VOEUX POUR LE ROI
el ne régissent, diacun en particulier, que des parlies détachées de la monarchie, dont ils ne sont que des membres; le roi en est le cœur, et peut seol en connaître et faire mouvoir fensemble. Les trois corps de la monarchie réagissent sans cesse les uns contre les autres, en sorte que, livrés à euxmêmes , il arriverait bientôt qu'un d'entre eux opprimerait les deux autres ou en serait opprimé , sans que le roi , qui n'aurait que le pouvoir exécuteur, piU faire autre chose que d'être l'agent du parti le plus fort , c'est-à-dire de l'oppression. Il fout donc que le roi ait encore le pouvoir modérateur, c'est-à-dire celui non-seulement de maintenir Téquilibre entre ces corps , mais de réunir leurs forces aihdehors contre les puissances étrangères , dont lui seul est à portée de connaître les entreprises. C'est le pouvoir modérateur qui constitue le monarque.
Les écrivains dont j'ai parlé ont entrevu la nécessité de ce pouvoir dans le roi, et ils ont agité s'il do'ait consister dans un simple veto , comme en Angleterre, ou dans un certain nombre de voix délibératives , qui lui seraient réservées conmie prérogative royale.
Le veto est un pouvoir d'inertie, capable de faire échouer les meilleui-s projets : il faut au contraire au roi un pouvoir d'activité qui puisse les (aire réussir. Le cœur, dans le corps humain, n'est jamais sans action : ainsi en doit-il être du monarque dans la monarchie.
Quant aux voix délibératives à réserver au roi , on est fort embarrassé pour en déterminer le nombre. Je hasarderai quelques réflexions à ce sujet. Le nombre des voix , dans l'assemblée nationale, est à peu près de douze cents, dont six cents appartiennent au clergé et à la noblesse, et six cents aux communes. Or, si les six cents voix des deux premiers ordres étaient égales en pondération aux six cents voix des communes, comme elles le sont en nombre, il y aurait équilibre entre elles, et le roi n'aurait besoin que de sa seule voix pour faire pencher la balance du côté qu'il lui plairait : que di»-je ? la voix du roi , qui dépose de tous les emplois, est de sa nature si prépondérante, qu'elle entraînerait seule toutes les autres, comme il arrive dans les états despotiques, si elle n'était eHe-méme balancée.
Il est donc inutile de multiplier la voix du roi dans l'assemblée nationale, pour lui donner de la pondération; il suffit de la lui réserver : mais il est bien nécessaire de réformer la balance nationale elle-même, pour la rendre susceptible d'équilibre. Quoique ses bras soient égaux en longueur, ses bassins ne le sont pas en pesanteur. On peut dire
que celui du clergé et de la nolilesse est d'or, et celui du peuple, de paille. Le premier est tellement rempli de mitres, de cordons, de dignités, de gouvememens, de magistratures, de richesses, de bienfaits accordés déjà en survivance pour l'avenir, quoiqu'ils appartiennent dans l'origine à l'autorité royale ou au peuple même, que la balance a loigours penché de ce côté-là , maigre les efforts que quelques rois ont faits pour la relever. Ainsi ce bassin pèse non-seulement de son propre poids , mais de celui du pouvoir royal, qu'il a attiré de son côté ; en sorte que , pour ramener celui du peuple à l'équilibre , il faut , ou que le roi rende le bassin plébéien plus pesant, en y faisant passer un certain nombre d'emplois et de dignités , ou qu'il augmente la longueur de son bras, en multipliant les voLx des représentans du peuple dans les assemblées nationales. Alors le levier plébéien devenant plus long, le prince n'aura besoin que de peu d'efforts pour le faire pencher; et le pouvoir modérateur deviendra dans la monarchie ce qu'est le poids courant le long du grand levier dans la balance romaine. Ce n'est que par le nombre de ses voix que le peuple , à Rome, balançait la pondération des voix des sénateurs. Dans le parlement d'Angleterre, le nombre des membres de la chambre haute ne monte qn'à 245 , tandis que celui des membres de la chambre des communes est de 540, c'est-à-dire de plus du double. Sans une proportion équivalente, jamais le côté plébéien ne pourra se mettre en équilibre que lorsque les six cents voix qui le composent seront appuyées par les voix des vingt-quatre millions d'hommes qu'il représente : alors, quoique son bassin soit léger, son bras devenant infmiment long, sa réaction deviendra infmiment puissante. Ce moment de révolution sera celui où il conviendra au roi de reprendre son pouvoir modérateur pour rétablir la balance monarchique.
Alors l'influence royale sera semblable à celle du soleil, qui balance dans les cieux les globes qui tournent autour de lui.
J'ai désiré plus d'une fois que le roi parcourût tons les ans ses états d'tme extrémité à l'autre , comme le soleil visite tour à tour, chaque année, les deux pôles de la terre. Mes vœux semblent prêts à s'accomplir. A la vérité, le mouvement sera différent, mais l'effet sera le même. Ce ne sera point le roi qui ira vers le peuple , ce sera le peuple qui ira vers le roi. Ce système de politique est simplifié comme celui de notre astronomie, où l'on suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre , mais la terre qui tourne sur elle-même au-