‹ Œuvres posthumes de F. LamennaisChapitre 72 sur 165 · A Rome · texte numérisé non relu

A Rome

2. Il s'aarit évidemment de l'Institut des Jésuites, .lutorisés, peu auparavant, à rentrer en Autriche,

du temps, tout le reste passera; mais la félicité qui nous est promise ne passera point, et cela doit sutlire à notre paix. Je m'en vais devant, pour vous préparer une demeure : et puis, un peu après , nous nous en irons occuper cette demeure; car nous n'en avons point sur la terre. Nous attendons que notre .Maître revienne nous appeler. Qu'importe jusque-là ce qui nous arrive, ce qu'on nous fait, ce qu'on nous dit? Ne saurions-nous, près de l'éternité, prendre patience un petit moment? — adhiic modicum, dit Jésus. N'espérons rien des hommes, n'en souhaitons rien, et rien ne nous troublera.

Vous avez dû recevoir une lettre que je vous ai écrite par une occasion particulière. Je vous y parlais de ma santé fort mauvaise alors; elle est un peu meilleure en ce moment. La maladie dont j'ai en moi le germe n'est pas assez avancée pour être inquiétante. Ce qui me contrarie le plus en ce moment, c'est mon affaire avec M. de Saint-V. Je suis venu ici pour la terminer; voilà un mois que j'y suis, et les choses en sont au même point que le premier jour. Je crains beaucoup, en outre, qu'il faille nécessairement recourir à un tiers arbitre. Alors nouveaux délais, et des embarras sans tîn.Ce n'est pas ici le lieu du repos.

Je vous ai fait adresser la seconde partie de mon ouvrage sur la Religion considérée dans ses rapports avec Vordre politique et civil. J'ai tâché de dire la vérité, et toute la vérité. Jusqu'à présent on ne m'a point répondu, et je doute fort qu'on me réponde, car je ne vois pas ce qu'on dirait. Le Constitutionnel et les Débats se sont tus. La Quotidienne et le Drapeau blanc seuls ont donné des extraits de cet écrit, qui, à ce qu'on m'assure, produit généralement de l'impression sur les esprits. La cour royale a délibéré sur la question de savoir si on le déférerait. Il paraît certain que la cour s'est décidée pour la négative : ainsi je n'aurai pas encore cette fois le bonheur de confesser Dieu devant les tribunaux, et de souffrir pour sa cause. L'évêque d'H.' est très-affecté; je le plains de tout mon cœur, et je contemple en lui, avec

L D'HcniiOi'olis.

une sort»; d'eUVoi. toutes les suites de la faiblesse. 11 est entouré de (latteurs ([ui le tranquillisent et qui le perdent. Mon Dieu ! que la condition des hommes en pouvoir est triste ! Nul ne saurait se répondre ([u'à leur i)lace, il ne serait point entraîué comme eux, et doit croire qu'il le serait, tant la pente est rapide.

Nous ne sommes que misère; et c'est pourquoi, dit le Sauveur, veillez et 2i fiez, afin que vous 71' entriez point en tentation!

J'espère que votre première lettre m'apportera de meilleures nouvelles de votre santé, .l'engage la comtesse Louise à prendre grand soin de la sienne, et j'engage aussi moucher et bien-aimé comte à se ménager. Qu'il prenne garde surtout à ne pas fatiguer son estomac par le jeûne, qui lui est tout à fait contraire. Courage! Dieu aidera. Daignez toujours aimer un peu celui qui ne cessera de vous être bien tendrement dévoué.

Paris, le 17 mars 1826.

Je suis, monsieur le marquis, fort en retard avec vous; la cause en est que mes maux ordinaires ne furent jamais moins en retard avec moi. Si à des souffrances habituelles vous joignez des occupations aussi tristes que nomhnuises, vous vous expliquerez facilement le silence pour lequel je vous dois des excuses, et dont vous devez me plaindre aussi de toutes les manières et dans tous les sens. Nos chers députés courent peu de risque d'éprouver un regret semblable. La parole, cette session, ne leur a pas manqué pour l'amusement de leurs commettants. En ont -ils dit? Et qu'en ditesvous? quelle raison! quelle éloquence! quelle admirable manifestation des trésors cachés que recelaient nos dé|)ariements! Écoutez, lisez, et n'oubliez pas que (( le style est tout l'homme ; » et puis j'adopte pleinement vos conclusions ,

