‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 180 sur 213 · LES ENFANS · texte numérisé non relu

LES ENFANS

O mon père !

SOCRATE

Mes bien-ainiés, je vous laisse le mien. MÉLITUS , au geôlier.

En rentrant tu ôteras les fers de Socrate, tu ouvriras à ses amis , et tu lui présenteras la ciguë au moment très-précis , prescrit par la loi , où le soleil se couclie.

LE GEÔLIER

Oui , seigneur.

Je me sens troublé. O Dieu , ma force unique , prenez soin de mes enfens !

•• Il reste dans le silence , les yeux levés au ciel.

» On entend les voix de Xantippe et de ses enfins » qui crient : ^fon époux! mon père! Ces rajc » vont en diminuant à mesiu^ qu'ils descendent » dans le souterrain ; l'écho des voiltes les répète » à plusieurs reprises : Socrate frémit. »

LE GEÔLIER aCCOUrt.

Ils ont voulu eux-mêmes les renfermer. Soyez siV, Socrate , que j'en aurai grand soin. SOCRATE , au geôlier qui se jette à ses pieds. Que faites-vous ?

LE GEÔLIER

Je me hâte d'ôter vos fers pour ouvrir la porte à vos amis.

SOCRATE

Commencez par mes amis ; je souffre plus de leur absence que du poids de mes fers, a Le geôlier court leur ouvrir la porte; ils en-

V trent d'un air triste. Il revient ensuite auprès de » Socrate , et commence par lui ôter ses menottes. » Les amis de Socrate se rangent autour de son lit : » ce sont Criton, l'orateur Lysias, Platon, Anti- » sthène , Àristippe , Phaedon, Eschine, Xénocrate, » Chaerephon, ApoUodore.

» Socrate ayant la main droite libre , la leur tend » tour à tour d'un air riant; pendant ce temps, le

V geôlier débarrasse ses jambes de leurs entra- » ves. »

Bonjour. Criton, mon père nourricier; je vous salue, orateur Lysias, et vous aussi, éloquent Platon, infatigable Antisthène, clier Eschine, infortuné Pliœdon, modeste Xénocrate, vertueux Cli»rephon, bon ApoUodore, et vous aussi joyeux Aristippe; je vous salue tous, mes chers amis. Asseyez- vous ; vous devez être bien fatigués d'être restés si long-temps debout à la porte. LE GEÔLIER , ayant ôté les entraves.

Socrate , vous êtes dégagé de tous vos fers.

SOCRATE

Je vous remercie, mon ami. {En se frottant les jambes,) Quel plaisir vous m'avez fait! {Le geôlier le salue , et sort, )

SOCRATE , continuant à se frotter les jambes.

Esope dit que Jupiter voulut un jour mêler ensemble la volupté et la douleur, et que n'ayant po en venir à l)out , il ordonna qu'elles se suivraient mutuellement : ainsi quand la douleur précède, la volupté la suit, et réciproquement. Je crois qu'il en sera de même des félicités de la vie future; elles succéderont aux misères de la vie présente.

CRITON

O Socrate , ne songez point encore à quitter vos amis ! Tout est prêt pour votre liberté; nous ayona gagné le geôlier ; il va vous foire sortir de U pri-

LA MORT DE SOCRATK

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son par un long souterrain : il vous mènera de Ih dans une rue détournée , chez un de nos amis, qui vous fera ensuite traverser la ville à la faveur de la nuit. Allons, levez-vous, il n'y a pas un moment à perdre.

SOCRATE , riant.

Où me mènera-t-on ensuite ?

CRITON

En Thessalie , où je vous ai préparé une retraite; Apollodore y conduira vos femmes et vo4 enfans. O Socrate, vous vivrez encore pour notre bonheur!

SOCRATE, riant Criton , croyez-vous que la mort ne paisse franchir les liantes montagnes de la Thessalie ? Mai^ quand j'y devrais vivre autant que Nestor, je n'ai garde de recourir à ce moyen : les lois me le défendent.

CRITO.'».

Ce ne sont pas les lois , ce sont des jngef iniques qoi TOUS ont condamné.

SOCRATE

Ce sont les lois qoî ont nommé les joge» qoi m*ont condamné à b mort : je don la sabir. I>a répobliqoe est sons la tntefle des lois; si je let rith bs, je serais criuûod.

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