DES SENSATIONS PHYSIQUES
Toutes les sensations physiciiies sont en ellesmêmes (les témoignages de notre misère. Si Fhomme est si sensible au sentiment du toucher, c'est qu'il est nu par tout son corps. Tl faut , pour se vêtir, qu*il dépouille les quadrupèdes, les plantes et les vers. Si presque tous les végétaux et les animaux ressortissent à sa nourriture, c'est qu'il est obligé d'employer beaucoup d'apprêts et de combinaisons dans ses alimens. La nature l'a traité avec bien de la rigueur ; car il est le seul animal aux besoins duquel elle n'ait pas immédiatement pourvu. Nos philosophes n'ont pas assez réfléchi sur une aussi étrange distinction. Quoi ! un ver a sa tarière ou sa râpe; il naît au sein d'un fruit, dans l'abondance; il trouve ensuite en lui-même de quoi se filer une toile dont il s'enveloppe ; après cela , il se change en mouche brillante, qui va, en se livrant à l'amour, reperfiétuer son espèce , sans souci et sans remords : et le fils d'un roi naît tout nu, dans les larmes et les gémlssemens, ayant besoin toute sa vie du secours d'aptrui , obligé de combattre sa propre espèce au dehors et au dedans, et trouvant souvent en lui-même son plus ^rrand ennemi! Certes, si nous ne sommes tous i\ne des enfans de la poussière, il valait mille fois mieux venir à l'existence sous la forme d'un insecte que sous celle d'un empereur. Mais l'homme n'a été abandonné à la dernière des misères qu'afin qu'il eût sans cesse recours à la première des puissances.