ETUDE
les avoisinent, la variété de leurs couleurs, enfin ton6 les moyens dont la nature compense les différences de leurs expositions, ils ne douteront poinl de ces harmonies élémentaires; ils reconnaîtront que la fleur, loin de présenter un caractère constant dans les plantes, en offre au contraire un perpétuel de variété. Cest par elle que la nature varie principalement les espèces dans le même ^nre de plante, fiour la rendre susceptible de fécondation sur différens sites. Voilà pourquoi les fleurs du marromiier d*Inde, orif^naire de TAsie , ne sont point les mêmes que celles du châtaignier de l'Europe; et que celles du chardon de bonnetier, qui vient sur le boni des rivières , sont différentes de celles des chardons , qui croissent dans les lieux élevés et arides.
Une observation fort extraordinaire achèvera de confirmer tout ce que nous venons de dire : c'est qu'une plante cliange quelquefois totalement la forme de ses fleurs dans la génération qui la reproduit. Ce phénomène étonna beaucoup le célèbre Linnée, la première fois qu'on le lui fit observer. Un de ses élèves lui apporta un jour une plante parfeitement semblable à la linaire , à l'exception de la fleur: la couleur, la saveur, les feuilles, la tige, la racine, lecalire, le péricarpe, la semence, enfin l'odeur qui en est remarquable, étaient exactement les mêmes, excepté que ses fleurs étaient en entonnoir, tandis que la linaire les porte en gueule. Linnée crut d'abord que son élève avait voulu éprouver sa science , en adaptant sur la tige de cette plante une fleur étrangère; mais il s'assura que c'était une vraie linaire , dont la nature avait totalement changé la fleur. On l'avait trouvée parmi d'autres linaires, dans une Ile à sept milles d'Upsal , près dû rivage de la mer, sur un fond de sable et de gi-avîer. Il éprouva lui-même qu'elle se reperpétuait, dans ce nouvel état, par ses semences. Il en trouva depuis en d'autres lieux; et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, il y en avait parmi celleslà qui portaient sur le même pied des fleurs en entonnoir et des fleurs en gueule. II donna à ce nouveau végétal le nom de pilore , du mot grec mX<ap , qui signifie prodige. Il obser\*a depuis les mêmes variations dans d'autres espèces de plantes , entre autres dans le chardon ériocéphale, dont les semences produisent, cliaque année, dans le jardin d'Upsal, le chardon bourru des Pyrénées '*^. Ce fiuiieux botaniste explique ces transformations comme les effets d'une génération métive, altérée par les poussières fécondantes de quelque autre
• In DUsertationé Upsoliœ 1744, mcnse dtcembri , page 49, iio(« A.