APPLICATION DES LOIS DE LA NATURE AUX MAUX DE LA SOCIÉTÉ
J'ai exposé , dans cet ouvrage , les erreurs de nos opinions , les maux qui en sont résultés pour les mœurs et pour le bonheur social; j'ai réfuté ces opinions, et jusqu'aux méthodes de nos sciences; j'ai reclierché quelques lois de la nature; j'en ai Ikit une application , j'ose dire heureuse , à l'ordre végétal; mais tout ce grand travail serait vain, à mon avis, si je ne l'employais à trouver quelques remèdes aux maux de la société.
Un Prussien , qui a beaucoup écrit de nos jours, s'est abstenu de rien dire sur l'administration de son pays , a parce qu'étant passager, dit-il ,sur le » vaisseau de l'état , ce n'est pas à lui à se mêler » de sa manœuvre. » Cette pensée , comme tant d'autres qu'il a prises dans nos livres, est une phrase de bel-esprit; elle ressemble à celle de cet homme qui , voyant le feu prendre dans une maison, s'en fut sans l'éteindre, « parce que, disait- » il , la maison n'était pas à lui. » Pour moi , je me crois d'autant plus obligé de parler du vaisseau de l'étal, que j'y suis passager, et que je dois m'inté-
resser à la prospérité de sa navigation. Je dois ployer le loisir où me met mon passage même à avertir les pilotes des désordres que j'y aperçois; il me semble que ce sont là les exemples que nous ont donnés les Montesquieu , les Fénelon , et tant d'hommes à jamais illustres, qui -ont consacré, dans chaque pays, leurs veilles au bonheur de leurs compatriotes. Tout ce qu'on peut m'objecter avec fondement, c'est ma propre insuffisance. Mais j'ai vu beaucoup d'ûijustices ; j'en ai été moimême la victime. Les images du désordre m'ont Élit naître des idées d'ordre. D'ailleurs mes erreurs peuvent ser\'ir à faire paraître la sagesse de ceux qui les relèveront. Quand je ne présenterais qu'une idée utile à mon prince , dont les bienfaits m'ont soutenu jusqu'ici , quoique mes services soient restés sans récompense, j'aurai obtenu la plus précieuse de toutes , si je puis me flatter d'avoir essuyé les larmes de quelque infortuné : ce souvenir effacera les miennes au dernier moment.
Les hommes qui profitent des maux de la patrie me reprocheront d'en être l'ennemi , avec leur plirase ordinaire : que les choses ont toujours été ainsi , et que tout va bien , parce que tout va bien pour eux. Mais ce ne sont pas Ceux qui découvrent les maux de leur patrie qui en sont \es ennemis, ce sont ceux qui la flattent. Certainement les écrivains comme Horace et Juvénal, qui présageaient à Rome sa destruction , au milieu même de sa grandeur, étaient plus attachés à son bonheur que ceux qui en flattaient les tyrans, et qui profitaientde ses désordres. Combien l'empire romain a-t-il survécu à la prédiction des premiers? Les bons princes mêmes, qui en prirent dans la suite le gouvernement, ne purent le rétablir, parce qu'ils furent trompés par les écrivains contemporains, qui n'osèrent jamais attaquer les causes morales et politiques de la corruption ; ils se contentèrent de porter leur réforme sur eux-mêmes , et n'eurent pas même le courage de l'étendre à leur famille. Ainsi ont régné les Titus et les Marc-Aurèle. Ils ne furent que de grands philosophes sur le trône. Pour moi, je croirais avoir déjà bien mérité de ma patrie, quand je ne lui aurais dit que cette terrible vérité: qu'elle renferme dans son sein plus de sept millions de pauvres , et que leur nombre va en croissant chaque année , depuis le siècle de Louis XIV.
