‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 73 sur 131 · CA>TO TRE>"TESIMOTERZO · texte numérisé non relu

CA>TO TRE>"TESIMOTERZO

1 La bocca 50IU fîei ps 3t

Quel peccator, forbendola a'capelli Del capo ch'egli avea di rétro guasto.

- P: : : Tu vuoi cli'io rinnovelli Dis] rai lolor che'l cor mi preme, Gi isando, pria ch'i'ne favelli.

; Ma se le mie ] sseï leo semé .

Che fratti infamia al tradii cb'i'i Parlare e lagrimar vedrai insieme.

- Puons . : a - '.-? . ne pei modo Yenuto se1 quaggiù; ma Fiorentino Mi sembri veramente quand* i" t" odo.

Tu saper, :..*:" fui' 1 Conte Ugolino,

£ qu rs:i l'A : sco1 ii __ ri : Or :': ' son tal vicino.

De l'horrible pâture ce pécheur souleva la bouche, et l'essuya aux cheveux de la tête que par derrière il avait broyée.

Puis il commença : « Tu veux que je renouvelle la douleur désespérée qui , seulement d'y penser, m'oppresse le cœur, avant que je parle.

«Mais si mes paroles doivent être une semence d'où recueille l'infamie ce traître que je ronge , tu me verras pleurer et parler tout ensemble.

« Je ne sais qui tu es, ni comment tu es venu icibas; mais, à tf entendre, bien me parais-tu Florentin.

«Sache que je fus le comte Ugolin1, et celui-ci est l'archevêque Roger : tout à l'heure je te dirai pourquoi je lui suis un pareil voisin.

CANTO TRENTESIMOTERZO.

Che per l' éffetto de' suo' mai pensieri , Fidandomi di lui, io fossi preso E poscia raorto , dir non è mestieri.

Perô, quel che non puoi avère inieso, Gioè , corne la morte mia fu cruda , Udirai, e saprai se m' ha offeso.

Brève pertugio dentro dalla muda ,

La quai per me ha'l titol délia famé,

E in che conviene ancor ch'altri si chiuda,

M'avea mostrato per lo suo foraine Più lune già, quand' î feci'l mal sonno, Ghe del futuro mi squarciô '1 velame.

10 Questi pareva a me maestro e donno , Cacciando il lupo e i lupicini al monte , Per che i Pisan veder Lucca non ponno.

11 Con cagne magre, studiose e conte, Gualandi con Sismondi e con Lanfranchi S' avea messi dinanzi dalla fronte.

12 In picciol corso mi pareano stanchi Lo padre e i figli , e con l' agute scane Mi parea lor veder fender li fianchi.

15 Quando fui desto innanzi la dimane, Pianger senti' fra'l sonno i miei figliuoli, Ch'eran con meco, e dimandar del pane.

«Que, par l'effet de ses méchantes pensées, me fiant à lui, je fus pris, et ensuite mis à mort, pas n'est besoin de le dire.

«Mais ce que tu ne peux avoir appris, combien ma mort fut cruelle, tu l'entendras, et tu sauras si par lui je fus offensé.

« Un étroit pertuis est dans la mue2 à cause de moi appelée de la Faim, et où il faut que d'autres encore soient enfermés.

« Il m'avait, par son ouverture , déjà montré plusieurs fois la lune, quand je tombai dans le mauvais sommeil, qui le voile de l'avenir pour moi déchira.

« Celui-ci me paraissait maître et seigneur, et chasser le loup et les louveteaux vers les monts qui empêchent les Pisans de voir Lucques,

« Avec des chiennes maigres, agiles et bien dressées ; devant lui il avait posté Gualandi , et Sismondi , et Lanfranchi.

« Après une peu longue course, fatigués me paraissaient le père et les fils, et il me semblait voir les dents aiguës leur ouvrir les flancs.

« Lorsque avant le matin je fus réveillé, j'entendis mes fils, qui étaient avec moi, se plaindre en dormant et demander du pain.