que vous ierez bien pourtant de ne pas rendre trop publiques, car voici ce qui vous arrivi-i'ait. Le comité d'enquête établi sur la demande de l'honorable M. de la Boëssière, vous traduirait par-devant la Chambre; la Chambre où il y a des gens d'une grande délicatesse de goût, et dès lors très-difficiles sur les jugements qu'on porte d'eux, vous inviterait, avec cette politesse légale qui la distingue , à faire une retraite de quelques mois dans une maison soumise à la discipline de M. le garde des sceaux, qui vous laisserait le choix entre des distractions toutes plus agréables les unes que les autres, par égard pour les lettres, que lui avait sans doute recommandées son collègue, M. de Corbière. Voilà jusqu'à présent la tin de la discussion, le dernier effort de L'amour qui anime M. de Peyronnet* ; il « aime » tant les écrivains qu'il leur promet à tous ce qu'il a tenu, sans l'avoir promis, à M. Magalon-. jNe trouvez-vous pas qu'il est cruel de quitter un pays où l'on entend, où l'on voit de si belles clîoses? C'est mon sort, cependant. Je m'en vais en Bretagne pour y passer quinze à dix-huit mois. Là, plus de vie, plus de discours : les jardins parlent peu : nulle autre société que Bossuet, Fénelon, Pascal et autres pareils misérables, vrai gibier de police correctionnelle. Que deviendra, je vous en prie, au miheu de ces gens-là, ma civilisation individuelle? car je n'aurai pas même de journaux pour me soutenir à la hauteur du siècle et de ses modèles, dont j'ai l'honneur, pour

1. La loi contre la jjresse fat baptisée la loi de justice et d'amour. « Cette dénomination, qui est restée, dit Vaulabelle, était la paraphrase de plusieurs passages d'un article attril)ué à M. de Tovronnet, et dans lequel les prescriptions du projet de loi étaient qualifiées de mesures " justes, utiles, favorables, et douces. >• — Hist. des Deux Restaurations^ 3* édition, t. vii, p. 271, à la note.

2. ^Iagalon, rédacteur de Y Album, condamné, pour simple délit de presse, à treize mois de prison et 2,000 francs d'amende, fut conduit à la maison centrale de détention (Poissy ) à pied, les mains liées, et attaché à un ancien forçat, ivre, malade de la gale, et qui, tout le long du chemin, criait : Vivent les galériens! honneur aux 'jalériens! Vne fois emprisonné, Magalon fut soumis au régime des autres détenus, contraint de revêtir leur costume, de tresser des chapeaux de paille, du manger à la gamelle, etc. — Jhid.^t. VI, p. 462.

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ma quoto-part, d'ôtrc Ici ivprésont/'. Knfin. nifiii, il faut prendre la chose clirétiennenieut.

J'ai vu, il y a peu de jours, M'"e la manpiise de Talaiu; elle lutte contre ses infirmités avec un rare courage, et contre toutes les sottises qui se disent et qui se font, avec un rare esprit. Cette dernière guerre est peut-être plus fatigante que l'autre, car il n'y a pas un moment de trêve. Ji; suis hieii aise, au reste, de vous dire qu'au fond les choses vont à merveille, qu'il n'y eut jamais de ministère aussi parfait que le nôtre, et qu'il n'y en aura jamais; ceci est positif; tout ce qui approche de la cour l'atlirme expressément, et le croit peut-être : pourquoi pas? Je vous conseille pourtant de croire encore plus, monsieur le marquis, au tendre attachement que je vous ai voué.

Paris, le IS mur.-; 1826.

Je reçois, mon excellent et bien cher ami, votre lettre du 11 mars. Vous avez bien raison de dire que mon cœur me presse de me rendre près de vous. J'aspire au moment de vous embrasser, et néanmoins je ne puis encore vous mander positivement l'époque de mon départ. En premier lieu, il est, depuis quelques jours, grandement question de m'attaquer. Ni la cour royale, ni le ministère, même, n'inclinaient à prendre ce parti ; il n'est pas encore certain qu'on le prendi'a, mais quelques évêques y poussent fortement. Cela vous surprendra peu, et cela ne me surprend point du tout. On parle aussi d'une réponse, ou d'une espèce de Déclaration qu'ils s'occupent de rédiger. Il faut que je voie la fin de tout cela. En second lieu, mon arbitrage me retient encore ici. Berryer prétend que ma présence est absolument nécessaire, et vous savez combien cette aflfaire est importante pour ma tranquillité future. Mandez-moi combien de temps vous passerez à Gênes, et à quelle'époque Mgr L.' en partira. Je vous

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