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assure b liberté publique; c*esl à b vertu et non à l'aBibîtîoQ à les y drâser.
Celait rambîtion des nobles, qui s'étaient emparés de tout et qui ne voulaient rien céder, qui avait mis l'état sur le penchant de sa ruine et a fini par les perdre eux-mêmes. En vain ils se sont rassemblés près de nos frontières du nord , et se flattent de rentrer en France dans la jouissance de leurs privilèges exclusifs , par le secours des puissanœsétrangères. H n'est pas vraisemblable qu'aucune d'elles se croie en droit d'empèdier la nation française de se constituer comme elle le trouvera bon. Toute l'Europe a admiré Pierre-le-Grand polieaut son peuple l»rbare et y réformant son clergé et ses boyards, qui s'étaient emparés de toute l'autorité ; aurait-elle eu moins de vénération pour lui , s'il eût ramené vers la nature un peuple corrompu , ets'il eût détruit les corpsqui i^opposaient à ses réformes, lui qui cassa ses propres gardes, et comme Brutus, punit de mort son fils uniqne pour avoir conjuré contre les lois qu'il avait données à son pays ? Ce qu'un prince a bit , sans doute une nation peut le foire. La souveraineté d'une nation réside en elle-même et non dans son prince qui n'est que son subdélégné : on ne saurait trop répéter cette maxime fondamentale du droit des peuples : « Les rois , dit Fénelon, sont « faits pour les peuples , et non les peuples « pour les rois. » Il en est de même des prêtres et des nobles. Tous les ordres d'une nation lui sont subordonnés, comme les branches d'un arbre, malgré leur élection, le f^ont à sa tige. La nation française a donc pu supprimer l'ordre de sa noblesse , et ses ordres ecclésiastiques, réfiractaires à ses lois , sans que les nations voisines pui»sent y trouver à redire. Dans une tempête , un vaisseau mouillé sur une oUe dangereuse coupe ses câbles, lorsqu'il ne peut lever ses ancres. Ainsi b nation , pour sauver le corps national , a tranché le joug des préjugés qui l'entraînaient vers sa mine et qu'elle ne pouvait dénouer.
Combien de grands princes ont tenté d'en foire autant et ne l'ont osé , n'étant point secondés de la puissance popubire ! L'empereur Joseph II à entrepris les mêmes réformes dans le Brabant, et y a échoué. Les nobles émigrés ont-ils pu croire que son auguste successeur, le sageLéopold, ce nouveau Marc- Aurèlecetamides hommes, qui, dans ses états de Toscane, avait rouvert toutes les carrières au mérite; qu'un roi de Prusse qui a passé lui-même par tous les grades militaires étant prince royal; que rimpcialrice de Russie même , cette émule de Pierre-le-Grand , qui ôta aux nobles de sou pays les prérogatives de leur naissan-
ce, et leor en montu Fexemple en se dépouillant de eeie dn trdne, et se foisant lui-même tambour el charpentier; que Unis ces souverains, di»-je, ae coalisent pour foîiroer les Français de rétablir leurs anciens abus et de donner, comme par le passé , tous les emplob à b vénalité, à l'intrigue et à b naissance? Ceb est impossible. SI les princes, nos voisins, tiennent des armées considérables sur leurs fitmtières, c'est pour empêcher b révolutioa I fmçaise de pénétrer trop rapidement dans leurs ! éuts; afin d'ériter les désordres qui l'ont acoom- I pagnée. Si l'impératrice de Russie foit à nos gentilshommes des offres plus particulières de service et leur donne de l'argent, il y a grandeappareiioe qu'elle veut plutôt les attirer dans ses états qne pénétrer elle-même dans les nôtres. En effet, des nobles françab, éprouvés par le malheur, ne contribueraient pas peu à civiliser son pays, ainsi qu'ont foit les offiders suédois, transportés en Sibérie après b bataitte de Pultava.
Mab Thommage qne je dois à b vérité, et b pitié que je porte aux malheureux , m'obligent ici de prévenir nos gentikhommes qne b plupart d'entre eux seraient très à pbindre en Russie, d'abord par leur propre éducation qui , les armant dès l'enfonce les uns contre 1^ autres , ne leur offrirait pas, parmi leurs compatriotes mêmes, les supports auxquels les infortunés de b même nation doivent s'attendre, surtout Irars de leur pairie. J'en ai foit plus d'une fob l'expérienee. Les plus grands ennemis que les Français aient dans les pays étrangors, sont les Français: leur jalousie est un résultat de leur éducation ambitieiMe qui , dès Tenfonoe, dit à chacun d'eux , mais surtout aux nobles : Soif le premier, A b vérité, le besoin de vivre avec les Iramroes, et surtout avec les fenunes , couvre d'un vernis de politesse cet instinct malfoisant , et foit d'un noble français un liomme qui, brôbnt intérieurement de l'envie de dominer , parait sans cesse animé du désir de plaire ; maU ses talens brUlans ne font qu'exciter contre kii b jalousie des étrangers , dont les vices se montrent sans apprêt. Ils détestent également sa gabnterie et son point d'honneur , ses danses et ses dnds. C'est donc une triste perspective pour un gentilhonune, de passer sa vie dans un pays étranger, jalousé par ses compatriotes et ha! des nationaux. Je ne parie pas de la rigueur du service militaire en Russie, où la subordination est telle, qu'un lieutenant ne s'assied point devant son capitaine sans sa permission; ni de b modicité des appointemens, dans un climat où l'homme civilisé a tant de besoins. Ces inconvéniens (|tic j'ai éprouvés sont si insupportables ,
SUITE DES VŒUX DlIN SOLITAIRE.
