MAI
Du 1*'. An lever du soleil, un vaisseau se
trouva dam nos eaux , et nous ayant gagnés insensiblement, vers les dix heures du matin il était par liotre travers. Nous remarquâmes que tontes ses voiles étaient fort vieilles, et qu'il avait M branlebas, c'est-à-dire que les coffres et les lits de l'équipage étaient sur son pont. U nous questionna en anglais : Bonjour ! comment g^affelle le voiiseau? (Toù vtetit-t/.' où va-t-U? Nous lui répondîmes et l'interrogeâmes dans la même langue. Il venait de Londres, d'où il était parti il y avait soixante-quatre jours; il allait en Chine. Le vent nous empêcha d'en entendre davantage. Il était percé à vingt-quatre canons, et paraissait du port de cinq cents tonneaux. U nous souhaita bon voyage, et continua sa route.
Vu des frégates , thons et bonites.
Les 2 et 3 , nous vîmes encore le vaisseau anglais. Les thons , qui nous accompagnaient depuis» si long-temps, nous abandonnèrent et le suivirent. Nous eûmes des grains violens de l'ouest. Ces variations viennent, à mon avis, du voisinage de la baie de Tous-les-Saints. J*estime que les courans et la dérive nous ont portés plus près que nous ne croyions de l'Amérique.
Les 4 et 5 , le vent fut violent et variable. Nous vîmes un fouqnet, oiseau icris et noir, des frégates et des fous, qui plongeaient pour attraper du poisson.
Les 6 et 7, bon frais et belle mer. La nuit dernière , nous eûmes des grains violens. Nous vîmes des frégates prenant le soir leur route au nordest.
Du 8 et du 9. Hier, le vent fut très.violent, la mer grosse. On amena les perroquets et les petites voiles. On prit un ris dans les huniers. Ce matin , pendant le déjeuner, nous fumes chargés d'un grain très-violent avec toutes les voiles dehors. Le vaisseau se coucha, et l'eau entra dans les sabords. Vers le soir, le temps se calma , ce qui arrive d'ordinaire lorsque le soleil se trouve dans la partie opposée au vent. Nous vîmes une quantité considérable de goélettes blanches et de fout]uets, signes du voisinage de la terre, d'où viennent ces orages.
LesiOyii et 12 , bon frais et belle mer. Vu des fouqnels ou taille-vents , des goélettes et des bonites.
Le 43, il fit calme. On calfeutra la chaloupe. A neuf heures du soir, étant en conversation avec le capitaine dans la galerie, je vis tout Thorizon éclairé d'un feu très-lumineux courant de l'est au nord, et répandant des étincelles rouges. Pendant le jour , les nuages étaient arrêtés, et repi'ésenlaient une terre du côté du sud.
1^ 14, noiiii eûmes des grains violens et un pen
VOYAGE A L'ILE DE FRANCE
de Unuierre. Ici finissent Cfimniunément les veiils de sud-est, qui quelquefois vont jusqu'au 28*^ de- ^ré de latitude. Nous attendons les vents d'ouest, avec lesquels on double le cap de Bonne-Espérance.
Nous vîmes des fauchets ou taille-vents.
Les 45 et f6, grosse mer et grains pluvieux. Nous vîmes les mêmes oiseaux.
Les 47,48 et 49, le temps fut beau, quoique mêlé de brume. Nous distinguons une lame venant de l'ouest, qui présage ordinaireinent que le vent doit eu venir. Nous vîmes hier au soir un second météore lunrûnenx, et dans l'après-midi une baleine au sud-ouest , à une lieue et demie. On prétendit le malin avoir vu un oiseau de mer appelé mouton du Cap. Cet oiseau se trouve dans les parages du cap de Bonne-Espérance.
Les 20 et 24 , temps pluvieux, vent variable. L'air est froid. Nous vîmes une baleine à portée de pistolet. On prétendit avoir vu les damiers , oi- «eaux voisins du Cap. Nous vîmes des taille-vents.
l^es 22 et 23 , vent froid et violent. Grosse mer. Le vent déchira les huniers lorsqu'on y voulait prendre des ris. On en mit de neuËs , ce qui nous tint plus de trois heures sous nos grandes voiles. Je vis distinctement dçs damiers et quantité de laille-mers.
Le 24, nous vîmes une envergure, autre oiseau marin. Grosse mer, bourrasques fréquentes , mêlées de pluies. On prétend que ces orages viennent du voisinage de l'Ile de Tristan-da-Cunha.
Le 25, je vis im mouton du Cap; les vents tournèrent à l'ouest , mais furent toujours orageux.
Le 26, vent violent. Vers le soir, un gram nous surprit avec toutes nos voiles dehors. Le vaisseau ne put arriver, il vint au vent et fut coiffé. Vous ne sauriez imaginer notre désordre. Enfin, on manœuvra si heureusement qu'on échappa de ce danger, où il pouvait nous en coûter au moins nos mâts. Nous vîmes les mêmes oiseaux. Nos [lauvres matelots sont bien fatigués : après un orage , on ne leur donne aucun rafraîchissement.
Les 27 et 28 , les vents furent variables et froids. La caréné du vaisseau est couverte d'une herbe verte, qui n'a gardé sa couleur que du côté exposé au soleil.
Les 29 et 30, temps frais mêlé de grains vio^ lens. Nous primes des ris dans les huniers.
Nous vîmes les mêmes oiseaux , des alcyons et ses marsouins. Hs étaient petits, marbrés de brun sur le dos et de blanc sous le ventre.
Le 34 , les vents tournèrent à l'ouest. On s'estime à deux cents lieues du Cap, et par notre point à trois cents. Nous viines les mêmes oiseaux.