A Dieu ne plaise que je souhaite la destruction des différens ordres de l'état ! Je ne désire que de les ramener à l'esprit de leur institution naturelle. Plût à Dieu que le clergé méritât, par ses vertus , la première place accordée à la sainteté de ses fonctions! que la noblesse protégeât les citoyens, et ne se rendit redoutalile qu'aux ennemis du peuple;
MAUX DE LA SOCIÉTÉ
que la finanoe, fusant ooulo' ses trésors dans les canaux de l'agricolture et du commerce, laissât an mérite les chemins oayerts à tons les emplois; que chaque femme , exemptée par la Êdblesse de sa constitution de la plupart des fardeaux de la société, s'occupât à remplir ses douces destinées d'épouse et de mère, en fiitsant le bonheur d'une seule fomille ; que , revêtue de grâces et de beauté, elle se considérât comme une fleur de cette chaîne de plaisirs dont la nature a attadié l'homme A la TÎe; et tandis qu'elle ferait la couronne et la jcMe de son époux en particulier, que la chaîne entière de son sexe resserrât les noeuds du bonheur national!
Je ne cherche point à mériter les applaudissemens du peuple; il ne me lira pas ; d'ailleurs il est vendu aux riches et aux puissans : à la vérité , il en médit sans cesse , et il applaudit même cens qui agissent envers eux avec quelque fermeté; mais il les abandoime dès qu'il les voit les oljets de la haine des riches ; il tremble aux menaces de ceux-ci , ou il rampe à leurs pieds â la moindre marque de bienveÛIance. Tentends par peuple, non-seulement la dernière classe de la société, mais un grand nombre d'autres qui se croient bîeu au-dessus.
Le peuple n'est point mon idole. Si les puissances qui le gouvernent sont corrompues , il en est lui-même la cause. On se récrie contre les règnes de Néron et de Callgula; mais ces princes méchans furent les fruits de leur siècle, comme de mauvais fruits sont produits par de mauvais arbres : ils n'auraient point été des tyrans, s'ils n'avaient trouvé, parmi les Romains , des délateurs , des espions, des satellites, des empoisonneurs, des filles prostituées, des bourreaux , et des flatteurs qui leur disaient que tout allait bien. Je ne crois point la vertu le partage du peuple; mais je la crois répartie do» toutes les conditions , rare chez les petits , chez les médiocres et chez les grands , et si nécessaire au maintien de lotis les ordres de la société, que si elle y était entièrement détruite, la patrie s'écroulerait oonrune un temple dont on aimiit sapé les colonnes.
Mais, si ce ne sont ni les louanges ni les vertus du peuple qui m'intéressent particulièrement, ce sont ses travaux. C'est du peuple que sortent la plupart de mes plaisirs et de mes maux; c'est lui qui me nourrit , qui m'habille , qui me loge , et qui s'occupe souvent de mon superflu, tandis qu'il manque quelquefois du nécessaire; c'est de lui aussi que sortent les épidémies , les vols , les séditions; et n'y eût-il pour moi que le simple spectacle de son bonlieur ou de son malheur, il ne'saurait m'è-
tre indiflërent. Sa joie me donne invokntairemeot de la joie, et sa misère m'attriste. Je ne suis pas quitte en\-ers lui , en payant ses services avec de l'argent. C'est une maxime d'homme riche et dur: « Je suis quitte envers cet ouvrier, dit-il, je l'ai » payé. » L'aident que je donne au peuple pour ses services ne crée rien de nouveau pour son usage; cet argent drculerait également, et peut-être plus utilement pour lui, quand je n*exîsterab paa. Le peufile donc porte, sans auctm retour de ma part, le poids de mon existence : c'estbien pis quand il est encore chargé de celui de mes désordres. Je lui suis comptable de mes vices et de mes^-ertns plus qu'aux magistrats. Si je lui enlève une portion de sa subsistance, je forcerai celui A qui elle manquera de devenir un mendiant ou on voleor; si j'y corromps une fille, je lui enlè\'e ime mère de ÊUDiille; sijemanqœ de religion à ses 7eax,j'a^ fkiblis les espérances qui le soutiennent dans aes travaux. D'aiUeurs, la religion me fiiit tui commandement fbrmd de l'aimer. Quand elle m'ordonne d'aimer les hommes , c'est le peuple qu'elle me désigne , et non pas les grands; c'est à lui qu'elle attadie toutes les puissances de la société, qui n'existent que par lui et pour lui. Bien éloignée de notre politique moderne , qui présente les peuples aux rois oonrnie leurs domaines, elle présente les rois aux peuples comme leurs défenseurs et leurs pères. Les peuples ne sont point bits pour les rois, mais les rois pour les peuples. Je dob donc, mol qui ne sois rien et qui ne pois rien, tendre ao moins de tous mes vœux vers sa félicité.