M4 CANTO TREXTESIMOTERZO.

u Ben se1 crudel , se tu già non ti duoli . Pensanclo cio che "1 mio cor s'aimunziava E se non piangï, di che pianger suoli?

13 Già eran desti. e Fora trapassava.

Che d cibo ne soleva essere addotto , E per siio sogno ciascun dubitava :

1Q Ed io sentii chiavar l'uscio di sotto AU' orribile tome ; ond' io guardai Nel viso a'niiei figliuoi, senza far motto,

17 Io no piangeva : si dentro impietrai : Piangevan elli : ed Anselmuccio mio Disse : Ta guardi si. padre : che liai?

is -Perô non lagrimai , ne rispos' io

Tutto quel giorno, ne la notte appresso, lnfm che l'altro Sol nel mondo uscio.

19 Come un poco di raggïo si fu rmsm Nel doloroso carcere. ed io scôrsi Per quattro visi il mio aspetto stesso :

20 Ambo le mani per dolor mi morsi.

E quei ., pensando ch'io '1 fessi per vogiia Di manicar. di subito le\"ursi .

21 E disser : Padre, assai ci fia men dogiin . Se tu mangi di noi : tu ne vestisti Queste misère carni. e tu le spoglia.

«Bien cruel es-tu, si déjà tu ne t'attristes, pensant à ce qui s'annonçait à mon cœur, et si tu ne pleures pas , de quoi pleureras-tu ?

« Déjà ils étaient éveillés, et l'heure approchait où , de coutume, la nourriture on nous apportait, et, à cause de son rêve , chacun était en anxiété.

« Et j'entendis en bas sceller la porte de l'horrible tour, et de mes fils je regardai le visage, sans rien dire.

«Je ne pleurais pas, tant au dedans je fus pétrifié : ils pleuraient, eux; et mon petit Anselme dit : Père, comme tu regardes ! Qu'as-tu?

« Cependant je contins mes larmes, et ne répondis point, ni de tout ce jour, ni la nuit d'après, jusqu'à ce que le soleil se fut de nouveau levé sur le monde.

« Lorsqu'un faible rayon eut pénétré dans le triste cachot, et que sur quatre visages je vis mon propre aspect 3,

« De douleur les deux mains je me mordis ; et ceuxlà, pensant que c'était par l'envie de manger, soudain se levèrent ,

« Et dirent : Père, bien moins de peine nous serait-ce, si de nous tu mangeais; tu nous as revêtus de ces misérables chairs, et toi aussi dépouille-nous-en.

426 CANTO TRENTESIMOTERZO.

22 Quêta' mi allor per non farli più tristi : Quel di' e Y altro stemmo tutti muti : Ahi dura terra, perché non t'apristi?

23 Poschiachè fummo al quarto di'venuti, Gaddo mi si gittô disteso a' piedi, Dicendo : Padre mio , che non m' aiuti?

24 Quivi mori : e corne tu me vedi , Vid'io cascar li tre ad uno ad uno Tra'l quinto di'e'l sesto : ond'io mi diedi

25 Già cieco a brancolar sovra ciascuno , E due di' li chiamai poich' e' fur morti : Poscia, più che'l dolor, potè il digiuno.

26 Quand' ebbe detto ciô, cou gli occbi torti Riprese il teschio misero co'denti,

Che furo all'osso, corne d'un can, forti.

27 Ahi Pisa, vituperio délie genti Del bel paese là dove '1 sï suona ; Poichè i vicini a te punir son lenti,

28 Movasi la Capraia e la Gorgona ,

E faccian siepe ad Arno in su la foce, Si ch' egli annieghi in te ogni persona.

29 Chè se '1 Conte Ugolino aveva voce D'aver tradita te délie castella,

Non dovei tu i figliuoi porre a tal croce.

«Lors je me calmai, pour ne pas les affliger plus. Ce jour et le suivant , nous demeurâmes muets. Ah !' terre barbare, pourquoi ne t'ouvris-- tu point?

