criant : « Où est-il, où est -il, l'obstiné? »
Je ne crois pas que, dans la Maremme, soient autant de couleuvres qu'il en avait depuis la croupe jusque-là où commence la face.
Sur ses épaules, derrière la nuque, s'étendait, les ailes déployées , un dragon qui embrase tout ce qu'il heurte.
Mon Maître dit: — Celui-ci est Cacus, qui, sous le rocher du mont Aventin , maintes fois fit un lac de
11 ne va point avec ses frères par le même chemin2, à cause du vol que, par fraude, il fit du grand troupeau voisin de lui3;
D'où eurent leur fin ses œuvres louches, sous la massue d'Hercule, qui cent fois peut-être le frappa, et il ne le sentit pas dix4.
Pendant qu'il parlait ainsi, l'autre rapidement passa, et trois esprits vinrent au-dessous de nous, sans être aperçus ni de moi ni du Guide,
Sinon lorsqu'ils crièrent: «Qui êtes-vous? » Sur quoi le récit fut -interrompu 5, et à eux seuls nous fîmes attention.
314 CANTO YINTESIMOQUINTQ.
u 1" non gli conoscea, ma ei seguette, Corne suol seguitar per alcan caso , Ghe L'un nomare aU'altro convenette,
15 Dicendo : Cianfa dove fia rimaso?
Perch' io , acciocchè'l Duca stesse attento,
Mi posi '1 dito su dal mento al naso.
16 Se tu sei or, lettore, a creder lento Giô ch'io dirô, non sarà maraviglia,
Chè io, che'l vidi, appena il mi eonsento.
17 Gom'i'tenea levate in lor le cigiia; E un serpente con sei piè si lancia Dinanzi aU'uno, e tutto a lui s'appiglia.
18 Co" piè di mezzo gli avvinse la pancia, E con gli anterior le braccia prese ;
Poi gli addentô e Puna e Paîtra guaneia :
19 Gli diretani aile cosce distese , E miseli ca coda tr" amendue , E dietro per le ren su la ritese,
20 Ellera abbarbicata moi non lue Ad alber si, eome Porribil iiera
Per Paltrui membra avvitiechiô le sue :
1 Poi s'appiccar, corne di calda cera Fossero stati. e mischiar lor colore; Ne l'un ne Paltro già parea quel ch'era :
Je ne les connaissais pas ; mais il arriva , comme souvent il arrive par hasard , que l'un d'eux en nomma un autre ,
Disant : « Où sera resté Cianfa6? » Lors, pour que le Maître fût attentif, je levai le doigt et le posai du menton au nez 7.
Si maintenant, Lecteur, tu es lent à croire ce que je dirai, ce ne sera merveille, puisqu'à peine le crois -je , moi qui le vis.
Gomme fixement je les regardais , un serpent à six pattes s'élança sur l'un d'eux, et tout entier s' attachant à lui,
Avec les pattes du milieu il lui lia le ventre, et avec celles de devant il saisit ses bras, puis enfonça les dents dans l'une et l'autre joue ;
11 étendit les pattes de derrière sur les cuisses, entre lesquelles il darda la queue , la ramenant par derrière en haut sur les reins.
Jamais lierre ne serra si étroitement un arbre , qu'aux membres de l'autre l'horrible bête enlaça les siens.
Puis ils se collèrent comme s'ils eussent été de cire fondue, et leurs couleurs se mélangèrent : déjà de l'un et de l'autre l'apparence était incertaine;
316 GANTO VENTESIMOQUINTO.
22 Corne procède imianzi dall'ardore Per lo papiro suso un col or bruno .
Che non è nero ancora. e il bianco muore.
23 Gli altri duo riguardavano , e ciascimo Gridava : 0 me. Agnél, comme ti muti!
Vedi che già non se" ne duo ne uno.
-x Già eran li duo capi un divenuti.
Quando n'apparver duo figure miste In una faccia. ov'eran duo perduti.
25 Fersi le braccia duo di quattro liste ;
Le cosce colle gambe , il ventre e'1 casso Divenner membra che non fur mai viste.
26 Ogni primaio aspetto ivi era casso : Due e nessun l'imagine perversa
• Parea. e tal sen gïa con lento passo.
27 Corne '1 ramarro . sotto la grau fersa De' di canicular, cangiando siepe .
Folgore pare . se la via attra versa :
2S Gosi parea. venendo verso 1' epe Degli altri due un serpentello acceso .
Livido e nero corne gran di pepe.
29 E quella parte . doncle prima è preso Nostfo alimente, ail" un di lor trafisse ; Poi cadde enuso innanzi lui disteso.
Comme, exposé au feu , le papier prend en dessus une teinte brune ; il n'est pas noir encore, et le blanc meurt.
Les deux autres le regardaient , et chacun d'eux criait : « Oh ! Agnel 7, comme tu changes! Vois, déjà tu n'es ni deux ni un. »
Les deux têtes n'en faisaient plus qu'une, lorsqu'y apparurent deux figures mêlées sur une face devenue celle des deux perdus 8.
De quatre pièces se firent les deux bras : les cuisses avec les jambes, le ventre et le buste, devinrent des membres qu'on ne vit jamais.
Tout avait là dépouillé son premier aspect; la forme transmuée était celle de deux et n'était celle d'aucun , et telle elle s'en allait à pas lents.
Comme, sous l'ardeur des jours caniculaires, le lézard, changeant de haie, traverse, pareil à l'éclair, le chemin ;
Ainsi, s'élançant vers le ventre des deux autres, paraissait un petit serpent irrité, livide et noir comme un grain de poivre.
A l'un d'eux il piqua cette partie9 par où nous prenons notre première nourriture, puis tomba étendu devant lui.
318 CANTO VENTESIMOQUINTO.
30 Lo trafitto il.miro, ma nulla disse : Anzi co' piè fermati sbadigliava , Pur corne sonno o febbre l'assalisse.
31 Egli il serpente , e quei lai riguardava : L' un per la piaga, e l'altro per la bocca Fumavan forte, e'1 fumo s'incontrava.
32 Taccia Lucano ornai, là dove tocca Del misère Sabello e di Nassidio ,
E attenda a udir quel ch' or si scocca.
33 Taccia di Cadmo e d' Aretusa Ovidio : Chè se quello in serpente , e quella in fonte Converte poetando, io non l'invidio :
34 Chè duo nature mai a fronte a fronte Non transmutô , si ch' ambedue le forme A cambiar lor materie fosser pronte.
35 Insieme si risposero a tai norme, Che il serpente la coda in força fesse , E il feruto ristrinse insieme 1' orme
36 Le gambe con le cosce seco stesse
S' appiccar si , che in poco la giuntura Non facea segno alcun che si paresse.
37 Togliea la coda fessa la figura, Che si perdeva là , e la sua pelle Si facea molle e, quella di là dura.
Le piqué le regarda, et ne dit rien ; mais s' arrêtant, il se raidissait sur ses pieds, et bâillait comme si le sommeil ou la fièvre l'eût assailli.
11 regardait le serpent, et le serpent lui : l'un fortement fumait par la plaie , l'autre par la bouche , et les fumées se rencontraient.
Que désormais Lucain se taise ; qu'il ne parle plus du malheureux Sabellus et de Nasidius10, et qu'il écoute ce qu'à présent je raconte.
Que de Cadmus et d'Aréthuse se taise Ovide ii. Si, poétisant, il change en serpent celui-là , et celle-ci en fontaine, point ne l'envie.
Jamais l'une clans l'autre il ne transforma deux natures , de sorte que promptes fussent les deuxformes à échanger leur matière.
Tellement elles se correspondirent, que le serpent fendit en fourche sa queue , et que le blessé mit les pieds ensemble.
Jambes et cuisses si bien se pénétrèrent, qu'en peu il ne parut aucune trace de jointure :
La queue fendue prenait la forme qui se perdait là ; sa peau s'amollissait , et celle de l'autre se durcissait.
320 CANTO VENTESIMOQUINTO.
38 F vidi entrar. le braccia per l'ascelle, E i duo piè délia fiera ch' eran corti j Tante- allungar quanto accorciavan quelle.
39 Poseia li piè diretro insieme attorti \ Diventaron lo membro che 1' uom cela , E il raisero del suo n'avea duo porti.
40 Mentre cbe'l furao l'uno e l'altro vêla Di color nuovo, e gênera il pel suso Per l'una parte, e dall'altra il dipela,
41 L'un si levé, e l'altro cadde giuso, No torcendo pero le lucerne empie, Sotto le quai ciascun cambiava muso.
42 Quel ch' era dritto il trasse 'n ver le tempie, E di troppa materia che in là venne, Uscir gli orecchi délie gote scempie :
43 Ciô che non corse in dietro, e si ritenne, Dr quel soverchio fe naso alla faccia,
E le labbra ingrosso quanto convenne :
44 Quel che giaceva, il muso innanzi caccia, E gli orecchi ritira per la testa,
Corne face la corna la lumaccia :
45 E la lingua, ch'aveva unita e presta Prima a parlar, si fende, e la forcuta Nell'altro si richiude e il fumo resta.
Je vis les bras rentrer sous les aisselles, et les deux pieds de la bête, qui étaient courts, s'allonger autant que ceux-là se raccourcissaient,
Ensuite, tordus ensemble, les pieds de derrière devinrent le membre que l'homme cache , et le malheureux vit le sien se transformer en deux pieds.
Tandis que la fumée les revêt d'une couleur nouvelle, recouvrant celui-ci de poil, et dépilant celui-là,
L'un se leva, et l'autre tomba, sans détourner les yeux impies au-dessous desquels la face changeait.
Celui qui était debout retira le museau vers les tempes, et par le trop de matière qui vint là, des joues élargies saillirent les oreilles.
De ce qui ne se porta pas en arrière et resta, de ce surplus un nez se fit à la face, et les lèvres se grossirent autant qu'il convenait.
Celui qui gisait à terre chassa le museau en avant, et retira les oreilles dans la tête, comme la limace fait de ses cornes ;
Et la langue , une auparavant et preste à parler, se fendit; et dans l'autre la fourche se referma, et cessa de fumer.
322 CANTO VENTESIMOQUTNTO.
*6 L' anima ch' era fiera divenuta , Si fugge sufolando per la valle, E l'altro dietro a lui parlando sputa.
47 Poscia gli volse le novelle spalle,
E disse all'altro : F vo' che Buoso corra , Coin' ho fatt'io, carpon per questo calle.
48 Cosi vid'io la settima zavorra
Mut are e trasmutare ; e qui mi scusi La novità, se fior la penna aborra.
49 Ed avvegnachè gli occhi raiei confusi Fossero alquanto, e l'animo smagato, Non poter quei fuggirsi tanto chiusi,
50 Ch' io non scorgessi ben Puccio Sciancato Ed era quei che sol de' tre compagni, Che venner prima , non era mutato :
L'altro era quel che tu, Ga ville, piagni.
L'âme, devenue bête, s'enfuit en sifflant par la vallée, et l'autre, derrière lui, en parlant crache.
Puis à celui-là il tourna les épaules nouvelles , et dit à l'autre12 : «Je veux que Buoso 13 coure à quatre pattes comme je l'ai fait par ce sentier. »
Ainsi vis- je le septième lest14 muer et transmuer; et que la nouveauté m'excuse , si ma plume a erré en quelque chose.
Quoique ma vue fût un peu confuse et mon âme étonnée, ceux-là, en fuyant, ne purent si bien se celer,
Que je ne reconnusse Puccio Sciancato ; et, des trois compagnons qui vinrent d'abord , il était le seul qui ne fût pas transformé.
L'autre15 était celui à cause de qui, Gavillé, tu pleures16.
CAJNTO VENTESIMOSESTO
1 Godi, Fiorenza, poi che se' si grande, Che per raare e per terra batti l' ali ,
E per lo Inferno il tuo nome si spande.
2 Tra li ladron trovai cinque cotali Tuoi cittadini , onde mi vien vergogna, E tu in grande onranza non ne sali.
3 Ma se presso al mattin del ver si sogna, Tu sentirai di qua da picciol tempo
Di quel che Prato, non clValtri. t'agogna.
4 E se già fosse, non saria per tempo. Cosï foss' ei , da che pure esser dee !
Chè più mi gravera, coin' più m'attempo.
5 Noi ci partimmo, e su per le scalee, Che îïavean faite i borni a scender pria. Rimontô '1 Duca mio. e brasse mee.
Réjouis-toi, Florence, d'être si grande que, sur terre et sur mer, battent tes ailes, et qu'en Enfer ton nom est répandu!
Parmi les larrons, je trouvai cinq de tes citoyens1; j'en ai honte, et à toi peu d'honneur en revient.
Mais si, près du matin, vrais sont les songes, tu sentiras, d'ici à peu de temps, ce que Prato, sans parler des autres, te souhaite2.
Et si déjà c'était, ce ne serait pas de trop bonne heure. Que n'est-ce dès à présent, puisque cela doit être! Plus je vieillirai, plus le poids m'en sera lourd.
Nous partîmes, et, par les pierres saillantes qui nous avaient d'abord servi d'escalier pour descendre, mon Guide remonta, me tirant après lui.
326 CANTO VENTESIMOSESTO.
6 E proseguendo la solingua via
Tra le scheggie e tra' rocchi dello scoglio, Lo piè senza la mari non si spedia.