D'ailleurs, je dois rendre cette justice au nôtre, que je n'en connais point , en Europe, de plus généreux, quoique ce smt le plus misérable que j'y connaisse, à la liberté près. Je pourrais citer une multitude de traits de sa bienfiaisance , si le temps me le permettait. Nos beaux-esprits tirent souvent descaricatures de nos poissardes et de nos paysans, parce qu'ils n'ont d'autre but que d'amuser les riches; mais ils leur donneraient de grandes leçons de vertus, s'ils savaient étudier celles du peuple : pour moi , j'y ai trouvé plus d'une fois des lingots d'or sur du fuuiio*.
J'ai remarqué, par exemple, que beaucoup de petits marchands livrent leurs marchandises à un plus bas prix â un homme pauvre qu'à un rictie; et quand je leur en ai demandé la raison, ils m'ont répondu : a II fout, monsieur, que tout le monde » vive. » J*ai observé aussi que beaucoup de gens du petit peuple ne marchandent jamais lorsqu'ils adiètent à des pauvres comme eux : « Il faut, di- » sent-ils, qu'ils gagnent leur vie. » iJn jour, je vis un petit enEuit adieter des herties â une froi-
ÉTUDE TREIZIÈME
tière : elle lui en remplit son tablier pour deux sous ; et comme je m'étonnais de la quantité qu'elle lai en donnait, elle me dit : « Monsieur, je n'eu » donnerais pas tant à une grande personne; mais » je me ferais un grand scrupule de tromper un en- » font. » J'avais, dans la rue de la Madeleine , un porteur d'eau auvergnat , appelé Gliristal , qui a nourri pendant cinq mois, gratis, un tapissier qui lui était inconnu , et qui était venu à Paris pour un procès, a parce que, me dit-il, ce tapissier, le » long de la route, dans la voiture publique, avait V donné , de temps en temps , le bras à sa femme » malade. » Ce même homme avait un fils de dixhuit ans, né paralytique et imbécile, qu'il nourrissait avec le plus tendre attachement, sans jamais avoir voulu le mettre aux Incurables , quoique des personnes qui en avaient le crédit le lui eussent offert : « Dieu , me disait-il , me Ta donné ; c'est à » moi à en prendre soin. » Je ne doute pas qu'il ne le nourrisse encore , quoiqu'il soit obligé de le foire manger lui-même, et que sa femme soit souvent malade. Je me suis arrêté une fois, avec admiration , à contempler un pauvre honteux assis sur une borne, dans la rue Bergère, près des boulevarts. Il paesait près de lui des messieurs bien vêtus, qui ne lui donnaient jamais rien; mais il y avait peu de servantes , ou de femmes chargées de hottes , qui ne s'arrêtassent pour lui faire la charité. Il était en perruque bien poudrée, le chapeau sous le bras , en redingote, en linge blanc , et si proprement arrangé, qu'où eût dit, quand ces pauvres gens lui faisaient l'aumône, que c'était lui qui la leur donnait. On ne peut certainement pas rapporter ce sentiment de générosité dans le peuple à aucun retour secret d'intérêt sur lui-même , ainsi que le prétendent les ennemis du genre humain , qui ont voulu nous expliquer les causes de la pitié. Aucune de ces pauvres bienfaitrices ne se mettait à la place de cet infortuné, qui, disait-on, avait été horloger, et avait perdu la vue; mais elles étaient émues par cet instinct sublime qui nous intéresse plus aux malheurs des grands qu'à ceux des autres hommes , parce que nous mesurons la grandeur de leurs maux sur celle de leur élévation et de leur chute. Un horloger aveugle était un Bélisaire pour de^ servantes.
