M. de VitroUes
cher petit Arthur, et son père, s'il me le permet. Mon frère vous ofl're une amitié inaltérable comme la mienne.
A la Chênaie, le 30 septembre 1825.
A la Chênaie, le 12 octobre 1825.
11 faut être équitable envers messieurs des Débats; il leur serait assez difficile de trouver une transition de leur prose à VOS vers; et je conçois qu'ils y rêvent longtemps. Vous savez mieux que moi qu'aujourd'hui justice, raison, goût, bon sens , tout est subordonné aux intérêts de coteries ou de factions; et, si le divin Homère se présentait pour la première fois avec son Iliade, avant de juger le poëme et d'en parler on s'informerait d'abord si l'auteur est libéral , doctrinaire, politique ou ministériel. Votre Prophétie * est, pour certaines gens , ce que serait une bulle du pape pour l'archevêque de ("-antorbéry. A coup sûr, il n'y verrait qu'une idée particulière opposée à ses idées particulières; et voilà justement où vous en êtes avec les Débats, qui, s'ils avaient la force en main , porteraient peut-être l'esprit de conséquence aussi loin que les Espagnols; rien ne m'étonnerait de pareilles gens. Car enfin. Monsieur, n'oubliez pas que vous êtes , suivant eux, un révolutionnaire, puisqu'il n^y a a plus rien de révolutionnaire en Europe que les entreprises du despotisme, ainsi que nous l'apprenait dernièrement M. Fiévée. Or, je vous soupçonne fort de favoriser ces entreprises du despotisme , et vous aurez bien de la peine à sortir net du procès qu'on vous en fera. Mais, de grâce, voyez le progrès : que
1 . On sait qu'il faut entendre par là le poëme de M. de Coriolis, h Songe de Cluvis, dont il a été déjà question plus d'une fuis, et dont le Journal des Débats ajournait sans doute le compte rendu.
DE LAMENNAIS. l.H
de pareilles choses soient dites, en 1825, sous la bannière de M. deCh !
Et cette année 1825 n'est pas encore finie; nous en entendrons bien d'autres, si je ne me trompe. Les esprits se précipitent et jMvcipitent la société dans un abîme dont nul ne C()nnai( le fond. Je défie tous les partis de dire ce cpi'ils veulent ; les imbéciles seuls ressaieraient. On travaille aveuglément à détruire , et puis c'est tout. Le succès en ce genre a été si grand qu'il ne reste pas même (rélémcnts pour reconstruire après le bouleversement inévitable qui nous menace dans un avenir prochain. Maintenant, tous les etïbrts se réunissent contre la Religion ; elle est le seul ennemi qu'on craigne. 11 n'est pas jusqu'à M. do Montlosier qui ne reproche à ces pauvres ministres « l'intluence qu'ils ont, dit-il, laissé prendre au clergé. » Les bras tombent de surprise ; mais, enfin, voilà ce qui s'imprime-, voilà le canevas sur lequel une demi-douzaine de journaux et des brochuriers sans nombre brodent chaque jour leurs impertinences, leurs sottises et leurs impiétés. On pousse de toutes parts à une rupture avec Rome et à l'établissement d'une Église nationale, d'une Église représentative, qui ne représenterait que la folie, les funestes opinions , le doute pratique, la bassesse et la lâcheté des temps actuels. On poursuit l'ordre jusque dans le sein de Dieu même. Certes, jamais le monde n'avait rien vu de semblable, et nous verrons mieux encore; ce n'est là que le commencement.
Ma santé est si mauvaise que je n'ai pu encore reprendre mon travail. Ménagez la vôtre, monsieur le marquis; elle est précieuse aux gens de bien , précieuse à tous vos amis , et à nul autre plus particulièrement qu'à votre dévoué,