7 Allor mi dolsi, e ora mi ridoglio, Quando drizzo la mente a ciô eh' io vidi ; E più lo 'ngegno affreno ch'io non soglio,
8 Perché non corra, che virtù nol guidi ; Si che se stella buona, o miglior cosa
M' ha dato il ben , ch'io stesso nol m'invidi.
9 Quante il villan, oh' al poggio si riposa, Nel tempo che colui, che'l mondo schiara, La faccia sua a noi tien meno ascosa,
10. Corne la mosca cède alla zanzara, Vede lucciole giù per la vallea, Forse cola dove vendemmia ed ara ;
11 Di tante flamme tutta risplendea
L' ottava bolgia , si corn' io m' accorsi , Tosto che fui là 've '1 fondo parea.
12 E quai colui che si vengiô con gli orsi, Yide il carro d'Elia al dipartire, Quando i cavalli al cielo erti levorsi ;
13 Chè nol potea si con gli occhi seguire, Che vedesse altro che la fiamma sola, Si corne nuvoletta, in su salire :
Et suivant la route solitaire à travers les escarpements et les rochers du précipice, le pied sans la main iie se dépêtrait pas.
Alors je m'attristai , et maintenant encore je m'attriste, quand je reporte mon souvenir sur ce que je vis, et, plus que d'ordinaire, je retiens mon esprit,
Afin qu'il ne coure point sans que la vertu le guide, et que si une bonne étoile, ou une autre chose meilleure3, a mis en moi le bien, je ne me l'envie pas à moi-même.
Alors que celui qui éclaire le monde tient le moins de temps sa face cachée'1, autant le villageois qui, lorsque la mouche cède l'air au cousin5,
Se repose sur le tertre, voit de lucioles dans la vallée, là peut-être où il vendange et laboure;
D'autant de flammes resplendissait toute la huitième bolge, comme je l'aperçus quand je fus là d'où l'on découvrait le fond.
Et tel qu'à celui qui se vengea par les ours6 apparut, au partir, le char d'Élie, quand se dressant vers le ciel les chevaux s'élevèrent,
Et que, le suivant de l'œil , il ne pouvait discerner que la flamme seule qui, comme une petite nue, montait ;
328 CANTO YENTESIMOSESTO.
14 Tal si movea ciascuna per la gola Del fosso, che nessuna mostra il furto, E ogni fiamma un peccatore invola.
d5 ïo stava sovra'l ponte a vedef surto, Si che s'io non avessi un roncbion preso, Caduto sarei giù senza esser urto.
16 E il Duca, che rai vicie tanto atteso, Disse : Dentro da' fuochi son gli spirti : Ciascun si fascia di quel ch'egli è inceso.
17 Maestro mio, risposi , per udirti
Son io più certo : ma già m' era avviso, Che cosi fusse, e già voleva dirti :
18 Ghi è in quel fuoco, che vien si diviso Di sopra, che par surger délia pira, Ov' Eteôcle col fratel fu miso ?
19 Risposemi : Là entro si martira Clisse e Diomede, e cosi insieme Alla vendetta corron coin' ail' ira :
20 E dentro dalla lor fiamma si geme L'aguato del caval, che fe la porta Ond' usci de' Romani il gentil semé.
21 Piangevisi entro Y arte, perché morta Deidamia ancor si duol d'Achille,
E del Palladio pena vi si porta.
Telle chacune de celles-là se mouvait à la bouche de la fosse : nulle ne montre le larcin7, et chaque flamme enveloppe un pécheur 8.
Debout sur le pont, je m'étais si avancé pour voir, que si à une saillie je ne me fusse retenu, je serais tombé sans qu'on me heurtât.
Et le Guide qui me vit si attentif, dit : — Au dedans des feux sont les esprits, chacun se revêt de ce qui le brûle.
— Maître, répondis -je, l'ouïr de toi m'en rend plus certain; mais déjà je m'étais aperçu qu'ainsi en étaitil , et je voulais te demander
Qui est dans ce feu, si divisé à son sommet qu'on dirait qu'il s'élève du bûcher sur lequel Étéocle fut mis avec son frère 9 ?
Il me répondit : — Là dedans sont tourmentés Ulysse et Diomède i0; ils sont ensemble emportés par la vengeance, comme ils le furent par la colère.
Au dedans de leur flamme, se pleure l'embûche du cheval qui fut la porte d'où sortit des Romains la noble semence11 ;
Et s'y pleure aussi l'artifice, par lequel Déidamie morte déplore encore le destin d'Achille12, et du Palladium s'y porte la peine13.
330 GANTO VENTESIMOSESTO.
22 S'ei posson dentro da quelle faville Parler, diss'io, Maestro, assai ten priego, E ripriego che '1 priego vaglia mille,
23 Che non mi facci dell' attender niego, Finchè la fiamma cornuta qua vegna :
Vidi che del desio ver lei mi piego.
24 Ed egli a me : La tua preghiera è degna Di mol ta Iode, ed io perô P accetto ;
Ma fa che la tua lingua si sostegna.
25 Lascia parlare a me, ch'i' ho concetto Ciô che tu vuoi ; ch' e' sarebbero schivi , Perch' e' fur Greci , forse del tuo detto.
26 Poichè la fiamma fu venuta quivi, Ove parve al raio Duca tempo e loco, In questa forma lui parlare audivi :
27 0 voi , che siete duo dentro da un fuoco , S' f méritai di voi mentre ch' io vissi , S'f méritai di voi assai o poco,
28 Quando nel mondo gli alti versi scrissi, Non vi m ove te ; ma 1' un cli voi dica Dove per lui perduto a morir gissi.
29 Lo maggior corna délia fiamma antica Gominciô a crollarsi mormorando, Pur corne quella cui vento affatica.
— Si , au milieu de ces étincelles, ils peuvent parler, dis -je, je t'en prie, Maître, et t'en prie encore, et que ma prière en vaille mille !
Ne me refuse point d'arrêter, jusqu'à ce qu'ici vienne la flamme double; vois, de désir je me ploie vers elle.
Et lui à moi : — De beaucoup de louange ta prière est digne, et ainsi je l'accepte. Mais fais qu'en repos ta langue se tienne.
Laisse-moi parler : j'ai compris ce que tu veux, et peut-être, ayant été Grecs, auraient -ils à dédain ton langage.
Lorsque la flamme fut venue près de nous, et qu'à mon Guide il parut que c'était le moment et le lieu , je l'entendis parler de la sorte :
— 0 vous qui êtes deux dans un seul feu , si je méritai de vous pendant que je vivais, si beaucoup ou peu je méritai de vous,
Lorsque dans le monde j'écrivis mes hauts vers 14, arrêtez-vous, et que l'un de vous dise où, par luimême perdu, il alla mourir.
La plus grande corne de l'antique flamme, pareille à celle que fatigue le vent, commença de s'agiter, murmurant ;
332 CANTO VENTESIMOSESTO.
30 ïndi la cimaque e là menando, Corne fosse la lingua che parlasse, Gittô voce di fuori , e disse : Quando
31 Mi diparti' da Circe, che sottrasse Me più d'un anno là presso a Gaeta, Prima che si Enea la nommasse;
32 Ne dolcezza di figlio, ne la piéta
Del vecchio padre, ne il clebito amore, Lo quai dovea Pénélope far lieta,
33 Vincer potero dentro a me l'ardore Ch'i' ebbi a divenir del mondo esperto, E degli vizj umani e del valore :
34 Ma .misi me per Y alto mare aperto
Sol con un legno e con quella compagna Picciola, dalla quai non fui deserto.
35 L'un lito e l'altro vidi insin la Spagna, Fin nel Marrocco, e l'isola de'Sardi,
E le altre che quel mare intorno bagna.
36 lo e' compagni eravam vecchi e tardi, Quando venimmo a quella foce stretta, Ov' Ercolr segno li suoi riguardi ,
37 Acciocchè l'uom più oltre non si metta : Dalla man désira mi lasciai Sibilia, Dali' altra già m'avea lasciata Setta.
Pais çà et là mouvant sa cime, comme si ce fut la langue qui parlât , au dehors émit une voix , et dit : « Quand
« Je quittai Circé , qui me retint caché plus d'un an, là, près de Gaëte15, avant qu'ainsi Énée la nommât16;
« Ni la douce pensée de mon fils, ni la piété envers mon vieux père, ni l'amour qui devait être la joie de Pénélope ,
« Ne purent vaincre en moi l'ardeur d'acquérir la connaissance du monde, et des vices des hommes, et de leurs vertus 17.
« Mais sur la haute mer de toutes parts ouverte, je me lançai avec un seul vaisseau , et ce petit nombre de compagnons qui jamais ne m'abandonnèrent.
«L'un et l'autre rivage je vis jusqu'à l'Espagne et jusqu'au Maroc, et l'île de Sardaigne, et les autres que baigne cette mer.
« Moi et mes compagnons nous étions vieux et appesantis, quand nous arrivâmes à ce détroit resserré où Hercule posa ses bornes,
« Pour avertir l'homme de ne pas aller plus avant : je laissai Se ville à main droite ; à l'autre déjà Septa18 m'avait laissé.
334 CANTO YENTESIMOSESTO.
38 0 frati , cliss'i , che per cento mi lia Perigli siete giunti alF occidente, A questa tanto picciola vigilia
S9 De' vostri sensi, ch' è del rimanente, Non vogliate negar l'esperienza, Diretro al Sol , del mondo senza gente.
40 Considerate la vostra semenza :
Fatti non foste a viver comme bruti , Ma per seguir virtute e eonoscenza.
41 Li miei compagni fec' io si acuti,
Con questa orazion picciola, al cammino. Ch'appena poscia gli avrei ritenuti.
h- E/volta nostra poppa nel mattino, De' remi facemmo aie al folle volo, Sempre acquistanclo del lato mancino.
43 Tutte le stelle già dell' altro polo Vedea la notte, e '1 nostro tanto basso, Che non surgeva fuor del marin suolo.
44 Cinque volte racceso, e tante casso, Lo lu me era di sotto délia luna,
Poi ch'entrati eravam neU'alto passo,
à5 Quando ii'apparvè una montagna brima Per la distanza, e parvemi alla tanto, Quanto veduta non ne aveva alcima.
« 0 frères! dis -je, qui , à travers mille périls, êtes parvenus à l'Occident , suivez le soleil , et à vos sens,
« A qui reste si peu de veille, ne refusez l'expérience du monde sans habitants19.
« Pensez à ce que vous êtes; point n'avez été faits pour vivre comme des brutes . mais pour rechercher la vertu et la connaissance.
« Par ces brèves paroles, j'excitai tellement mes compagnons à continuer leur route, qu'à peine ensuite aurais -je pu les retenir.
« La poupe tournée vers le levant , des raines nous fîmes des ailes pour follement voler, gagnant toujours à gauche.
« Déjà , la nuit , je voyais toutes les étoiles de l'autre pôle, et le nôtre si bas, que point il ne s'élevait au-dessus de l'onde marine.
« Cinq fois la lune avait rallumé son flambeau , et autant de fois elle l'avait éteint, depuis que nous étions entrés dans la haute mer,
« Quand nous apparut une montagne , obscure à cause de la distance, et qui me sembla plus élevée qu'aucune autre que j'eusse vue.
336 GANTO VENTESIMÔSESTO.
46 Noi ci âllegfammo, e tosto tornô in pianto
Chè dalla nuova terra un turbo nacque.
E pereosse del legno il primo canto.
47 ïre volte il fe girar con tutte Tacque, Alla quarta îevar la poppa in suso.
E la prora ire in giù. com'altrui piacque,
Infm che'l mar fu sôpra noi richiuso.
« Nous nous réjouîmes, et bientôt notre joie se changea en pleurs, de la nouvelle terre un tourbillon étant venu, qui par- devant frappa le vaisseau. •
« Trois fois il le fit tournoyer avec toutes les eaux; à la quatrième , il dressa la poupe en haut , et en bas il enfonça la proue, comme il plut à un autre,
« Jusqu'à ce que la mer se refermât sur nous. »
CANTO VENTESIMOSETTIMO
1 Già era dritta in su la fiamma e quêta, Per non dir più, e già da noi sen gia Con la licenzia del dolce Poeta;
2 Quando un' altra, che dietro a lei venia, Ne fece volger gli occhi alla sua cima, Per un confuso suon che fuor n' uscïa.
3 Corne '1 bue Gicilian, che raugghiô prima Col pianto di colui ( e cio fu dritto ) Che l'avea temperato con sua lima,
4 Mugghiava con la voce dell' afflitto, Si che, con tutto ch' e' fosse di rame, Pure el pareva dal dolor trafitto ;
5 Cosi, per non aver via, ne foraine Dal principio nel fuoco, in linguaggio Si convertivan le parole grame.
Déjà la flamme droite et en repos avait cessé de parler, et s'éloignait de nous, avec la permission du doux Poëte,
Lorsqu'une autre, qui venait derrière, attira mes regards par un son confus qui sortait de sa cime.
Gomme le taureau de Sicile qui premièrement, et ce fut justice, mugit les plaintes de celui dont la lime l'avait fabriqué1,
Transformait la voix du tourmenté en mugissements, de sorte que, quoique d'airain, il semblait ressentir la douleur ;
Ainsi, au commencement, ne trouvant dans le feu ni voie ni ouverture , les paroles douloureuses s'y changeaient en son propre langage 2.
