Simpson, The Literature of Italy, etc., p
INTRODUCTION. . xix
rain ' » qui sera à jamais la plus grande gloire de sa patrie ingrate : Ravenne. fière à bon droit de ce sacré dépôt, a résolu de le garder.
Dante était de stature moyenne. Ses traits, souvent reproduits par la peinture et sur les médailles , étaient fortement prononcés : un nez aquilin, des pommettes légèrement saillantes, la lèvre inférieure un peu avancée, d'épais cheveux noirs bouclés, la barbe de même couleur, quelque chose de pensif et de sévère dans la physionomie.
Les premiers chants delà Divine Comédie, répétés de bouche en bouche, avaient tellement frappé les imaginations, que les femmes de Florence lorsque Dante paraissait dans les rues, se disaient l'une à l'autre à voix basse : « Voilà celui qui va en enfer et en revient. » Il semblait que, déjà hors delà sphère des êtres mortels, il fût, aux yeux du peuple, comme un de ces fantômes qu*il avait évoqués2.
Et n'est-ce pas en effet un fantôme, une omb:e humaine qu'on voit passer là sur tous les chemins de l'Italie, de la France, allant, venant, sans aucun repos? Ce repos, que jamais il ne devait trouver sur la terre, était devenu sa seule pensée, son désir unique. Vers la fin de sa vie, étant par hasard entré dans un cloître, un religieux lui demanda ce qu'il cherchait, il répondit : Pace!
Ainsi vécut dans la souffrance et la pauvreté, et mourut clans l'exil, celui dont le nom ne devait jamais mourir. Sa destinés rappelle la destinée d'Homère, du Tasse, de Camoëns, de Milton. Ce n'est pas gratuitement que le génie est accordé à l'homme, et si l'on savait ce qu'il faut le payer, qui se sentirait l'âme assez forte pour accepter ce don formidable, et ne dirait plutôt comme le Christ : Transeat à me! On parle de gloire, mais lequel d'entre eux a su qu'il jouirait de cette gloire, qu'elle projetterait ses rayons sur la fosse où il descendait plein d'angoisse? Le vulgaire cherche à cette angoisse une je ne sais quelle secrète compensation dans les stériles joies de l'orgueil satisfait. Il ignore que plus s'élèvent ces grandes âmes, plus elles doutent d'elles-mêmes, plus elles se sentent loin du splendide exemplaire qu'elles contemplent et qu'elles ne reproduiront jamais. Elles sont, elles aussi, des victimes saintes de l'huma-
1. Poeta sovrano. C'est le titre que Dante donne à Homère. Enf., eh. iv, terc. 30.
2. Une autre note au crayon semble attester que Lamennais avait en vue quelques détails relatifs à l'effet extraordinaire produit par la Divine Comédie. Elle renvoie, et nous renvoyons le lecteur au Cours de littérature de M. Villemain [Moyen Age), tome 1er, p. 314, édit. Didier