CRATI
Non , certes. Cest pour ceb qoe j'ai dit qu'il bUait obéb avant tout aux lois de b natore. Je m'opposerais à une religion injoriense à Dieu et aux hommes, comme j'ai bit an gonvemement des Trente. Je ticberab de ramener pen à peu mes eondioyens à nn culte por.
Cependant Toof ne croyez pas à b pinralHé des
SOCRATE
Non; je ne cnns qu'à m sent Dien. Mais parée qne je m'édaire de b lumière dn soleil, je tC^mpèche peraonne de se servir de eefle de» bmpes.
A5TTCS«
Sabiiltf ,iapiâie,ahwirtfiéy hipocfisiedéte»' taUe! Comme b laiion bomaine, livrée à eOe-
LTC09.
Ce n'est pas b laiion qui nom éjçsre , e'eiit fof-
Smm diMrte b laaMQ est le pins beao don qne naaa ajoa» reçu da ciel ; de ne se trouble qne par naa p0Hima« Prenez i|arde qne lambitiMi et Tin- Mffct pnmeaMT ar e^pweni b vovre,
Impwté amnÉRSie l QÊÊitn m ne erMt pas ann sai reywde lenw MiMitrea etMwne dea ▼ona aae tnatez fiMie w MR^psaMfRTf
▼ San aae HMra mw cp ^f^ jl^ ^^ ^^ paa* wê09^
LA MORT DE SOCRATE
ponvez n*être qn*iin homme égaré. D'ailleurs , on doit respecter les ministres de tons les cultes qui ne sont pas inhumains, parce que dans leur origine ce sont des rayons de la Divinité qui se proposent pour but le bonheur des hommes. Je me suis honoré de Testime et de l'amitié de plusieurs de leurs minisires.
AXYTUS.
Mais quelle est donc votre religion?
SOCRATE
Je vous l'ai déjà dit : celle de tous les temps et de tous les lieux.
ANYTUS
A quoi vous a-l-elle servi ?
SOCRATE
A vivre tranquille , et à mourir content.
ANYTUS
Et qui vous assure d'un heureux avenir?
Ma conscience.
ANYTUS
Qui vous l'a dit ?
SOCRATE
Ma raison.
LYCOH.
Mais s'il n'y a pas de Dieu ?
SOCRATE
S'il n'y a pas de Dieu , je n'ai rien à craindre ; s'il y en a un , comme me le dit toute la nature , j'ai tout à espérer.
LYCON
Que fera-t-il jour vous après votre mort , puisqu'il n'a rien fait pour vous pendant voire vie ?
SOCRATE
Il a tout fait pour moi en me faisant marcher dans les sentiers de la vertu; après la mort, il est assez puissant pour me récompenser. Le passé et le présent sont dans ses mains; pour(|uoi non Tavenir? L'univers est rempli de ses bienfaits.
ANYTUS
La religion d'Athènes est pleine de ses miracles. Voyez Jupiler et ses métamorphoses; l'Olympe, où l'on boit le nectar; les Champs Elysées, où sont rassemblés tous les plaisirs. Croyez, Socrate, croyez. Les dieux pour récompense vous donneront une Ilébé, comme à Hercule.
SOCRATE, souriant,
A quoi me serviront tous les plaisii-s des Champs Elysées après ma mort, lorsque je n'aurai plus ni langue ni palais pour savourer leurs fruits ^ ni sexe pour leurs Hébés ? Si vous me dites que les hommes y recouvrent tous leurs sens , ils y auront donc les mêmes besoins et les mêmes passions qae sur
la terre ? car Dieu ne feit rien en vain ; on y serait donc sujet aux mêmes infirmités? quelle féUcité!
LYCON
Quel bien résultera donc ponr vous de la mort?
SOCRATE
Celui de connaître les lois de la nature, que nooi n'apercevons ici qu'à travers un voile.
ANYTUS
Belle contemplation , vraiment ! La physiqQe vous a perdu, Socrate. CherMélitns, les magistrats devraient défendre Tétude de la physique: elle corrompt les meilleurs esprits.
LYCON
La physique ne dit rien de semblable. Il Ciudnit au contraire une loi qui constatât les opinions re» çues en physique , et défendit à toute personne de s'en écarter, sous peine de punition. La physique devrait être réser>'ée aux seuls pliysiciens, comme la religion aux prêtres. La science est aussi un sa* cerdoce.