Je ne finirais pas sur ces traits. Ils seraient dignes de l'admiration des riches, s'ils étaient tirés de l'histoire des Sauvages ou de celle des empereurs romains : s'ils étaient à deux mille ans ou à deux mille lieues de nous , ils amuseraient leur imagination et tranquilliseraient leur avarice. Certainement notre peuple mérite d'être aimé. Je pourrais prouver que sa bouté morale est le plus ferme sou-
tien da gooremement , et que, malgré •e8beM)ins, c'est lui qui subvient à la mauvaise paie de nos soldats, et qui sustente de son nécessaire le nombre prodigieux de pauvres dont le royaome est plein.
Salus populi supïlema lbx esto, disaient les anciens : le bonheur du peuple est la loi sopréroe, parce que son mallieur est le malheur général. Cet axiome doit être d'autant plus sacré aux législateurs et aux réformateurs , qu'aucune loi ne peut être durable, et qu'aucun plan de réfonne ne peut avoir lieu , que préalablement le bonheur du peuple ne soit établi. Ce sont ses malhenrs qui font naître les abus, qui les entretiennent et qui les renouvellent. C'est pour n'avoir pas bâti sur celte base fondamentale, que tant d'illustres réformateurs ont vu s'écrouler l'édifice de leur politique. Si Agis et Cléomène échouèrent dans la réforme de Sparte, c'est parce que les Ilotes malheureux virent avec indifférence un système de bonheur où ils n'étaient pas compris. Si la Chine a été conquise par les Tartares, c'est que les Chinois mécontens gémissaient sous la tyrannie de leurs niandarins , sans que leur prince en sût rien. Si la Pologne a été partagée de nos jours par ses voisins, c'est que ses paysans esclaves et ses gentilshommes domestiques ne Font pas défendue. Si tant de réformes au sujet du clergé , du militaire , de la finance, de la justice , du commerce et du concubinage, ont été tentées chez nous inutilement , c'est que le malheur du peuple reproduit sans cesse les mêmes abus.
Je n'ai point vu , dans tous mes voyages , de pays plus florissant que la Hollande. On compte au moins cent quatre-vingt mille habitans dans sa capitale. Un commerce immense offre dans cette ville mille objets de tentation , cependant on n'y entend point parler de vols. On ne s'y sert pas même de soldats pour y monter la garde. Lo^que j'y étais en i 762 , il y avait onze ans qu'on n'y avait exécuté personne à mort. Les lois y sont cependant sévères; mais le peuple, qui trouve aisément à gagner sa vie, n'est point tenté de les enfreindre. Il est même digne de remarque que , quoiqu'il ait gagné des miHions à imprimer toutes nos extravagances en morale, en politique et en religion, ses opinions ni ses mœurs n'en ont point été altérées, parce qu'il est content de son sort. Les crimes ne naissent (pie de l'indigence et de l'extrême opulence. Lorsque j'étais à Moscou , un vieillaitl genevois , qui était dans cette ville dès le temps de Pierre P^, me dit que depuis qu'on avait ouvert au peuple dtfférens moyens de subsister, fiar l'établissement des fabriques et du commerce , les séditions, les assassinats, les vols et les faMxandies y
MAUX DE LA SOCIÉTÉ
plB rares qa'aolrefob. STB n'y araîl pa»eoà RiMDedesfBaiodr misérables, il ne s'y serait pas âtrê tlesCatOÎDa. La police, à b Térité^ ptéfîtalàParîilesdésonlieAcréefat. Oopeot cfire qu'a se coniaiel moiiis de erîmcs dans cette les autres rilles da roraoïue, à de leor popoiatioa; mais b tranqnillilé à Paris Tient de ce quH j troore plus de idesahâtfance qoe dans les antres TJBcs do \ parce que les rkbes de tontes les pm- T dfmenrer. Après toot , les fras de pofioe en cardes, en espéons. en maisons de force et en prîsns, sont à b dianre de ce même penpie. et se tooment en frais de cliitimenç, lorsqaTîh poorraient se loomeren bîenbits. D'aîBcBrs ces mofft» ne sont que des réperenssîons , qoi jfflfpt le peuple dxK des désordres obscorsqni ne fanC pas les wioîns dançerenx.