340 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
6 Ma poscia çh'ebber colto lor viaggio Su per la punta, dandole quel guizzo Che dato avea la lingua in lor passaggio
7 Udimmo dire : 0 tu , a cui io clrizzo La voce, che parlavi mo lombardo, Dicendo : Issa ten va , più non t' aizzo :
Perch'io sia giunto forse aîquanto tardo. Non t' incresca ristare a parlar meco : Vedi che non incresce a me, e ardo.
9 Se tu pur mo in questo mondo cieco Caduto se' di quella dolce terra Latina, onde mia colpa tutta reco;
10 Dimmi se i Romagnuoli han pace, o guerra: Ch' f fui de' monti là intra Urbino
E '1 giogo di che Tever si disserra.
11 lo era ingiuso ancora attente e chino, Quando '1 mio Duca mi tenté di costa, Dicendo : Parla tu, questi è Latino.
12 Ed io ch'avea già pronta la risposta. Sanza indugio a parlare incominciai :
0 anima, che se' laggiù nascosta,
13 Romagna tua non è, e non fu mai, Senza guerra ne' cuor de' suoi tiranni ; Ma palese nessuna or ven lasciai.
Mais lorsque, montant, elles eurent pris leur route par la pointe, qui leur imprimait,* au passage, les mêmes vibrations qu'auparavant la langue,
Nous entendîmes ces mots : « 0 toi, à qui ma voix s'adresse, et qui parlais tout à l'heure lombard, disant : « Maintenant , va ; de toi je ne désire rien de plus.
« Quoique un peu tard peut-être je sois venu, qu'il ne te déplaise de t' arrêter et de parler avec moi; vois, à moi cela ne déplaît, et je brûle.
« Si récemment dans ce monde aveugle tu es tombé de cette douce terre latine, d'où j'ai apporté toute ma coulpe,
« Dis-moi si les Romagnols ont la paix ou la guerre ; car je fus des monts, là, entre Urbino et la montagne d'où sort le Tibre3. »
J'étais encore baissé et regardais en bas, lorsque mon Guide me toucha le côté, disant : — Parle, toi; celui-ci est Latin.
Et moi , qui avais déjà la réponse prête, sans retard je commençai de parler : — O âme, là -dessous cachée,
Ta Romagne n'est ni ne fut jamais sans guerre dans le cœur de ses tyrans; mais d'ouverte, aucune n'y ai-je laissé.
CANTO VENTESIMOSETTIMO.
14 Ravenna sta, corn' è stata molt' anni : L'aquila cla Polenta la si cova,
Si che Gervia ricopre co' suoi vanni.
15 La terra che fe già la lunga prova, E di Franceschi sanguinoso mucchio, Sotto le branche verdi si ritrova,
16 E '1 Mastin vecchio, e'1 nuovo da Verrucchio, Che fecer di Montagna il mal governo,
Là, dove soglion, fan de' denti succhio.
17 Le città di Lamone e di Santerno Gonduce il lioncel dal nido bianco, Che muta parte dalla sta te al verno :
18 E quella a cui il Savio bagna il fianco, Gosi corne' ella siè tra '1 piano e '1 monte, Tra tirannia si vive e stato franco.
19 Ora chi se' ti prego che ne conte : Non esser duro più ch'altri sia stato, Se'l nome tuo nel mondo tegna fronte.
20 Poscia che'l fuoco alquanto ebbe ragghiato Al modo suo, l'aguta punta mosse
Di qua, di là, e poi cliè cotai fiato :
21 S'io credessi che mia risposta fosse
A persona che mai tornasse al mondo, Questa fiamma staria senza più scosse :
Ravenne est ce qu'elle a été depuis maintes années; la couve l'aigle de Polenta4, recouvrant Cervia de ses ailes.
La cité5 qui jadis soutint la longue épreuve, et de Français fit un monceau sanglant, est toujours sous les pattes vertes6 ;
Et le vieux Mastino, et le nouveau de Verrucchio 7, si cruels envers Montagnas, enfoncent encore les dents où ils les enfonçaient.
La ville de Lamone et celle de Santerno9 régit le lionceau du nid blanc10, qui change le parti de l'été a l'hiver;
Et celle dont le Savio baigne le flanc11, comme entre la plaine et le mont elle est sise, vit entre la tyrannie et la liberté.
Maintenant je te prie de nous dire qui tu es; ne sois pas plus dur que d'autres ne l'ont été, et que ton nom se conserve dans le monde!
Après qu'à sa manière le feu eut un- peu murmuré, la pointe aiguë d'ici et de là se mut, puis émit ce souffle :
«Si je croyais répondre à quelqu'un qui dût jamais retourner dans le monde, cette flamme cesserait de se mouvoir.
344 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
22 Ma perciocchè giammai di questo fondo Non tornô vivo alcun, s'i' odo il vero, Senza tema d'infamia ti rispondo.
23 F fui uom d'arme, e poi fu' cordigliero, Credendomi , si cinto, fare ammenda :
E certo il creder mio veniva intero ;
24 Se non fosse il gran Prête, a cui mal prenda, Che mi rimise nelle prime colpe ;
E come, e quare voglio che m'intenda.
25 Mentre ch'io forma fui d'ossa e di polpe, Che la madré mi diè, l'opère mie
Non furon léonine, ma di volpe.
26 Gli accorgimenti e le coperte vie lo seppi tutte ; e si menai lor arte, Ch'al fine délia terra il suono uscie.
27 Quand o mi vidi giunto in quella parte Di mi a età, dove ciascun dovrebbe Calar le levé e raccoglier le sarte ;
28 Ciô che pria mi piaceva, allor m'increbbe, E pentuto e confesso mi rendei ,
Ahi miser lasso ! e giovato sarebbe.
29 Lo Principe de' nuovi Farisei Avendo guerra presso a Laterano (E non con Saracin, ne con Giudei ;
« Mais puisque jamais, si ce cfu'on dit est vrai , nul ne retournera vivant de ces profondeurs, sans crainte d'infamie je te réponds.
« Je fus homme d'armes, et puis cordelier, croyant, en me ceignant ainsi, expier mes fautes ; et certes il en aurait été entièrement comme je le croyais,
«N'eût- ce été le grand Prêtre12, à qui mal en prenne, qui me replongea dans mes premiers méfaits : comment et pourquoi, je veux que tu l'entendes.
« Pendant que je fus la forme d'os et de chair que ma mère me donna , mes œuvres ne furent pas d'un lion , mais d'un renard.
« Les sourdes pratiques et les voies couvertes, je les sus toutes, tellement que le bruit en parvint jusqu'au bout de la terre.
« Quand je fus arrivé à ce point de mon âge, où chacun devrait abaisser les voiles et serrer les cordages,
«Ce qui premièrement me plaisait, alors me pesa; repentant et confès je me fis : et bien, hélas! m'en serais- je trouvé, pauvre misérable !
« Le prince des nouveaux Pharisiens avait la guerre près de Latran13, et ni avec les Sarrasins, ni avec les Juifs :
346 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
30 Chè ciascuii suo nemico era Cristiano, E nessuno era stato a vincer Acri .
Ne mercatante in terra di Soldano ) .
31 Ne sommo ttficio, ne orclini sacri Guardô in se, ne in me quel capestro Che solea far li suoi einti più macri :
32 Ma corne Costa ntin chiese Silvestro Dentro Siratti a guarir délia lebbre :
Cosi mi chiese questi per maestro
33 A guarir délia sua superba febbre :
Domandommi consigiio, ed io tacetti .
Perché le suo parole parver ebbre.
34 E-poi mi disse : Tuo cuor non sospetti Finor t'assolvo. e tu m'insegna tare Si corne Penestrino in terra getti.
35 Lo ciel poss'io serrare e dîsserrare,
Corne tu sai : perô son duo le chiavi . Che il min antecessor non ebbe care.
36 Allor mi pinser gli argument! gravi Là've'l tacer mi fu awiso il pieggio,
E dissi : Padre. da che tu mi lavi
37 Di quel peccato. ove mo cader deggio. Lunga promessa con 1" attender corto Ti farà trionfar nell'alto seggio.
CHANT YINGT-SEPTIËME. 347
«Étaient chrétiens tous ses ennemis, et aucun n'avait aidé à prendre Acres, ou trafiqué clans la terre du Soudan14.
« Ni l'office suprême, ni les ordres sacrés il ne regarda en soi, non plus qu'en moi le cordon qui jadis amaigrissait15 ceux qui s'en ceignaient.
«Mais comme Constantin manda Sylvestre d'au dedans du Siratti16, pour guérir sa lèpre, ainsi me manda-t-il comme médecin,
«Pour guérir sa fièvre de superbe. 11 me demanda conseil , et je me tus, tes paroles me paraissant ivres.
« Il reprit : — Que ton cœur ne craigne point ; dès à présent je t'absous. Enseigne-moi comment je jetterai bas Palestrina17.
« Je puis , comme tu sais , ouvrir et fermer le ciel ; car doubles sont les clefs qui point ne furent chères à mon prédécesseur 18. —
« Alors me poussèrent les graves arguments là où se taire me parut le pis, et je dis : — Père, puisque tu me laves
« De ce péché, où je dois maintenant tomber, longue promesse et court effet19 te fera triompher sur le haut siège. —
348 CANTO VENTES1MOSETÏTMO.
38 Francesco venue poi, com io fu' morte-, Per me; ma un de' neri Cherubini
Gli disse : Nol portar ; non mi far torto.
39 Venir se ne clee giù tra' miei meschini , Perché diede il consigiio frodolente, Dal quale in qua stato gli sono a' crini :
40 Ch'assolver non si puo, chi non si pente; Ne pentere o volere insieme puossi ,
Per la contraddizion che nol consente.
41 O me dolente ! corne mi riscossi , Quando mi prese, dicendomi : Forse Tu non pensa vi ch' io loico fossi !
42 A Minos mi porto : e quegli attorse Otto volte la coda al dosso duro;
E, poichè per gran rabbia la si morse,
43 Disse : Questi è de' rei del fuoeo furo : Perch'io là dove vedi son perduto,
E si vestito andando mi rancuro.
àà Quand' egli ebbe il suo dir cosi compiuto, La fiarnma dolorando si partio, Torcenclo e dibattendo '1 corno aguto.
45 Noi passamm' oltre ed io e il Duca mio Su per lo scoglio infino insu l' altr' arco Che copre '1 fosso, in che si paga il fio
À quei che scommettendo, acquistan carco.
« Ensuite, quand je fus mort, François me vint chercher; mais un des anges noirs lui dit : — Ne l'enlève point, ne me fais pas tort ;
«En bas, parmi mes serfs, il doit venir, parce qu'il donna le conseil frauduleux, depuis quoi je le tiens aux crins.
« Absous ne peut être qui ne se repent, et à la fois vouloir et se repentir ne se peut , à cause de la contradiction, qui point ne le permet. —
« 0 malheureux ! comme je tressaillis lorsqu'il me prit, disant : — Tu ne pensais pas, peut-être, que je fusse logicien. —
« Il me porta devant Minos; et celui-ci, après avoir huit fois roulé sa queue autour de son dos endurci, et se l'être mordue de rage,
« Dit : — Ce pécheur est de ceux que le feu dérobe20.— Par quoi, là où tu vois, perdu suis- je , et ainsi vêtu, gémissant je vais. »
Lorsque cle la sorte il eut achevé son dire, la flamme douloureuse s'en alla, agitant et tordant sa flamme aiguë.
Mon Guide et moi nous passâmes outre, par- dessus le rocher, jusque sur l'autre arche, qui recouvre la fosse où paient leur dette
Ceux qui, en semant la division, chargent leur âme.
CANTO VENTESIMOTTAVO
1 Chi poria mai pur con parole sciolte Dicer del sangae e délie piaghe appienno, Ch'i'ora vidi, per narrar più volte?
2 Ogni lingua per certo verria meno Per lo nostro sermone e per la mente, C hanno a tanto comprender poco seno.
3 Se s'adunasse ancor tutta la gente, Che già in su la fortunata terra
Di Puglia fu del suo sangue dolente.
4 Per li Romani, e per la lunga guerra Che dell'anella fe si alte spoglie, Corne Livio scrive , che non erra ;
5 Con quella che sentio di colpi doglie, Per contrasiare à Roberto Guiscardo ;
E l'altra, il cui ossame ancor s'accoglie
Qui , même en prose , et dans un récit plusieurs fois répété , pourrait dire tout ce que je vis de sang et de plaies?
Aucune langue qui ne défaillît, à cause des bornes et de notre idiome, et de l'esprit, trop étroits pour tant contenir.
Si on rassemblait tous ceux qui jadis dans la malheureuse terre de Pouille pleurèrent leur sang versé
Par les Romains, dans la longue guerre1 où des dépouilles fut fait un si haut amas d'anneaux2, comme l'écrit Livius, qui n'erre point ;
Et tous ceux qui des blessures ressentirent la douleur, en combattant contre Robert Guiscard1; et les autres 4 dont on recueille encore les ossements
352 CANTO VENTESIMOTTAYO.
6 À Ceperan , là dove fu bugiardo Giascun Pugliese, e là da Tagliacozzo Ove senz' arme vinse il vecchio Alardo ;
El quai forato su membre-, e quai mozzo Mostrasse, d'agguagliar sarebbe nulla Il modo délia nona bolgia sozzo.
8 Già veggia, per mezzul perdere o lulla, Corn' io vidi un , cosi non si pertugia , Rotto dal mento insin dove si trulla.
