‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 12 sur 213 · OISEAUX · texte numérisé non relu

OISEAUX

Les étoiles m'ont paru plus lumineuses dans la partie australe que dans la partie septentrionale. On distingue, outre la croix-du-snd , les magellans, qui sont deux nuages blancs formés d'an amas de petites étoiles. On aperçoit à côté deux espaces plus sombres qu'aucune des autres parties du ciel.

Ije crépuscule diminue en approchant de la ligne, en sorte que la nuit est presque entièrement séparée du jour. On explique assez bien conmient le crépuscule augmente avec la réfraction des rayons vers les pôles. Dans ces régions à peine habitées^ la lumière est mêlée avec les ténèbres, surtout dans les auroreç boréales, qui sont d'autant plus grandes que le soleil est moms élevé sur l'horizon. Quel inconvénient y eût-il eu que la nuit, entre les deux tropiques, eût eu aussi quelque portion du jour? La nuit semble faite pour les noirs de l'Afrique , qui attendent la fm de leurs jours brûlans pour danser et se réjouir : c'est dans ce temps que les bêtes sauvages de ces contrées viennent se rafraîchir dans les rivières , et que les tortues montent au rivage pour y faire /eur ponte. Ne serait-ce point que les rayons du soleil, quoique réfractés, donnent une chaleur sensible? Ainsi de longs crépuscules eussent rendu la zone torride inliabitable. Au reste, les nuits dans ces climats sont plus belles que les jours. La lune dissipe, à son lever, les vapeurs dont le ciel est couvert. J'ai réitéré tant de fois cette observation, que je me range en cela de l'avis des marins, qui disent que la lune mange les tmages. D'ailleurs, peut-on rejeter l'influence de la lune sur notre atmosphère, lorsqu'on lui en suppose tme si grande sur l'Océan?

. En deçà de la ligne , on trouve les vents du àonlest ou alizés, et au-delà les vents du sud-est ou généraux. Ces vents paraissent produits par l'air dilaté par le soleil et réfléchi par les pôles. Les vents de sud-est s'étendent plus loin que les vents de nord-est, comme vous le jMurrez voir dans le jounial des vents. On les trouve ordinairement aux 3*^ et 4^ degrés de latitude nord. Aussi le pôle sud est-il plus froid que le pôle nord; ce qui vient peut-être de ce que le soleil est plus long-temps dans la partie septentrionale. Les navigateurs qui ont tâché d'aborder aux terres australes ont découvert des glaces au 45' degré sud.

Ces vents poitent continuellement en Amérique les vapeurs que le soleil élève sur la mer Atlantique. Celles de la mer du Sud ser>'ent à féconder une partie de l'Asie et de l'Afrique. En gt'néral, les vents sont plus forts lé jour que la nuit.

VOYAGE A L'ILE DE FRANCE

Sans les nuages , il n'y aurait point de rivières ; mais ils ne servent pas moins à la magnificence du ciel qu'à la fécondité de la terre.

J'ai admiré souvent le lever et le couclier du solefl. C'est un spectacle qu'il n'est pas moins difiicile de décrire que de peindre. Figurez-vous à l'borizon une belle couleur orange qui se nuance de Yerty et vient se perdre au zénith dans une teinte lilas, tandis que le reste du ciel est d'un magnifique azur. Les nuages qui flottent çà et là sont d'un beau gris de perle. Quelquefois ils se disposent en longues bandes cramoisies, de couleur ponceau et écarlate; toutes ceà teintes sont vives, tranchées, et relevées de franges d'or.

Un soir les nuages se disposèrent vers l'occident soos la forme d'im vaste i-éseau , semblable à de la soie Manche. Lorsque le soleil 'vint à passer derrière, chaque maille du réseau parut relevée d'un filet d'or. L'or se changea ensuite en couleur de ien et en ponceau, et le fond du ciel se colora de teintes légères de pourpre, de vert et de bleu céleste.

^ipavent il se forme au ciel des paysages d'une variété singulière, où se rencontrent les formes les plus bizarres. On y voit des promontoires, des rochera escarpés, des tours, des hameaux. La lumière y foit succéder toutes les couleurs du prisme. C'est peut-être à la richesse de ces couleurs qu'il fiiut attribuer la beauté des oiseaux de l'Inde et des coquillages de ces mers. Mais pourquoi les oiseaux marins de ces colorées ne sont-ils pas plus beaux que les nôtres? Je réserverai l'examen de ce problème à quelque autre article. Je vais vous déôrire ceux que j'ai vus voler autour du vaisseau, avec tes noms que leur donnent les gens de mer. Vous jugez bien que cette description ne peut guère étrejuste. .

En partant de France, nous vîmes plusieurs espèces d'oiseaux que les marins confondent sous le nom général de mauves et de goélands.