« Quand nous fumes au quatrième jour, Guaddo tomba étendu à mes pieds, disant : Père, pourquoi ne me secours -tu?

« Là, il mourut : et, comme tu me vois, je vis les trois autres tomber un à un , entre le cinquième jour et le sixième ; et moi ,

«Déjà aveugle, de l'un à l'autre à tâtons j'allais: trois jours je les appelai après qu'ils furent morts. Puis, plus que la douleur, puissante fut la faim. »

Cela dit, il tourna les yeux, et renfonça les dents dans le crâne misérable, qu'il broya comme le chien broie les os.

Ah ! Pise , honte des peuples du beau pays où sonne le sià, puisqu'à te punir tes voisins sont lents,

Que la Capraïa et la Gorgona5 se meuvent et barrent l'Arno à son embouchure, de sorte qu'en toi tous soient noyés.

Si le comte Ugolin était soupçonné d'avoir en trahison livré tes châteaux, tu ne devais pas infliger à ses fils un pareil tourment.

428 CANTO TRENTESIMOTERZO.

30 Innocenti facea Y età novella , Novella Tebe, Uguccione e il Brigata, E gli altri duo che il canto suso appel la.

31 Noi passamm' oltre , là 'v la gelata Ruvidamente un'altra gente fascia ,

- Non volta in giù , ma tutta riversata.

32 Lo pianto stesso li pianger non lascia,

E'1 duol, che truova in su gli occhi rintoppo , Si volve in entro a far cresoer l'ambascia :

33 Chè le lacrime prime fanno groppo, E, si corne visière di cristallo , Riempion sotto'l ciglio tutto il coppo.

34 -Ed avvegna che , si corne d' un callo . Per la freddura ciascun sentimento Gessato avesse del mio viso stallo,

35 Già mi parea sentire alquanto vento; Perch'io : Maestro mio, questo chi muove? Non è quaggiuso ogni vapore spento?

36 Ond' e-gli a me : Avaccio sarai dove Di cio ti farà l'occhio la risposta, Veggendo la cagion che'l fiato piove.

37 Ed un de' tristi délia fredda crosta Grido a noi : 0 anime crudeli Tanto , che data v' è Y ultima posta ,

Nouvelle Thèbes, l'âge nouveau rendait innocents l guccione et le Brigata6, et les deux autres que plus haut nomme ce chant.

Passant outre, nous vînmes en un lieu où durement la glace en enveloppe d'autres, étendus, non le visage en bas, mais à la renverse.

Là les pleurs mêmes empêchent de pleurer; sur les yeux trouvant un obstacle, ils rentrent en dedans pour accroître l'angoisse,

Parce que les premières larmes se congèlent, et comme des visières de cristal, au-dessous des cils, remplissent toute la coupe.

Quoique le froid eût, comme un cal, privé mon visage de tout sentiment ,

Il me semblait sentir un peu de vent; sur quoi je dis: — Maître, qu'est-ce qui le produit? Ce lieu n'est-il pas vide de toute vapeur?

Et lui à moi : — Tu seras bientôt là où , voyant la cause de ce souffle; l'œil à ta question répondra.

Lors un des malheureux qu'enveloppe la froide croûte nous cria : « 0 âmes si cruelles que la demeure la plus basse vous est assignée,

430 CANTO TREXTESIMOTERZO.

38 Levatemi dal viso i duri veli,

Si ch' io sfoghi il dolor che '1 cor m' imprégna Un poco, pria che'l pianto si raggeli.

39 Perch' io a lui : Se vuoi ch'io ti sovvegna, Dimmi chi se' ; e s' io non ti disbrigo ,

Al fondo délia ghiaccia ir mi convegna.

