‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 128 sur 213 · DIVINITÉ · texte numérisé non relu

DIVINITÉ

ET KirraB autres de celui de la vnru.

Il y a encore un grand nombre de lois sentimentales dont je n'ai pu m'occuper ici : telles sont celles d'où dérivent les pressentimens, les augures, les songes, les retours d'événemens heureux et malheureux aux mêmes époques, etc. Leurs effets sont attestés chez les peuples policés et sauvages, par les écrivains profanes et sacrés, et par tout homme attentif aux lois de la naXure. Ces communications de l'ame avec un ordre de choses invisibles sont rejetées de nos savans modernes, parce qu'elles ne sont pas du ressort de leurs systèmes et de leurs almanachs; mais que de choses existent qui ne sont pas dans les convenances de notre raison, et qui n'en ont pas été même aperçues !

Il y a des lois particulières qui prouvent l'action inmiédiate de la Providence sur le genre humain, et qui sont opposées aux lois générales de la physi(|ue. Par exemple, les principes de la raison, des passions et du sentiment, ainsi que les organes de la parole et de l'ouïe, sont les mêmes chez tous les hommes; cependant les langues des nation^ diffèrent par toute la terre. Pourquoi l'art de ta parole est-il si différent parmi des êtres qui ont les mêmes besoins , et pourquoi varie-t-ii sans cesse des pères aux enfans , en sorte que nous auti^ Français n'entendons plus la langue des Gaulois, et ({u'un jour nos descendans n'entendront plus la nôtre? Le bœuf du Bengale mugit comme celui de l'Ukraine, et le rossignol fait entendre encore dans nos climats les mêmes liarmonies que celles qui ravirent le poète de Mantoue sur les rivages du Pô.

On ne saurait dire , avec de célèbres écrivains, que les langues sont caractérisées par les dimats ; car si elles en éprouvaient les influences , elles ne changeraient pas dans chaque pays où chaque climat est invariable. La langue des Romains a été d'abord barbare, ensuite majestueuse, et est devenue à la fin molle et efféminée. Elles ne sont pas rudes au nord et douces au midi , comme l'a prétendu J.-J. Rousseau, qui a donné snr ce point trop d'extension aux lois physiques. La langue des Russes , dans le nord de l'Europe , est fort douce, étant un dialecte du grec; et le jargon des provinces méridionales de la France est rude et grossier. Les Lapons, qui habitent les boixls de la mer Gla-

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