L'homme n'a pas besoin de graud'chose ici-bas
Et il n'eu a pas besoin bien longtemps.
NOTES ET SOUVENIRS
Ce sciour en Angleterre, si courte qu'en ait été la durée, noS e le avoir modiné en quelque chose la destmee de La en uùs. Sur celte terre de philosophie pratuiue ou Voltau av^it fait naguère son apprentissage de hhre-penseur, le "uil meton^entit, au contraire, s'atfermir sa vocafon rehiieuse. Ne nous en étonnons pas plus que de raison. Us natures faites pour la lutte s'exaltent P- «Ue et pour db ; elles se dressent contre l'obstacle ; elles « se bandent » comme dsaient nos pères, contre la résistance ; elles courent la tête ";, céclant'à leur instinct, sur toute force opposée, comme d'autres caractères, bien plus nombreux, vont a U rou baisée, à la porte ouverte, au succès obtenu sans peme Le doute fût peut-être venu assaillir Lamemuus enferme dan. un séminaire. En plein protestantisme, il se sentit catholique
"" Dîneurs il avait rencontré là un homme f^f^^^ doué de la puissance persuasive, de l'autonte affectueuse eu , de certains prêtres, font des apôtres, et qm ^^^^^^^^'^^^^^^ racles de leur apostolat. L'abbé Carron, etabh en Angl tei e depuis l'émigrat\on, s'y était constitué le grand -mon je l'exil, le consolateur des proscrits. Les princes de la maison de Bourbon l'avaient choisi comme distributeur des .ecour qu'ils accordaient aux plus nécessiteux de ceux qui so'^f ^^^" pour la «bonne cause». Lamennais, cherchant a se crcer de ressources, dut recourir à ce vertueux ecclésiastique de venu la providence de tous les exilés français; et, à partir de ce moment, ce grand c, pêcheur d'hommes » retint en ses filets le précieux butin que le hasard des circonstances y avait pousst. En lisant le peu de lettres qui subsistent de 1 abbe Cairon à Lamennais, on se rend bien compte de l'ascendant exact, de la soumission obtenue. Il n'y a rien d'austère daiisl m rien que de cordial dans l'autre. Les deux J" elhgence. ne sont pas aux prises ; les deux cœurs vibrent a 1 ^^^-^ mennais, soutirant de corps, éprouve les angoisses in^epara blés d'une résolution comme celle qu'il se sentait appelé i
xii NOTES ET SOUVENIRS,
prendre*. Son directeur lui écrit alors ce billet, daté de Paris, et adressé au séminaire de Saint-Sulpice.
« 20 décembre 1815.
« Mon bon ami, je suis bien inquiet de votre santé qui nous est si chère ; mai? je le suis encore plus de l'état actuel de votre âme. Je ne saurais trop vous dire, mon cher fils : Paix, confiance, abandon à la volonté divine , douce assurance des secours du ciel, souvenir précieux des promesses que nous a faites le Père céleste, qu'il nous soutiendrait toujours de son bras tout puissant. Vous m'êtes, mon ami, présent devant Dieu, à tous les moments, et je le conjure de vous combler de ses grâces.
«Toutes nos bonnes dames vous saluent et prient pour vous
(' Totus tuus, in Christo, dulcissime rerum. »
Dans un autre billet, postérieur de quelques mois, et plus rapproché du moment oii Lamennais allait franchir le seuil du sacerdoce, après avoir béni sa chère ouaille, affermie, mais triste encore, et animée d'un zèle peut-être excessif, le sage modérateur ajoute :
« Je crois, mon bon ami, qu'il n'est pas prudent de demander à Dieu des croix, et que nous devons nous borner à solliciter l'amour des souffrances, laissant à Dieu le soin de nous exposer à celles qu'il ne jugera pas au-dessus de notre faiblesse. Dites à votre bon frère, en l'embrassant, que l'esprit d'égoïsme si répandu en France m'a bientôt gagné, et qu'il faudra bien qu'il me rende le trésor que jo lui ai confié-.
«Pourquoi, mon Féli, cette mélancolie^? Est-ce que le bon chré-
1. Le 14 décembre 1815, il écrit à sa sœur. M"* Blaize : « Ce n'est sûrement pas mon goût que j'ai écouté, me décidant à reprendre l'état ecclésiastique. Mais enfin, il faut tâcher de mettre à profit cette vie si courte. Ce qu'on donne à Dieu est bien peu de chose, rien du tout, et la récompense est infinie. " — Essai biographique .
2. Il s'agit de Lamennais lui-même, rendu à son frère par l'abbé Carron, et que ce dernier entend rappeler près de lui quand l'ordination aura eu lieu.
3. Déjà, en 1812 ( lettre du 27 décembre), M. Vieille, un des plus célèbres théologiens de Saint-Sulpice, écrit, de Saint-Brieuc, à Lamennais :
• Il faut que Je vous parle à cœur ouTert. Je crains que vous vous livriez trop à une certaine mélancolie qui vous dévore. En vain, cher ami, chercherions-nous le vrai bonheur sur la terre... Dieu nous a faits pour lui, et ce n'est qu'en lui que nous trouverons ce parfait repos, ce contentemenl parfait aprèi lesquels nous soupirons sans cesse. »
NOTES ET SOUVKNIRS. xni
tien n'est pas comme dans un festin continuel? Est-ce qucle simple souvenir de Dieu ne nous donne pas de lajo.e? Memor Jm Dei, et delectatus sam*. »
La mélancolie dont ne semble pouvoir ^ni'viv Lamennais avait probablement plusieurs causes. Elle s'explique par 1 état de sa santé, déjà débile; par la vie du séminan^e qui, sous bien des rapports, devait lui être antipathique. Mais e e s'explique, surtout, par un sentiment (pii dominait alors cette âme expansive, et dans lequel elle avait porté cette ardeur, cette soif de dévouement, cette intensité d'aspirations, (pu fut, juscpi'au dernier jour, son glorieux apanage.
Ce fut à Kensinaton, et probablement chez M-. Jernincrham que Lamennais rencontra l'objet de cette amitie passionnée. Quels dons particuliers la méritèrent à celui qui en devint l'objet? C'est ce qui reste à savoir, et ne sera sans doute jamais su. Les seuls vestiges qui en subsistent - une trentaine de lettres, - ne révèlent presque rien a cet égard. Dans ces lettres, écrites du 1" janvier 1816 au 7 octobre 1818 Henry Moorman se révèle à nous comme une de ces âmes délicates sur ciui toute énergique volonté doit avoir prise. Si les conjectures sont permises en pareille matière, et si les miennes se trouvent justes, cette faiblesse même, cette timidité irrésolue, cette tendresse vraie mais sans héroïsme, acceptant tous les sacrifices, n'en faisant aucun furent précisément ce qui parla au cœur de Lamennais I aima, dans le jeune protestant, la brebis égarée qu il allait ramener au bercail. U l'aima pour sa douceur, son besoin d'appui, ses tristesses naïves sans cesse en ciuête de consolations, sa docilité aux conseils, et aussi, peut-être pour 1 infériorité dintelligence,le défaut d'instruction, qui le livraient à sa puissante merci. Le chêne aima le roseau.
On n'a, dans les lettres d'Henry Moorman, que le pale