DE LA VERTU
rem pv beiocoop, imitèrent en partie les contamet de los premiers pères. Mais tes antres nations qui se répandirent dans le reste de l*Ëarupe , oà elles forent lon^-temps errantes, et qui s'écarterent de ces anciens monamens de la vertu , aimérenc mieux les chercher dans la postérité de leors grands hommes, et en voir des images viranles parmi leurs enlans. Voilà . œ me semble , poort|Qui les Asiatiques n*ont point de nolilesse, et pourquoi les Européens n ont poim de monumens.
Cet instinct de la Divinité Cul le charme de nos lectures les phis agréables. Les écrivains auxqoeb on revient tougoors ne sont pas les plus spiritueb, c'est-à-dire ceux qui abondent dans cette raison sociale qui ne dure qu'un moment ; mais ceux qui nous rendent Faction de la Providence toujours présente. Voilà pourquoi Uonière, Virgile, Xénopbon , Piotarqne, Féndon , et la plupart desécrivains anciens, sont immortels, et plaisent à toutes les nations. Cest par cette même raisooque les li- \Tes de vovages, quoique la plopart écrits sans art , et quoique décriés par ime multitude d'éliis de notre société, qui y trouvent indirectement leur censure, sont cependant les plus intétessans de notre littérature moderne, non-seulement parce qu'ils nous font connaître de nouveaux bien&its de la natuie , en nous pariant des fruits et des animaux des pays étrangers, mais à cause des dangers de terre et de mer auxquels leurs auteurs échappent souvent .coni re toute espérance humaine. Enfin , c'est parce que la plupart de nos livres savans s'écartent de ce sentiment natmei , que leur lecture est si sèche et si rebutante, et que la postérité préférera Hérodote à David Hume, et la m3rthok^:ie des Grecs à tous nos traités de physique , parce qu'on aime encore mieux entendre raconter les fables de la Divinité dans l'histoire des hommes , que de voir la raison des hommes dans riiisloire de la Divinité.
Ce sentiment sublime inspire le goit da merveilleux à rhomme, qui, par sa Cûblesse natnrelle, devrait toujours ramper sur la terre dont il ot formé. Il balanee en lui le sentinienl de sa misère, qui Fattadie aux ptaisirs de rhabitade, et il exalte son ame en lui donnant sans cesse le désir de la nouveauté. Il est Hiarmonie de la vie humaine, et b source de tout ce que nous y trourons de dâicieux et de ravissant; c'est de fan que se couvrent les illusions de Famour, qui croit toujours voir m objet émn dans Fobjet aimé ; c'est lui qui présente à l'ambition des perspectives sans fin. Un paynn ne semble désirer rien au monde que de devenir le marguillierdeson village. Ne vons y trompez pas? onvrez-Ini une carrière sans obstacle : U est pale-
frenier; il devient brigand, chef de fuleurs, général d'armée, roi; il finira par se faire adorer: ce sera Tamerlan ou Mahomet. Un vieux et riche bourgeois, doué par sa goutte dans un fauteuil^ n'a plus, dit-il , d'autre ambition que de mourir en paix ; mais il se voit revivre éternellement dans sa postérité; il s'applaudit en secret de la voir monter, à Faide de son argent , par tous les échelons des dignités et de Fhoaneur. Lui-même ne pense pas que bientôt il n'aura plus rien de commun avec elle, et que, pendant qu'il se felicite d'être le principe de sa gloire future, elle met déjà la sienne à cacher la honte de son origine. L'athée même , avec sa sagesse native, est entraîné par cette impulsion. En vain il se démontre le néant et la révolution de toutes choses , son cœur combat sa raison. U se flatte intérieurement que son livre ou son tombeau lui attirera un jour les hommages de la postéfilé , ou peut-être que le livre et le tond^eau de son etmemi cesseront de les recevoir ; il ne mécoimait la Divinité que parce qu'il se met à sa place.
Avec lesentiment delà Divinité, tout est grand, noble, beau, invimâile dans la vie la plus étroite; sans lui tout est Cûble , déplaisant et amer au sein même des grandeurs. Ce fut lui qui doima Fempire à Sparte et à Rome, en montrant à leurs habitans vertueux et paumes les dieux pour protecteurs et pour concitoyens. Ce fut sa destruction qui les livra ridies et vicieux à l'esclavage , lorsqu'ils ne virent plus d'autres dieux dans Fimivers que For et les voluptés. L'homme a beau s'environner des biens de la fortune ; dès que ce sentiment disparaît de son cœur, Feimiii s'en empare. Si son absence se prolonge , il tombe dans la tristesse, ensuite dans une noire mélanoolie, et enfin dans le désespoir. Si cet état d'anxiété est constant, il se doime h mort. L'homme est le seul être sensible qui se détruise hii-même dans im état de liberté. La Tîe bmnaine, avec ses pompes et ses délices, cesse de hri paraître inie vie, quand elle cesse de lui parafire immortelle et dirine ^.
Quel qtie soit le désordre de nos sociéiés, cet instinct câesie se plaH toujours avec les enfens des hommes; il inspire les hommes de génie, en se montrant à enx sous les attributs étemels. Il présente «n géomètre les progressions ineffobies de rmfini, ad ransicicndes harmonies ravissantes, A Fhistorien les ombres inmiortelles des hommes vertueux; fl élèfe un Parnasse au poète et tm Olympe aux héros; fl luit sur les jours infortunés du peuple; fl bit soupirer, au milieu du luxe de Paris, le pauvre habitant de b Savoie après les saints couverts de neige de ses montagnes; il erre
ÉTUDE TREIZIÈME
sur les vastes mers , et rappeJle, des doux climats de rinde, le matelot européen aux rivages orageux de rOccident ; il donne une patrie à des malheureux , et des regrets à ceux qui n*ont rien perdu ; il couvre nos berceaux deschannes de Tinnocence, et les tombeaux de nos pères des espérances de l'inmiortalité; il se repose au milieu des villes tumultueuses, sur les palais des grands rois et sur les temples augustes de la religion. Souvent il se fixe dans des déserts , et attire sur des rochers les respects de l'univers. C'est ainsi qu'il vous a couvertes de majesté, ruines de la Grèce et de Rome; et vous aussi , mystérieuses pyramides de l'Egypte ! C'est lui que nous cherchons sans cesse au milieu de nos occupations inquiètes; mais, dès qu'il se montre à nous dans quelque acte inopiné de vertu, ou dans quelqu'un de ces événemens qu'on nomme des coups du ciel, ou dans quelques-unes de ces émotions sublimes indéfinissables qu'on appelle, par excellence, des traits de sentiment, son premier effet est de produire en nous un mouvement de joie très-vif, et le second , de nous faire verser des larmes. Notre ame, frappée de cette lueur divine , se réjouit à la fois d'entrevoir la céleste patrie, et s'afflige d'en être exilée.
Oculis errantibus alto
(juaesivit cœlo liicem. ingemuilque reperta.
JENUD, , lib. IV.
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