SOCRATE
Cependant l'étude de la nature et de la reUgin appartient à tous les hommes. Je ne les ai étucUéei que pour mes besoins et ceux de mes eufans; je n'en connais point les lois primitives , mais j'en ai recueilli quelques résultats utiles à mes semblables. J'ignore comment une paille se forme , et encore plus comment le soleil a été formé pour mouvoir, éclairer et animer tant de mondes ténébreux; mali je sais que cet astre , si éloigné de nous, fait mârir l'épi qui me nourrit, et j'en ai conclu qu'un être tr^intelligent , très-puissant et très-bon, pourvoyait aux besoins de la terre., de la plante et de l'homme.
MÉLITUS
Si vous croyez que cet être existe, que ne songez-vous à profiter vous-même des biens qo'U a répandus ici-bas? Vous êtes père de famille, vous jouissez encore d'une vieillesse vigoureuse, vous persuadez tout ce que vous voulez ; il n'est rien où vous ne puissiez pan^enir.
LYCON
Faites comme les autres; flattez les grands, intriguez paimi les petits. Nous vous servirons de tout notre crédit , pounu que vous soyez des nôtres; vous deviendrez riche et heureux : mais, auparavant, il faut avouer que vous votis êtes trompé.
SOCRATE
Plutôt mourir que d'agir contre ma consdenoe!
LYCON
Quel bonheur espérez-vous donc daps un antre monde, privé de tous vos sens? la mort, aeloo vous-même , va vous les enlever.
LA MORT DE SOCRATE
SOCRATB.
, je perdrai mes sens corporels ; mais je couli ceux de riiiielligenre. Celte arae, qui ne ni ne boil, que vos Ters n'ont point encbalsite aille, qui se transporte par la pensée où lall, ira ^ rciinii'â ce qu'il y a decunrorme itnre. Les éléinens de mou corps retunrneceux de la terre, et mon ame intelligente à igence suprême; là elle connaîtra dans sa l'ordreadioiraMederunivers. Croyez vous eu , qui m'a donne dans ce monde des sens Jlenx pour goiiter des plaisirs dont jamais mis eu d'idée , ne puisse dans une autre vie etUe à un système de bonheur au-dessus de VMConceplions? Quand je n'y goûterais que ssances que nta raison a (éprouvées ici-bas , Diraient-elles pas à ma Félicité élemelleî' re que je connaîtrai ces astres dont l'éclat blebrillerponrnous.au sein des muls, que ever nos pensifs vers les cieiix. Parmi vous, croient (iiie le soleil n'est qu'une pierre émet â demi Ttindiie ; les autres , que c'est un : monté suruH cliardefeu, qui se promène sse anlour de nous d'orient en occideul. re est-ce une liabitaUon celesie, plac^ au de noire univers pour en vivilier les roonut-ëtre, comme il est pour leurs liabitans «de tons biens pétulant leur vie, est-il des- ■*» leur mort pour récom(>ense à ceux qui vertueux , comme un prix au milieu dn jea ) vainqueurs. Les meilleurs eiiprits , pour re la vérité sur la terre, ne se traînent r des lignes, et n'en entrevoient que des Mon ame, dégagée de son corps, en em- 1 des splières dans les cieux; je connal- Dtenr de la nature au sein de la lumière oileà nos yeux. Notre ame, ici-bas, quoiublée et agitée |>ar les passions, est dérivée une, comme la llanmie nébuleuse et oii- ■■ d'une lampe agitée par les vents fut orinent empruntée d'im rayon du soleil, me dematulez ce que je ferai dans un au- Mk. Dieu , qm a créé sur ce globe de boue créatures ravis.<^anteK , mais passagères et i, n'en a-t-il pu former d'autres plus aiplus durables et plus heureuses dans le i-mémc, source de tous nos biens? Mand'emplois à distribuer dans tant d'astres râbles c|ui nous environnent? Pent-ètrey rai-je un des ministres de sa bonté sur la omme j'ai lâché de l'être pendant ma vie ; e serat-je un de ces médiateurs invisiblea irent les bonnes pensées, qui consolent et t la vertu malheureuse; le bon génie d'un
autre Socrate. Je parierai à la raison des peuples égarés, et mémeâlavâire, Méliius. Je vous ferai sentir que s'il faut une grande intelligence pour gouverner la républi(|ue il'Atliënes, il en faut une bien plus étendue pour gouverner le monde. Je vous ferai connaître, Anytus, qu'un dieu ne peut avoir les passions d'un homme; et à vous, Lycon, ipie rien n'est plus aimable que la vérité. En vous détachant de vos ambitions, vous connaîtrez <ju'il y a dans l'univers une puissance bien supérieure fl la vôtre : sans doute je vous rapprocherai d'elle, si je peu\ ouvrir vos cœurs au repentir. C'est ainsi que mon bon génie m'a préservé souvent moimême de mes passions. [On ejileiid o travers la porte rfe» roir de femmes et d'eiifaai qui crteni ; .Mo)i mari ! mon père ! Socrate! Soerate trmbli baisse ta télé. )
HéUTDS.