40 Rispose adunque : Y son Frate Alberigo : Io son quel dalle frutte del mal orto, Che qui riprendo dattero per fi go.

41 Oh , dissi lui , or se' tu ancor morto ? Ed egli a me : Corne il mio corpo stea Nel mondo su, nulla scienzia porto.

42 Cotai vanta ggio ha questa Tolomea , Che spesse volte l'anima ci cade Innanzi ch'Atropôs mossa le dea.

43 E perche tu più volentier mi rade Le invetriate lagrime dal volto, Sappi che tosto che l' anima trade ,

44 Corne fec' io , il corpo suo V è tolto Da un dimonio , che poscia il governa Mentre che ' ltempo suo tutto sia volto.

45 Ella ruina in si fatta cisterna ;

E forse pare ancor lo corpo suso

Dell' ombra che di qua dietro mi verna.

Otez-moi du visage les durs voiles, que je puisse un peu exhaler la douleur dont mon cœur est plein , avant que les pleurs regèlent. »

Et moi à lui : — Si tu veux que je te soulage , dismoi qui tu es; et si je ne te dégage, que j'aille au fond de la glace.

Il répondit donc : « Je suis Frate Albérigo7, et, des fruits du mauvais jardin , ici je reçois datte pour

figue 8. «

— Oh ! lui dis-je , es-tu donc mort? Et lui à moi : « Ce qu'il en est de mon corps dans le monde d'en haut , entièrement je l'ignore.

« Tel est le privilège de cette Ptolomea 9, que souvent l'âme y tombe, avant que l'y pousse Atropos10.

« Et afin que plus volontiers tu me racles du visage les larmes devenues verre, sache qu'aussitôt que l'âme trahit ,

« Comme je F ai fait , un démon s'empare de son corps, et ensuite le gouverne, jusqu'à ce que son temps soit accompli.

« Elle tombe dans cette caverne ; et peut-être qu'encore là-haut se voit le corps de celui qui là , derrière moi, grelotte.

432 CANTO TRENTESIMOTERZO.

46 Tu'l dèi saper, se tu vien par rao giuso : Egli è Ser Branca d'Oria, e son più anni Poscia passati ch' ei fu si racchiuso.

47 F credo, diss'io lui. che tu nïinganni: Chè Branca d'Oria non mori imquanche.

E mangia e bee e dorme e veste panni.

4S Nel fosso su , diss' ei , di Malebranche , Là dove bolle la tenace pece , Non era giunto ancora Michel Zanche .

49 Che questi lasciô un diavolo in sua vece Nel corpo suo , e d'un suo prossimano.

Che'l tradimento insieme con lui fece.

50 M'a distendi oramai in qua la mano : Aprimi gli occhi : ed io non gliele apersi . E cortesia fu lui esser villâno.

51 Àhi Genovesi, uomini divers!

D' ogni costume , e pien d' ogni magagna , Perché non siete voi del mondo spersi ?

52 Che col peggïore spirto di Romagna Trovai un tal di voi . che per su' opra In anima in Cocito già si bagna ,

Ed in corpo par vivo an cor di sopra,

« Tu dois le savoir, si tu ne fais que d'arriver ici : c'est ser Branca d'Oria11, et plusieurs années ont passé déjà, depuis qu'il fut ainsi enserré. »

— Je crois, lui dis-je, que tu me trompes; Branca d'Oria n'est nullement mort : il mange, et boit, et dort, et se vêt.

«Plus haut, me dit-il, dans la fosse des Malebranchi, où bout la poix visqueuse, n'était pas encore venu Michel Zanche,

« Que celui-ci , à sa place, laissa un diable dans son corps, aussi bien que son parent12, qui avec lui commit la trahison.

«Mais, maintenant, ici étends la main, et ouvremoi les yeux. » Je ne les lui ouvris point; et ce fut courtoisie que de lui être discourtois.

0 Génois, hommes de mœurs à part, et pleins de tous vices, que de vous le monde n'est-il délivré?

Tels êtes- vous, qu'avec le pire esprit de la Romagne je trouvai l'un de vous, dont, à cause de son œuvre, l'âme se baigne dans le Cocyte,

Tandis qu'encore, en haut, le corps paraît vivant.

