‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 137 sur 213 · D'I'N ELYSÉE. 4.M · texte numérisé non relu

D'I'N ELYSÉE. 4.M

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Il yaorail làdesmontiinensdelotiteespèce.dis- Iribués suivani les ililTt-rens mériiei : des obélisques, lies eolonnes, des p)Tsmid<s, des urnes, des has-relie&, des médaillons, des suiues, (tes sodés, des pt'iislyles. des dômes : ils n'y seraîenl pu en- Vu^-vs comme dans un magasin, mais dispenes avec goût; ils ne sctaient pas tous de marbre blanc comme s'ils sorUueat de la carrière , mais de martires et de pierres de toutes le« cooleors. n ne Eiudrait dans ce vaste temin, aoqoel je suppose au nwÎDs uii mille et demi de diamèlre , oi alignement , ni terre bêch^ , ni boulin^ns , ni araires tailles et émondés, m' rien qui ressembUi à DOS jardins. Il n'y aurait de même ni iiucriplions latines, ni expressions rnytbdogiqnes , ni rien qui sentit son académie. Il y aurait encore mcuns des titres de dignités ou d'honncars qni rappellent les vaines idées du monde ; un en retranclierait toutes les qualité que la mort détruit ; on n'y tiendrait compte que des bonnes actions qui survivent aux citoyens, et qni sont les seuls litres dont la postérité se soucie e( que Dieu récompense. Les inscriptions en seraient simides, et naîtraient de chaque sujet. Ce ne seraient pas les vivans qui y parleraient inulilemenl aux morts et aux olqets inanimés , comme dans les nôtres ; mais les morts et les objets inanimés qui puleraient aux vivans pour leur instruction , comme chez les ancien:. Ces correspondances d'une nature invisiUe à la nature vi>ûble , d'un temps éloigné au temps présent , donnent à l'ame l'extensitHi céleste de l'infini , et sont les sources du charme (|ue nous Tont éprouver les inscripticRB antiques.

Ainsi, par exempte, sur nn roclier planté an niilieu d'une toufTe de fraisiers du Chili, on lirait aa

j'iTiu iKoxxci 1 L'K'aort; Bill. EX nux uxn, un ta. . n Li TEL uK , ■'! nmauxm dis ucm aos-

Au -dessous d'un bas-rdîef de marbre de coaleur , qui reprësenlenil des petits enbns bunnt , Bernardin.

Au pied de ta statue de marbre hlanc d'une jeune et belle femme assise , et s'essuyant les yen» , arec les sjinptimes de la douleur et de la

B aiLRn'uti.

Près de U on lirait, sous ceDe d'une jeune Rlle mal vêtue, Slant au fuseau, et regardant te rie] avec ravissement :

j'u aàrtm iM iitMS Km i« aoroi. rr ■unKim »

n y aurait de ces monnmens qui n'aunieat pour tout éloge qu'on seul nom ; tel serait, par exemple, le tombeau qui renlermenit les cendres de l'anteur du Ttlimwpit : i moins qu'on n'y gravât ces mots , si convenables i son caractère aimant et sublime :

Je n'ai pas besoin de dire qu'on poorrait Elire ces inscriptions d'un meilleur style que le mien; mais j'insisterais pour que, dans ces figures, il n'y eût point d'air insolent; point de cheveux jetés au vent, comme ceux de l'ange trompette de la résurrection ; point de douleur tbédtiale et de gramis moavemens de tube, comme à la Madeleine des Carmélites; point d'attributs mytbolc^ques, on le peuple n'entend rien. Chaque personne y serait avec son costume : on y vernit des toques de nutdots, des cornettes de bonnes sœurs , desselleUes de Savoyard , des poU au lait et des pots au boaillon. Ces statues de dloyens vertueux seraient bjen aussi respectables que celles des dieux du paganisme, et cenamemenl plus intéressantes que celles du rémouleur ou du gladiateur antique : mab il budrait que nos artistes s'étudiassent à ratdre, comme les anciens, les caractères de l'aine dansfatUlode du corps et dans les traits du visage, teb que le repentir, l'espérance, la joie, la sensibi- Gté, la naïveté. Voilà les costumes de la nature, qui ne variait jamais, et qni plaisent toujours soiisquelque habit qu'on les mette. Plus même les occupations et les vétemens de ces personnages seront méprisables, pins l'expression de la clianté, de l'homanité, de l'irmocence et de toutes leurs ver- Im y paraîtra sublime. La statue d'une jeime et belle femme traraillant, comme Pénélope, i une