Holà, geAlin*. Maodit geôlier, on ei-lu 7
LE GEdUEB.
Seigneur, me voici.
HâLITIJS.
Que ftiis-lu donc P
LB GEÔLIER
Sngneiir , je broie la ciguë. Le soleil va bientôt secouclier; je viens de tourner le dernier gable de ¥liOTioge.(Soerale relève sa léle et tes yeux pleins d'espiratiee vers le eiel. )
uÉLiTDs, avgeUlier.
Va voir quels sont ceux qui viennent à la porte. ( Le geùHer sort.)
LTCON.
Je demande qu'on ne laisse entrer personne, avant que j'aie proposé â Socrate Ions mes argomens ; ceux qui me restent sont péremptoires , il n'y a rien à répondre.
HBLITUS.
Nous avont trop de plaisir à voua entendre pour ne pas vous donner toute notre attmtion. ÂXnus, à Lycon.
Il Tant avouer que les dieux ont réuni en vous toutes les forces de ta raison humaine. Quelle tête ! quelle conception ! ( Le geôlier rentre. )
LB GEÔUEB , à 3/élitMS.
Seigneur, ce sont la femme et tes enfui* 4e Sacrale , qui tleinandenl qu'on les laioe entrer.
lUitlTi:
Cela ne se peut à préseni LE geAli Ils vous en supplient bu nature ; ils pteurenL
Je ne conuais point d'wilrc
nom des dieux et '^^^^^V
es»
LA MORT DE SOCRATE
LE GEÔLIER
Ses disciples demandent la même faveur; ils disent que la loi le permet.
MÉLITUS
Dis-leur que le magistrat le défend. Les voilà nouveaux interprètes des lois comme de la religion. Tel maître, tels' disciples ; ils mériteraient bien de passer le pas avec lui. ( Au geôlier, ) Dis-leur d'attendre , et à la garde de repousser toute cette populace loin de la porte , et au-delà du vestibule et de la barrière.
LE GEÔLIER
Seigneur , vous allez être obéi. ( Jl sort, ) MÉLiTCS , à Lycon.
Vous pouvez commencer , docte Lycon, et parler tant qu'il vous plaira.
LTCON , à Socraie,
Vous dites donc, Socrate, que la terre est couverte des bienfaits de la Divinité; mais d'où viennent, je vous prie, les orages, les grêles, les tonnerres, les débordemens de rivière, les tremblemens de terre, les pestes, les maladies, les calomnies, les jalousies , les incendies, les procès, les querelles , les guerres, les funines , les banqueroutes et la mort ? (Il se met à rire. ) En ai^je nommé assez ? Je crois bien que ce sont de véritables maux que ceux-là. Répondez, si vous le pouvez. (// se met à rire aux éclats, et y à son exemple^ MélitM et Anytus.)
SOCRATE, souriant.
Ces prétendus maux , Lycon , entretiennent rharmonie générale de cette terre ; ils y sont nécessaires; la plupart y sont rares. Mais jetez un coup d'œil sur les biens que la Divinité y répand à chaque instant : le soleil en est le dispensateur. Son char d'or , comme dit Homère , est attelé tous les malins par les Heures, qui conduisent ses quatre coursiers, le lumineux, l'empourpré, l'ardent et l'amoureux. La plus jeune des Heures , à demi éveillée, sort la première de dessous le manteau safrané de l'Aurore ; éblouie du premier éclat du jour, elle frotte en soiuiant ses yeux encore humides. Ses sœurs , de diiïérens âges , la suivent parées d'argent , de vermillon et de pourpre. Elles s'élèvent au plus haut des cieux , en formant toutes ensemble des diœurs de danses et de concerts autour du soleil, leur père. Chemin disant, elles ensemencent la terre de fleurs brillantes, mais fugitives comme elles. Bientôt ces filles célestes viennent tour à tour se réfugier sous le voile constellé de la nuit. A peine Apollon a-t-il disparu pour éclairer d'autres horizons, que Diane, sa soeur, portée sur un char d'argent, attelé de deux chevaux noirs, vient réfléchir sur le nôtre une partie des rayons
fraternels. Elle soulève de son sceptre le crêpe dei nuits ; à la faveur de sa lumière sororale, elle bit encore apparaître les monts escarpés , les vallées profondes et leurs eaux réverbérantes sous uo firmament étincelant de mille et mille feux. Des nymphes, couronnées de mousse , toament aotoor d'elle en silence , versant sur la terre des corbeflla de pavots.