CANTO TRENTESIMOOUARTO

1 Veœilla régis prodeunt Infemi

Verso di noi : pero dinanzi mira, Disse 'I Maestro mio, se tu '1 discerni.

2 Corne, quando una grossa nebbia spira. 0 quando l1 emisperio nostro annotta, Par da lungi un mulin che'l vento gira;

Veder mi parve un tal dificio allotta :

Poi per lo vento mi ristrinsi rétro

Al Duca mio; chè non v'era altra grotta.

Già era ( e con paura il metto in métro ) Là, dove l'ombre tutte eran coverte, E transparén corne festuca in vetro.

Altre stanno a giacere; altre stanno erte, Quella col capo, e quella colle piante ; Altra, com'arco, il volto a' piedi inverte.

CHANT TRENTE-OUATRIEME

— Vexilla régis prodeunt Infernii de notre côté : — Devant donc , dit le Maître, regarde si tu l'aperçois.

Tel que, quand passe un nuage épais, ou que la nuit se fait dans notre hémisphère, paraît dans le lointain un moulin que le vent fait tourner ;

Quelque chose de pareil alors je crus voir. Puis, à cause du vent, je me réfugiai derrière mon Guide, n'ayant point d'autre grotte.

Déjà ( et avec peur je le raconte dans mes vers), j'étais là où les ombres sont toutes recouvertes, et apparaissent comme un fétu dans le verre transparent :

Les unes sont couchées, les autres debout; celle-ci la tête, celle-là les pieds en haut ; d'autres ont les pieds et la face courbés en arc.

436 CANTO TRENTESIMOQUARTO.

6 Quando noi fummo fatti tanto avante, Ch'al mio Maestro piacque di mostrarmi La creatura ch'eb'be il bel sembiante,

7 Dinanzi mi si toise, e fe ristarmi , Ecco Dite, dicendo, ed ecco il loco Ove convien che di fortezza t'armi.

8 Gom'io divenni allor gelato e fioco,

Nol dimandar, lettor, ch'i' non lo scrivo, Perô ch'ogni parlar sarebbe poco.

lo non morii, e non rimasi vivo :

Pensa oramai per te, s' liai fior d'ingegno,

Qual'io divenni, d'uno e d'altro privo.

10 Lo'mperador del doloroso regno

Da mezzo '1 petto uscia fuor délia ghiaccia: E più con un gigante io mi convegno,

11 Che i giganti non fan con le sue braccia : Vedi oggimai quant' esser dee quel tutto Ch' a cosi fatta parte si confaccia.

12 S' ei fu si bel corn' egli è ora brutto, E contra '1 suo Fattore alzô le ciglia, Ben dee da lui procedere ogni lutto.

13 0 quanto parve a me gran meraviglia, Quando vidi tre facce alla sua testa!

L'una dinanzi, e quella era vermiglia ;

Lorsque dous fûmes assez avant pour qu'il plût à mon Maître de me montrer la créature qui d'aspect fut si belle,

Il passa devant moi, et m'arrêta, disant : — Voilà Dite, et voilà le lieu où il faut que tu t'armes de courage.

Combien je me sentis frissonner et défaillir, ne le demande, Lecteur; point ne l'écris, parce que toute parole serait faible.

Je ne mourus point, et ne demeurai point vivant : pense maintenant toi-même, si tu as quelque entendement, quel je devins, privé de l'un et de l'autre.

L'Empereur du royaume douloureux, depuis le milieu de la poitrine sortait de la glace : et plus de proportion ai-je avec un géant,

Que n'en ont les géants avec ses bras : vois donc ce que doit être le tout, pour correspondre à cette partie.

S'il fut aussi beau qu'il est maintenant hideux, après avoir élevé ses sourcils contre son créateur, bien' doit de lui procéder tout deuil.