an

ÉTUDE TREIZIÈME

toile, et vêtue modestement d'une robe grecque à longs plis, y plairait sans doute à tous les yeux : mais je la trouverais mille fois plus toucliante que celle (le Pénélope même, occupée du même travail, soiLs les lambeaux de l'infortune et de la misère.

Il n'y aurait sur ces tombeaux ni squelettes, ni ailes de chauve-souris , ni faux du Temps , ni aucun de ces attributs effrayans avec lesquels nos éducations d'esclaves cherchent à nous faire peur de la mort , ce dernier bienfait de la nature; mais on y verrait les symboles qui annoncent une vie heureuse et immortelle : des vaisseaux battus de la tempête qui arrivent au port, des colombes qui prennent leur vol vers les cieux, etc.

Les statues saintes des citoyens vertueux, couronnées de fleurs, avec les caractères de la félicité, de la paix et de la consolation daas leurs traits, seraient rangées vers le centre de l'ile, autour d'une vaste pelouse, sous les arbres de la patrie, tels que de grands hêtres, de majestueux sapins, des châtaigniers diargés de fruits. On y verrait aussi la vigne mariée aux ormes, et le pommier de la Normandie couvert de ses fruits colorés comme des fleurs. Du milieu de cette pelouse s'élèverait un grand temple en forme de rotonde. Il serait entouré d'un péristyle de colonnes majestueuses, comme était jadis à Rome le Moles .^cfrtaiit. Mais je le voudrais plus spacieux. Sur sa frise on lirait ces mots :

A l'amoub du gerbe humain.

Au centre, il y aurait un autel simple et sans ornemens, sur lequel, à certains jours de l'année, on célébrerait le service divin. Ni la sculpture, ni la peinture, ni l'or, ni les pierreries ne seraient dignes de décorer l'intérieur de ce temple; mais des inscriptions sacrées y annonceraient le genre de mérite qu'on y couronne. Sans doute tous ceux qui reposeraient aux environs ne vseraient pas des saints. Mais an-dessus de la principale porte on lirait, sur une table de marbre blanc, ces paroles divines :

O^ LLI A BEAUCOUP BEMIS, PABCE QU'ELLE A BEAUCOUP AISÉ.

Sur une autre partie de la frise, on graverait celle-ci, qui nous éclaire sur la nature de nos devoirs :

LA VEBTU EST UX BFPOBT FAIT SUB ROUS-MÊHES POUB LE BIEN DES DOMMES , DANS L'INTENTION DE PLAIBE A DIEU SEUL.

On y pourrait joindre la suivante, propre à réprimer nos ambitieuses émulatioas :

LE PLUS PETIT ACTE DE VEBTU VAUT MIEUX QUE VeXEBCICE DES

PLUS GBANDS TALENS.

Sur d'autres tables, on pourrait écrire des maxi-

mes d'espérance dans la Providence divine, tiréei des philosophes de toutes les nations, telles que celle-ci , qui vient des Perses modernes :

QUAND ON EST LE PLUS APFUGB, C'BST ALOBS QU*IL VAIIT BEB LE PLUS DE CONSOLATION; LE PLUS ÉTBOrf DC DÉrUIBr

A l'entbée de u plaine *.

Et cette autre du même pays :

QUICONQUE A ATTACHE POBTESBNT SON GGECH A DIBD S'BT DÈLIVBB HBUBEUSBMBNT de TOUTES LES AimCTIOllS QO Ui PEUVENT ABBIVEB EN CI MONDE ET EN L'ACTIB.

On y en pourrait mettre de philosopliiqnes la vanité des choses de ce monde, telles que celleci:

COMPTEZ CHACUN DE VOS JODBS PAB DBS PLilSIlS . PAB D« AMOLBS , PAB DES TBBSOBS ET PAB DES GBANDBUBS; LB DIB- NIEB LES ACCU8EBA TOUS DE VANfrÈ.

