‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 127 sur 213 · DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR

■TecrAiiiouriDUne,elle luidit de prendre celui ilcsdeuxenbosqu'ellecrojaitluiapparleair. Tout deux éiaDl Ëgalemenl beaux , Iouk Jeui de iitëine âge. tous deux ailes, la eliasie dénué des bois n'osa choisir ni l'un ni l'aulre, et ne prit point Adonis , de peur de prendre l'Aniour.

Il y a plusieurs beautés seniîmenlales dans celle lable. Je la raconlai un jour à J.-J. Rousseau, i qui elle lilleplusgrand plaisir. ■ Rien ne me plaît » laiil , dit-il , qu'une image agréable qui renferme H un seolimenL monii. u Nous éliotis alors dans la plaine de Neuiily, près d'un parc où l'un voyait ua groupe (te l'Amour et de l'Amitié, sotis les formes d'un jeuut! homme et d'une jeune tille de quinze k «cùeans,qui»'embrassaiealsur la bouche. A celle vue il me dit : > On a fait une image obuèoe d'a-

■ prés une idée cbarmanle. Rien n'eAl élé plui

■ agréable que de repréeenler l'un et l'autre daju

■ leur état naturd; l'Amilié, comme une grande

■ fille qui caresse l'Amour enfant. ■ Comme nou< âions sur ce sujet inléressant , je loi citai la fui de cette fable touchante de Pbilootële et de Progné :

Le itmrrt «t-tl ÎM foar des tainu d Imux î Vnia bii« MI ciWi Mater Inin merrolIeL

Amai liieu. eu vo) aat Jn bois , SanscesMit ïouitouiimtque T^rM autrctbji .

Parmi des denteum [>arrïll« .

Eierra » Inmir mr tu diilm appai — Elc'ollr suiv<^r<J'ua>icruFliMilrjge Qui ttit . nprit u UEur , que je De roui «uii pa> :

En lofanl In tioiinnes, hétat'.

It m'cD joaileal Itien daranlage.

a Quelle série d'idées ! s'écria-l-it ; que cela est

■ toudiant '. » Sa voix s'étouffa , et les larmes lui vinrent aux veoi. Je sentis qu'il était encore ému |tar des convenances secrètes entre les lalens et les destinées de cet oiseau , et sa propre silaalion.

On peut donc voir dans les deux sojets aDégoriqoes de Diane et d'Adtniis, de l'Amour et de l'Amitié , qu'il y a réellemeot en noos deux puissances distinctes, dont les hamonies exaltent l'ame, quand Timage ptiyâqoe noos jette dans on sentiment moral , comme dans le premier exemple ; et la rabûssent, au contraire, quand un sentiment moral noos ramène i une seontioa phyûqoe, comme dans l'eieniple de r Amooret de TAmitié.

Les soas«niendus ajoutent encore aai expretsions morales, parce qu'ils sont cwfomie* i la nature expansive de l'ame ; ils lui bal paroouir on vaste champ d'idées. Cesootcesioai-enlaHlot (|ui donnent tant d'effet i la fable dn RnwijrnnI Joignei-v eocnte ime mnllitode d'opfKMÎliaot ipie je n'ai pas le loisir d'analyser.

P\m rîmage phyriqne est £loignéc de nooi, ptoi le seWhaaM mtml a iTaoKlDe; et phn la |

est circooscrile, plus le sentiment a d'énei^. Voilà, sans doute, ce qui rend nos affections si profondes, lorsque nous regrettons la mort de nos amis. Notre rluuleiir alors se porte d'un monde i l'autre, et d'un objet plein de cliarmesà un twnbean. Voili pourquoi ce passage de Jéréraie' renferme une mélancolie sublime :

Toutes les consolations qu'on peut donner sur la terre Tiennent se briser contre ce mut de la douleur maternelle , non twit.