9 Tra le gambe pendevan le minugia ; La corata pareva, e'1 tristo sacco Ghe merda fa di quel che si trangugia.
10 Mentre che tutto in lui veder m'attacco, Guardommi , e con le man s' aperse il petto, Dicendo : Or vedi , corne io mi dilacco :
11 Vedi corne storpiato à Maometto.
Dinanzi a me sen va piangendo Ali Fesso nel volto dal mento al ciuffetto :
12 E tutti gli altri , che tu vedi qui , Seminator di scandalo e di scisma Fur vivi, e perô son fessi cosi.
13 Un diavolo è qua dietro che n'accisma Si crudelmente, al taglio délia spada Rimettendo ciascun di questa risma ,
A Ceperano , où chaque Pouillois fut menteur 5, et à Tagliacozzo , où, sans armes, vainquit le vieux Alard6;
Et que l'un montrât ses membres percés, l'autre mutilés, ce ne serait rien près de ce qu'offre d'horrible la neuvième bolge.
Nul tonneau, fuyant par la barre ou les douves, n'est aussi troué qu'un damné que je vis, fendu du menton jusque là d'où les vents s'échappent.
Entre les jambes pendaient les boyaux : à découvert était la courée7, et le dégoûtant sac où en excréments se transforme ce qu'on mange.
Tandis que sur lui je tenais mes yeux fixés, il me regarda, et avec la main s'ouvrit la poitrine, disant : « Vois comme je me déchire.
« Vois comme dépecé est Mahomet : devant moi Ali 8 va pleurant, le visage fendu du menton jusqu'à la chevelure.
« Tous ceux qu'ici tu vois furent, de leur vivant, des semeurs de scandales et de schismes ; et pour cela sontils fendus de la sorte.
« Là derrière est un diable qui cruellement ainsi nous schismatise 9, remettant chacun de nous au tranchant de l'épée ,
354 CANTO YENTESIMOTTÀYO.
u Quando av-em volta la dolente strada ; Perocchè le ferîte son richiuse Prima ch'altri 'dinanzi li rivada.
15 Ta tu chi se1 che in su lo scoglio muse . Forse per indugiar d'ire alla pena.
Ch'è giudicata in sa le tue accuse?
16 Ne morte il giunse ancor, ne colpa il mena. Rispese il mio Maestro, a tormentarlo : Ma, per dar lui esperienza piena,
17 A me, che morto son. convien menarlo Per lo Inferno quaggiù di giro in giro : E questo è ver cosi com' io ti paiio.
48 Più fur di cento che quando l'udiro. S' arrestaron nel fosso a riguardarmi .
Per maraviglia obliando il martiro.
19 Or di a fra Dolcin dunqne che s' armi. Tu che forse vedfai il sole in brève.
S' egli non vuol qui tosto seguitarmi ,
20 Si di vivanda , che stretta di neve Non rechi la vittoria al Noarese ,
Ch' altrimenti acquistar non saria levé.
21 Poichè F un piè per girsene sospese . Maometto mi disse esta parola ; lncli a partirsi in terra lo distese.
« Après que nous avons parcouru le triste circuit , les blessures se refermant avant que nous revenions devant lui.
« Mais qui es- tu, toi qui là -haut t'arrêtes sur la roche, peut-être pour retardes, le supplice auquel le jugement prononcé sur toi te condamne d'aller? »
— Ni la mort, répondit mon Maître, ne l'a encore atteint, ni pour être tourmenté aucune coulpe ne l'amène; mais, afin qu'il en ait une pleine connaissance ,
Je dois, moi qui suis mort, le conduire à travers l'Enfer, de cercle en cercle, jusqu'au fond : et cela est aussi vrai qu'il l'est que je te parle.
Il y en eut plus de cent qui, lorsqu'ils l'entendirent, s'arrêtèrent dans la fosse pour me regarder, par l'étonnement distraits de la souffrance.
« Or donc, toi qui bientôt peut-être reverras le soleil , dis à fra Dolcin 10 que, s'il ne veut pas promptement me suivre ici ,
« Il se pourvoie de vivres , de telle sorte que la neige épaisse ne donne pas au Novarais la victoire, autrement peu facile. »
Après avoir, pour s'en aller, levé un pied , Mahomet me dit ces paroles; puis, en avant le posant à terre, il partit.
356 CANTO VENTESIMOTTAYO.
22 Un altro che forât a avea la gola ,
E tronco'l naso infm sotto le ciglia, E non avea ma che un'orecchia sola;
23 Restato a riguardar per maraviglia
Con gii altri , innanzi agli altri apri la canna, Gh' era di fuor d' ogni parte vermiglia ;
24 E disse : 0 tu , cui colpa non condanna , E cui già vidi su in terra latin a ,
Se troppa simiglianza non m'inganna,
25 Rimembriti di Pier da Medicina,
Se mai torni a veder lo dolce piano , Che da Vercello a Marcabô dichina.
26 E fa sapere a' duo miglior di Fano ,
A messer Guido ed anche ad Angiolello , Che, se l'antiveder qui non è vano,
27 Gittati saran fuor di lor vasello , E mazzerati presso alla Cattolica, Per tradimento d'un tiranno fello.
28 Tra F isola di Cipri e di Maiolica Non vide mai si gran fallo Nettuno , Non da Pirati, non da gente Argolica.
29 Quel traditor che vede pur con l'uno, E tien la terra , che tal è qui meco Vorrebbe di vedere esser digiuno ,
Un autre, qui avait le gosier percé, et le nez coupé jusqu'au-dessous des sourcils, et une seule oreille,
Et que l'étonnement avait retenu avec les autres pour nie regarder, avant les autres ouvrit le tuyau u qui , de toute part , en dehors était rouge ,
Et dit : « 0 toi qu'aucune coulpe ne condamne, et que déjà j'ai vu là-haut, dans la terre latine, si ne me trompe une grande ressemblance,
« Souviens-toi de Pierre de Medicina 12, si jamais tu revois la douce plaine qui de Verceil à Marcabo décline13 :
« Et aux deux meilleurs de Fano, messer Guido et Angiolello, fais savoir que, si la prévision ici n'est pas vaine ,
« Ils seront jetés, une pierre au cou, hors de leur vaisseau, près de la Cattolica, par la trahison d'un cruel tyran14.
« Entre l'île de Chypre et celle de Majorque, jamais Neptune ne vit si grand crime commis, ni par des pirates, ni par des gens de l'Argolide.
« Ce traître , qui ne voit que d'un œil , et en son pouvoir a la terre, que tel qui est ici avec moi voudrait n'avoir jamais vue,
358 CANTO VENTESIMOTT AYO.
30 Farà venirîi a parlamento seco ; Poi farà si, ch'al vento cli Focara Non farà lor mestier voto ne preco.
31 Ed io a lui : Dimostrami e dichiara , Se vuoi ch' io porti su di te novella , Chi è colui dalla veduta amara.
32 Allor pose la mano alla mascella
D'un suo compagno, e la bocca gli aperse Gridando : Questi è desso, e non favella :
33 Questi, scacciato, il dubitar sommerse In Cesare, affennando che il forait o Sempre con danno Y attender sofferse.
34 '0 quanto mi pareva sbigottito, Con la lingua tagliata nella strozza , Curio , ch' a dicer fu cosi ardito !
33 Ed un ch' avea Y una e l' altra man mozza , Levando i moncherin per l'aura fosca , Si che'l sangue facea la faccia sozza,
36 Gridô : Ricordera'ti anche del Mosca , Che dissi, lasso! Gapo ha cosa latta : Che fu il mal semé délia gente tosca.
37 Ed io v' aggiunsi : E morte di tua schiatta ; Perch' egli accumulando duol con duolo , Sen gio come persona trista e matta.
« Les fera venir pour conférer avec lui , puis fera en sorte qu'ils n'aient besoin ni de vœu, ni de prière contre le vent de Focara 15. »
Et moi à lui : — Si tu veux que de toi là- haut je porte nouvelle, dis -moi quel est celui à qui de cette terre la vue a été amère, et montre -le-moi.
Alors il mit la main sur la mâchoire d'un de ses compagnons, et la lui ouvrit, criant: « C'est celui-ci, et il ne parle point :
« Ce chassé étouffa le doute en César16, affirmant que différer nuisait toujours à qui était prêt. »
0 combien Curion consterné me paraissait, avec la langue coupée clans le gosier, lui qui à parler fut si hardi !
Et un autre, mutilé des deux mains, levant les moignons dans l'air obscur, de sorte que le sang lui souilla la face,
Cria : « Ressouviens -toi aussi de Mosca17, qui dit, hélas! — Fin a chose faite; ce qui, chez les Toscans, fut la mauvaise semence. . . »
J'ajoutai, moi : — Et la mort de ta race. Sur quoi, pleurs sur pleurs versant, il s'en alla comme de tristesse une personne hors de sens.
360 CANTO VENTESIMOTTAVO.
38 Ma io rimasi a riguardar lo stuolo E vidi cosa ch' io avrei paura , Senza più pruova , di contarla solo ;
39 Se non che conscienzia m' assicura ,
La buona compagnia che Y nom francheggia, Sotto l'osbergo del sentirsi pura.
40 F vidi certo, ed ancor par ch'io '1 veggia, Un busto senza eapo andar, si corne Andavan gli altri délia trista greggia.
41 E il capo tronco tenea per le chiome Pesol coi'i ma no a guisa di lanterna , E quei mirava noi , e dicea : 0 me !
42 Di se face va a se stesso lucerna ,
Ed eran due in uno , ed uno in due : Corn' esser puô, Quei sa che si governa.
43 Quando diritto appiè del ponte fue, Levô'l braccio alto con tutta la testa, Per appressarne le parole sue .
44 Che furo : Or vedi la pena molesta
Tu che, spirando, vai veggendo i morti : Yedi s'alcuna è grande corne questa.
45 E perché tu di me novella porti,
Sappi ch' i' son Bertram dal Bornio, quelli Ch' al Re Giovane diedi i mai conforti.
Je restai , moi , à regarder la bande , et je vis une chose que, seul, sans preuve, je n'oserais raconter,
Si ne me rassurait la conscience , cette bonne compagne qui , se sentant pure, sous cette cuirasse rend l'homme courageux.
Je vis certainement, et il me semble encore le voir. un buste sans tète aller comme allaient les autres du triste troupeau.
Avec la main il tenait, par les cheveux, la tête pendante, en façon de lanterne, et la tête nous regardait et disait : « O moi ! »
11 se faisait de soi-même une lampe, et ils étaient deux en un , et un en deux18. Comment cela se peut, le sait celui qui ainsi l'ordonne.
Quand il fut droit au pied du pont, en haut avec le bras il leva la tête, pour rapprocher de nous ses paroles ,
Qui furent : « Vois la peine cruelle, toi qui, vivant, vas regardant les morts; vois s'il en est aucune aussi grande que celle-là.
« Et pour que de moi tu portes nouvelle , sache que je suis Bertrand de Bornio i9, celui qui donna au roi Jean les encouragements mauvais.
.362 CANTO VENTESIMOTTAVO.
iû lo feci'l padre e'1 liglio in se ribelli : Acbitofel non fe più d'Âbsalone
E cli David co" malvagi pungelli.
47 Perch'io partii eosi giunte persone,
Partito porto il mio çerebro . lasso !
Dal suo principio. ch"è n questo troncone.
Cosi s'osserva in me lo cûntrappasso.
« Je rendis ennemis le père et le fils : d'Absalon et David ne fit pas plus Achitophel par ses méchantes instigations.
« Pour avoir divisé des personnes si proches , malheureux, je porte mon cerveau séparé du principe de sa vie, qui est dans ce tronc.
«Ainsi en moi s'observe le talion.
CANTO VENTESIMONONO
1 La molta gente e le diverse piaghe Avean le luci mie si innebriate,
Che dello stare a piangere eran vaghe.
2 Ma Virgilio mi disse : Che pur guate? Perché la vista tua pur si sofîolge Laggiù tra l'ombre triste smozzicate?
3 Tu non hai fatto si all'altre bolge : Pensa , se tu annoverar le crecli , Che miglia venticluo la valle volge ;
à E già la lima è sotto i nostri piedi : Lo tempo è poco ornai che n'è concesso , Ed altro è da veder che tu non vedi.
5 Se tu avessi , rispos' io appresso , Atteso alla cagion perch'io guardava, Forse m' avresti ancor lo star dimesso.
La gent nombreuse et les plaies diverses avaient tellement enivré mes yeux , que vivement je désirais m' arrêter pour pleurer.
Mais Virgile me dit : — Que regardes -tu? Pourquoi tant, là en bas, ta vue se fixe-t-elle sur les tristes ombres mutilées?
Tu n'as pas ainsi fait dans les autres bolges. Si tu crois les compter, pense que vingt-deux mille tournent dans la vallée.
Déjà la lune est sous nos pieds : peu reste désormais du temps qui nous est accordé, et autre chose, que tu ne vois pas, est à voir encore.
— Si tu avais, répondis -je aussitôt, considéré pourquoi je regardais, peut-être m'aurais-tu pardonné de m' arrêter.
366 CANTO YENTESIMONONO.
6 Parte sen gia : ecl io rétro gli andava, Lo Duca, già faccendo la risposta ,
E soggiugnendo : Dentro a quella cava ,
7 Dov'io teneva agli occhi siposta,
Credo che un spirtô del mio sarigue piauga La colpa che laggiù cotanto costa.