L'oiseau le plus commun et que nous avons rencontré dans tous les parages est une espèce d'hirondelle ou d'alcyon que les Anglais nomment rotseau de la tempête. U est d'un brun noirâtre, vole àHebr d'eau, et suit dans les gros temps le sillage da vaisseau. Il y a apparence qu'ij est déterminé à juivre alors le» navires , afin de trouver un abri contre la TÎolence du vent. C'est par la même raison qu'il vote entre les lames en rasant l'eau.

A la hauteur du cap Finistère, nous vîmes des niancfae»4e-velour8, dont les aHes sont bordées de noir; ils sontde la grosseur d'un canard, et volent à la surface de la mer en battant des ailes; ils ne s'éloignent guère de terre,, où ils se retirent toan Ien soirs.

Nous vîmes les premières frégates par les deux degrés et demi de latitude nord. On présuma qu'elles venaient de l'Ile de l'Ascension , située par les huit degrés de latitude sud. Elles ressemblent, pour la forme et la grosseur, à la cigogne; elles sont noires et blanches ; elles ont des ailes trèsétendues , de longues jambes et un long cou. Les mâles ont, sous le bec, une peau enflée, ronde comme une ix)ule et rouge comme l'écarUte. C'est le plus léger de tous les oiseaux marins; jamais il ne se repose sur l'eau. On en rencontre à plus de trois cents lieues de terre, où on assure qu'elles vont reposer tous les soirs. Elles s'élèvent fort haut. J'en ai vu souvent tourner autour du vaisseau, s'éloigner à perte de vue, et se rapprocher dans l'espace de quelques secondes.

Le fou est im peu plus gros, mais plus raccourci ; il est blanc mêlé de gris; il pêche le poisson en plongeant. La>pointe de son bec est recourbée, et les côtés en sont bordés de petites pointes qui lui aident à saisir sa proie. La frégate lui fisiit la guerre. Celui-là a de meilleurs instrumens; mais celle-ci plus de légèreté et de finesse. Lorsque le fou a rempli son jabot de poisson, elle l'attaque et lui fait rendre sa pêche, qu'elle reçoit en l'air.

Nous vîmes le premier fou vers le treizième degré de latitude sud.

A peu près à cette liauteur, nous aperçûmes , pour la première fois, l'oiseau que les marins appellent/auc/iet, /ott^tiét, taille-vent j taille-mer ou cordonnier. C'est un oiseau qui, dans son vol , semble faucher la sm-face de l'eau.

Les goélettes, que l'on trouve en grandes troupes , dénotent les liauts-fonds et le voisinage des côtes : elles sont blanches, et de loin ressemblent, pour le vol et la forme , à des pigeons.

L'envergure est un oiseau un peu plus gros que les fouchets, de la taille d'un fort canard; il est blanc sous le ventre, d'un gris brun sur les ailes et le dos : il tire son nom de la grande étendue de ses ailes ou de son envergure.

Les damiers ne se trouvent qu'aux approches du cap de Bonne-Espérance; ils sont gros comme des pigeons, ont la tête et la queue noires, le ventre blanc, le dos elles ailes mar(|ués régulièrement de noir et de blanc, comme les cases d'un jeu de dames.

Après les damiers, nous vîmes le moutoii-du- Cap. C'est un oiseau plus gros qu'une oie, au bec couleur de chair, aux ailes très-étendues, mêlées de gris et de blanc. On ne le trouve guère qu'à la lat itudedu cap de Bonue-Es|iérance . |J 'ai vu tous ces oiseaux se reposer sur l'eau, excepté la frégate et Penvergiire. Leur vue peut servir à indiquer le::»

VOYAGE A L'If.E DE PRâNCE.

pnvgttB où ToQ «e trouve, lorsqu'on a élépfcMieiini joun sans prendre hauteur, ou lonque les oonsoi om fait dériver en longiukie. n serak à souhaiter que les marins expérimentés donnassent là-^esfos leors observations. Il y ades espèces qoi ne s'éMgnent point de terre, où elles vont reposer tous les aoks. Des goélettes blanches, vues en pleine mer, désigneraient quelque terre ou récif inconnu dans le voisini^; mais les manches-de- velours en seraient une preuve infaillible.

Il y a aussi quelques espèces de giaieols , ou algues flottantes, auxquelles on doit faire attention. Ces diflërens indices peuvent suppléer an moyen qui nous manque de déterminer les longitudes. On observe la variation malin et soir; mais ce moyen n'est point sûr. On ne voit pas tons les jours le soleil se lever et se coucher. D'ailleurs, la variation, qui est, comme vous savez, la dédinaiton de l'aiguille, varie d'une année à l'autre, sous le même méridien. La propriété qu'elfe a de s'ineliner vers la terre par sa partie aimantée ponmit être d'une phiB grande utilité. Cest ce que Texpérienee fera connaître.

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