Oh ! quelle merveille ce me fut, quand je vis trois faces à sa tête; l'une devant, et celle-ci était rouge:

438 CANTO TEENTESIMOQUÀRTO.

14 Dell'altré due, che s' aggiugnéno a questa Sovresso '1 mezzo di ciascuna spalla,

E si giugnéno al luogo délia cresta,

15 La désira parea tra bianca e gialia : La sinistra a veder era tal , quali Yengon di là. oncle "1 Nilo s'avvalla.

16 Sotto ciascuna uscivan duo grand' ali. Quanto si conveniva a tanto uccello :

Vêle di mar non vïd'io mai cotali.

17 Non avean penne, ma di vïpistrello Era lor modo ; e quelle svolazzava, Si che tre venti si movién da elle.

ls' Quindi Cocito tutto s'aggelava :

Con sei occhi piangeva, e per tre menti

Gocciava il pianto e sanguinosa bava.

19 Da ogni bocca dirompea co* denti Un peccatore a guisa di maciulla,

Si che tre ne facea cosi dolenti.

20 A quel dinanzi il mordere era nulla Verso M graffiar, chè talvolta la schiena Rimanea délia pelle tut ta brulla.

21 Queir anima lassù ehe a maggior peu i. Disse '1 Maestro, è Giuda Scariotto,

Che il capo ha dentro, e fuor le gambe mena.

Des deux autres qui s'y joignaient au-dessus du milieu de chaque épaule, et s'unissaient à l'endroit de la crête,

La droite paraissait entre jaune et blanche; et la gauche à la vue était telle que ceux qui viennent des lieux d'où le Nil descend.

Au-dessous de chacune sortaient deux grandes ailes proportionnées à un tel oiseau : jamais sur la mer je ne vis de pareilles voiles.

Elles étaient sans plumes, et ressemblaient à celles des chauves-souris: de leur battement s'engendraient trois vents ;

Et tout le Gocyte en était gelé. De six yeux il pleurait, et sur trois mentons, goutte à goutte, tombaient les pleurs et la bave sanglante.

De chaque bouche, avec les dents, comme broie la maque, un pécheur il broyait, de sorte qu'ainsi il en tourmentait trois.

A celui de devant la morsure n'était rien près des griffes, l'échiné parfois restant tout entière dépouillée de la peau.

— Cette àme qui, en haut, souffre la plus grande peine, dit mon Maître, est Judas Iscariote, qui a la tète dedans2, et dehors agite les jambes.

440 CANTO TRENTESIMOQUARTO.

22 Degli altri duo c' hanno il capo di sotto, Quei che pende dal nero ceffo è Bruto : Vedi corne si storce, e non fa motto :

23 E Paltro è Cassio, che par si membruto. Ma la notte risurge; e oramai

E da partir, chè tutto avem veduto.

Corn' a lui piacque, il collo gïi avvinghiai; Ed ei prese di tempo e loco poste :

E, quando Taie furo aperte assai ,

25 Appigliô se aile vellute coste :

Di vello in vello giù discese poscia Tra '1 folto pelo e le gelate croste.

26 Quando noi fummo là dove la coscia

Si volge appunto in sul grosso dell' anche, Lo Duca con fatica e cou angoscia

27 Volse la testa ov' egli avea le zanche,

Ed aggrappossi al pel com'uom che sale, Si che in lnferno i' credea tornar anche.

28 Attienti ben, chè per cotali scale, Disse'l Maestro ansando com'uom lasso, Conviensi dipartir da tanto maie.

29 Poi usci fuor per lo foro d'\m sasso, E pose me in su l' orlo a sedere :

Appresso porse a me l'accorto passo.

Des deux autres qui ont la tête en bas , celui de qui pend la noire chevelure , est Brutus : vois comme il se tord , sans rien dire.

L'autre, qui paraît si membru, est Gassius. Mais la nuit revient, et il est temps de partir, maintenant que nous avons tout vu.

Gomme il lui plut, j'embrassai son cou, et lui, choisissant le moment et le lieu, lorsque les ailes furent entièrement ouvertes,

Se prit aux côtes velues , puis de poil en poil il descendit, entre l'épaisse fourrure et les parois glacées.

