PAIL
» Oh ! celle qui a planlé ce papayer a Ciit aux liabitans de ces forêts un préseni plus utile et plus dou\ que si elle leur avait donné une biblioUièqiie. » Et , en mtoie temps, il saisit cet arbre dans st^ bras , et le baisa avec lraa<4M>rt.
LR VIEILLARD.
a Le meilleur des livres, qui ne prédie que Té- «ralité, ramitié, rhuroaniléet la concorde , FÉvan- <rile. ù servi de prétexte aux fureurs des Européeas. Combien de lyrannies publiques et particulières s'exercent encore en son nom sur la terre I Après cela , qui se flattera d*étre utile aux liommes par un livre? Rappelez-vous quel a été le sort de la plupart des philosofibe» qui letir ont prêché la saij^se. Homère, qui Fa revêtue de vers si beatix, demandait Faumône pendant sa >ie. Socrale , qui en donna aux Athéniens de si aimables leçons par ses discours et |Kir ses mœurs, fut emfioisonné jundi(|nement par eux. Son sublime disciple Platon fut livre à Fesdavage par l'ordre du prince même qui le protégeait ; et avant eux , Pytliagore , qui étendait Fhumaniié jusqu'aux animaux , fut bnllé vif par les Croloniates. Que dis-je? la plupnrt même de ces noms illustres sont venus à nous délijsrurés par quekiues traits de satire qui les caractérisent, l'ingratitude humaine se plaisant à les reco. maître là; et si, dans la foule, la gloire de qnekiues-uns est venue nette et pure jusqu'à nous, c'est que ceux qui les ont portés ont vécu loin de la société de leurs contemporains : semblables à ces statues qu'on tire entières des champs de. la Grèce et de l'Italie , et qui , pour avoir été enséielies dans le sein de la terre , ont échappé à la fureur des barbares.
» Vous voyez donc que, pour acquérir la gloire orageuse des lettres , il faut bien de la vertu , et être prêt à sacrifîer sa propre vie. D'ailleurs, croyez-vous que cette gloire intéresse en France les gens riches? Ils se soucient bien des gens de lettres, auxquels la science ne rap^KHle ni dignités dans la patrie, ni gouvememens, ni entrée à la cour ! On persécute peu dans ce siècle indifférent à tout, hors k la fortune et aux voluptés; mais les lumières et la vertu n'y mènent à rien de distingué , parce que tout est dans Fétat le prix de l'argent. Autrefois, elles trouvaient des récompenses assurées dans les différentes places de l'église, de la magistrature ei de l'administration :
Bernardin.
aujourd'hui , eUes ne servent 4|Q*à fiùne des lin«i. Mais œ fruit, peu prisé des gens du monde, est toujixirs digne de son origine céleste. Cest à ces mêmes libres qu'il est réservé particulièrement de donner de Féclat à la vertu obscure, de consoler les malheureux, d'éclairer les nations, et de dire la vérité même aux rois. C'est, sans contredit, b fonction la plus auguste dont le ciel puisse honwer un mortel sur la terre. Quel est Fhonmie qui ne se console de Finjustice ou du mépris de ceiu qui disposent de la fortune , lorsqu'il pense que son ouvrage ira, de siècle en siècle et de nations en nations, senir de barrière à l'erreur et aux tyrans; et que, du sein de l'ubscurilé où il a vécu, il jaillira une gloire qui eflicera celle de la plupart des mis, dont les monuiiR'ns périssent dans l'oubli, malgiié les flatteurs qui les élèvent et qui les vantent?
PACL.
» Ah! je ne voudrais celte gloire que pour la répandre sur Virginie, et la rendis chère à Fuiûvers. Mais vous qui avez tant de connaissances, dites-moi si nous nous marierons. Je votulrais être savant, au moins pour coiuiaitre l'avenir.
LE VIEILLARD
» Qui voiulrait vivre, mou fils, s'il comiaissait l'avenir? Un seul mallieur prévu nous donne tant de vaines inquiétudes ! La vue d'un mallieur certain empolsomierail tous les jours qui le précéderaient. Ù ne faut pas même trop approfondir ce qui nous environne; et le ciel , qui nous donna la réflexion pour prévoir nos besoins, nous a donné les besoins pour mettre des homes k nos réflexions.
PAUL
» Avec de l'argent, dites-votis, on acquiert en Europe des dignités et des honneurs. J'irai m'enrichir au Bengale, pour aller épouser Virginie A Paris. Je vais m'embarquer.
LE VIEILLARD
» Quoi ! vous quitteriez sa mère et la vôtre ?
PAUL
» Vous m'avez vous-même donné le conseil de passer aux Indes.
LE VIEILLARD
» Virginie était alors ici. Mais vous êtes maintenant l'unique soutien de votre mère et de la sienne.
PAUL
» Virginie leur fera du bien par sa riche parente.
LE VIEILLARD
» Les riches n'en font guère qu'à ceux qui leur font lumneur dans le monde. Ils ont des parens bien plus à plaindre ^ue madame de La Tour, qui,
sa)
PAUL ET VIRGINIE
faule d*étre secourus par eux , sacrifient leur liberté pour avoir (lu pain, et passent leur vie renfermés dans (les couvens.
PAUL
*) Quel pays que l'Europe! Oh! il faut que Virante revienne ici. Qu'a-t-elle besoin d'avoir une parente riche? Elle était si conlente sous ces cabanes, si jolie et si bien parée avec un mouchoir rouge ou des fleurs autour de sa tête! Reviens, Virginie ! quitte tes h()tels et tes grandeurs. Reviens dans ces rochers, à l'ombre de ces bois et de nos cocotiers. Hélas! tu es peut-être maintenant malheureuse!... » Et il se mettait à pleurer, o Mon père , ne me cachez rien : si vous ne pouvez me dire si j'épouserai Virginie, au moins apprenez-moi si elle m'aime encore au milieu de ces grands seigneurs qui parlent au roi , et qui la vont voir.
LE VIRILLARD.
T» o mon ami, je suis sûr qu'elle vous aime, par plusieurs raisons , mais surtout parce qu'elle a de la vertu. » A ces mots, il me sauta au cou, transporté de joie.