8 Allor disse '1 Maestro : Non si franga Lo tuo pensier da qui 'nnanzi sovr'ello; Àttendi ad altro, ed ei là si rimanga.
9 Ch'io vidi lui a piè del ponticello Mostrarti , e minacciar forte col dito.
E udi" '1 nominar Geri del Bello.
10 Tu eri allor si del tutto impedito Sovra colui che già tenue Àltaforte, Che non guardasti in là, si fu partito.
11 0 Duca mio , la violenta morte
Che non gli è vendicata ancor, diss'io. Per alcun che dell' onta sia consorte ,
12 Fece lui disdegnoso ; onde sen gïo , Senza parlarmi, si corn' io stimo ; Ed in ciô m' ha el fatto a se più pio.
13 Cosi parlammo insino al luogo primo Che dello scogiio Taltra valle mostra, Se più lumi vi fosse, tutto ad imo.
Cependant il s'en allait, et derrière lui j'allais, ainsi répondant au Guide, et ajoutant : Dans cette cave ,
Où si attachés je tenais mes yeux, je crois qu'un esprit de mon sang pleure la coulpe , qui là coûte si cher.
Lors le Maître dit : — Ne fatigue point de lui plus longtemps ta pensée d ; porte sur un autre ton attention , et laisse -le là ;
Car, au pied du pont, je l'ai vu te montrer, et fortement te menacer du doigt, et je l'ai ouï nommer Geri del Bello 2.
Tu étais lors si occupé de celui qui eut en garde Altaforte3, que de ce côté tu ne regardas point, jusqu'à ce qu'il fut parti.
— 0 Maître, dis-je, sa mort violente4, non encore vengée par quelqu'un de ceux qui en partagent la honte,
L'a courroucé ; à cause de cela, je présume, il s'en est allé sans me parler : et ce faisant , il m'a pour lui rendu plus pitoyable.
Ainsi discourûmes- nous jusqu'au premier lieu où, du haut de la roche, on découvrirait l'autre vallée jusqu'au fond, s'il y avait plus de lumière.
368 CAXTO VENTESIMONONO,
14 Quando noifummo in su 1' ultima chiostra Di Malebolge , si che i suoi conversi Potean parère alla veduta nostra ,
15 Lamenti saettaron me cliversi
Che di pietà ferrati avean gli strali : Ond'io gli orecchi colle man eopersi.
16 Quai dolor fora , se degli speclali
Di Valdichiana tra '1 luglio e'1 settembre, E di Maremma e di Sardigna i mali
17 Fossero in una fossa tutti insembre ; Tal era quivi, e tal puzzo n'usciva, Quai suole uscir délie marcîte membre.
18 Nt)i discendemmo in su l' ultima riva Del lungo scoglio , pur da man sinistra , E allor fu la mia vista più viva
19 Giù ver lo fondo , dove la ministra Dell' altro Sire, infallibil giustizia, Punisce i falsator che qui registra.
20 Non credo ch' a veder maggior tristizia Fosse in Egina il popol tutto infermo , Quando fu 1* aer si pien cli malizia ,
21 Che gli animali, infîno al picciol vermo, Cascaron tutti, e poi le genti antiche, Secondo che i poeti hanno per fermo .
Quand nous fumes au-dessus du dernier cloître du Malebolge, de sorte que ses convers notre vue pouvait discerner,
Des cris divers et lamentables me frappèrent comme des traits dont la pointe blessait de pitié ; par quoi , avec les mains je me couvris les oreilles.
Telle que serait la douleur, si des hôpitaux de Valdichiana5, entre juillet et septembre, et de la Maremme, et de la Sardaigne, les maux
En une seule fosse étaient tous rassemblés : telle elle était là; et il s'en exhalait une puanteur semblable à celle des membres pourris.
Nous descendîmes sur le dernier bord du longrocher, à main gauche , et alors ma vue pénétra
Plus avant vers le fond, où, ministre du haut Seigneur, l'infaillible justice punit les falsificateurs, que là elle registre 6.
Je ne crois pas que plus triste à voir ait été, en Égine 7, le peuple tout entier malade, quand l'air devint si pernicieux ,
Que les animaux, jusqu'au plus petit ver, périrent, et qu'ensuite, comme les poètes le tiennent pour certain, l'antique population
370 MO YENTESIMONC» IQ.
-- Si ristorar di semé di for miche :
Ch'era a Yeder per quella oscura valle. Languir gli spirti per diverse biche.
25 Qnal sovra i ventre, e quai sovra le spaile L'un deir altro giacea, e quai carpone Si trasiiîutava per lo triste calle.
24 Passo passo andavam senza sermons .
Guardando ed ascoltando gli aiiîmalati.
Che non potén levar le lor persone.
25 F vidi duo sedere a se poggiati ,
Come a scaldar s'appoggia tegghia a tegghia. Dal capo a' piè di schianze maculati :
26 E non vidi gïanimai menare stregglvia Da ragazzo aspettato dal signorso,
Ne dacolui che mal volentier vegghia:
27 Come ciascuo menava spesso il morso DelFunghie sovra se per la gran rabbia Del pizzicor, che non ha più soceorso.
28 Esi traevan giù Y unghie la scabbia. Come coltel di scardova le scaglie .
0 d' altro pesce che più larghe fabbia.
29 0 tu che colle dita ti disinaglie.
Cominciô '1 Duca mio ad un di loro.
E che fai d'esse talvoîta tanagîie.
Se reproduisit de la semence de fourmis; que triste était de voir, dans cette obscure vallée, languir les esprits , amoncelés çà et là.
Tel sur le ventre, tel sur les épaules d'un autre gisait, et tel à quatre pattes se traînait par le triste sentier.
Pas à pas ils allaient sans parler, regardant et écoutant les malades qui ne pouvaient se lever.
J'en vis deux assis, appuyés l'un contre l'autre, comme s'appuient des bassines à tenir chaud, et, de la tête aux pieds, souillés de croûtes.
Jamais je ne vis valet que son maître attend , ou celui qui mal volontiers veille, mouvoir l'étrille
Aussi vite que chacun de ceux-là mouvait sur soi le tranchant de ses ongles, à cause de la rage du prurit devenu insupportable.
Et les ongles en bas raclaient la gale, comme le couteau les écailles du scardove, ou d'un autre poisson qui en ait cle plus larges.
— 0 toi, dit mon Maître à l'un d'eux, qui te déchires avec les doigts, et parfois en fais des tenailles ,
372 CANTO VENTESIMONONO.
30 Dimmi s' aîcun Latino è tra costoro
Che son quinc' entro , se Y unghia ti basti Eternalmente a cotesto lavoro.
31 Latin sem noi , che tu vedi si guasti Qui ambodue, rispose l'un piangendo :
Ma tu chi se', che di noi dimandasti?
32 E '1 duca disse : F son un che discendo Gon questo vivo giù di balzo in balzo , E di mostrar Y Inferno a lui intendo.
S3 Allor si ruppe lo comun rincalzo, E tremando ciascuno a me si volse Gon altri che F udiron di rimbalzo.
34 Lo buon Maestro a me tutto s'accolse, Dicendo : Di a lor ciô che tu vuoli : Ed io incominciai , poscia ch' ei volse :
35 Se la vostra memoria non s' imboli Nel primo mondo dall' umane menti, Ma s'ella viva sotto molti soli,
36 Ditemi chi voi siete e di che genti : La vostra sconcia e fastidiosa pena Di palesarvi a me non vi spaventi.
37 F fui d'Arezzo, e Albero da Siena, Rispose l'un, mi fe mettere al fuoco;
Ma quel perch'io mori' qui non mi mena.
Dis-nous si, parmi ceux d'ici dedans, est quelque Latin; et que les ongles éternellement te suffisent à ce travail!
« Nous sommes Latins, nous deux que tu vois si déformés, répondit l'un d'eux en pleurant. Mais toi, qui es-tu, qui t'enquiers de nous? »
— Je suis un qui descend de précipice en précipice, avec ce vivant, pour lui montrer l'Enfer.
Alors, cessant de se prêter un mutuel appui, chacun d'eux, tremblant, se tourna vers moi, avec les autres vers qui la voix avait rebondi.
Tout près de moi le bon Maître s'approcha, disant : — Demande- leur ce que tu voudras. Et lorsqu'il se fut retourné , je commençai :
— Que votre souvenir, dans le premier monde , ne s'envole point de la mémoire des hommes , mais qu'il y vive durant maintes, années !
Dites -moi qui vous êtes et de quelle nation : ne craignez point, à cause de votre peine hideuse et dégoûtante , de vous découvrir à moi.
« Je fus d'Arezzo, répondit l'un d'eux8, et Alberto de Sienne me livra au feu ; mais ce pourquoi je mourus , n'est pas ce qui m'a conduit ici.
m CANTO VENTESIMONONO.
38 Ver'è cb'io clissi a lui, parlando a giuoco F mi saprei levar per l' aère a volo :
E quei ch' avea vaghezza e senno poco ,
39 Voile ch' io gli mostrassi Y arte ■ e solo PerchT nol feci Dedalo, mi fece Ardere a tal che l'ave aper figliuolo.
40 Ma nell'ultima bolgia délie diece
Me per alchimia che nel mondo usai , Dannô Minos , a cui fallir non lece.
41 Ed io dissi al Poeta : Or fu giammai Gente si vana come la Sanese?
Certo non la Francesca si d' assai.
A2 Onde l'altro lebbroso che m'intese , Rispose al detto mio : Tranne lo Stricca, Che seppe far le tempera te spese ;
43 E Niccolô , che la costuma ricca Del garofano prima discoperse Nell' orto , dove tal semé s' appicca ;
kk E tranne la brigata , in che disperse Caccia d' Ascian la vigna e la gran fronda , E l'Abbagliato il suo senno proferse.
45 Ma perché sappi chi si ti seconda
Contra i Sanesi , aguzza ver me F occhio Si che la faccia mia ben ti risponda :
« Bien est- il vrai que je lui dis, par manière de jeu, que je pouvais m'enlever dans l'air en volant; et lui, qui avait beaucoup de désir et peu de sens,
« Voulut que je lui montrasse cet art, et seulement parce que de lui je ne fis pas Dédale , il me fit brûler par tel qui le tenait pour son fils.
« Mais à la dernière des dix bolges, à cause de l'alchimie que je pratiquai dans le monde, me condamna Minos , qui ne saurait se tromper. »
Et moi, je dis au Poëte : — Fut-il jamais gens si vains que ceux de Sienne? Certes, à beaucoup près, ne le sont autant les Français.
Sur quoi, l'autre lépreux, qui m'entendit, répondit à mon dire : « Hors le Stricca , qui sut modérer ses dépenses 9,
« Et Niccolô , qui le premier inventa la riche coutume i0 du girofle , dans le jardin 11 où une pareille semence aisément prend racine ;
« Et hors la bande parmi laquelle Caccia d'Asciano12 dissipa vignes et bois, et l'Abbagliato is montra ce qu'il avait de sens.
« Mais pour que tu saches qui est celui qui ainsi contre les Siennois te seconde, aiguise ta vue de façon que mon visage clairement te réponde ;
376 CANTO YENTESIMONONO.
A6 Si vedrai ch'i' son l'ombra di Gapocchio, Che falsai li metalli con alchimia ; E ten dee ricordar, se ben t' adocchio ,
Gom'i' fui di natura buona scimia.
« Tu verras que je suis l'ombre de Gapocchio14, qui par alchimie falsifiai les métaux, et, si bien je te remets, tu dois te souvenir
« Combien de la nature je fus bon singe 15. »
CANTO TRENTESIMO
1 Nel tempo che Giunone era crucciata Per Semela contra '1 sangue tebano, Corne mostrô già una ed altra fia ta,
2 Àtamante di vernie tanto insano, Che veggendo la moglie co' duo figli Andar carcata da ciascuna mano,
3 Gridô : Tendiam le reti , si ch' io pigli La lionessa e i lioncini al varco :
E poi distese i dispietati artigli ,
4 Prendendo l'un ch' avea nome Learco, E rotollo, e percosselo ad un sasso,
E quella s' annegô con Taltro incarco.
5 E quando la fortuna volse in basso L' altezza de' Troian che tutto ardiva, Si che insieme col regno il re fu casso;
CHANT TRENTIEME
Au temps où, à cause de Sèmëlé1, Junon était irritée contre le sang thébain, comme plusieurs fois elle le fit voir,
Aclamante si fou devint2, que voyant sa femme aller, portant ses deux fils, un sur chaque bras,
11 s'écria : « Tendons les rets, pour prendre au passage la lionne et les deux lionceaux ; » puis, allongeant ses ongles impitoyables,
11 saisit l'un d'eux, qui avait nom Léarque, et, le faisant tournoyer, le broya contre une pierre; et celle-là, chargée de l'autre, se noya3.
Et quand la fortune abaissa l'orgueil des Troyens, qui tout osait , de sorte que royaume et roi ensemble s'évanouirent ,
380 CANTO TRENÏESIMO.
6 Ecuba trista misera e cattiva, Poscia che vide Polisena morta, E ciel suo Polidoro in su la riva
7 Del mar si fa la dolorosa accorta, Forsennata latrô si corne cane ; Tanto il dolor le fe la mente torta.
8 Ma ne di Tebe furie ne Troiane Si vider mai in alcun tanto crude,
Non punger bestie, non cbe membra umane,
9 Quant' io vidi due ombre smorte e nude, Che mordendo correvan di quel modo, Che il porco quando del porcil si schiude.
10 L'.una giunse a Capocchio, ed in sul nodo Del collo F assannô, si che, tirando, Grattar gli fece'l ventre al fondo sodo.