Le jet unique de Saint -Clou) me plaît [ri us qoe tontes ses cascades. Cependant , quoltgue l'image physique n'aille pas se perdre dans l'infini , elle peut y porter la douleur (jiiand elle réfléchit l« même sentiment. Je trouve dans Plutarque un grand effet de cette consonnance (vogressive. s Brutns, dit-U, desespérant que ses aflaires se

■ pussent bien porter, dellberade sortir de l'Italie,

■ et s'en alla à pied par le pays de Lucanie , en la

■ lille d'Élée, qni est assise sur le bord de la mer,

■ Il oà Porde , étant sur le point de se despartir » d'avec Id pour s'en aller i Rome, taschoit , le

* jrius qu'elle pouvoit , à dissimnliT la doulenr B qu'elle en portoit en son «sur; mais un tableau > la découTrit à la lui, quoiqu'elle se fust au demea- B ranl jusque-là toujours constamment et vertueu-

■ sementportée. Le sujet de la peinture esloil pris

• des narrations grecques : comment Andromaque B accompagnoit son mari Hector, ainsi qu'il sor- B imt de la viUe de Troie pour aller à la guerre, et B comment Hector lui refaailloit son petit entint ;

■ niais elle avoil les yenx et le regard toujours H-

■ ehés sur Ittl. La conformité de celle pdmurc B arec sa passion la fll fondre en lannet, et re-

■ tournant ptorienrs Us le Jour à reroir celU

■ peintnre , die se prowit toujours à pleurer ; oe B que Toyani , Adlins, Tna des amis de Bmtut, B redialesTenqifADdrainaqaediti ce propos en

■ AdoDC Brolns, en se souriant : Voire mais, dit- B II , je ne pois de nu port dire A Porcie ce que B HednrrepoaditiAiKlroanqiieaamesiDelieadu

■ poète :

■ Car Sot Moi nuque 11 natorrile UbIeMede • mm corps ne toi pemel pot de p0ti*oir Ure 1rs

» mesmes actes de prouesses que nous pourrions » foire, mais de courage elle se porta aussi ver- » tueusemeut en la défense du pays comme l'un » de nous. »

Cette peinture était sans doute sous le péristyle de quelque temple bâti sur le bord de la mer. Brulus était au moment de s'embarquer sans faste et sans suite. Sa femme, fille de Caton, Pavait accompagné peut-être à pied. Près de le quitter, elle jette , pour se consoler, ses regards sur cette peinture consacrée aux dieux; elle y voit les adieux d'Hector et d'Andromaque , qui devaient être étemels; elle se trouble; et, pour se rassurer, elle ramène ses yeux sur son époux. La comparaison s'achève, son courage l'abandonne, ses larmes débordent , l'amour conjugal l'emporte sur l'amour de la patrie. Deux vertus en opposition. Joignez-y les caractères d'une nature sauvage , qui s'allient si bien avec la douleur humaine; une profonde solitude, les colonnes et la coupole de ce temple antique rongées de l'air marin , et marbrées de mousses qui les rendent semblables à du bronze vert ; un soleil coucliant qui en dore le faîte; une mer qui brise au loin , le long des côtes de la Lucanie; les tours d'Elée , qu'on aperçoit dans la gorge d'un vallon entre deux montagnes escarpées; et cette douleur de Porcie qui nous élance au siècle d'Andromaque : quel tableau à faire à l'occasion d'un tableau ! Artistes , si vous pouvez le rendre , Por-^ cie à son tour fera verser des larmes.

Tout ce qu'on dit des femmes romaines , je le retrouve dans nos temps modernes. Rien ne me paraît plus beau que ce trait de la femme de l'infortuné Barneveldt. Il était mort , comme on sait , pour la liberté de sa patrie. Ses deux enfans con-* spirèrent pour le venger du slathouder. La conspiration fut découverte ; l'un s'enfuit , l'autre fut pris et condamné à mort. Sa mère demanda sa grâce au prince Maurice, qui lui dit : « Gomment pou-^ » vez-vous faire pour votre fils ce que vous avez 9 refusé de faire pour votre mari ? — Je n'ai pas, D lui dit-elle, demandé grâce pour mon mari, parce » qu'il était innocent ; mais je la demande pour » mon fils, parce qu'il est coupable. » Réponse pleine à la fois de grandeur, de dignité et de tendresse maternelle.

Je pourrais multiplier à l'infini les preuves des deux puissances qui nous gouvernent. J'en ai dit assez sur une passion dont l'instinct est si aveugle, pour faire voir que nous y sommes régis et attirés par d'autres lois que celles de la digestion. Nos affections prouvent que notre ame est immortelle , puisqu'elles s'étendent dans toutes les circonstances où elles sentent les attributs de la Divinité,

ÉTUDE DOUZIÈME

tels que celui de l'infini , et qo'efles ne s'arrêtent avec déUoes sur la terre que sur les attraits de la vertu et de l'innocence.

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