‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 174 sur 213 · ARGUMENT · texte numérisé non relu

ARGUMENT

« Socrate, le plus sage des Athéniens, s*étant » fait beaucoup d'ennemis parmi les superstitieux » et les athées ^ en soutenant rexistcnoe d'un seol

LA MORT DE SOCRATE

ftiS

» Dieu, fut condamné à mort sur l'accusation de | » Mélitus magistrat , appuyée par Any tus prêtre » de Cérès, et par Lycon sophiste. L'accusation » était conçue en ces termes :

» Mélitus, fils de Mélitus du peuple de Pillios, » accuse Socrate , fils de SophroniMjue du peuple » d'Alopécé.

» Socrate est criminel , parce qu'il ne reconnaît » point les dieux que la république reconnaît , et » qu'il introduit de nouvelles divinités. Il est en- » core criminel , parce qu'il corrompt la jeunesse. » Pour sa punition , la mort. »

9 Socrate fut condamné par des juges tirés de » toutes les sections, de tontes les tribus, ainsi que » de tous les peuples qui compo aient les habitans » d'Athènes, quoiqu'il leur eût prouvé la fausseté » de cette accusation.

» Je suppose que, le jonr où il mourut, ses trois » accusateurs s'introduisirent dans sa prison en lui » promettant la vie , la liberté, de la fortune et des » honneurs, s'il voulait s'avouer coupable. Qua:it » aux paroles de Socrate et aux raisonnemens de » ses ennemis , on les trouve presque en entier » dans Platon, Xénophon et Plutarque; je n'ai » guère eu d'antre mérite que de les mettre en • ordre.

» Je suppose donc qu'Anytns , Mâitus , Lyoon , » entrent dans le vestibule intérieur de la prison ^ » éclairé par une lampe. »

A!«TTrS.

Cher MélitQs, la mort de Socrate va noos faire beaucoup d'ennemis : je coimaîs Finoonstanee des Athénieas; ils se réjouissent à présent de sa condamnation, îk le pleureront dés qu'ils le verront mort.

MÉUTTS.

Vous avez raison , sage Anytos. Offrons-lai la vie, et tout ce qui peut la lui rendre agréable, pourvu qu'il se reconnaisse criminel. PSar cet aven, il perdra son crédit, et nous serons tranqoilles; nous n'avons à cra'uidre que son innocence.

LTC05f.

Son innocence ! je vous le garantis eoopaUe. fû préparé contre loi de nouveaux argamens aaxqoeto je le défie de répondre.

A5TTCS.

Holà , qnciqu'on *

« Le geôlier parait, avec ou gfaod îroumtMi de 9 de£s à sa oeiotare* »

LE CEàUttL

Que toubaiteZ'VoiH, iWwinm wépmun?

Qaiet-tn?

LE GBÔLIBR.

Je suis le geôlier , le valet des Onze.

MÉLITUS

Mène-nous où est Socraie.

LE GEÔLIER, cfttfi ton attendri.

Il est au cachot et aux fers.

MÉLITUS, (Tun ton courroucé.

Il est où il doit être.

LE GEÔLIER

Il n'était pas besoin de tant de précautions; c'est le plus tranquille de mes prisomiiers.

MÉLITUS

Tais-toi , et obéis.

« Le geôlier prend la lampe, et ouvre la porte » d'un souterrain au fond duquel on aperçoit So« » crate les fers aux mains , et les jamb^ engagées 9 dans une grosse [Mèce de bois. »

MÉLITUS, au geôlier.

Va-t'en. (Le g(ô ter sort.)

A5YTUS, à Socrate.

Bans quel état nous vous trouvons, grand homme ! Il y a ici beaucoup de prisonniers , mais nous ne venons voir que vous seul; c'est un sentiment d'humanité qui nous amène.

SOCRATE , sourJonL

Cest rhnmanité du cydope , qui promit à Ulysse de le manger le dernier.

AXTTUS.

Socrate, tous aimez à railler jnsqne dans les fers. Qui peut donc vous rendre si gai ao milieo de ces épakses ténèbres ?

SOCRATE

Je n'étais pas privé de lumière. Je viens d'acbe* ▼er on hymne à Apollon ei k D'une.

MÉLITUS

Cependant, tous ne reconnaissez pas les dienx de la république !