11 E l'Aretin, che rimase tremando,
Mi disse : Quel folletto è Gianni Schicchi, E va rabbioso altrui cosi conciando.
12 Oh, diss' io lui, se l'altro non ti ficçhi Li denti addosso, non ti sia fatica
A dir chi è, pria che di qui si spicchi.
13 Ed egli a me : Quell' è Y anima antica Di Mirra scelerata, che divenne
Al padre, fuor del dritto amore, arnica.
Hécube triste, misérable et captive, lorsqu'elle eut vu Polixène morte, et que, sur le rivage de la mer,
Elle fit de son Polidore la funeste rencontre 4, forcenée , aboya comme un chien , tant la douleur lui tordit l'esprit.
Mais ni à Thèbes, ni à Troie, jamais en aucun on ne vit autant de furie , ni si cruelle à déchirer, non des membres humains, mais des animaux même,
Que j'en vis en deux ombres pâles et nues, qui, en se mordant, couraient, comme le porc lorsqu'on ouvre l'étable.
L'une se jeta sur Capocchio , et au nœud du cou enfonçant les dents , elle le tira de manière qu'elle lui fit gratter le ventre contre le fond solide.
Et l'Arétin 5, qui demeura tremblant , me dit : « Ce follet6, est Gianni Schicchi7, qui, dans sa rage, va ainsi accoutrant les autres. »
— Oh ! lui dis-je , que sur toi il ne mette point la dent8, et qu'à fatigue il ne te soit pas de me dire qui est l'autre, avant qu'il parte d'ici.
Et lui à moi : « C'est l'antique âme de l'exécrable Mirrha , qui , hors du légitime amour, devint l'amie de son père.
382 CANTO TRENTESIMO.
M Questa a peccar con esso cosi venne, Falsificando se in altrui forma; Corne Faltro, che in là sen va, sostenne,
15 per guadagnar la donna délia torma, Falsificare in se Buoso Donati , Testando, e dando al testamento norma.
16 E poi che i duo rabbiosi fur passati . Sovra i quali io avea Y occhio tenuto. Rivolsilo a guardar gli altri malnati.
17 F vidi un fatto a guisa di liuto, Pur ch' egli avesse avuta Y anguinaia Tronca dal lato che l'iiomo ha forcuto.
18 La grave idropisia che si dispaia
Le membra con l'umor che mal converte Che '1 viso non risponde alla ventraia,
19 Faceva lui tener le labbra aperte, Corne F etico fa, che per la sete
L'un verso '1 mento e Taltro in su riverte
20 0 voi, che senza alcuna pena siete
( E non so io perché ) nel mondo gramo. Diss' egli a noi , guardate e attendete
21 Alla miseria del maestro Àdamo :
Io ebbi vivo assai di quel ch' i' volli, E ora, lasso! un gocciol d' acqua bramo.
« A pécher ainsi avec lui elle parvint, en simulant la forme d'autrui, comme l'autre qui s'en va là osa.
« Pour gagner la dame du troupeau, falsifier en soi Buoso Donati, testant, et mettant le testament en règle. »
Et après qu'eurent passé les deux enragés, sur lesquels j'avais l'œil fixé, je tournai mes regards vers les autres mal nés.
J'en vis un qui aurait eu la forme du luth, si l'aine eût été tronquée à l'endroit où l'homme se bifurque.
La lourde hydropisie, qui, avec l'humeur que mal elle convertit, disproportionne tellement les membres, que le visage au ventre point ne répond ,
Lui faisait tenir les lèvres ouvertes, comme fait rétique, qui de soif abaisse l'une vers le menton, et relève l'autre.
« 0 vous qui, sans aucune souffrance (et je ne sais pourquoi), êtes dans le monde désolé, nous dit-il, regardez et considérez la misère de maître Adam 9.
« Vivant , j'eus à profusion ce que je voulais , et maintenant, malheureux, une goutte d'eau je désire !
384 CANTO TRENTESIMO.
22 Li ruscelletti, che.de' verdi colli
Del Casentin disceiidon giuso in Arno, Facendo i lor canali e freddi e molli,
23 Sempre mi stanno innanzi. e non indarno; Che l'imagine lor via più m' asciuga,
Che '1 maie ond'io nel volto mi discarno :
2A La rigida giustizia che mi fruga, Tragge cagion del luogo ov' io peccai, A metter più gli miei sospiri in fuga.
25 Ivi è Romena, là dov'io falsai La lega suggellata del Batista, Perch'io 'lxorpo suso arso lasciai.
26 Ma s'io vedessi qui l'anima trista
Di Guido, o d'Alessandro, o di lor frate. Per Fonte Branda non darei la vista.
27 Dentro c'è 1' una già, se Farrabbiate. Ombre che vanno intorno dicon vero :
Ma che mi val, c' ho le membra légale?
28 S'io fossi pur di tanto ancor leggiero,
Ch' i' potessi in cent'anni andare un'oncia, Io sarei messo già per lo sentiero,
29 Cercando lui ira questa gente sconcia, Con tutto ch' ella volge unduci miglia,
E men d'un mezzo di traverso non ci ha.
« Les ruisselets qui, des vertes collines du Casentin, descendent dans l'Arno, mollement sur leur lit roulant leurs fraîches ondes,
« Toujours sont devant moi , et non en vain , leur image m' altérant beaucoup plus que le mal qui décharné mon visage.
« La sévère Justice, qui me fustige, pour moi fait sourdre, du lieu où je péchai, une plus abondante source de soupirs.
« Là est Romena, où je falsifiai le métal à l'effigie de Baptiste10, ce pourquoi j'ai là-haut laissé mon corps brûlé.
« Mais si j'eusse vu ici la misérable âme de Guido, ou d'Alexandre11, ou de leur frère, pour la fontaine de Branda 12 je n'en donnerais pas la vue.
« Ici dedans est déjà l'un d'eux, si les ombres enragées qui vont autour disent vrai. Mais que me sert , à moi qui ai les membres liés?
« Si j'étais seulement encore assez léger pour, en cent ans, avancer d'un pas, je me serais déjà mis en route ,
« Et le chercherais parmi la gent hideuse, quoique onze milles de circuit ait la bolge, et de largeur pas moins de la moitié.
386 CAXTO TRENTESIMO.
30 Io son per'lor tra si fatta famiglia : Ei m'indussero a battere i fiorini, Ch' avevan tre carati di mondiglia.
31 Ed io a lui : chi son li duo tapini, Che fuman corne m an bagnata il verno, Giacendo stretti a'tuoi destri confini?]
32 Qui li trovai, e poi volta non dierno, Rispose, quando piovvi in queslo greppo, E non credo che dieno in sempiterno.
33 L' una è la falsa che accusô Giuseppo; L' altro è il falso Sinon greco da Troia : Per febbre acuta gittan tanto leppo.
u E l'un di lor che si recô a noia Forse d'esser nomato si oscuro, Col pugno gli percosse l'epa croia :
35 Quella sono, come fosse un tamburo : E mastro Adarao gli percosse il volto
Col bracco suo, che non parve men duro,
36 Dicendo a lui : Ancor che mi sia tolto Lo muover per le raembra che son gravi, Ho io '1 braccio a tal mestier disciolto.
37 Ond' ei rispose : Quando tu andavi Al fuoco, non l'avei tu cosi presto; Ma si e più Y avei quando coniavi.
« Pour eux suis- je dans une telle famille : ils m'induisirent à frapper les florins qui avaient trois carats d'alliage. »
Et moi à lui : — Qui sont les deux malheureux qui fument, comme en hiver une main mouillée, et gisent serrés l'un contre l'autre, à ta droite?
« Ici les trouvai -je, répondit-il, quand je tombai dans cette sentine, et depuis ils n'ont bougé, ni, je crois, ne bougeront éternellement.
« L'une est celle qui accusa faussement Joseph13; l'autre est Sinon14, le Grec fourbe de Troie : une fièvre ardente fait que d'eux sort cette fumée infecte. »
Et l'un d'eux, qui peut-être fut chagrin de s'entendre nommer si honteusement , du poing lui frappa la dure panse.
Celle-ci sonna comme un tambour; et avec la main maître Adam lui frappa le visage , qui ne parut pas moins dur,
Lui disant : « Quoique je ne puisse remuer mes membres à cause de leur poids, j'ai le bras dispos pour une telle besogne. »
A quoi l'autre répondit : « En allant au feu, tu ne l'avais pas si agile; mais oui bien, et plus, quand tu battais monnaie. »
388 CANTO TRENTESIMO.
38 E F idropico : Tu di ver di questo ; Ma tu non fosti si ver testimonio, Là 've del ver fosti a Troia richiesto.
39 S'io dissi falso, e tu falsasti il conio Disse Sinon e, e son qui per un fallo. E tu per più ch' alcun altro dimonio.
40 Ricorditi, spergiuro. del cavallo.
Rispose quei ch' aveva infiata Y epa : E sieti reo, che tutto'l monde sallo.
A1 A te sia rea la sete onde ti crêpa,
Disse'l Greco, la lingua, e l'acqua marcia Che'l ventre innanzi gli occhi si fassiepa.
42 'Allora il monetier : Cosi si squarcia La bocca tua per dir mal corne suole:
Chè s'f ho sete. ed umor mi rinfarcia.
43 Tu liai l'arsura, e il capo che ti duole. E per leccar lo specchio di Narcisso.
Non vorresti a invitar moite parole.
44 Ad ascoltarli erio del tutto fisso, Quanclo '1 Maestro mi disse : Or pur mira. Che per poco è che teco non mi risso.
A5 Quand' io'l senti' a me parlar con ira. Volsimi verso lui con tal vergogna.
Ch'ancor per la memoria mi si gira.
Et l'hydropique : « Tu dis vrai en cela; mais tu ne fus pas si véridique, lorsqu'à Troie on requit de toi la vérité.
« Si mon dire fut faux, tu as , toi, falsifié la monnaie , dit Sinon, et je suis ici pour une seule faute, et toi pour plus qu'aucun autre démon.
« Souviens-toi du cheval, parjure! répondit celui qui avait le ventre enflé; et qu'à tourment te soit que tout le monde sache ton crime !
« Et qu'à toi, dit le Grec, à tourment soit la soif dont te crève la langue, et l'eau pourrie qui fait de ton ventre une haie devant tes yeux ! »
Alors le monnayeur : « Ta bouche, comme d'ordinaire , se disloque pour mal dire : que si j'ai soif, et que d'eau je sois gonflé,
« Tu as, toi, la fièvre qui te brûle, et le mal de tête ; et pour t'inviter à lécher le miroir de Narcisse15, point ne faudrait beaucoup de paroles. »
J'étais tout entier appliqué à les écouter, quand mon Maître me dit : — Regarde donc16! à peu tient que contre toi je ne me fâche.
Lorsque avec colère j'entendis mon Maître me parler, je me tournai vers lui si honteux, qu'encore en ai -je le souvenir présent.
390 CANTO TRENÏESIMO.
àô E quale è quei che sao dannaggio sogna, Che sognando disidera sognare, Si che quel ch'è, corne non fosse, agogna;
û7 Tal mi fec'io, non potendo parlare, Chè disiava scusarmi, e scusava Ma tuttavia, e no), mi credea fare.
48 Maggior difetto men vergogna lava, Dihse '1 Maestro, che'l tuo non è stato; Perô d' ogni tristizia ti disgrava :
49 E fa ragion chT ti sia sempre allato, Se più avvien che fortuna t'accoglia, Dove sien genti in simigliante piato;
Chè voler ciô udire è bassa voglia.
Et comme celui qui songe quelque sien dommage, et songeant souhaite que ce ne soit qu'un songe, de sorte qu'il désire ce qui est, comme s'il n'était pas;
Ainsi, ne pouvant parler, je désirais m' excuser, et je m'excusais réellement, et ne croyais pas que je le fisse.
— Moins de honte, dit le Maître, lave une faute plus grande que la tienne; secoue donc toute tristesse ,
Et s'il advient de nouveau que , parmi des gens qui aient de tels débats, la fortune te conduise, pense que toujours je suis près de toi.
Vouloir ouïr cela est un bas vouloir.
CANTO TRENTESIMOPRIMO
1 Una medesma lingua pria mi morse;
Si che mi tinse F una e l'altra guancia , E poi la medicina mi riporse.
2 Gosi odo io, che soleva la lancia D'Achille e del suo padre esser cagione Prima di trista e poi di buona mancia.
3 Noi demmo '1 dosso al misero vallone , Su per la ripa che '1 cinge dintorno, Attraversando senza alcun sermone.
4 Quivi era men che notte e men che giorno , Si che'l viso m'andava innanzi poco :
Ma io senti' sonare un alto corno ,
5 Tanto ch' avrebbe ogni tuon fatto fioco , Che, contra se la sua via seguitando, Dirizzo gli occhi miei tutti ad un loco.
Une même langue d'abord me mordit, de manière que rougirent l'une et l'autre joue, et ensuite m'appliqua le remède.
Ainsi ai-je ouï dire que la lance d'Achille et de son père 4, tour à tour était cause de tristesse et de joie.
