Le conseil général de TAssociation, bien entendu
L\xii NOTES ET SOUVENIRS.
publier des Mémoires. Le troisième est sous presse. Sur trois, le hasard en a fourni deux : nous ne sommes contents que du premier. Elle (l'Association) n"a ni commission pour relever les impostures des feuilles publiques, ni plan arrêté pour les sujets de prix à proposer, ni moyen pour savoir ce qui s'écrit à l'étranger. Et à quoi servirait-il de le savoir? Elle n'a pas de moyens de publication. Un journal lui eût donné une action immense ; on le demandait de toutes parts. Nous l'avons promis. Mais un journal devrait-il être rédigé pour les provinces qui le réclament, ou s'adresser aux intelligences cultivées? Sera-t-il possible qu'il adopte une couleur sans blesser bien des associés, et des associés influents? Ces difficultés arrêtent. La crainte de blesser les intérêts des journaux existants rend aussi moins entreprenant.
«...On paraît se borner à la conférence religieuse, relativement à l'action à exercer sur les jeunes gens. Mais ce n'est pas assez ; et même, ce petit exercice, il faut en changer tout à fait les formes, si on veut que quelques jeunes gens le suivent, car, le plus souvent, il ne les intéressait pas, etc., etc. » — Le même au même.
26 février 1829.
« ...Quel effet, monsieur l'abbé, a produit votre dernier ouvrage' 1 Le corps diplomatique assemblé pour demander à chaque cour la provocation de la condamnation en cour de Rome ; — les évoques accourant à Paris comme si le feu était à leurs diocèses ; — l'archevêque de Paris fulminant ; les autres se préparant à l'imiter ; — le Nonce lui-même effrayé; — les Jésuites et leurs amis humiliés et mécontents, et renonçant, par dépit à ce qu'ils avaient jusqu'ici adopté du « sens commun » etc. , etc. — Il y a de quoi ébranler une foi, même solide. Aussi suis-je fier de la mienne, quand je la vois tenir bon contre de telles secousses.
«J'ai, en outre de ces tentations générales, des assauts particuliers à surmonter. Des membres du conseil général ont pensé à provoquer la dissolution de l'Association, afin qu'on ne pût dire qu'il y avait une Ligue, alors que le manifeste vient d'en être publié. Les braves gens ont peur de passer pour des ducs de Guise!...
«Dieu, qui vous a donné cette glorieuse mission^, vous en a sans doute aussi inspiré la mesure. Autrement, je me permettrais de vous dire que, peut-être, ne fallait-il pas soulever à la fois tant
1. Des Progrés de la Révolution et de la guerre contre l'Eglise.
2. " De redemander, pour les catholiques opprimés, la liberté, l'indépeiidance dont on les dépouille, et dont le nom même leur fait peur. " Nous puisons ce commentaire explicatif dans une autre lettre de la même époque.
NuTliS ET SUUVI'MIiS. i.xxiu
d'oppositiqns. Les Jésuites, par exemple, maintenant répandus par toute la France, en rapport avec tout ce qu'il y a d'hommes pieux, sont un obstacle aux progrès de vos doctrines catholiques. Dans leur chagrin momentané contre le Pouvoir, ils eussent été pour elles, s'ils ne se tiouvaient pas blessés par ce que vous dites de leur Institut.
«D'autres personnes prétondent (piil aurait l'allu s expli([uer tout à fait sur leur compte, dire en quoi on les blâmait, en quoi on les approuvait. Enfin, il en est — et ceux-là sont ultramontains — qui soutiennent qu'il ne fallaitpas juger un Corps que les Papes ont loué sans restriction. Certaines propositions, encore, choquent quelques bons esprits, qui ne sont pas assez dans l'intimité de toute la doctrine catholique. Ils pensent qu'on peut induire de votre livre des provocations à la révolte. Il ne voient pas que le droit de résistance est toujours, pour vous, subordonné au pouvoir spirituel, règle suprême des devoirs... Enfin, vous n'avez, dit-on, rien trouvé de bon dans la monarchie de Louis XIV, et, en ceci, on vous estime bien exclusif.
« Cependant, la rumeur semble s'apaiser un peu ; et peut-être l'àpreté, pour ainsi dire, de votre doctrine, — je m'exprime mal, sa sincérité mâle , sans détour aucun, — aura-t-elle pour effet d'éveiller davantage l'attention , de provoquer plus d'examen ; à la longue, de pénétrer en plus d'esprits.
«Pour en revenir à nous, monsieur l'abbé, je voudrais bien que vous ne désapprouvassiez pas le journal hebdomadaire de l'Association, tellement demandé de toutes parts, etc., etc.» — Le même au même.
Ce n'est pas tout, et d'autres correspondances éclairent d'un jour non moins vif cette époque décisive.
Un des écrivains qui , peu de mois ensuite, iront prendre place à l'Avenir, adressait, le 30 mai 1830, une longue lettre à Lamennais. II y est question d'un manifeste, d'un mandement destiné, — en vue du coup d'État qui s'apprête, et des conséquences fatales qu'il aura pour la liberté de la presse, — à rallier d'avance le parti catholique'. M. de G***