Le premier moyen de diminncr Tindigencg do est dTaffâÛir Fopoience extiéme des rî- Ce n*cat point elle qm fait nne le penple, le prétendent les pofiiiqnes modeiues, Ds les ricbeases d'un état, b masae Contée; et si efie se tronie dw ks mains d'ime petite portion de ciloycns. ele n'est pfais an serrke de b nrakiîift Toient toayMrs en détafl 3s se soucient fort peo, et en ^ros Farsent qnlls aioKiit beaneonp, ils troorcnt qnH eit pios afamasenx pov le roraoBie qne cent de rente soient rénnî» snr b même léle bmiBes, « parée qne. dn « les erands eapiliiftfes faat de gi judct ÏI4 sont en eeb dans ase Le financier qm les posridem^ bipsas de pms^ct étend le reste desan fnpcfio à des oiiicts de loxe et de
qaTlen iomme à sa fi est
TmeàFa
d'cttbK^ctci-
et
cette abofiiion. on détruirait suis doute cette tocratie de for qui s'étend de p!as en pins an sein de b monarchie, et qui, mettant ooe barrière impénétrable entre le prince et ses sujets . derient à b lonçne le pins dangereux de tous les souveme^ mens. Par b, on relèrerait b df?nité des emplois, qui seront pins diçnes d'etime lorsqu'ib seront b récomoense du mérite, et non le prix de Tarsent: on affaiblirait le respect de l'or qui a corrompu nos mœurs, et on relêTeTait ce'oi qui e^ du i b rerto: on rouf lirait à tous les ordres de Fétat b carrière publique , qui est depuis un siècle le patrimoine de quatre à dnqnnllefamiDcs, qui se passent loos les emplois de main en main . sans en faire part aux antres citorens, qu'à proportiiMi qu'ils cessent de Fètre^c'est-à^lire qu*ik leur Tendent leur liberté, leur hocmenr et leir oonsdmce.
On a perwarlé à nos rot» qu'O était pins sâr paor enxdesefieràb tMxirse de leurs sujets qo*â leir prolâté. Voâà Forizine de b Tenaillé dxis Fétat fxvk ; mais ce sophisme tooibe lorsque Fan eonâdère qu'elle ne subsiste ci dans Fetat ecdêsiastiqne ni àm& Fétat mSlaire, et que ces grands ont, qnaiM à leurs indiTiifas, ce qu'A ja de mieux ordonné dans Fétat, du moins par rapport i leur police et à leurs intérêts parti-
La eoor enipime friNpKmnHnt les Tarîétés des pour faire liire le peuple du superflu des riches. Ce paiiMif est bon, qnrtqiill ait dedanceicnx ineonTénieas; maii an moina i faut qn*i tourne an profit des pamrres, et qu'on imerdise en Fkanoe loot u— mcict de luxe étranger, cv 1 sérail bien hihwiin que les riches . qui tirent tant Fsigent de h nalien, en fncnt paaxr tous les ans eonâdérdie aux Indes et à h Chine , des mooBefines, des soies et des piniciit tiuuicf dms le rotan- Le eamMOve des IiHles et de b Chine ne cnnq« à des pcnpies qui n'ont , comme les Bolet les Angfals, ni aairiers . ni rers i soie. Ccst à eenx-tt amri quH eonrient d*achetcr dn tbéct d'en bmre, pane qaTlin'oal pas de Tîn
les fois qne noos achcti pièee de coton, nous
les de cnkirer les pbmes qui hmaliêre, et FraBDedeh Oer et de Fourdir. Cest
de rendre ans famés les
fw
iiO
ÉTUDE TREIZIÈME
veté et de la prostitution, où la plu|)ait d'entre elles cherchent les moyens de soutenir une vie misérable.