SOCRATE

Je reconnais pour agens de la Divinité tons ceux delanatiuv;iln'yena point qui cd soit une image amsi vive que le soleil.

AJITTUS.

Hâas ! je viens vous apprendre une bien triste nouvelle. Vous avez que lé vaisseau que n^jus eo' voyons I4NIS les ami l'Ile de f>él/i« , p^/ur y cdébrer par des sacrifices la naitMnce de« enfini de I^tone , est parti da Firée depuî« tritite ytun. Voos tarez aussi qa*on ne pnit Uïm laourir per«ooae â Atlièoei pendant son abience.

SOCRATE

iefliist«itcels. ymuràk trouvé mn rHêorhim Umt;^ si je n^en eusse emplr/yé \e teinp» à ùke on liymie au soleil et â la kioe; mais est-ce que «t êçéeif

LA MORT DE SOCRATE

MBLITUS.

Non , il vient d'arriver.

SOCRATE

J'avais bien raison de célébrer l'astre des nuits; il vient me délivrer précisément après un mois révolu de son cours. O l'heureuse nouvelle ! elle confirme le songe que j'ai fait il y a deux nuits. Une femme d'une beauté excellente m'est apparue , et m'a dit ce vers d'Homère :

Tu seras dans trois Jours à Phlhia la fertile.

LYCON

Laissez-là vos hymnes et vos rêves ; ne songez qu'à la vie, qui est une réalité.

ANYTUS

Socrate , votre sort est bien digne de compassion; vous êtes au moment de perdre ce que vous avez de plus cher , votre femme , vos enfans y l'estime publique. Vous allez mourir haï du peuple , flétri par la religion et les magistrats...

LYCON

Et méprisé des savans.

MÉLITCS.

Lorsque le soleil sera ce soir à la fin de sa carrière , vous finirez la vôtre. Ouvrez lès yeux sur le précipice effroyable où vous allez tomber , il en est encore temps. Obéissez aux lois, reconnaissez qu'elles vous ont justement condamné ; nous vous sauverons la vie : vous connaissez notre crédit sur le peuple et sur vos juges. Vous avez d'ailleurs par la loi le pouvoir de demander la diminution de la peine portée dans l'accusation : vous n'avez point usé de votre privilège , vous n'avez été jugé que par un seul jugement.

SOCRATE

Les lois m'ont jugé, je leur obéis en mourant.

LYCON

Si les moyens proposés par Mélitus ne vous plaisent pas , nous nous chargerons nous-mêmes de votre évasion. Nous avons des amis dans tous les pays où fleurissent les sciences ; nous vous recommanderons à eux : mais il faut avouer auparavant que vous avez eu tort de ne pas croire à leurs systèmes.

SOCRATE

Croyez-vous, Lycon, qu'il y ait hors de l'Attique quelque lieu où l'on ne meure pas? Quant à vos amis, je ne doute point qu'ils n'aient le pouvoir de faire sortir un de leurs ennemis de prison, et même de la vie ; mais ils n'ont pas celui de l'y retenir long-temps.. J'ai ri quelquefois de leurs systèmes ; cependant je ne les ai jamais ni calomniés ni offeasés.

MéLITUS.

Songez ce que c*est que d'être condamné à la mort. A la mort !

SOCRATE

La nature m'y avait condamné avant vous. Mais, après tout , cette mort, dont vous voulez me fùtt peur, va me délivrer, sans aucune recommandation , des fers , des persécutions , des calomnies , de tous les soucis de la vie et des infirmités de la vieillesse à laquelle je touche. La mort est un bien poumoi.

ANYTD8.

Ce n'est pas la mort que vous devez craindre; c'est cette vie sans fin où vous allez entrer , où voib serez à jamais puni dans les enfers par des tourmens horribles , si vous n'expiez pas vos errenn et vos crimes par un prompt repentir. Hâtez-voos, la loi vous accorde encore une heure; croyez-en, Socrate , un ministre des dieux qoi ne YÎent iei que pour votre salut étemel.

SOCRATE

Je vous sais bon gré, Anytos, de votre zèle. Après m'avoir livré aux bourreaux , vous me donnez en proie aux démons. Mais , croyez-moi , qoi ne craint que Dieu ne craint point les mauvais génies : il n'y a d'autres démons que les médians, et d'autre enfer que leur cœur.

