Ce recueil, ainsi complété, a paru en
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les soustraire à une investigation quelconque , mais pour les faire transcrire purement et simplement, et rendre ensuite les originaux à qui de droit ; c'est invariablement ainsi qu'il agissait, s'interdisaiit par là même toute altération du manuscrit primitif, et tout autre retranchement que ceux dont la nécessité pouvait, en définitive, être contrôlée ou démontrée.
Madame*** refusa la communication qui lui était demandée: ses motifs furent que les lettres en question renfermaient des détails trop personnels pour être livrés à la publicité; puis que plusieurs amis à elle, membres du haut clergé, y étaient traités avec trop peu de ménagements. « — Je ne veux pas, écrivait-elle, contribuer à les mettre au pilori.»
Quelques amis de Lamennais intervinrent vainement dans cette question délicate : entr'autres, M. de Vitrolles et M. Berryer. Madame*** ne se laissa pas convaincre. Sa résistance obstinée étonna Lamennais, et lui fit concevoir des méfiances qui, nous devons l'espérer, portaient absolument à faux. 11 écrivit, en conséquence, une protestation formelle, dont le triple original fut déposé en mains sûres. Je la copie sur Texemplaire qui me fut remis par lui.
«On m'a souvent pressé d'écrire mes Mémoires. Malgré la ténuité du fonds, à ne regarder que moi, ils auraient pu, en effet, n'être pas dépourvus de quelque intérêt, ayant vu et su beaucoup de choses durant la longue période qu'embrassent mes souvenirs ; lié surtout, comme je l'ai été, depuis la fm de l'empire, avec la plupart des hommes qui se sont fait un nom, et plus ou moins mêlé moimême au mouvement politique, philosophique et religieux.
«Peut-être aussi ceux que leur goût porte à l'observation du travail incessant de la pensée au sein du monde social, que progressivement il transforme, auraient-ils aimé à suivre dans ses phases le développement d'un esprit sincère qui, cherchant le vrai toujours et ne cherchant que le vrai, va se modiflant^à mesure que la réflexion, le spectacle des faits, l'étude de la nature, de l'humanité et de ses lois, l'éclairent d'une nouvelle lumière, et ouvrent devant lui des horizons plus étendus.
« Deux motifs principaux m'ont empêché de céder aux instances qu'on m'a faites. Il aurait fallu, pendant des années, m'occuperde moi-même, y penser, en parler sans cesse. Or, s'il est quelque chose qui me répugne invariablement, c'est cela.
«En outre, contraint de dire la vérité sur les autres, cette vérité
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neùtpas été (onstammonl favorable à tous; il en est qu'elle aurait, quoi que je pusse faire, montré quelquefois sous des côtés où nul n'est bien aise qu'on le regarde, et cela me répui^nait encore. Sans blâmer ceux qui lèguent aux vivants l'histoire rigidement vraie des morts, liée à celle de la société, je ne me sentais pas disposé à les suivre dans cette voie. Lorsqu'il s'agit de blesser, les morts, pour moi, sont toujours vivants; ils me semblent même avoir droit à plus lie respects, à plus de ménagements, car, attaqués, ils ne sauraient se défendre.
«.l'ai donc renoncé à écrire des Mémoires. Mais comme, attendu la part que j'ai prise aux choses de mon temps, mon nom me survivra peut-être, et que ma conduite et mes écrits, où se marquent le progrès de mon esprit, ses variations même, si on préfère ce mot, pourront donner lieu à des appréciations très-diverses, j'ai voulu qu'au moins mes pensées véritables, aux différentes époques de ma vie, fussent bien connues, et d'une manière incontestable, afin de prévenir les suppositions et les conjectures erronées.
«A cet effet, secondé par l'obligeance de mes amis, j'ai pris soin de recueillir mes correspondances les plus intimes pour qu'elles pussent, après ma mort, servir au dessein que je viens d'expliquer. «Mais une de ces correspondances, qui se compose de plus de quatre cents lettres, m'a été "refusée. Je demandais qu'on me permît de la faire copier. La personne à laquelle elle est adressée, M°" ***, m'a répondu que « me la remettre, seulement pour la relire, lui serait trop désagréable ». On jugera ce procédé que depuis, écrivant à d'autres, et sans doute aussi de vive voix, elle a cherché à justifier, par des raisons aussi futiles que fausses, confondant et brouillant, de la façon la plus étrange, ce qui touche les lettres que je réclamais et ce que je lui avais confié de mes affaires personnelles. Le besoin senti d'une excuse aura, je me plais à le croire, fasciné sa bonne foi et jusqu'à son esprit, car autrement, elle aurait tâché d'inventer des prétextes qui eussent au moins quelque vraisemblance.
<f Je me tairais sur un fait de cette nature si je n'avais, par rapport aux suites qu'il peut avoir, des craintes trop fondées. M""' *^^ a des passions politiques violentes ; elle est, de plus, entièrement, aveuglément livrée aux Jésuites. Or, d'après l'expérience que j'ai d'eux, et de tout ce qui dépend d'eux, je ne saurais douter que, pour peu qu'ils y eussent ou crussent y avoir un intérêt quelconque, celte correspondance, qu'on ne veut pas, aujourd'hui, me permettre même de relire, ne fût, sans aucune hésitation, tronquée, mutilée, altérée, pour en abuser selon leurs vues, dans ce que pourraient en publier ses dépositaires futurs; et c'était même là
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un des motifs qui me fai^aioul désirer d'avoir entre les mains et délaisser après moi un moyen eertain de contrôle.
« Privé de ce moyen aîKiuel j'avais un droit sacré, et le refus qu'on m'en a fait autorisant les api>rélien>ioiis les j)lus graves, je désavoue expressément tout ce qu'on ]iourrait m'attribuer un jour comme extrait de ces lettres ; même tout passage matériellement exact qui. séparé de ce qui l'explique dans l'ensemble d'une longue correspondance, serait, par des gens qu'aucun scrupule n'arrête, facilement détourné à un sens très-éloigné du sens véritable ; déclarant, au reste, que si j'ai dû prendre cette précaution si nécessaire, je ne conserve d'ailleurs aucun ressentiment contre une personne faible de raison, aveuglée par le fanatisme politique et religieux , habituée de plus à ce que tout cède à ses volontés capricieuses, et que, malgré le regret que peut m'inspirer la confiance que j'ai mise en elle, il me serait doux d'estimer encore.
• Paris, le 12 juin 1S51.
F. Lamennais.
La mort de Lamennais fut digne de sa vie ; l'une comme l'autre ont été vraies et loyales, sans faste, sans étalage, sans mystère. Les témoins n'ont été ni appelés, ni évités. Quelques amis étaient là, non pour isoler le mourant, comme on ne s'est pas fait faute de le dire ' , mais pour le mettre à l'abri de toute obsession fatigante ou périlleuse. On avait prévu que, sans une surveillance de tous les instants, les démarches réitérées d'un zélé excusable troubleraient, et troubleraient en vain, dans le calme nécessaire à ce grand passage, le philosophe anathème dont la rétractation eût été pour Rome un inmiense triomphe. On savait, — et des exemples récents l'ont prouvé, — combien s'élargissent, grâces à d'habiles interprétations, les moindres concessions obtenues au lit de mort. Lamennais lui-même, avant de s'y étendre, s'était préoccupé de ces pensées, et, en chargeant un de ses amis, M. Barbet, de l'administration, de la surveillance de sa maison et de ses intérêts, il ajoutait ces mots significatifs : y compris les visites.