Nous tournâmes le dos à ce val de misère, traversant, en silence, par-dessus la berge qui tout autour le ceint.
Là, il n'était ni nuit ni jour, de sorte qu'en avant peu s'étendait la vue; mais j'entendis un cor sonner si fortement ,
Que !e bruit du tonnerre il aurait étouffé; et, à l'encontre du son , je dirigeai mes regards vers le lieu d'où il venait.
394 ÇANTO TRENTESIMOPRIMO.
6 Dopo la doJorosa rotta, quando Carlo Magno perde la sauta gesta , Non sono si terribilmente Orlando.
7 Poco portai in là volta la testa, Che mi parve veder moite alte torri ; Ond'io : Maestro, di, che terra è questa?
s Ed egli a me : Pero che tu trascorri Per le ténèbre troppo dalla lungi, Avvien che poi nel maginare aborri.
9 Tu vedrai ben, se tu là ti congiungi, Quanto il senso s'inganna di lontano ; Pero alquanto più te stesso pungi.
10 Poi caramente mi prese per mano,
E disse : Pria che noi siam più avanti , Acciocchè '1 fatto m en ti paia strano .
11 Sappi che non son torri, ma giganti . E son nel pozzo intorno dalla ripa Dali' umbilico in giuso tutti quanti.
12 Corne , quando la nebbia si dissipa , Lo sguardo a poco a poco raffigura Ciô che cela'l vapor che F aère stipa ;
13 Cosi , forando Y aura grossa e scura , Più e più appressando in ver la sponda, Fuggémi errore , e giugnémi paura.
Après la déroute douloureuse2, quand de Charlemagne fut ruinée la sainte entreprise, si terriblement ne sonna pas Roland.
A peine de ce côté eus -je tourné la tête, qu'il me sembla voir plusieurs hautes tours, sur quoi : — Maître, dis- je , quelle terre est-ce là?
Et lui à moi : — Parce que trop d'espace parcourt ta vue à travers les ténèbres, tu te méprends ensuite en ce que tu imagines.
Si tu approches, tu verras combien les sens nous trompent de loin; cependant hâte -toi un peu plus.
Puis, affectueusement il me prit par la main, et dit : — Avant que plus près nous soyons, pour que le fait te paraisse moins étrange ,
Sache que ce ne sont point des tours, mais des géants, et, autour de la berge, tous sont dans le puits, du nombril en bas.
Comme , lorsque le brouillard se dissipe , le regard peu à peu distingue ce que celait la vapeur qui trouble l'atmosphère;
Ainsi, perçant l'air épais et obscur, et m'approchant de plus en plus du bord, l'erreur fuit de moi, et en moi s'augmenta la peur.
396 CANTO TRENTESIMOPRIMO.
u Perocchè corne in su la cerchia tonda Montereggion cli torri si corona; Cosi la prpda, elle '1 pozzo circonda,
15 Torreggiavan di mezza la persona Gli orribili giganti , cui minaccia Giove del cielo ancora, quando tuona.
16 Ed io scorgeva già d'alcun la faccia ,
Le spalle e il petto , e del ventre gran parte , E per le coste giù ambo le braccia.
17 Natura certo, quando lasciô Tarte Di si fatti animali , assai fe bene , Per tor cotali esecutori a Marte.
18 E's'ella d' elefanti e di balene
Non si pente; chi guarda sottilmente, Più giusta e più discreta la ne tiene :
19 Chè clove l'argomento délia mente
S' aggiugne al mal volere ed alla possa , Nessun riparo vi puo far la gente.
20 La faccia sua mi parea lungo e grossa, Corne la pina di san Pietro a Roma ;
E a sua proporzion eran Taltr' ossa.
21 Si che la ripa, ch'era perizoma
Dal mezzo in giù, ne mostrava ben tanto Di sopra, che di giugnere alla chioma
Car, comme au-dessus de sa ronde enceinte , Montereggione 3 se couronne de tours ; ainsi sur le rivage qui entoure le puits,
S'élevaient comme des tours les horribles géants, que du ciel encore Jupiter menace quand il tonne.
De quelques-uns, déjà, je découvrais la face, les épaules, la poitrine, une grande partie du ventre, et les deux bras pendants le long des côtes.
Quand la nature abandonna l'art de former des animaux pareils, elle fit bien, certes, afin d'ôter à Mars de tels exécuteurs ;
Et si des éléphants et des baleines elle ne se repent, qui bien y regarde , plus en cela la juge et juste et prudente ;
Car, lorsque le raisonnement de l'esprit4 se joint au mauvais vouloir et à la force, nulle défense pour personne.
Sa face paraissait longue et large comme la pomme de pin de Saint -Pierre à Rome5, et les autres os étaient en proportion ;
De sorte que la portion laissée à découvert par le bord, qui le ceignait du milieu en bas, était d'une hauteur telle , que, d'atteindre jusqu'à la chevelure,
398 CANTO TRENTESIMOPRIMO.
22 ïre Frison -s' averian dato mal vanto ; Perocch' io ne vedea trenta gran palmi Dal luogo in giù, dov'uom s' affibbia il manto.
23 Rapegi, mai, ainech, irabi almi, Comineiô a gridar la fiera bocca , Cui non si convenien più dolci salmi.
24 E '1 Daca mio ver lui : Anima sciocca , Tienti col corno, e con quel ti disfoga, Quand' ira o altra passion ti tocca.
25 Cercati al collo e troverai la soga Che '1 tien legato, o anima confusa, E vedi lui che'l gran petto ti doga.
26 Poi disse a me : Egli stesso s'accusa; Questi è INembrotto, per lo cui mal coto Pur un linguaggio nel mondo non s'usa.
27 Lasciamlo stare , e non parliamo a voto : Chè cosï è a lui ciascun linguaggio, Corne il suo ad altrui, ch'a nullo è noto.
28 Facemmo adunque più lungo viaggio Volti a sinistra; ed al trar d'un balestro Trovammo Y altro assai più fiero e maggio.
29 A cinger lui, quai che fosse il maestro, Non so io dir, ma ei tenea succinto, Dinanzi l' altro e dietro il braccio destro,
Trois Frisons se vanteraient vainement; puisque j'en voyais trente grandes palmes, d'en bas à l'endroit où s'agrafe le manteau.
« Raphegi , moi, amech, irabi almi6 » commença de crier la bouche cruelle , à laquelle point ne convenaient de plus doux cantiques.
Et le Guide à lui : — Ame stupide7, tiens-t'en au cor, et soulage -toi avec, quand t' étouffe la colère ou une autre passion.
Cherche à ton cou , tu trouveras la courroie à laquelle il est lié, âme honteuse, et vois-le en travers de ta large poitrine.
Puis il me dit : — Il s'accuse lui-même. Celui-ci est Nembrocl, par la mauvaise pensée8 duquel point ne s'use d'une seule langue dans le monde.
Laissons-le là , et ne parlons pas en vain ; car à lui tout langage est ce qu'aux autres est le sien , que nul ne connaît.
Nous poursuivîmes donc notre voyage , tournant à gauche, et, à un trait d'arbalète , nous en trouvâmes un autre beaucoup plus farouche et plus grand.
Quel fut le maître qui le ceignit , je ne saurais le dire ; mais, le bras gauche derrière , et te droit devant, il l'avait ceint
400 CANTO TRENTESIMOPRIMO.
30 D'una catena che '1 teneva avvinto
Dal collo in giù, si che'n su lo scoperto Si ravvolgeva infino al giro quinto.
31 Questo superbo voir essere sperto
Di sua potenza contra'l sommo Giove, Disse il mio Duca, oncT egli ha cotai merto :
32 Fialte ha nome ; e fece le gran prove , Quando i giganti fer paura ai Dei :
Le braccia ch' ei menô, giamraai non muove.
33 Ed io a lui : S' esser puote , i' vorrei Che dello smisurato Briareo Esperienza avesser gli occhi miei.
34. Ond' ei rispose : Tu vedrai Anteo : Presso di qui , che parla , ed è disciolto , Che ne porrà nel fondo d' ogni reo.
35 Quel che tu vuoi veder, più là è molto , Ed è legato e fatto corne questo, Salvo che più féroce par nel volto.
36 Non fu tremoto già tanto rubesto , Che scotesse una torre cosi forte, Corne Fialte a scotersi fu presto.
37 Allor temetti più che mai la morte ;
E non v'.era mestier più che la dotta , S' i' non avessi viste le ritorte.
D'une chaîne, qui le tenait lié du cou en bas, autour du corps à découvert 9 se repliant cinq fois.
— Ce superbe voulut essayer sa force contre le grand Jupiter, dit mon Guide, et il en a ce qu'il méritait.
Son nom est Éphialtes , et il fit son épreuve quand les Géants effrayèrent les Dieux : les bras qu'il agita plus jamais ne se mouvront.
Et moi à lui : — S'il se peut, je voudrais que mes yeux vissent l'énorme Briarée.
Il me répondit : — Près d'ici, tu verras Antée ; il parle, et n'est pas lié, et nous portera dans le fond de tout mal10.
Celui que tu veux voir est là plus loin ; il est lié comme celui-ci, et lui ressemble, excepté que de visage il paraît plus féroce.
Jamais ne fut de tremblement de terre si terrible , ni qui secouât si fortement une tour, que soudainement Éphialtes se secoua.
Plus que jamais je craignis la mort, et jamais plus n'eût-elle été à craindre, si je n'avais vu les liens.
40* CANTO TRENTESIMOPRIMO.
38 Noi procedemmo più avanti allotta ,
E venimmo ad Antéo, che ben cinqu aile. Senza la testa, uscia fuor délia grotta.
39 0 tu , che nella fortunata valle.
Che fece Scipion cli gloria reda , Quand' Annibâl eo" suoi diede le spalle .
•i0 Recasti già mille lion per preda ; E che se fossi stato ail' alla guerra De' tuoi fratelli , ancor par ch'e' si creda .
41 Ch'avrebber vinto i figli délia terra; Mettine giuso (e non ten venga schifo) Dove Cocito la freddura serra.
42 'Non ci far ire a Tizio , ne a Tifo : Questi puô dar di quel che qui si brama : Perô ti china, e non torcer lo grifo.
^ Ancor ti puô nel mondo render fama : Ch' ei vive , e lunga vita ancora aspetta . Se innanzi tempo grazia a se nol chiama.
xx Cosi disse il Maestro ; e quegli in fret ta Le man distese, e prese il Duca mio, Ond'Ercole senti già grande stretta.
hb Virgilio, quando prender si sentio,
Disse a me : Fatti 'n qua, si ch" io ti prenda Poi fece si, ch'un fascio er" egli ed io.
Nous avançâmes et vînmes à Antée, qui bien de cinq brasses, sans la tête, s'élevait au-dessus de la caverne.
— 0 toi qui , dans la vallée fortunée , à laquelle Scipion acquit un héritage de gloire., lorsque Annibal fuit avec les siens H,
Apportas en butin plus de mille lions; toi de qui l'on paraît croire encore que si, avec tes frères, tu eusses été à la haute guerre i2,
Les fils de la terre auraient vaincu; porte -nous en bas (et qu'à dégoût cela ne te soit pas! ), là où le froid durcit le Gocyte.
Ne nous oblige point d'aller à Titius ou à Tiphus 13 : celui-ci peut donner ce qu'ici l'on désire u; baisse-toi donc , et ne détourne point la tête.
Il peut renouveler ton souvenir dans le monde, car il vit, et attend une vie longue encore, si la grâce, avant le temps, ne l'appelle à soi15.
Ainsi dit le Maître ; et celui-là, en hâte, vers mon Guide qu'elles saisirent, étendit les mains dont Hercule sentit la forte étreinte.
Virgile, lorsqu'il se sentit saisir, me dit : — Approche-toi, que je te prenne! Puis il fit en sorte que lui et moi ne fussions qu'un seul faix 16.
&04 CANTO TRENTESIMOPRIMO.
*6 Quai pare a riguardar la Carisenda Sotto il chin ato , quand un nuvol vada Sovr' essa si, ch'ella in contrario penda
47 Tal parve Antao a me che stava a bada Di vederlo chinare , e fu tal' or a Ch'i'avrei voluto ir per altra strada.
48 Ma lievemente al fondo , che divora Lucifero con Giuda , ci posé ;
Ne si chinato li fece dimora ,
E com' albero in nave si levo.
Telle que la Carisenda17, à qui la regarde de dessous le côté où elle incline, paraît, quand un nuage passe sur elle , pencher en sens contraire ;
Tel me parut Antée. J'attendais de le voir incliner, et il y eut tel moment où j'aurais voulu aller par un autre chemin :
Mais légèrement, au fond qui dévore Lucifer et Judas18, il nous déposa; et ainsi baissé il ne resta point,
Mais comme le mât d'un navire il se releva.
CANTO TRENTESIMOSECONDO
1 S'io avessi le rime e aspre e chiocce, Corne si converrebbe al tristo buco, Sovra'l quai pontan tutte l'altre rocce,
2 Fpremerei di mio concetto il suco
Più pienamente ; ma perch' io non Y abbo , Non senza tema a dicer mi conduco.
3 Chè non è impresa da pigliare a gabbo, Descriver fondo a tutto l'universo,
Ne da lingua che chiami mamma o babbo.