On rouvrira encore un f^rand canal de subsistance au peuple , en supprimant les privilèges des compagnies de commerce et des manufactures. Ces compagnies , dit-on , font vivre tout un pays. Leurs établissemens , en effet , en imposent au premier coup d'œil , surtout dans une campagne. Us présentent de grandes avenues d*arbres , de vastes bâtimens , des cours multipliées, des palais; mais ils font aller les entrepreneurs en carrosse, et le reste du village en sabots. Je n'ai pas vu de paysans plus misérables que dans les villages où il y a des manufactures privilégiées. Les privilèges contribuent pins ({u'on ne pense à arrêter l'industrie d'un pays. Je citerai à cette occasion ce que dit un anonyme anglais , très-estimable par son jugement sain et par son impartialité, a J'ai passé, dit-il,
n par Montreuil, Abbeville, Péquigny La se-
» conde de ces villes a aussi son château : ses ha- » bitans indigens exaltent beaucoup leur manufac- » ture de drap ; mais elle est moins considérable » que celles de bien des villages du pays d'York *. » Je pourrais aussi opposer aux manufactures de draps des villages du pays d'York , celles de mouchoirs , de toiles de coton , d'étoffes de laine des villages du pays deCaux, qui y sont très-florissantes , et dont les paysans sont fort riches, parce qu'il n'y a point parmi eux de privilèges. Les entrepreneurs privilégiés se trouvant sans concurrence dans un pays , en taxent les ouvriers à volonté. D'ailleurs , ils ont mille ruses pour les réduire à la plus petite paie possible. Ils leur donnent , par exemple , de l'argent d'avance; et quand ils en ont fait des débiteurs insolvables , ce qui est l'affaire de quelques écus , alors ils les ont à leur discrétion. Je connais une branche considérable de pèche maritime presque totalement perdue dans un de nos ports, par ce genre sourd de monopole. Les bourgeois de cette ville achetèrent d'abord le poisson des pécheurs pour le saler et le vendre. Êasuite ils firent construire des bateaux de pêche; après cela , ils avancèrent de l'argent aux femmes des pêcheurs pendant l'absence de leurs maris. Ceuxci , étant de retour, furent obligés , pour s'acquitter envers les bourgeois, de se mettre à leurs gages. Quand les l)ourgc<jis ont été les maîtres des bateaux , des pécheurs et de leurs poissons , ils ont réglé à leur gré les conditions de la pêche. La plupart des pécheurs se sont dégoûtés alors de la mo-
* Voyage en France, en Italie et aiir lies de Uirhipei, en \7S0f 4 polibt vol. in-12.
dicité de leurs profits; et la pêche, qai rendait autrefois cette ville très-florissante, y est aiqoord'hui réduite presque à rien.
D'un autre côté , si je desve qu'on ne i^empare point des moyens de subsistance que la nature donne à chaque état de la société et à chaque sexe , je voudrais encore moins que des monopoleurs s'emparassent de ceux qu'elle donne à chaque homme en particulier. Par exemple , rauteur d'un livre , d'ime machine ou de quelque invention utile ou agréable, dans laquelle un homme a mis son temps , ses peines , son génie enfin, devrait être pour le moins aussi bien fondé à tirer, à perpétuité, un droit sur ceux qui vendent son livre ou se servent de son invention , qu'un seigneur l'est à percevoir des droits de lods et ventes sur ceux qui bâtissent sur son terrain, et sur ceux même qui y revendent leurs maisons. Ce droit me paraîtrait encore plus fondé sur le droit naturel que celui des lods et ventes. Si le public s'empare tout d'un coup d'une invention utile, c'est à l'état à en dédommager l'auteur, afin que la gloire de celui-ci ne tourne point à sa ruine. Si cette loi équitable existait, on ne verrait pas vingt libraires vivre fort à l'aise aux dépens d'un auteur qui n'a quelquefois pas de pain. On n'aurait pas vu de nos jours la postérité de Corneille et de La Fontaine réduite à l'aumône, tandis que des libraires, à Paris, ont acquis des châteaux en vendant leurs ouvrages.