qne la plupart des officiers que j'y ai tus passer , nobles ou autres, s'y font ochitels, ou goover< neurs d'enfims chez les seigneurs russes. Cest en effet une des ressources les moins malheurenses de ce pays : mais pourraient-elles convenir à des nobles qui ne s'expatrient que parce qu'ils ne peoyent dominer leurs compatriotes? Faut-il qu'ils imitent Denis , le tyran de Syracuse , qui , dépossédé de sa seigneurie , se Ot maître d'école à Go^ rintlie , et ayant perdu son empire sur les hom^ mes, s'en Ot un sur les enfuis? Je ne dirai rien de la rigueur du climat de la Russie , car c'est une considération qui n'est d'aucun poids pour les ambitieux : vivre à Saint-Pétersbourg ou à Saint-Domingue , servir des Russes ou tyranniser des Nègres , c'est tout un pour la plupart des hommes , pourvu qu'ils atteignent à la fbrtune. Elle trompe aussi souvent dans ces pays que dans les autres. Mais quand, pour se consoler de ses injustices, on veut se jeter dans les bras de la nature , il est triste , surtout pour un Français expatrié en Russie , de comparer des hivers de six mois, où toute la terre est couverte de neige et de noirs sapins, avec le doux climat de la France , et ses campagnes fertiles plantées de vignobles, de vergers et de prairies. U est pénible , en voyant des paysans menés à coups de bâton, de se rappeler la gaieté et la libellé de ses compatriotes; de parier d'amour à des bergères qui ne vous entendent pas , et dont les cœurs ne vous sentiraient point. Il est douloureux de penser que sa postérité sera tm jour flétrie par le même esclavage, et que l'on ne reverra jamais soi-même les lieux où l'on apprit à sentir et a aimer. J'ai vu en Russie des Français dans les grades supérieurs , si frappés de ces res- . souvenirs, qu'ils me disaient : a J'aimerais mieux » être simple soldat en France, que colonel ici. » Ce n'est pas que les pays civilisés n'aient aussi leurs maux , souvent bien cruels. Sans doute la philosophie peut habiter partout, et au défaut de bonnes lois, procurer plus de bonheur dans les marais mêmes du Kamtscliatka, au milieu d'une meute de chiens , qu'au sein des villes livrées à l'anarchie. Mais, nobles Français, pourquoi ajouter aux maux que peuvent causer les hommes , ceux que ne vous a pas faits la nature? La nation , ditesvous , vous a fait des injustices : pourquoi vous en punùr vous-mêmes ? Elle vous a privés de vos prérogatives , mais elle ne vous a point ôté son climat , ses productions , ses arts , ses lumières , ce qu'elle a de plus doux. Vous voulez vous venger des torts qu'on vous y a faits : on vous a brûlé des châteaux; croyez- vous les rétablir en brûlant des villages? On a massacré des gentilshommes ,
leor rendrez-vous la vie en tuant des citoyens.^ Ne croyez plus aux fausses promesses de vos orateurs. Vos hostilités ne feront qu'augmenter vos maux , ainsi qu'ont fait vos résistinces. Un corps ne peut s'opposer à une nation. Ne croyez pas occasioner en France des guerres civiles; il y a assez de nobles patriotes pour y combattre les nobles aristocrates. Voudriez - vous d'ailleurs vous armer contre la royauté de qui vous tenez vos privilèges, et contre un roi qui , d'après le vœu général de la France, a sanctionné la constitution à laquelle vous refusez d'obéir? La seconde assemblée nationale a prouvé Sa légitimité de la première. Vous devez plus à votre nation qu'à votre ordre ; ce n'est point un sophisme de adieux : « On doit plus à sa patrie qu'à sa hmille v , a dit le sage Fénelon. Appellerez-voos contre la vôtre les puissances de l'Europe ? Elles n*épouseront pomt votre querelle. D'abord elles ne font rien pour rien , et vous êtes sans argent et sans crédit. Leur promet trez-vous de démembrer en leur faveur la France, où vous n'avez pas eu le pouvoir de vous maintenir ? Elles craindraient bien plutôt de voir leurs Etats embrasser les lois fhinçaises, qu'elles n'espéreraient de voir la France se soumettre à celles de l'Allemagne ou de la Russie. La révolution pénétrerait chez elles par les soldats mêmes qu'elles lui opposeraient Que leur promettraient-elles pour les engager d'entrer en France? Le pillage de Paris? Mais les frontières du royaume sont hérissées de forteresses , défendues par une multitude de régimens et de gardes nationales , et il y a dans son intérieur un million de citoyens armés, tout prêts à les remplacer. T^ur diraient-elles, pour les engager à combattre en Caveur d'étrangers qui n'ont jamais rien fait pour eux : « Allez rétablir des