Réponse à M. de Potter, septembre
LXX NOTES ET SOUVENIRS
la Religion catholique ' était, en définitivo, un club tout prêt à prendre l'avance sur les autres clubs; le Mémorial catholique pouvait , transformé en quelques heures, devenir un organe quotidien qui , dans l'hypothèse d'un affranchissement complet de la presse, aurait immédiatement son rang et son influence. A Malestroit , école laïque ou séminaire, l'université catholique du régime nouveau s'installerait sans obstacle. De tous côtés, ainsi, se trouverait répandue, distribuée, la parole de salut , le dogme conservateur.
Tel était le plan conçu, et je ne vois pas, je l'avoue, ce qu'on pourrait imaginer de plus complet, dans l'intérêt de tel ou tel principe, en face de la situation que Lamennais avait pressentie et devinée. Mais, bien que presque tous les faits soient des idées réalisées, il n'est pas dit que toute idée, même juste, se traduise en fait, comme l'a prévu et désiré celui en qui elle est née. Le rêve de Lamennais allait , dès le début, se heurtant , avec toutes ses magnificences, aux misères de la réalité.
11 faudrait, pour donner une idée juste de ces mécomptes, publier la correspondance des rédacteurs et du directeur gérant du Mémorial catholique. Je me bornerai, cependant, à un petit nombre d'extraits.
1. J'ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, une lettre du P. *****, renfermant, en oi'iginal, celle de Mgr Soglia, aumônier secret du pape, qui encourage, tout en ajournant son examen, le projet de cette association.
0 Rmo Padre,
«Il Santo Padre ha letto con gran piacere la lettera del Sigr abbate de La Mennais diche le rimando qrn acchiiisa. La Santità sua ha lodato assaissimo lo zelodel medesimo Sigr abbate par difendere e propagare le sane dottrine, et vedra a suo tempo la proposta délia Società Religiosa che a tal fine ha in aulmo d' istituire.
" Intanto Vra Ptà Rma abbia la bontà, nel respondere al Sgr abbate de La Mennais di significare al medesimo che il Santo Padre lo saluta e di cuore le da l'Apostolica Benedizione.
« Desideio di poteila servire in quahinque circostanza, e con distinta stima mi proteste,
« I)i Vra l'tà Rma
11 levmo, et obbmo servitore.
11 II LlMOSlNlEHE SEGRETO DI IS'. S. » Il Valicano, 30 giugno t828. »
NOTES ET SOLVENIRS. lxxi
0 7 juin 1828.
«... L'idée de l'Association est, en !j:éncral. bien accueillie. Mais les sourdes intrigues, soit du côté de la cour, soit de la part des gallicans, — intrigues que je vous avais annoncées, — ont été plus loin qu'on ne s'y était attendu. Plusieurs évoques se sont élevés contre l'Association à la réunion qui a eu lieu chez Mgr de Paris. Le cardinal de Latil a voulu faire peur des ultramontains du .l/c'»ior/a/, etc. Ouelquos-uns ont prétondu que «c'était aux évèques seuls à défendre la foi.» Le cardinal de Latil a fait plus. 11 est allé chez le duc d'Havre et le maréchal d'Hohenlohe pour les détourner de l'Association. Le premier a eu quelques scrupules, et il est allé consulter son neveu , le Grand Aumônier, sur un cas si ardu. Le Grand Aumônier a rassuré son oncle. Quant au maréchal, il a répondu itérativement : « — Mais, monseigneur, je suis ultramonlain, je suis tout ce qu'il y a de plus ultramonlain. »
«On commençait à s'effrayer un peu : mais à la réunion du conseil général ' qui a suivi, on a délibéré sur l'ordre du jour, sans dire un mot de toutes ces menées. Le marquis Aymar de Dampierre, seulement, avait imaginé un singulier moyen de tout apaiser. Il avait écrit à la direction pour l'engager à présenter au conseil général, afin de compléter la liste de ses membres, vous d'abord, monsieur l'abbé, puis M. Genoude, puis M. Picot, puis MM. Clause!, puis le marquis de Rougé, puis enfin M. de Frénilly. 11 croyait qu'en réunissant ceux qui avaient marché jusqu'à présent dans des lignes différentes, on pouvait produire le plus grand bien; mais il n'a pas même été question de ces messieurs, et encore 7noiris de vous. Vous concevez bien qu'en pareille compagnie on a le droit de se méfier de tout le monde. » — M. **" à Lamennais.
0 26 septembre 4828.
«...Je suis quelquefois vivement tourmenté de la crainte que l'Association n'atteigne pas son but, et ne réponde pas à vos vues, et alors, on aurait compromis la bonne cause en essayant cette entreprise pourtant si belle et si chrétienne.
« Certes, je ne blâme pas les hommes qui la dirigent. Ils sont pleins de zèle. Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de leurs souliers; et, s'ils pouvaient avoir un tort, ce ne serait que celui de vouloir faire trop de bien à la fois, ou encore celui des difficultés qui se rencontrent dans toutes les bonnes œuvres.
«Tout ce qu'a pu faire l'Association jusqu'à aujourd'hui a été de