Les grandes propriétés en terre sont encore plus nuisibles (|uc celles en argent et en emplois, parce qu'elles ôtent à la fois aux autres citoyens le patriotisme social et le naturel. D'ailleurs elles deviennent à la longue le partage de ceux qui ont les emplois et l'argent; elles mettent à leur discrétion tons les sujets de l'état , et elles ne donnent à ceuxci d'autre ressource pour subsister que de se corrompre en flattant les passions de ceux qui ont entre les mains la richesse et la puissance , ou de s'expatrier. Ces trois causes combinées, et surtout la dernière , ont entraîné la ruine de l'empire romain , comme le remarquait fort bien Pline dès le règne de Trajan. Elles ont déjà fait sortir de la France plus de sujets que la révocation de l'édit de Nantes. Lorsque j'étais en Prusse, en 1765, on y comptait, dans les cent cinquante mille hommes de troupes réglées qu'entretenait alors le roi, cinquante mille déserteurs français. Je ne crois point qu'on m'en ait exagéré le nombre, car j'ai remarqué que toutes les grand'gardes où j'ai passé étaient composées d'im tiers de Français, et on trouve de ces grand'ganles aux portes de toutes les villes, et dans tous les villages qui sont sur les grandes
MALX DE
routes , surlmil vois la fioutière. Peiulant que j'étais au service de Russie, oii comptait à Moscou près de trois mille maîtres de langue de ma nation, jianni lesquels j'ai connu beaucoup de personnes de famille honorable , des avocats , de jeunes ecclésiastiques, des genillshommes , et même des officiers. L'Allemagne est [deine de nos malheureux compatriotes. On ne voit dans les cours du Diîdi et du nord que des danseurs et des comédiens français. C'est ce que nous avons de commun aujourd'hui avec le8 Italiens, et qui nous l'a été avec les Grecs du Bas-Empire. Nous cherchons, pour subsister, une autre patrie que celle qui nous a vus naître. On ne voit point errer ainsi les aulres nations de l'Europe , si ce ne sont des Suisses qiû commercent , mais qui reviennent chez eux après avoir îà\l fortune. Nos compatriotes nereviemient point , parce que les états précaires qu'ils exercent ne leur permettent pas d'amasser de quoi vivre un joiu- dans la patrie. Nos gens de lettres qni n'ont pas voyagé , ou qui réfléchissent peu , crient de temps en temps contre la révocation de l'édit de Nantes. Mais s'ils croient rappeler en France les enfans des réfugiés finançais , ils se trompent beaucoup. Certainement ceux qui sont riches , et qui sont bien établis dans les pays étrangers, ne quitteront pas leurs établissemens pour retourner en France; il n'y reviendrait donc i|ue les protestans pauvres. Mais qu'y feraient- ils , lorsque tant de catholiques nationaux sont obligés de s'expatrier faute de subsistance ? Je me suis étonné plus d'une fois de ce que nos prétendus politiques redemandent tant de citoyens à la religion, et de ce qu'ib en abandonnent par leur silence un si grand nombre à ravi<lilé de nos grands propriétaires. II fout dire la vérité : ils ont écrit plus {xar haine pour les prêtres que pur amour pour les honnnes. L'esprit (le tolérance qu'ils veulent établir est un vain prétexte dont ils se couvrent ; car 1m protestans qu'ils veulent rappeler sont tout aussi intolérans (|u'ils accusent les catiMfliques de l'être , conmie Tout fait voir, il y a quelques années, dans le pays même de la liberté , en Angleterre, ceux qui ont mis le feu à la chapelle de l'ambassadeur d'Espagne. L'intolérance est un vice de l'éducation européenne , et qui se manifeste en littérature, en systèmes et en pantins. Il y a encore une autre raison de ces clameurs : c'est la même raison- qui les fait parler |M)ur l'ennoblissement du commerce, et garder le dilence sur celui de l'agriculture , le plus noble de tous les états par i-a nature même. C'est, puisqu'il faut le dire , parce q:ie les riches commerçans et les grands propriétaires donnent de bons soupers, ï)i] se trouvent de jolies fommes qui font et défunt
Bernardiis.