Vobbé Bernetti, cardinal laïque
Je remercie mon bien cher comte du mandat qu'il m'a fait passer. Je le prie de témoij;ner ma vive reconnaissance à la marquise Violciitine, à qui je demande en grâce continuation d<', /Ole pour Icriivre à laiiueilc elle a bien voulu jusfju'ici s'intéresser. Le chevalier d'Olry m'avait aussi donné des espérances. Je prie M. de Sentl'l de le lui rappeler, en lui oflranl mes souvenirs les plus ailectueux.
Jo vous souhaite le temps que nous avons ici depuis près de trois semaines. C'est une espèce de petit été, point incommode par la chaleur. Mais vont venir les gelées de novembre et le coup de vent des Morts, et alors nous croirons sentir et entendre Bernetti, et adieu la joie, adieu l'espérance !
Mille et mille tendres respects à la comtesse Louise. J'ai appris avec un plaisir inexprimable que la santé de M"i« la marquise d'Azeglio se rétabhssait, et que le bon marquis allait avoir le bonheur de se retrouver près de son fils. Je n'oublie, du reste, aucune des personnes que j'ai vues à Turin, et Rodolphe moins qu'aucune autre. Qu'ai-je besoin de nommer i\l. Daiser, le docteur Rossi, et tutti quanti? Je voudrais pouvoir vous mander quelques nouvelles que \ious n'ayez pas vues dans les journaux; mais, comme je vous le disais l'autre jour, il n'y a plus de nouvelles depuis que tout est si nouveau.
26/l. — M. DE CORIOLIS A LAMENNAIS.
Paris, 19 octobre 1828
C'est chose très-certaine, monsieur l'abbé, que je vous ai écrit une lettre la veille de mon départ pour Tours. Après cela, vous dire ce que je vous apprenais, et si je vous apprenais quelque chose, c'est ce qui surpasse mon pouvoir. J'ai tellement l'habitude de laisser aller ma plume où et comme elle veut, surtout quand je cause avec vous, que, plutôt que d'interroger ma mémoire là -dessus, je vais me mettre à jaser avec vous sur nouveaux frais.
J'ai trouvé à Tours le général****, toujours déclamant, tou-
jours criant du haut de sa tête, et toutes ces déclamations et ces cris aboutissent à ceci : « Donnez-moi encore de l'argent, quoique vous m'en ayez déjà donné; donnez -moi la pairie, que vous ne m'avez pas donnée encore! » Ainsi sont faits aujourd'hui nos Phocions.
A mon retour à Paris, j'ai trouvé ma fille \ arrivant du Dauphiné pour passer l'hiver avec moi, qui m'a de suite demandé de vos nouvelles, car tout ce qui m'aime vous aime. Son état de souffrance n'est guère changé , et c'est là une triste conformité avec la fille de notre ami de Florence 2, dont la santé languissante le tourmente chaque jour davantage. Hélas! c'est bien assez de souffrir dans soi, sans souffrir encore dans ce qui vous est cher. Je laisse ce triste chapitre.
Que vous avez merveilleusement découvert cet homme que nous cherchions! — Hic vir, hic est! — C'est monsignor Bemetti ! Et ce qui est fort heureux, c'est que vous l'ayez trouvé sans le secours d'une lanterne ; car, puisqu'il veut nous faire accroire que « les vessies sont des lanternes, » il était homme à vous persuader que votre lanterne n'était qu'une vessie. Entre nous deux, et bien bas, de peur que mon voisin ^ ne m'entende, j'ai cru un moment avoir aussi trouvé notre homme, sans sortir de dessous mon toit. — Oui-dà , f en ai plusieurs , pouvons-nous dire avec maître Petit-Jean. En honneur, tous ces gens-là ne me représentent pas mal Abou-Hassan, des Mille et une miits. Seulement, quand les dormeurs seront éveillés^ ils verront probablement tout autre chose qu'un sultan se tenant les côtes à force de rire, à moins toutefois que ce ne soit le sultan Mahmoud.
A propos de ce Mahmoud, on me demandait, l'autre jour, en assez nombreuse compagnie, pourquoi je lui avais prédit des succès, si longtemps avant les événements. — ((Pourquoi? ai-je répondu, parce qu'il est le Commandeur des Croyants. » Croyez-vous qu'on m'ait compris... Pas le moins