PLAISIR DE I-A RUINE
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en èire toudié. Je ne senlis point du tout, quoique élranger , ce retour de sécurilc (|ui s'élève en nous à la vue d'un danger dont on est à couvert; mais, au contraire , une voix affligeante se fil entendre dans mon cœur, qui me .disait : « Si c'était là ta » patrie l »
Il n'en est pas ainsi des ruines occasionées par le temps. Celles-là nous plaisent en nous jetant dans l'infini; elles nous portent à plusieurs siècles en arrière, et nous intéressent à proportion de leur antiquité. Voilà pourquoi les ruines de l'Italie nous affectent plus que les nôtres; celles de la Grèce, p!us que celles de l'Italie; et celles de l'Egypte, plus que celles de la Grèce. La première fois que je vis un monument antique, ce fut auprès d'Orange. C'était l'arc de triomphe que Marins éleva après la défaite des Cimbres. Il est à quelque distance de la ville , au milieu des champs. C'est un loasif oblongà trois arcades , à peu près comme la porte Saint-Denis. Quand j'en fus près , je n'avais pas assez d'yeux pour le regarder. Je m'écriai d'abord : Quoi ! voilà un ouvrage des Romains ! et mon imagination me porta d'une traite à Rome et an temps de Marins. Il me serait difficile de décrire tous les sentimens qui s'élevèi-ent successivement en moi. D'abord, ce monument, quoique élevé par le malheur des hommes , comme tous les arcs de triomphe en Europe, ne me fit aucune peine, parce que je me rappelai que les Cimbres étaient venas pour envahir l'Italie, comme des brigands. Je remarquai que si cet arc de triomphe était un monument des victoires des Romains sur les Cimbres, il en était un aussi du pouvoir dn temps sur les Romain^. J'y distinguai, dans le bas- relief de la fii>e, qui représente un combat, une enseigne où on lisait distinctement ces lettres : S. P. Q. R. Senatu$ Populus Que Bomatmi; et une antre où il y avait M. O..., dont je ne pus interpréter le sens. Ponr les guerriers, ils étaient si usés, qa'oQ ne leur voyait plus ni armes ni physionomie, n y en avait menue qoi n'avaient pins de jambes. Le massif de ce monument était d'ailleara bien conservé, à rexception d*nn des pieds-drois d*une arcaîe, qu'un cnré du Toixinage avait fait démolir pour réparer son presbylèfe. Cette mine moderne me fît naître d'autres réflexions sar l'excellence de la cooàtmction de» anciens dam les mo- Duroens publies; car, qooiqne le pied-droit qni supportait mi c6té d'une des arcades tùL été démoli, comme je Fai dit , cependant la partie de la Toûtequi en était soatenoe étail restée en Fair sans appui , comme si sn vonwws araient été eoUés les ims aox antres. Il me vint aoati ilaos ridée qne le cnré démofcM^nr Hait pent-Zlre desemdn de
ces anciens Cimbres, comme nous autres Francis descendons des anciens |)euples du nord qui ont envahi l'îlajie. Ainsi, k démolition exceptée, que je n'approuvais pas, par respect pour l'antiquité, je pensais aux vicissitudes des choses humaines qui mettent les vainqueurs à la place des vaincus, et les vaincus à celle des vainqueurs. Je me figurais donc que, comme Marins avait vengé l'honneur des Romains et détruit la gloire des Cimbres, un des descendans des Cimbres détruisait à son tour celle de Marins; et que les jeunes filles du voisinage venaient peut-être les jours de fête danser k l'ombre de cet arc de triomphe, sans se soucier ni de celui qui l'avait liâti, ni de celui (|ui le démolL«isait.
Les mines où la nature combat contre l'art des hommes in<;|Mrent une double mélancolie. Elle nous y montre la vanité de nos travaux et la perp<'*tuité des sieas. Comme elle édifie toujours , lors même qu'elle détruit, elle fait sortir des fentes de nm monumens des giroflées jaunes, des cheno^KNlium, des graminées, des cerisiers sauvages, desgiiirlamles de nilnis, des lisières de mousses , et toutes \eà plantes saxatiles qui forment, par leurs fleurs et leurs attitudes , les cimlrasfes les plus agréables avec les rochers. Je me suit arrêté autrefois avec plaisir dans le janlin du Luxembourg, à l'extrémité de l'allée des Carmes , pour y considérer nn morceau d'architecture qni avait été destiné, dans son origine, à faire une fontaine. D'un côté du fronton qni le couronne est ooodié un vieux Fleuve, sur le risage duquel le temps a Imprimé des rides plus vénérables qne eelles qu'y a tracées le ciseau du sculpteur : il en a fait tomber une ciiuse, à la place de laquelle il a planté un érable. Il ne reste de la Naïade qui était vif-i-vis, de l'antre cdtédn fronton, qne la partie infërienre do corps. Sa tête, ses épaules et ses bras ont dispam. Ses mains tiennent encore Fume d'où sortent , an lien <le plantes flinrialiles, eelles qui se plaisent dans les lieux les plus secs, destonffesde giroflf-es jaunes, des pL«ienliLs,et de longncs geriies de gramt- * nées saxatiles.
Une bHIe architecture donne trniymn de belles mines; les plans de Fart s'allient alors avec la majesté de ceux de la nature. Je ne trouve rien qui ait un aspect plus impo^nt que les tours anfv|fies et bien élevées qne nos ancêtres bkt'wvtknî sor le sommet de;* montagnes, pour décnnrrir dfi loin lenrs ennemi*, et dn ronronnement (U^inHkm «^rtent aujonnFlioi de ;rrands arfires dont les vents agitent le* eimes. J'en 9i va d'antres, dont les midiierwKs et les er^neafix . jadis tntmuitn , étaient font flenrw île lîbs. #lont les nnanees, d'im
ÉTUDE DOUZIÈME
violet brillant et tendre, formaient des opi)Ositions diamuintes avec les pierres de la tour, Gavemenses et rembrunies.
L'intérêt d'une ruine augmenle quaml il s'y joint quelque sentiment moral ; fiar exemple , quand ces tours dégradées ont été les asiles du brigandage. Tel a été, dans le pays de Caux, un ancien château appelé le cli;Ueau de i jllcbonne. Kes hauts murs qui forment son enceinle sont écornés aux angles, el sont si couverts de lieiTe, (pril y a pea d'endroits où Ton aperçoive leurs assises. Du milieu de leurs cours , où je ne crois pas (|u'il soit facile de pénétrer, s'élèvent de hantes tours crénelées, du sommet dt*s<|iiellos sortent de jçrands arbres, qui paraissent dans les aii-s comme une épaisse chevelure. On a[)erçoil çà et là, à travei*s les tapis de lierre (|ui en couvient les lianes, des fenêtres gothiques , des embrasures et des brèches (fui en font apercevoir les escaliers , el cpii ressemblent à des entrées de cavernes. On ne voit voler auto-ir de cette habitation désolée que des buses qui planent en silence ; et , si Ton y entend cpielquefois la ypix d'un oiseau, c'est celle de queUpie hibou (|ui y Gsiitson nid. Ce cliâteau est situé sur un tertre, au milieu d'une vallée étroite, formée par i\es montagnes couvertes de forêts. Quand je me rappelai, à la vue de ce manoir, qu'il était autrefois habité par de petits tyrans qui, avant que l'autoritéroyalefûlsuflisanunentélabliedansle royaume, exerçaient de là leur brigandage sur leurs malheureux vassaux, et même sur les {tassans, il me semblait voir la carcasse et les ossemens de (pielquc grande béte féroce.