4 Ma quelle Donne aiutino il mio verso, Ch'aiutaron Anfione a chiuder Tebe, Si che dal fatto il dir non sia diverse
Oh sovra tutte mal creata plèbe,
Che stai nel loco, onde parlare è duro,
Me' foste state qui pécore o zebe.
Si j'avais des rimes1 âpres et rauques, comme il conviendrait à l'affreux trou sur lequel s'appuient tous les autres cercles ,
Plus pleinement j'exprimerais le suc de ma pensée; mais n'en ayant pas, non sans crainte je me hasarde dans mon récit :
Car, entreprendre de décrire le fond de tout l'univers, point n'est-ce un jeu, ni d'une langue qui balbutie mamma et babbo 2.
Mais qu'aident mon vers celles 3 qui aidèrent Ampbion à clore Thèbes , de sorte que du fait le dire ne diffère pas.
0 vous, la lie du peuple maudit, qui êtes dans le lieu dont il est douloureux de parler, mieux vous aurait valu être ici ou brebis , ou chèvres.
m CANTO TRENTESHIOSECONDO.
6 Corne nôi fummo giù ne] pozzo scuro Sotto i piè del gigante, assai più bassi, Ecl io mirava ancora ail' alto muro,
7 Dicere udi' mi : Guarda, corne passi ; Fa si, che tu non calchi con le piante Le teste de' fratei miseri lassi.
8 Perch'io mi volsi, e vidimi davante
E sotto i piedi un lago, che per gielo Àvea di vetro e non d'acqua semblante.
9 Non fece al corso suo si grosso vélo Di verno la Danoia in Austericch, Ne '1 Tanai là sotto '1 freddo cielo,
10 Corn' era quivi : che, se Tabernicch Vi fosse su caduto, o Pietrapana, Non avria pur dall'orlo fatto cricch.
11 E corne a gracidar si sta la rana
Col muso fuor dell'acqua, quando sogna Di spigolar so vente la villana;
12 Livide insin là dove appar vergogna Eran l'ombre dolenti nella ghiaccia, Mettendo i denti in nota di cigogna.
13 Ognuna in giù tenea volta la faccia :
Da bocca il freddo, e dagli occhi '1 cuor tristo Tra lor testimonianza si procaccia.
Lorsque nous fûmes dans le sombre puits, plus bas de beaucoup que les pieds du Géant \ et lorsque encore je regardais les hautes murailles,
J'entendis qu'on me disait : « Prends garde comment tu passes, et à ne point fouler les têtes des pauvres misérables frères 5. »
M'étaut retourné, je vis devant moi, au-dessous de mes pieds, un lac qui, à cause du gel, ressemblait plus à du verre qu'à de l'eau.
Ni le Danube, chez les Autrichiens, ni le Tanaïs, sous le froid ciel , ne cachent en hiver leur cours sous un voile aussi épais,
Qu'épaisse était la croûte de ce lac : dessus serait tombé le Tambernicchi6, ou la Pietrapana7, que les bords mêmes n'auraient pas craqué.
Et comme pour coasser se tient la grenouille, le museau hors de l'eau, alors que souvent la villageoise songe qu'elle glane;
Livides jusque-là où se peint la honte, étaient les ombres dolentes dans la glace, claquant des dents comme craquètent les cigognes.
Chacune tenait le visage baissé : la bouche, du froid, et les yeux, de la tristesse du cœur, en elles rendent témoignage.
410 CANTO TRENTESIMOSECONDO.
14 Quand' io ebbi d'intorno alquanto visto, Yolsimi a' piedi , e vidi due si stretti , Ghe '1 pel del capo avieno insieme misto.
15 Ditemi voi , che si stringete i petti , Diss'io, chi sete. E quei piegaro i colli; E poi ch' ebber H visi a me eretti ,
16 Gli occhi lor, ch'eran pria pur dentro molli, Gocciar su per le labbra, e'1 gelo strinse Le lagrime tra essi, e riserrolli :
17 Legno con legno spranga mai non cinse Forte eosi; ond'ei corne duo becchi, Cazzaro insieme : tant' ira li vinse.
18 Ed-un, ch'avea perduti ambo gli orecchi Per la freddura, pur col viso in giue Disse : Perché cotanto in noi ti specchi?
19 Se vuoi saper chi son cotesti due, La valle, onde Bisenzio si dichina, Del padre loro Alberto e di lor fue.
20 D'un corpo usciro : e tutta la Caina Potrai cercare, e non troverai ombra Degna più d' esser fitta in gelatina :
21 Non quelli a cui fu rotto il petto e l'ombra Con esso un colpo, per la man d'Artù : Non Focaccia : non questi che m'ingombra
Après qu'autour mes regards eurent un peu erré, à mes pieds je les arrêtai; et j'en vis deux tellement serrés, que se mêlaient les poils de la tête.
— Vous, dis-je, dont les poitrines tant s'étreignent, dites -moi qui vous êtes. Ceux-ci ployèrent leurs cous8, et, après que sur moi ils eurent levé la vue,
Leurs yeux , auparavant humides seulement en dedans, dégouttèrent sur les lèvres, et la gelée, durcissant les larmes entre les paupières, les referma.
Jamais bande de fer ne lia si fortement bois à bois : par quoi , comme deux boucs , ils se cossèrent , si emportés furent -ils de maie rage.
Et un autre, qui par le froid avait perdu les deux oreilles, la face baissée, dit : « Pourquoi tant nous regardes- tu?
« Si tu veux savoir qui sont ces deux , la vallée que descend le Bisenzio 9, appartient à leur père Alberto 10 et à eux.
« Ils sortirent d'un même corps11; et toute la Caïna12 tu pourras fouiller, sans y trouver d'ombre plus digne d'être plongée dans la gélatine 13 :
«Non pas même celui de qui la main d'Arthus perça d'un seul coup la poitrine et l'ombre, non pas mêm<7 Focaccia 14, non pas même celui dont la tête
12 CANTO TREXTESIMOSECONDO.
22 Col capo si, ch'f non veggio oltre più, E fu nomato Sassol Mascheroni :
8e Tosco se', ben sa" ornai chi fu.
23 E perché non mi metti in più sermoni , Sappi ch'i' fui il Camicion de' Pazzi.
Ed aspetto Carlin che mi scagioni.
24 Poscia vid'io mille visi cagnazzi
Fatti per freddo : onde mi vien ribrezzo, E verra sempre, de' gelati guazzi.
25 E mentre ch'andavamo in ver lo mezzo, Al quale ogni gravezza si rauna,
Ed io tremava neireterno rezzo;
26 Se 'voler fu, o destino, o fortuna,
Non so : ma passeggiando tra le teste, Forte percossi il piè nel viso ad una.
27 Piangendo mi sgrido : Perché mi peste? Se tu non vieni a crescer la vendetta
Di Mont'Aperti, perché mi moleste?
28 Ed io : Maestro mio, or qui m' aspetta, Si ch' i' esca d' un dubbio per costui : Poi mi farai, quantunque vorrai, fretta.
29 Lo Duca stette ; ed io dissi a colui Che bestemmiava duramente ancora :
Quai se' tu che cosi rampogni altrui?
«M'encombre tellement, qu'au delà je ne vois rien, et qu'on nommait Sassol Mascheroni i5. Si tu es Toscan, bien sais -tu maintenant qui il fut.
« Et pour qu'en plus de discours point tu ne m'engages, sache que je suis Camicion des Pazzi16, et j'attends qu'ici Carlin 17 me disculpe. »
Je vis ensuite mille faces livides de froid : d'où vient et viendra toujours que les gués gelés me donnent le frisson.
Pendant que nous allions vers le centre où tend tout ce qui pèse , et que dans le froid éternel je tremblais,
Si ce fut vouloir, ou destin, ou fortune, je ne sais : mais, en marchant à travers les têtes, fortement, au visage , j'en heurtai une du pied.
Pleurant elle me cria : « Pourquoi me froisses -tu? Si tu ne viens pas pour accroître la vengeance de Mont' Aperti18, pourquoi me tourmentes- tu? »
Et moi : — Maître, attends -moi ici, que je sorte d'un doute où m'a mis celui-là ; puis tu me hâteras autant que tu le voudras.
Le Guide s'arrêta; et moi, je dis à ce damné qui violemment blasphémait encore : — Qui es -tu, toi qui ainsi réprimandes autrui?
414 CA?sTTO TRENTESIMOSECONDO.
30 Or tu chi se1, che vai per l'Antenora Percotendo, rispose, altrui le gote Si, che se fossi vivo, troppo fora?
31 Vivo son io, e caro esser ti puote, Fu mia risposta, se domandi fama,
Gb' io metta '1 nome tuo tra V altre note.
32 Ed egli a me : Del contrario ho io brama : Levati quinci non mi dar più lagna ;
Chè mal sai lusingar per questa lama.
33 Allor lo presi per la cuticagna,
E dissi : E' con verra che tu ti nomi, 0 che capel qui su non ti rimagna.
34 Ond' egli a me : Perché tu mi dischiomi , Ne ti dirô chi io sia, ne mostrerolti ,
Se mille fiate in sul capo mi tomi.
35 lo avea già i capelli in mano avvolti , E tratti glien avea più d' un a ciocca, Latrando lui con gli occhi in giù raccolti ;
36 Qando un altro grido : Che hai tu, Bocca? Non ti basta sonar con le mascelle,
Se tu non latri? quai diavol ti tocca?
37 Ornai, diss' io, non vo' che tu favelle, Malvagio traditor, ch' alla tua onta
Io porterô cli te vere novelle.
« Et toi, qui es-tu, répondit- il, qui, à travers l'Antenora19, vas heurtant les joues des autres, tellement que trop serait-ce, si tu étais vivant20? »
— Vivant suis-je, ce fut ma réponse; et si à la renommée tu aspires, il pourrait te plaire que je joigne ton nom aux autres que j'ai notés.
Et lui à moi : « Du contraire j'ai le désir. Ya-t'en d'ici, et ne me fatigue pas davantage : mal sais -tu flatter dans cette fosse. »
Alors je le pris par le chignon , et dis : — Il faudra que tu te nommes, ou que pas un poil ici -dessus ne te reste.
Lors, lui à moi : « Pourquoi me pèles-tu le crâne? Je ne te dirai qui je suis, ni ne te l'indiquerai, quand mille fois tu me foulerais la tète.
Je tenais déjà ses cheveux roulés dans ma main , et je lui en avais arraché plus d'une mèche, lui aboyant, les yeux tournés en bas ,
Lorsqu'un autre cria : « Qu'as-tu, Bocca, ne te suffit- il point de claquer des mâchoires, si encore tu n'aboies? Quel diable te touche? »
— A présent, dis-je , je ne veux plus que tu parles, méchant traître ; à ta honte, je porterai de toi des nouvelles vraies.
416 CANT& TREXTESIMOSECONDO.
38 Ya via, rispose, e cio che tu vuoi, conta Ma non tacer, se tu di qua entr' eschi, Di quel ch'ebbe or cosi la lingua pronta.
39 Ei piange qui Y argento de' Franceschi : Fvidi, potrai dir, quel da 'Duera,
Là dove i peccatori stanno freschi.
40 Se fossi dimandato al tri ehi v' era. Tu haï da lato quel di Beccheria.
Di cui segô Fiorenza la gorgiera.
41 Gianni del Soldanier credo che ski Più là cou Ganellone e Tribaldello Ch' apri Faenza quando si dormia.
42 Noi eravam partit! già da ello,
Ch' Y vicli duo ghiacciati in una buca, Si che F un capo ail' altro era cappello :
42 E come '1 pan per famé si manduca, Cosi '1 sovran li denti ail' altro pose Là 've'l cervel s'aggiunge colla nuca.
43 Non altrimenti Tideo si rose
Le tempie a Menalippo per clisdegno, Che quei face va '1 teschio e l' altre cose.
45 0 tu che mostri per si bestial segno Oclio sovra colui che tu ti mangi, Dimmi'l perché, diss'io, per tal convegno
« Va, répondit-il, et conte ce que tu voudras. Mais, si tu sors d'ici, ne te tais point de celui qui tout à r heure a eu la langue si prompte.
« Il pleure ici l'argent des Français : j'ai vu, pourras-tu dire, celui de Duera21, là où les pécheurs sont au frais.
«Si on te demande quels autres étaient là, tu as à côté de toi le Beccaria 22, à qui Florence coupa la gorge.
« Gianni del Soldanier23, je le crois là plus bas avec (ranellon24 et Tribadello25, qui ouvrit Faenza pendant qu'on dormait. »
Nous avions déjà quitté celui-ci, quand je vis dans un trou deux gelés, disposés de manière que l'une des tètes à l'autre servait de chapeau.
Et comme l'affamé mange le pain, celui de dessus dans l'autre enfonça les dents, là où le cerveau se joint à la nuque.
Non autrement Tidée, dans sa fureur, rongea les tempes de Ménalippe26, que celui-ci rongeait et le crâne et ce qui est dedans.
— 0 toi, dis-je, qui parmi acte si bestial montres ta haine contre celui que tu manges î dis-moi le pourquoi , à cette condition
418 CANTO TRENTESIMOSECONDO.
A6 Che se tu a ragion di lui ti piangi , Sappienclo chi voi siete, e la sua pecca. Nel mondo suso ancor io te ne cangi .
Se quella con eh'io parlo, non si secca.
Que, si de lui à raison tu te plains, sachant qui vous êtes et sa faute, dans le monde d'en haut encore je te le rende 27,
Si cette langue qui te parle ne sèche point.