‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 4 sur 165 · Lettre du 19 février · texte numérisé non relu

Lettre du 19 février

XIV NOTES ET SOUVENIRS

reflet de ce vif et pur attachement. Ce reflet éblouit. On cherche, dans les souvenirs que la vie a pu laisser, quelque chose qui rappelle une amitié aussi peu commune. Rien de comparable, rien d'analogue ne vient i\ la mémoire. En y réfléchissant, on est moins surpris de ce phénomène, dont une exacte analyse aide à se rendre compte , et qu'expliquent, dans une âme exceptionneflement douée, une jeunesse longtemps solitaire, mille ardeurs d'imagination détournées violemment vers d'arides études, le subit épanouissement des facultés aimantes au milieu de circonstances spéciales, alors que la vie semble amère, l'avenir incertain, alors qu'on subit pour la première fois le dur contact des hommes, les humiliations d'une position subordonnée, les rigueurs du premier exil.

Dès les derniers mois de 1815, on l'a déjà vu, Lamennais est rentré en France. Les deux amis sont séparés. Le commerce de lettres qu'ils se sont promis va rencontrer mille obstacles. Les parents du jeune Anglais, — sa mère, veuve et remariée, son falhcr in law, M. Jefferies, — ont pressenti le résultat de l'amitié si vive que. le précepteur catholique a vouée à leur enfant, et qu'il lui a fait partager. Ils veillent. Ils suppriment les lettres venues de France, Lamennais en écni seize de suite, sans obtenir un mot de réponse '. La première qui parvient à son adresse est celle qu'en désespoir de cause il a fait passer par les mains de l'abbé Carron, chargé sans doute de mener à terme la conversion que Lamennais venait d'ébaucher.

A partir de ce moment, la correspondance continue à l'aide de tiers, et moyennant des soins, des précautions sans nombre. On numérote les lettres; on les signe d'une simple initiale ; on

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