DU SENTIMENT
» [lerti le souvenir de ses maux (|u*en penlaul ce- » lui de ses plaisirs. Elles clierclièrent donc à éloigner Ariane dos lieui ei des l>niits qni pouvaient lui rappeler son amant. Elles Tengairèrenl à venir dans leur ville, où elles lui donnèrent de grands festins dans (les salles niagniiî(|ues, sontenues par des colonnes de granit. Là il n*étajt penms à aucon bomme cfentrer, et aucun bruit du dehors ne se &Lsait entendre. Elles m avaient couvert le pavé , les murs, les portes et les fenêtres de tapisseries où elles avaient représenté des prairies , des vignobles et d'agréables jiolitudes. Elles les édairaieiit avec des lampes et des flambeaux. Elles faisaient asseoir Ariane au milieu d>ll€s sur des coussins ; elles mettaient une couronne de lierre . avec ses graphies noires, sur ses dieveux blonds et autour de s«in front pâle; elle» fiosaienl ensuite à ses pieds des urnes d^albâlre, pleines de vins excellens; elles les versaient dans des coupes d*or, et les lui présentaient en loi disant : Bavez, aimable fille de Minos; cette Ile prwluit les plus doux présens de Baccbos : buvez , le vin di»4pe les dia^riiis. Ariane , en souriant , se laissait aller à leurs imitatioDS. En peu de tefUfK les roses de la santé reparorent sur si jo Tîsage, et aostûlôt le bruit courut dans Naxos ^œ Baechit!» était veoo an secoorv de Tamanle de Tbésée. Les babitans, transportés de joie, élevèrent à ce dieu un tem[4e dont vous voyez encure quelques colonnes et le frontispice sur ce [ rocber au nûlieo des fluts. Biais le vin ne ût que j donner des liroesà Tainour d'Ariane. Elle fut à ' la lin consomée par ses resrets ei même par ses j espéranees. Voilà . au bout de ce %'aUon , sur on petit tertre eoovert d'absintbe marine, son Umbbno , et sa tfatoe qui reçarvie encore vers b ■KT. On Y reconnaît à pfôie la figure d*une femoie ; mais on v- ilislingne toojoors Fattilncle inquiète d*aneauianle. Ce munomenl, ainsi que ^ tooseeoxdece pays, a été mutilé parle temps y ! eteacore pins par iMbartores! mats le soQTcnir j de la vettn mallmmne n*est |ai. sar la terre, ^ au poovoir des tyrans. Le tombean dWriane est l cfaâ les Turcs, et sa coorbone est parmi les : étoiles. Poor nous . édnppés aox reganis des ; puî^caBces do monde par notre olvcarîtéBéflie, j noQs avons, par la bonlé du csd , trouvé la lî- i berté Icân iles grands, et le bonheur dans des déserts. Etranger, «i les biens naiarfis voos tuucbfnt encore, vmk serez le uoitsT de les partager arec non». • A ce récit . de> larmes douces coulent ck» yetix de w» épMttr. et de ta jcsine fille ipii sunpire au MAv^nir d'Ariane; et je doute
qu'un alliée même, qui ne coinialt plus dans la nature (lue les luis de la iiiaiière et du mouvement , piiltHre insensiNeau sentiment de ces convenances présentes et de ces anllipie^ ressouvenirs.
Homme voliqitueiix ! il n'y a que la Grèce, dites-vous, qui ofTre des scènes et des [loinls de vue aussi toiidians : aussi Ariane est daas tous les jardiiLs, Ariane est dans tons les cabinets de peintme . Du donjon de votre cliàteau , jetez un coup d'œil sur vos campagnes. Leurs lointains présentent de plus beaux horizons que ceux de la Grèce désolée. Votre appartement est plus commode qu'une grotte, et vos sofas sont (iltis doux que des gazons. Les ondes et les murmures des herbes de vos prairies sont [Jus agréables que ceux des flots de la Méditenanée. Votre argent et vos jardias voas donnent plus d'espèces de vins et de fruits qu'il n'y en a dans tout rArdiipel. Voii!ez-voiis mêler à ces jouissances celle de la Divinité? Vojez sm* cette eoHine cette petite église de village , entourée de vieux ormeaux. Panni les filles qui se rassemblent sons son portail rusti«|ue , il y a sans doute quelque Ariane trompée par son amant ^'. Elle n'est pas de inarbre, mais elle est vivante; elle n'est pas Grecque, mais Française; elle n'est pas consolée, mais méprisée de ses compagnes. Allez sons son panvre toit soulager sa misère. Faites le bien dans cette vie qui passe comme un torrent; tûtes le bien , non par oslentatirjn et par des mains etransères, mais pour le ciel et (nr vous-même. Le fhiît de la vertu perd sa fleur quand il est cueilli par la main d'autruL Ab ! si vous-même b soulagez dans ses peines; si . par rotre compassion, TOUS b relevez à ses propres regards , vous verrez à vos bicnCiits son front rougir, ses yeux se remplir de larmes, ms lèvres convulsîves se mouvoir sans parler, et son cœur, long-temps oppresé par la booie, se rouvrir à la Tue d'un consolateur, ooomie au sentiment de b Iiivinité. Vons aperee- Trez alor< dans la fisure humaine des trait» ineonnus au ciseau des Grecs et au pinceau des Van f>v'ci. Le buubeur d'une inftKtunée vous OHitera moins que b statue d'Ariane ; et au lieu d'il]ii«>trer le nom d'un artiste dans votre UôtH, fiendant quelques années . Q imufirtall^cra le vOtre . et le ktz durer long-temps aprê» «|ue vou» ne serez plus, lorsqu'elle dira à ses cooipagne^ et à les eubns : « Ce^ m dieu qui m'a tirée do uolbeur. •
ym» allons suivre maintenant rin4inct de b Divinité dans no» scnati'jns pbyÂque» ; et nous finirons cette Etnde par Icv ««ntimen» purement iotelk«tueU de Taiiie. N /ïi> dcKJomjfii^ aiu»i une C«iUe kke de b nature bumauje.
MLzyk:i/:y.
ÉTUDE DOUZIÈME