Ou cette autre, qui nous ouvre une perspectîfe dans l'autre vie :

CELUI QUI A DONNÉ LA LUMIÈBE AUX TELX DB L'MOMMB , DBS I A SON OUTE, des PABPUMS A SON ODOBAT, ET DBS nURS A SON GOUT, 8AUBA BIEN BKMPUB UN JOCB SOII 00071, QOX BIEN NE PEUT 8ATISFAIBE la-BAS.

Et cette autre, qui nous porte à la diarité envers les hommes par notre propre intérêt :

QUAND ON ÉTUDIE LE MONDE, ON NE FAIT CAS QUE DBS MOMMBI QUI ONT DE LA SAGACITÉ ; MAIS QUAND ON S'ÉTT DIBSOHiiMB, ON N'ESHME que ceux qui ONT DB L'INDULGKNCB.

Celle-ci serait inscrite en lettres de bronze antique, autour de la coupole :

MANDATUM ROVUM DO VOBIS, UT DIUGATIS INVICBM SMXT DILEXI VOS, UT ET VOS DIUGATIS INVIC&i. JoaO., CSp. XXIII, ^ 34.

JE VOUS DONNE UN DEBNIEB COMMANDEMENT, QCB VOUS VOUS AIMIEZ LES UNS LES AUTBES, GOMME JE V0D8 Al AnÉS MOh MÊME.

Pour décorer ce temple au dehors avec nne dignité convenable , il ne faudrait d'autres omemens que ceux de la nature. Les premiers rayons du soleil levant et les derniers du soleil couchant doreraient sa coupole, élevée au-dessus des forêts; pendant le jour les feux du midi , et pendant la nuit la clarté de la lune, traceraient sur la pelouse son ombre majestueuse; la Seine en répéterait les reflets dans ses eaux; les tempêtes frémiraient en vain contre son énorme voûte; et lorsqne le temps Taiirait bronzée de mousse, les chênes de la patrie sortiraient de ses antiques claveaux, et les aigles du ciel, planant autour, viendraient y ùAre kxas nids.

^i les talens, ni la naissance, ni l'or, ne seraicnl des titres pour avoir un monument dans cette tene

* CharfXin. palais d'Ispakan,

blN ÉLYSKi:.

patriotique et sainte. Mais, dira-t-on , qui déciderait du mérite de ceux dont un y déposerait les cendres? Le roi seul en serait le juge, et le peuple le rapporteur. II iie suffirait pas à nn citoyen, pour obtenir ce genre d'illnstration , de cultiver une |ilante dans une serre cliaude, ni même dans smi jardin; mais il tendrait qu'elle fût naturalisée en plein clump, et qu'on en portât vendre les fruits au marché. Ce ne serait pas assez que le modèle d'one inaeliineingénieuse fût dans le cabinet d'un artiste, et approavé par l'Académie des Sciences; il ftiu- «Irait qiie la maciiine même fiU entre les mains da |ieup1e et à son usage. Il ne suffirait pas, pour constater le succès d'un ouvrage littéraire, qu'il eiU été couronné par l'Académie française; mais il faudrait qu'il (Ai lu de la classe d'ijommes à laquelle il est destiné. Ainsi, par exemple, une ode à la patrie serait réputée ne rien valoir si elle n'était chantée dans les rues par le peuple. Le mérite d'un homme de guerre ou de mer ne se déciderai pas d'après les gazelles , mais d'après la voix des soldats ou des matelote. A la vérité, le peuple ne connaît guère dans les citoyens d'autre vertu que la bienfaisance : il ne consulte que son fn-eniier besoin; mais son instinct, surce point, est conforme à la loi divine : car toutes les vertus aboutissent d celle-là , roéme celles qui en paraissent les plus éloignées; et quand il y aurait des richesqui cherolieraient à le captiver en lui faisant du bien, c'est précisément là ce que nous proposons de leur inspirer. Ils rempliraient leurs devoirs, et les grandes conditions se rapprocheraient des petites.

