‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 140 sur 213 · ECOLE DE LA PATBIE · texte numérisé non relu

ECOLE DE LA PATBIE

Je n'ai pas besoin de dire que les ensuis passant trois années de chaque époque de leur éducation, il faudrait un de ces édifices pour l'instruction de la génération annuelle, ce qui fixerait au nombre de neuf celui des monumens destinés à l'éducation générale de la capitale.

Autour de chacun de ces amphitliéâtres serait un grand parc couvert de plantes et d'arbres du pays, jetés au hasard comme dans la campagne et dans les bois. On y verrait des primevères et des violettes au pied des chênes , des poiriers et des pommiers confondus avec des ormes et des hêtres. Les berceaux de l'innocence ne seraient pas moins intéressans que les tombeaux de la vertu.

Si j'ai désiré qu'on élevât des monumens à la gloire de ceux qui ont enrichi notre climat de plantes exoti(iues , ce n'est pas que je préfère celles-là à celles de la pairie ; mais c'est pour rendre à la mémoire de ces citoyens une partie de la reconnaissance que nous devons à la nature. D'ailleurs, les plantes les plus communes de nos campagnes , indépendamment de leur utilité, sont celles qui nous rappellent les sensations les plus agréablc>s : elles ne nous jettent pas au dehors comme les plantes étrangères, mais elles noiLS ramènent au dedans et à nous-mêmes. La sphère emplumée d'un pissenlit me fait ressouvenir des lieux où , assis sur l'herbe avec des enfans de mon âge , nous tentions d'enlever d'un seul souffle toutes ses aigrettes, sans qu'il en restât une seule. La fortune a soufflé de même sur nous, et a dispersé nos cercles légers dans tous les pays du monde. Je me rappelle , en voyant certains épis de graminées , l'âge heureux où nous conjuguions sur leurs stipules alternatives les différens temps et les différeiis modesdu verbe aimer. Nous tremblions d'entendre nos compagnons finir à la dernière par : a Je ne vous aime plus. » Ce ne sont pas les plus belles fleurs que nous affectionnons davantage. Le sentiment moral détermine à la longue tous nos goiMs physiques. Les plantes qui me semblent les plus malheureuses sont aujourd'hui celles qui m' in-

DE L'ÉDUCATION

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