i94. Smithfield-Bars , London
Ist. January 1816. "
ul hasten to inform you, my dearest Félix, that out of the sixieen letters you hâve written, Ihave receiced but tioo, etc., etc. "
Toutes les lettres d'Henry Moorman, sans exception, sont écrites en anglais. Celles qu'on trouvera citées plus loin ont été traduites avec la plus rigoureuse exactitude.
NOTES ET SOUVENMRS. xv
ifis adresse poste restante, ou ù l'abbé Carron, cl, s'il est hors de Londres, à son iV('re, ou à M. Du Périer. In l)cau jour, de plus en j)lus tourmenté d'un côté par ses scrupules relij^ieux, de l'autre par la dissimulation dont il use à l'égard de ses « excellents parents » (pour lesquels il demande sans cesse les prières de son ami), le pauvre Henry Moornian se décide à s'écliai)per. On le surveille de trop j)rés. H est obligé d'assister régulièrement au service protestant, et jamais il ne se trouve un seul moment libre d'aller prier dans la chapelle catholique. Il a consulté son directeur secret, M. Hunt, (jui n'entre pas assez dans les dillicultés de sa situation, et lui ordonne de conformer à sa nouvelle croyance ses pratiques extérieures. Le néophyte se voit à la veille, de déterminations extrêmes. Il trendjlc, cela est clair, d'engager la lutte; il craint de succomber; il hésite, il parlemente avec lui-même, il implore les conseils de son ami; puis il se décide.... à prendre la fuite.
0 30 janvier 1S16, b hs.
« Ma détermination est prise : il faut que je parte. 0 Félix, écrivez moi dès que vous aurez ces lignes. J'ai tant de choses à vous dire; de quoi remplir un volume. Mais ma lettre ne partirait pas. Mon tendre Félix, mon frère, je ne saurais vous décrire l'état où m'a mis voire lettre: mais il fallait se décider, et je suis décidé. Écrivez-moi le plus tôt possible.
« Peut-être un passe-port m'est-il indispensable ; renseignez-moi là-dessus. Je n'ai pas besoin d'excuses pour cette lettre si courte.»
Le plan d'évasion s'exécute; et, le 10 mars suivant, Henry ÎNIoorman est à Paris , préparant son abjuration, entre les mains de l'abbé Carron et de M. Teysseire, directeur du petit séminaire des Sulpiciens*. 11 écrit à son ami, en Bretagne. La lettre, dont la suscription est de la main de M. Teysseire, porte cette adresse significative : A M. F. de Lamennaye, PRÊTRE, à Saint-Brieuc-.
1. M. Teysseire mourut deux ans après, ainsi que l'atteste une lettre désolée qu'écrivit Heui'v Moorman à cette occasion. On la trouvera ciaprès.
2. Uu document positif établit qu'en 1812, Lamennais était entré dans les ordres. C'est une lettre de l'évèque de Rennes, datée de Rennes le
XVI NOTES ET SOUVENIRS
Cette lettre est caractéristique. Le jeune Anglais n'y parla guère que de lui-même. Ses parents ont immédiatement trouvé ses traces. 11 a dû leur écrire, par le conseil de l'abbé Carron, pour leur demander pardon de sa fuite, et offrir de rentrer auprès d'eux, à la condition qu'ils ne gêneront plus sa liberté de croyance. 11 rend compte des exercices pieux qu'on lui fait suivre. Vêpres sonnent; il s'interrompt. L'abbé Teysseire, en revanche, prenant la plume après lui, s'abandonne au fervent enthousiasme que lui inspire l'arrivée d'un nouveau soldat dans les rangs du sacerdoce.
« Oh ! cher ami, que de grandes choses viennent de se passer entre vous et N. S. J. C. Que de mystères d'amour ! Le sacerdoce est véritablement la région des miracles. Je suis curieux de savoir ce que notre bon Maître vous aura dit au cœur la première fois où, au grand étonnement des Anges, il est descendu des deux, docile à votre voix, pour s'incarner de nouveau entre vos mains sacerdotales...
« Venez, arrivez au plus vite épancher votre cœur dans le mien. Aussi bien, je pense qu'il faut accélérer votre retour afin de pouvoir assister à l'abjuration de notre Henry, de pouvoir même aider M. Carron à l'y disposer, et de l'embrasser avant qu'il ne retourne dans sa perfide patrie... Je pense que la lettre de M. Carron vous aura singulièrement contrarié, etc., etc. »
La « contrariété, » c'est qu'Henry, le bien-aimé néophyte, réconcilié avec ses parents, doit retourner auprès d'eux. Lamennais avait rêvé mieux. 11 ne se soumettra pas aisément à cette nouvelle séparation. Patrie, famille, il abandonnerait tout pour son ami; il attend, on le voit, mêmes sacrifices. Mais (( le doux, l'intéressant Henry, » — ce sont les épithètes
16 avril, et adressée " à M. l'abbé de La Menais (le jeune), à la Chesnais, près Saint Malo. » En voici le début et la conclusion :
«Je viens de recevoir votre lettre, mon cher abbé, avec autant d'édification que de plaisir. Nous allons donc faire, en votre personne, pour le sanctuaire, une acquisition dont l'Eglise se réjouira...
0 Si vous ne combattez point avec nous dans la plaine, nous aurons du moins la consolation de vous voir sur la moutagne, levant les mains au ciel et invoquant pour nous le secours du Dieu des combats. — Je vous invite donc, mon cber abbé, à vous joindre aux ordinands qui doivent se rendre à Saint-Brieuc pour T ordination prochaine, etc.»
NOTHS r-T SOU V KM US. xvii
qui accompagnent invariablement son nom, — recuK- dt-vanl ces partis extrêmes. 11 rentre parmi les siens, triste, mais soumis. Ses « excellents parents » lui font meilleur accueil qu'il ne l'espérait. On respecte les conditions ((u'il a mises i\ son retour. Tout au plus lui laisse-t-on entrevoir que l'on compte sur le l)énéfice du temps, sur la maturité progressive de son esprit, pour le retirer de la voie où il s'est engagé. On le mit ensuite aux prises avec les nécessités matérielles de sa position, et celui dont M. Teysscire attendait « un apôtre, un martyr, s'il le fallait, au milieu de ses parents et de ses concitoyens', )) devint tout simplement un apprenti chemist, fort assidu au laboratoire.
La correspondance, pourtant, a repris de plus belle. Lamennais, dans sa tenace fidélité, ne veut pas que cette amitié lui soit ravie. La famille lutte de son mieux contre cette influence obstinée, et les ditiicultés renaissent, qu'il faut éluder. Lamennais n'entre qu'à regret, et comme en frémissant, dans ces voies secrètes. Peut-être est-ce là le plus grand sacrifice qu'il ait fait à l'espèce de passion qui l'entraînait. Henry Moorman, au contraire, est dans son élément; comme tous les caractères faibles, il aime la ruse, le masque, les allures cachées. Il écrit un jour à son ami :
• 20 septembre 1S17.
« Je m'empresse de vous informer que j'ai reçu vos lettres 16 et n.Dans votre prochaine, j'espère que vous me direz ce que vous pensez de mon projet *. L'adresse que je suis en mesure de vous donner, sera la meilleure voie possible, et la plus prompte. Envoyez vos lettres à ^f. Thomas Bodenham, Anti-Gallican Coffee house. Threaneddle street^ London.