11 résullerak d'une pareille institution le rétablissement d'une des lois de la nature les plus impOTlantes à une nation; je venxdire une perspective ÎDépnisable de rinfini, aussi nécessaire au bonheur d'un peuple qu'à celui d'un particulier. Telle est, comme nous l'avons entrevu ailleurs, la nature de l'esprit humain; s'il ne voit l'infini daas ses vues, lise reploie sur lui-même, et Usedétniit par ses propres forces. Rome présenta an patriotisme de ses citoyens la conquête du monde; mais ce IhU était trop borné. Sa dernière victoire eût été le comtneticenient de sa ruine. L'établissement que je propose n'a point cet inconvénient. Il n'y a point poar l'homme d'objet plus étendu et plus profond qne celui de sa propre fin ; il n'y a point de monumens plus variés et plus agréables que ceux de la vertu. Quand on n'élèverait chaqne année, dans cet Elysée, qit'un socle de marbre de Bretagne ou de granit d'Auvergne, il y aurait de quoi tenir toujours le peuple m baleine par le spectacle de la nouveauté. Les [Hminces du royaume plaideraient contre la cajnlale pour y faire placer leurs habilans

vertueux. Quel auguste tribunal on pourrait former d'évâques illustres par leur piété, de magistrats intègres, de généraux d'armée célèbres, pour examiner leurs diverses prétentions ! Que de mémoires paraîtraient au jour, propres à intéresser le peuple, qui ne voit dans sa bibliothèque que des arrèlsde murt des fameux scélérats, ou la vie des saints, qui sont liurs de sa portée! Que de sujets nouveaux pour nos gens de lettres, qui ne savent plus que rebattre ëlemellemcnt le siècle de Louis XIV, ou être les facteurs de la réputation des Grecs el des Romains! Que d'anecdotes curieases pour nos riches voluptueux! Us paient fort chèrement l'histoire d'un insecte de l'Amérique, gravé de toutes les manières, et étudié au microscope, minute par minute, dans toutes les phases de sa vie. Ib n'auraient pas moins de plaisir à connaître les mœurs d'un pauvre charbonnier élevant vertueusement sa famille dans les forêts, au milieu des contrebandiers et des brigands; ou celles d'un misérable pécheur qui , pour fournir aux délices de leurs tables, vit, comme une mauve, au milieu des tempêtes.

Je ne doute pas que ces monumens, exécutés avec le goiU dont nous sommes capables , n'attirassent à Paris une foule de riches étrangers. Ils y viennent aujourd'hui pour y vivre, ils y viendraient encore pour y mourir. Ils chercheraient â bien mériter d'une nation devenue l'arbitre des vertus de l'Europe, et i acquérir un dernier asile dans la terre sainte de cet Elysée où tous les hommes vertueux el bienfaisans seraient réputés citoyens. Cet établissement , qu'on peut sans doute former d'une manière bien supérieure i la Faible esquisse que j'en présente , servirait à rapprocher les grandes conditions des petites, bien mieux qne nos églises mômes, oii l'avarice et l'amUlion mettent souvent entre les citoyens des distinctions plus humiliantes qu'il n'y en a dans la société. Il attirerait les étrangers i la capitale , en leur offrant les droits d'une bourgeoisie illustre et immortelle. Il réunirait enfin la religion à la patrie, et la gtairie à la religion, dont les liens mutueb sont bientôt prèsde se rompre.

Je n'ai pas besoin de dire que cet établissement ne coûterait rien à l'étal. On en ferait les frais et onl'entreliendroitpar lerevenude ijuilquc riclia abbaye, puisqu'il serait consacré i l.i religion, aux récompenses de la vertu. Il ne faodi qu'il devint , comme les monumens de Iti deme , et même comme plusieurs de rUK mens royanx , un idget de lucre pour àecnliers qui en vendent Iith»*»garderaît bien d'm baïaj

Am

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mal vétii , et d'en chasser , comme dans nos jardins publics , les pauvres et lionnéles ouvrières en casaquin , tandis que des courtisanes bien parées se promènent avec effronterie dans leurs grandes allées. Les plus petites gens du peuple pourraient y entrer en tout temps. C'est à vous, ô malheureux de tontes les conditions , qu'appartiendrait la vue des amis de l'humanité; et vos patrons ne sont désormais que parmi les statues des hommes vertueux! Là, un militaire, à la vue de Catinat, apprendrait à suppoiter la calomnie. Là, une fille du monde, lassée de son misérable métier, baisserait les yeux en soupirant, en voyant la statue de la Pudeur honorée; mais à la vue de celle d'une femme de son état retournée vers la vertu, elle les relèverait vers celui qui préféra le repentir à l'innocence.