Quand nous fumes là où la cuisse tourne sur la saillie de la hanche, le Guide, avec fatigue et avec angoisse,

Porta la tête où il avait les jambes, et s'accrocha au poil comme quelqu'un qui monte, de sorte que je croyais retourner en Enfer.

— Tiens-toi bien, dit le Maître, haletant comme un homme épuisé de fatigue ; il faut que , par cet escalier, nous quittions le séjour de tant de maux.

Puis, par l'ouverture d'un rocher, il sortit, et me déposant sur le bord, il m'y fit asseoir; et près de moi il posa son pied prudent.

GANTO TRENTESIMOQUARTO.

â0 F levai gli occhi , e credetti vedere Lucifero com'io l'avea lasciato, E vidili le gambe in su tenere :

31 E s'io divenni alloua travagliato,

La gente grossa il pensi, che non vede Quai era '1 punto ch'io aveva passato.

32 Levati su, disse :1 Maestro, in piede :

La via è lunga, e il cammino è malvagio, E già il Sole a mezza terza riecle.

oj

33 Non era camminata di palagio LàVeravam, ma natural burella

Clfavea mal suolo, e di hune disagio.

3* Prima ch'io dell'abisso mi divelîa.

Maestro mio, diss'io quando fu1 dritto.

A trarmi d'erro un poco mi favella.

35 Ov'è la ghiaccia? e questi com'è iltto Si sottosopra? e come'n si poc*' ora, Da sera a mane ha fatto il sol tragitto?

36 Ed egli a me : Tu immagini ancora D'esser di là dal centro, ov'io m'appresi

Al pel del vermo reo che '1 mondo fora.

37 Di là fosti cotanto. quant' io scesi : Quando mi volsi. tu passasti il punto Al quai si traggon d'ogni parte i pesi :

Je levai les yeux, croyant voir Lucifer comme je l'avais laissé, et je le vis les jambes en haut.

Si alors je fus en peine , le pense la gent épaisse qui ne se représente pas quel est le point que j'avais dépassé.

— Lève -toi, dit le Maître, la route est longue, et le* chemin mauvais, et déjà le soleil revient à mitierce 3.

N'était pas une salle de palais le lieu ou nous étions, mais un cachot naturel, dont rude était le sol, et où la lumière manquait.

— Avant que je me dégage de l'abîme, dis-je quand je fus debout, avec moi, Maître, discours un peu pour me tirer d'erreur.

Où est la glace? et celui-là 4, comment est-il renversé? et comment, en si peu de moments, le soleil a-t-il du soir au matin accompli le trajet?

Et lui à moi : — Tu t'imagines être encore de l'autre côté du centre où je m'accrochai au poil de l'horrible ver qui perce le monde 5.

Tu as été là aussi longtemps que j'ai descendu : quand je me retournai , tu dépassas le point où tend tout ce qui pèse;

444 GANTO TREXTESIMOQUARTO.

38 E se' or sotto l'emisperio giunto

Ch'è contrapposto a quel che la gran secca Coverchia, e sotto '1 cui colmo consunto

39 Fu rUom che nacque e visse senza pecca Tu liai i piedi in su picciola spera

Che Faltra faccia fa délia Giudecca.

40 Qui è da raan, quando di là è sera : E questi che ne fe se al a col pelo, Fitto è ancora, si corne prim'era.

41 Da questa parte cadde giù dal cielo : E la terra che pria di qua si sporse, Per paura di lui fe del mar vélo,

h- E.venne alFemisperio nostro; e forse Per fuggir lui lasciô qui il luogo voto Quella che appar di qua, e su ricorse.

43 Luogo è laggiù da Belzebù rimoto Tanto, quanto la tomba si distende, Che non per vista, ma per suono è noto

kk D'un ruscelletto che quivi discende Per la buca d' un sasso ch' egli ha roso Col corso ch'egli avvolge, e poco pende.

