‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 138 sur 165 · A M. BERRYER · texte numérisé non relu

A M. BERRYER

LôQjauvier 4828.

Eh Ijien, mon cher ami, voilà donc qui est à recommencer? M. de Villèle nous a donné sa monnaie, et la monarchie s'en contente ^ Je doute qu'il en soit ainsi des Chambres; ce ne sera pas du moins pour longtemps, et il me paraît même presque impossible que le nouveau ministère ouvre la session tel qu'il est. Je ne lui vois qu'une seule chance de vie pendant une année : ce serait la division de l'extrême droite

1. Le 5 janvier seulement, le Moniteur publia la liste du ministère de transition qui, remanié dès le début de la session, devint le ministère Martignac. Il se composait de ilM. Portails (justice), La Ferronnays (affaires étrangères), de Caux [administration de la guerre), Martignac (intérieur), Roy (finances) ; — MM. de Chabrol (marine) et Frayssiuous (cultes) demeurant en fonctions. MM. de Yillèle, Corbière et Peyronnet, bien malgré eux et sur la demande formelle de quelques-uns de leurs successeurs, furent déportés-A la Cliambre des pairs. Tous les trois, ainsi que MM. de Damas et de Clermont-Tounerre, reçurent, en outre, le titre de ministre d'État. — Dans cette combinaison, M. de Saint Cricq avait une place à part : la présidence du conseil supérieur du commerce et des colonies, avec le titre de ministre secrétaire d'État.

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t't (le la gauche, pour envaliir des places qu'on peut ref^ardcr comme vacantes. Ce serait de leur part une grande sottise, car il est clair qu'ils n'ont pas vaincu jusqu'à présent, et que M. de Villèle règne encore par la majorité du mniistère qui lui appartient visiblement. Comptons : Chabrol, Frayssinous, de Caux, La Ferronnays, Martignac, Saint-Cric([; six voix sur huit : c'est honnête, et Portails lui-même s'arrangerait à l'occasion. Cette coml)inaison me seml)le folle, si les hommes ne sont pas corrompus jusqu'au dernier excès. Je ne comprends pas que Roy ait consenti à entrer dans cette galère. Aurait-il le projet d'en réformer l'équipage à son profit et au profit de son parti ? Dans tous les cas il se perdra, parce qu'infailliblement son libéralisme sera trouvé de trop bas aloi. Quant à Frayssinous, il convient fort qu'on le laisse où il est. C'est l'homme qu'il faut pour connnencer avec avantage la guerre contre l'Église. Quand on en aura tiré ce parti, on crachera dessus, et son épitaphe sera faite. Je suis extrêmement curieux de l'ouverture de la session. Avec elle commencera l'ère de la décadence, car ce n'est rien que ce que nous avons vu jusqu'ici. Le mouvement désormais sera bien autrement raj)ide, et tant mieux. J'aime ce qui finit : quod facis, fac citiùs. Notre pauvre chevalier' disait un jour à M™* de T... : u — Madame la marquise, savez-vous ce que ce sera que le

règne de ? Ce sera de la boue. — Monsieur le chevalier,

ce sera delà m.. de, parce qu'il me semble qu'on doit s'en lasser plus vite. » Malgré tout son bon sens, l'oracle s'est trompé, ce qui n'empêche pas l'anecdote d'être fort jolie.

J'ai écrit deux fois à notre ami-: je n'en ai point de réponse. Je serais pourtant bien aise de savoir ce qu'il devient. Le voyage annoncé^ ne me plaît ni pour moi ni pour lui; pour moi, parce que je ne le voudrais pas si loin : pour lui. parce qu'il se fera ditiicilement à une vie aussi monotone ([ue celle de ce pays-là. Il est accoutumé à un tout autre monde. Le mien est aussi étroit qu'un monde puisse être. En hiver,

L Le chevalier d'Hanuensen.

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