On pourra m'objecter que notre peuple ne tarderait pas à porter la destruction dans tous ces inonumens. C'est en efTet ce qu'il ne man(|ue guère de faire à l'égard de ceux qui ne l'intéressent point . Il y aurait sans doute une police dans ce lieu ; mais le peuple respecte les monumens qui sont à son usage. Il ravage un parc, mais il ne détruit rien dans les campagnes. Il prendrait bientôt l'Elysée de la patrie sous sa protection , et il s'y surveillerait lui-même bien mieux que les suisses et les gardes.

Il y aurait encore plus d'un moyen de lui rendre ce lieu respectable et dier. Il faudrait qu'il fût on asile inviolable pour tous les infortunés; par exemple, pour les pères endettés de mois de nourrice de leurs enfans, et pour ceux qui ont lait des fautes légères et inconsidérées : il faudrait qu'on n'y pût arrêter un honnue que par un ordre exprès du roi , signé de sa main. Ce serait là aussi que pourraient s'adresser des familles laborieuses qui manquent de travail. Il serait défendu d'y faire l'aumône, mais permis d'y faire du bien. Des gens vertueux, qui savent connaître et employer les liommes , viendraient y chercher des sujets en faveur des(]uels ils pussent employer leur cnklit; d'autres, pour lionorer la mémoire de quelque homme illustre, donneraient des repas au pied de sa statue à quelque famille de pauvres gens. L'état en donnerait l'exemple à certaines époques dières à la patrie , comme à la fête du roi. Il y ferait donner des livres an petit peuple, non pas en lui jetant des pains à la tête, comme dans nos réjouissances publiques ; mais ou les lui distribuerait en le faisant asseoir sur l'iierbe, par corps de métiers, autour des statues de ceux qui les ont inventés ou perfectionnés. Ces repas ne ressembleraient point à ceux que nos gens riciies donnent quelquefois

aux misérables par cérémonie , od ils les senreot respectueusement avec des serviettes sous le bnt. Ceux qui les donneraient seraient obligés de se mettre à table et de manger avec eux. Ils ne s'occuperaient point du soin de leur laver les pîeds; mais ils seraient tenus de leur rendre un serrioe plus utile, en leur donnant des bas et des chaussures.

Là, le riclie apprendrait à pratiquer réellemeiH la vertu, et le peuple à la connaître. La natioD s'y instruirait de ses devoirs, et s'y formerait une idée de la véritable granilenr. Elle verrait les oflraiides présentées à la mémoire des hommes vcrtaeox, et offertes à la Di\1nité, tourner enfin au profit des misérables.

Ces repas nous rappelleraient les agapes des premiers chrétiens, et les saturnales de la mort, où cliaque jour nous entraîne , et qui , nous rendant bientôt tous égaux , ne mettront entre nous d'antre difTérence que celle du bien que nous aorons fiùt pendant la vie.

Autrefois, poiur honorer la mémoire des hommes vertueux , les fidèles se rassemblaient dans les lieux coa<sacrés par leurs actions ou par leurs tombeaux sur le bord d'ime fontaine ou à l'ombre d'une forêt. Là, ils apportaient des vivres, et invitaient ceux ({ui n'en avaient pas à venir les partager avec eux. Les mêmes coutumes ont été communes à toutes les religions; elles subsistent encore dam celles de l'Asie; vous les retrouvez chez les anciens Grecs. Lorsque Xénophon eut fait cette fameuse retraite où il sauva dix mille de ses compatriotes, en ravageant le territoire de la Perse, il destina une partie du butin qu'il y avait gagné à fonder dans la Grèce une chapelle en Tbonneur de Diane. Il y attaclia un revenu , des chasses et des repas }M)ur ceux qui, chaque année, s'y rendraient à oertamjour.

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