AN\TUS

Impie ! il vous sied bien de réclamer nn diea auquel vous ne croyez pas , et de nier les enfers que tant de témoignages attestent. Voyez ces écritures , écoutez et tremblez. {Il déroule un volume qu'il portait sous sou manteau. « Du temps de Deucalion, fîls de Minos, il y avait dans l'Atti-

que... »

SOCRATE , souriant.

Je crois bien qu'il y avait , dès ce temps-là , des

hommes intéressés à faire peur aux autres.

ANYTDS.

Comment ! vous ne croyez point à des écritures d'une antiquité si reculée ! Sachez qu'il i^at être très-savant pour pouvoir même y lire.

SOCRATE

Les écritures ne sont point pour moi des témoignages divins : tout livre est l'art d'un homme. Les lois de Dieu ne sont point -écrites sur des parchemins intelligibles aux seuls savans ; mais elles sont tracées dans la nature et dans le cœur de tous les hommes. Je n'ai jamais lu dans le mien qu'il y eut des enfers, mais j'y ai éprouvé le sentiment d'une Providence très-bonne, dont les bienSûts remplissent l'univers.

LYCON

Où est-elle cette Providence ? dans des atomes.

LA MORT DE SOCRATE

ÀNYTVS.

Lycon , mon cher Lycon , il n'est pas question de phUosopher ; gardez ces questions pour le Portique. Pour vous, Socrate, dites-moi comment vous honorez cette Providence. Vous voit-on fréquenter les temples des dieux?

SOCRATE

Je m'y suis souvent présenté aux jours solennels; j'ai enseigné aux jeunes gens à vivre entre enx comme des frères , adorant tous ensemble le Dieu qui est le père commun des hommes. J'ai toujours respecté la religion de mon pays.

APfYTUS.

Que comptez-vous devenir, impie, qui vous êtes fût une religion à vous-même? Où sont vos auto* rites?

SOCRATE

Dans la nature. Ma religion se manifeste à tous les hommes : ils n'ont qu'à ouvrir les yeox H cousolter leur cœur.

MÉLITUS

Celle d'Athènes en réunit les habîtans : elle est d'mie si haute antiquité qu'elle Gommenoe avant ses premiers rois.

SOCRATE

La nûenoe commence avec le monde, et ne finira qu'avec lui : c'est d'elle que sortent tontei les antres religioas. Elles ne s'en seraient jamais tép»vées, si des politiqoes ne les avaient akéréet poor leors propres intérêts. Voyez celles de la Thraee, delà Perse, de l'Egypte; cfaaqnediéyasondieny qoi en met les hahitans en gnerre : f adore œlnî de Fanivers, qui fait vivre tons les hnaanci en paix.

ATTirs.

On est donc son temple? on sont se Haines, ses oneles , ses ministfes? qnds hn faiies-voas? qneBes lampes brAlez-viNBcn son honnenr, voos qoi jamais n'avei ■» one goutte d'unie dtas les nôtres?

D n'a pas besoin dn ponvre Socrate poor

Stn temple est ronifcn, et b terre ai an de ses aateb; b bmpe qoi litîmn ^ le m-

H; ks sacrifices qoH me demande sm ceax de ; ses statno foat les ansanas et les qoi se mentent^ aguitaty ilrÊÊti^met ne «ntpas omets CMnmeks aaiijy

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g^es que les magistrats des républiques; ce n'est qu'à ceux-là qu'il faut obéir.

SOCRATE

Il font obéir avant tout aux lois de la nature, mais je n'ai pas moins été fidèle à celles d'Athènes. J'ai combattu dans ma jeunesse pour leur défense, et j'accepte avec plaisir la mort qu'elles me donnent dans ma vieillesse.

ANYTUS

Puisque la religion est une loi de votre patrie , pourquoi ne vous y soumettez-vous donc pas?

SOCRATE

J'en ai rempli les principaux actes. Tout citoyen doit respecter non-seulement celle de son pays, mais celles des autres nations.

AWYTUS.

Ainsi tout culte vous est indifférent, Voos adoreriez le vent avec les Thraces, le fea avec les Perses ^ Feaa avec les Indiens , et vous immoleriez des hommes chez les habîtans de b Cher-

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