45 Lo Duca ed io per quel cammino ascoso Entrammo a ritornar nel chiaro mondo :

E senza cura aver d'alcun riposo

Et maintenant tu es arrivé à l'hémisphère opposé à celui que recouvre le vaste aride6, et au milieu duquel

Consommé 7 fut l'homme qui naquit et vécut sans péché. Tu as les pieds sur la petite sphère qui forme l'autre face de la Giudecca 8.

Ici il est matin , quand là il est soir : et celui dont le poil nous a servi de degrés, est dans la position où il était d'abord.

De ce côté il tomba du ciel, et la terre qui auparavant surgissait, par l'effroi qu'elle eut de lui, se fit de la mer un voile ,

Et se remontra dans notre hémisphère 9 ; et peutêtre que, pour le fuir, elle laissa vide l'espace qui apparaît là, et en haut se retira10.

Là en bas11 est un lieu éloigné de Belzebub autant que la tombe s'étend12 : l'indique, non la vue, mais le bruit

D'un petit ruisseau, qui descend par la fente d'un rocher que son cours a rongé, et autour duquel il coule par une faible pente.

Le Guide et moi nous suivîmes ce chemin obscur, pour retourner dans le monde lumineux; et, sans avoir souci d'aucun repos,

446 CANTO TRENTESIMOQUARTO.

46 Salimmo su, ei primo ed io secondo, Tanto ch'io vidi délie cose belle, Che porta il Ciel , per un pertugio tondo

E quindi uscimmo a riveder le stelle.

FINE DELL IXFERNO.

Nous montâmes, lui le premier, moi le second, tant qu'enfin, par un trou rond, j'aperçus les belles choses que le ciel porte ;

Et de là sortant , nous revîmes les étoiles.

FIN DE Là PREMIERE CANTIQUE.

1. Dante suppose avoir commencé ce voyage allégorique, où il eut cette vision, en 1300. 11 avait alors trente-cinq ans, qui forment la moitié de la vie ordinaire des hommes, comme il le dit dans le Convito , d'après la commune opinion qui remonte à David : Dies homlnis sept ua g hit a cnuii , les jours de l'homme sont de soixante-dix ans. Ps.

2. Par cette « forêt obscure. » les uns entendant les erreurs. les passions, les vices, desquels est remplie la vie humaine: d'autres, les discordes et les maux dont les querelles des Guelfes et des Gibelins aftligeaient alors l'Italie; d'autres, enfin, les misères que Dante eut à souffrir pendant son exil.

3. Avant de parler du secours que lui prêta Virgile, il faut qu'il raconta les dangers auxquels il se vit exposé.

4. Le « soleil qui se lève sur la colline , » c'est , selon la même allégorie, la lumière qui dissipe les ténèbres des passions, et, en montrant le droit chemin, ranime à la fois le désir et l'espérance d'y marcher.

5. Parce qu'il conduit au royaume des morts; ou, selon d'autres, parce que les âmes abandonnées au vice sont des ânes mortes.

6. En montant, le corps s'appuie sur le pied qui est en arrière.

7. Ceux qui interprètent ce qui précède en un sens politique, entendent par « la panthère, » Florence qui repoussait Dante, condamné par elle au bannissement. Ceux qui, selon nous avec plus de raison, voient dans le récit du Poê'te une allégorie générale de la \ie humaine, pensent que « la panthère » représente les appétits des sens, la luxure.

8. Comment le « gaipelage » de la panthère qui empêche Dante de monter la colline, peut « le convier à bien espérer. » n'est nullement facile à comprendre. Il paraît bien que le g ai pelage doit signifier ici le? apparences flatteuses, les dehors séduisants de la passion; mais cela n'ôte pas la difficulté, et le fond de la pensée reste toujours obscur.

9. L'ambition affamée d'honneurs et de pouvoir, disent les uns: Charles de Valois, qui conduisit en Italie les armées françaises, et les tourna contre les Grelins, disent les autres.

10. Il faut sous-entendre m apparut aussi. Selon les uns. la louve représente l'avarice; selon les autres, la Rome papale, chef du parti Guelfe.

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