‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 7 sur 165 · M, Carron écrit : Lamenais · texte numérisé non relu

M, Carron écrit : Lamenais

2. Le coin du second feuillet ayant été déchiré, quelques mots manquent. Nous ne les avons pas suppléés, sauf le dernier, qui est hors de doute.

NOTES ET SOUVKMMS. xxvii

révolte, crtlc censure à la lois si allcctucuse ol si séviMV, no montra point cet implacable orgueil qui. tant et (aiil de fois, lui a été re[)roché.

Est-ce ;\ un orgueilleux, universellement reconnu comme une des lumières de l'épocjue, qu'une simple fenmie, une pauvre Feuillantine, écrivait ceci, en 1829, après la publication du livre intitulé : les Progrès de la JUvolution/

Il Dimanche 20 février.

« Quel bruit vous faites, mon pauvre ami ! Vous aviez bien raison, lorsque vous me mandiez que « vous ne seriez pas bon à jeter aux chiens » ; voilà ce qu'on dit de vous, ou à peu près. Au reste, il faudrait une rame de papier pour vous conter tout ce qui se débite en sens inverse contre ce malheureux ouvrage.

« Généralement, vos meilleurs amis sont chagrins du petit mot qui est échappé à votre plume sur l'Institut des Jésuites: ils disent qu'en homme généreux, vous eussiez dû le leur épargner ; qu'ils sont déjà assez battus ; et que le coup de patte que vous leur donnez en passant a trop l'air d'une récrimination et d'une petite vengeance, indigne d'un génie tel que le vôtre. Puis on cherche quelle faute vous avez à leur reprocher, et l'on ne trouve que le refus qu'ils ont fait d'adopter votre philosophie, et leur peu de franchise à l'avouer.

« Je ne vous dirai pas la colère que le ton dont vous parlez de Louis XIV et de Bossuet a excitée; ceci n'est pas si important. Mais ce qu'on vous reproche, mon bien bon ami, c'est de n'appuyer votre doctrine ni sur l'Écriture Sainte, ni sur la tradition, ou au moins, de ne l'appuyer que d'une manière bien insuffisante. On ne conçoit pas comment, pour inspirer plus deméprisdu gallicanisme, vous citez, sur cette doctrine, des passages de Dupuis, dont les ouvrages ont été censurés par le clergé gallican lui-même. On ne resse de répéter que vous prêchez la révolte, \q régicide. Le Constitutionnel vous compare à Ravaillac. On vous aura sans doute envoyé toutes ces feuilles où vous êtes si bien travesti. Mais, mon bien cher ami, tout cela n'est rien, ou bien peu de chose, parce que Ton connaît la source impure d'où découlent ces invectives. Ce qui est beaucoup, ce qui nous a consternées, écrasées, c'est le mandement de l'Archevêque de Paris ! En ce moment, il est lu dans toutes les églises! Et nous, pauvres amies de celui qu'on y attaque, nous nous sommes retirées dans notre solitude, pour ne point entendre, pour ne point voir, car, mon si bon ami, tout ce qui vous touche nous est comme personnel. Le P. Carissan vous

XXVIII NOTES ET SOUVENIRS

copie le passage du mandement que l'on neconnaîtque d'hiersoin. Oh! si, comme nous n'en doutons pas, vous y répondez, nous vous conjurons à genoux de le faire avec modération et le ton qui convient au caractère de l'accusateur et de l'accusé. Si l'on remarquait de l'aigreur et des sarcasmes, on ne manquerait pas de dire qu'ainsi écrivait Luther, qu'ainsi écrivent les chefs de secte.

« N'allez-vous point rire de moi, mon digne ami? Cependant, pensez que si la sagesse sort de la bouche des enfants, une pauvre vieille fille pourrait peut-être parfois avoir raison. Quelle perte que celle du Pape^ dans le moment où nous sommes! »

Qu'on veuille bien, en lisant cette semonce féminine, se rappeler à qui elle s'adressait ; qu'on veuille bien tenir compte de l'âge auquel Lamennais était parvenu, de sa position éminente, du respect que ses adversaires eux-mêmes étaient obligés de lui témoigner, sous peine de discrédit, et sans doute on jugera que son (( orgueil » ne commandait pas de trop grands ménagements aux amitiés véridiques. Je n'imagine pas que Bossuet, ou même Fénelon, se fussent montrés, en pareille circonstance, aussi accessibles et d'aussi bonne composition.

1. En effet, le fragment est sur un carré de papier à part, transcrit d'une autre main que le corps de la lettre...

« Voilà que l'esprit de système, triste et dangereuse tentation des plus beaux talents, s'est introduit, se manifeste dans les camps du Seigneur, et nous menace d'uue guerre intestine. Non content de cette vaste carrière des innocentes disputes qne la vérité elle-Tnéme laisse à ses enfants la liberté de parcourir, mais dont elle leur défend de franchir les limites, il veut ériger en dogme ses propres opinions en nous accusant sans justice de dépasser nous-mêmes les bornes de ce qui a été défini par l'autorité infaillible de l'Eglise. îs'on content de s'ériger en censeur amer de ceux dont on doit du moins toujours respecter le caractère et les intentions, il se fait hardiment le détracteur d'un de nos plus grands rois et du plus savant de nos pontifes; il proclame, sans autorité comme sans mission, au nom du ciel, des doctrines subversives de l'ordre que Jésus-Christ a établi sur la terre eu partageant ses pouvoirs souverains entre deui puissances distinctes, indépendantes l'une de Tautre, chacune dans l'ordre de choses qui lui ont été confiées, etc., etc. i'

Suit une longue qualification de ces doctrines, ainsi parachevée :

«Doctrines... que nous gémissons d'entendre annoncer, fut-ce par le plus habile écrivain, par le plus profond publiciste, par le plus grand génie, et, si nous osions le dire après l'Aiwtre, par un ange même descendu du ciel; doctrines que nous nous sommes efforcé d'arrêter, tantôt par notre silence, tantôt par nos protestations réitérées et publiques; doctrines, enfin, que nous repoussons avec toute la loyauté d'un cœur français, sans croire rien perdre, pour cela, de l'intégrité d'uue àme catholique. "

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