Pendant qu'elle parcourt le cercle oblique des nuits , elle trace celui des semaines et des mois qui accompagnent le soleil dans le cours des saisons et de l'année. Elle est la mère des mois, semblables aux différens âges de la vie et à leurs périodes. Le premier de tous , entouré de neiges , de pluies et de vents nébuleux , comme un enfant dans ses pr^ miers langes , ne verse que des pleurs, et ne fidt entendre que de tristes vagissemens. Ses frères le suivent, l'un couronné de verdure dans une enfimœ déjà riante; l'autre, déboutons, de fleurs, dans son adolescence ; un autre , des roses éclatantes , mab épineuses, de l'ardente jeunesse; les suivans apportent les différens fruits de la virilité. Le deniier se traîne après eux, et ferme l'année; semblable à un vieillard chauve et à barbe blanche , c'est fan qui dépouille les forêts de leurs feuilles , et les couvre de ft-imas.
Ainsi la reine des nuits , dans sa course inégale , roule dans les cieux son disque chargé d'une lumière versatile. Comme une navette céleste , elle entrelace de ses rais d'argent les rayons do soleil, et en forme ce réseau de la vie, dont les ncmds merveilleux produisent les amours et les générations. Le soleil en engendre les chaînes étemelles, la lune en fournit les trames passagères , dont le temps coupe tour à tour les fils pour en faire renaître de nouveaux. Pour l'astre du jour, il répand, sur tous les mondes qui l'environnent, d'autres concerts de lumières , de couleurs , de mooveineDS et de vie, en se conjuguant avec d'autres Phébés. Semblable à la Divinité , dont il est la plus vive image , il ne se communique à nous que par des bienfaits , et si nous voulons porter nos contemplations jusque dans son sein, il éblouit noire vue, comme celles que nous osons hasarder sur la Divivinité éblouissent notre entendement.
LYCON
C'est là sans doute un fragment de votre hymne à Apollon et à Diane. Je hais toutes ces longoeofs, qu'on appelle de l'éloquence; c'est an langage indigne d'un philosophe. Pour moi , je n'emploie que celui de la physique. Je préf^ à ces vaines bouffissures le simple squelette de la pensée.
SOCRATE
I^ nature ne nous monti^ de squelette que dans
LA MORT DE SOCRATE
les corps qu'elle a livrés à la mort. Elle revêt de couleurs et de formes ravissantes ceux qu'elle remplit de vie : c'est sans doute pour plaire principalement aux hommes, qui sont les seuls des animaux auxquels elle a donné le sentiment de toutes les beautés. Les philosophes doivent suivre son exemple, quand ils parlent de ses ouvrages.
LYCON
Si la nature avait voulu plaire aux honmies , elle se serait trompée dans son but comme dans ses moyens. En effet, à peine sont-ils entrés dans la vie , qu'ils sont forcés de la quitter. Les uns meurent dans le sein de leur mère , d'antres en venant au monde ; ceux-ci dans l'enfance , ceux-là dans l'adolescence : il en est fort peu qui parviennent à la vieillesse ; et , quand ils vivraient tous autant que Nestor, que serait-ce après tout qu'une carrière aussi courte ? S'il y avait des dienx dispensateurs de la vie humaine , ils seraient inconséquens.
SOCRATE
Croyez-moi, Lycon, la vie est tm bienfiiit des dieux , et la mort en est un aussi. Le monde , où la vie nous donne entrée, est une fête bien plus magnifîque et plus solennelle que celles des jeux olympiques; nous y sonmies à la fois acteurs, spectateurs et juges. La Divinité nous y introduit tour à tour , comme des étrangers qui au fond n'y ont aucun droit. Elle permet aux uns d'y rester un jour, à d'autres deux jours, à d'autres davantage : devons-nous trouver mauvais qu'elle nous appelle ensuite à d'autres scènes, sans doute pour y jouer d'autres rôles ? A quelque âge que nous mourions, nous devons sortir de cette vie conmie d'un banquet, en remerciant et bénissant la Divinité qui nous y invite gratuitement. { lèpres une pause y il sfmrii.) Mais , Lycon , il parait que vous vous y plaisez bien plus que vous ne dites , puisque vous voudriez y rester toujours.