noy> blés français dans le droit apporté en naissant , r> par tout noble , de commander aux hommes ? » Si vous êtes victorieux , vous acquerrez l'hon- » neur d'asservir les Français sous un joug sem- » blable au vôtre. Si vous périssez , vous mourrez v fidèles à votre religion , qui vous commande V d'obéir , et vous défend de raisonner. » La France , au contraire, dirait à ses citoyens : « Les no- » blés vous accusent d'être des rebelles, mais ce » sont eux qui le sont ; la rébellion est la résis- » tance des particuliers ou des corps à la volonté v nationale. La rébellion est le renversement des » lois , et la révolution est celui des tyrans. Ce » sont les nobles qui veulent être ceux de la Fran- » ce, en armant contre elle et contre son roi des » soldats étrangers. Allez les combattre. Si vous » êtes victorieux , vous vous assurerez ponr tou-
SUITE DES VOEUX D'UN SOLITAIRE
» joors la liberté de votre fortune , de vos talens , » de votre conscience. Si voas mourez , vous pé- » rirez en défendant les droits de l'homme. Yo- » tre cause est la plus juste et la plus sainte pour » laquelle un peuple ait jamais combattu : c'est » celle de Dieu et du genre humain, v
Gentilshommes français, irez- vous périr pour la défense des abus dont vous vous êtes plaints vous-mêmes tant de fois? La nation, dites-vous , vous a privés de vos honneurs. C'est pour ceux qui ont de l'honneur, et qui ne veulent pas usurper celui d'autrui , qu'elle veut que tous les Français puis!)ent s'élever par leur propre mérite. Mettez-vous au rang de ses citoyens : elle a élevé ceux de votre ordre qui se sont distingués par des vertus, aux places de présideiis, de cominandans, de maires, de députés à son assemblée; elle leur a conGé ses plus chers intérêts : c'est pour vous particulièrement qu'elle a travaillé. L'ancien gouvernement ne réservait ses honneurs que pour les grands et les riches; aujourd'hui vous pouvez, par des vertus, obtenir ce qu'ils n'acquéraient que par l'or et les intrigues.
S'il n'y a plus de noblesse de race , il y en aura toujours une personnelle ; d'ailleurs , l'état où nous naissons influe sur nos mœurs. Le commerce inspire l'amour de l'argent ; le barreau , la chicane , les arts disposent à l'artifîce , et les travaux rudes à la grossièreté. La noblesse , du temps de l'ancienne chevalerie, se distinguait par sa générosité , sa francliise , sa politesse. Nobles qui en descendez , joignez-y du patriotisme et des lumières; le peuple français ir^ au devant devons. Vous vous plaignez de son anarchie : c'est votre insurrection sur la frontière qui l'alimeute. Qui s'oppose aux lois, ne peut en être protégé.
C'est le patriotisme qui a fait la révolution et qui la maintiendra ; c'est lui qui , rassemblant tous les ordres de citoyens , a rejeté loin d'eux les funestes préjugés de leur éducation ambitieuse. Il a réuni à la fois ceux qui devaient donner des conseils, et ceux qui devaient les exécuter; il a fait disparaître toutes les distinctions de rang et d'état. On a vu des nobles obéir à des bourgeois , des prêtres à des <]aîques , des conseillers à des avocats ; on a vu des soldats, sans solde,, passer indifféremment du rang d'offlcier à celui de fusilier, toujours prêts à quitter, de nuit et de jour, leurs affaires, leurs plaisirs , leurs femilles , ne se proposant d'autre récompense que de servir la patrie. C'est ainsi que vous vous êtes formée , vertueuse garde nationale de Paris. Tantôt, combattant l'aristocratie , vous l'avez désarmée sans vengeance; tantôt, résistant à l'anarchie, vous kii
avez opposé un rempart invincible. Ni les flatteries des courtisans, ni les injures de la populace, n'ont pu vous foire sortir de votre modération. Vous ne vous êtes proposé d'autre but que la tranquillité publique. Généreux habitans de Paris, c'est sous votre protection que la constitution française s'est formée. Votre exemple a été imité par toutes les municipalités du royaume; il s'étendra plus loin : les biens se propagent comme les maux. Les grands dans leur vain luxe avaient adopté les jockeis, les courses, les chevaux, l'acier poli de l'Angleterre ; plus sages , vous avez pris pour votre part sa liberté. Déjà votre constitution , semblable k la colombe échappée de l'ardie , prend son vol par toute la terre ; déjà elle plane avec l'aigle de la Pologne ; elle porte pour rameau d'olivier les Droits de l'homme ; c'est là l'étendard de la nature qui appelle partout les peuples à la liberté. Malgré la soupçonneuse vigilance des puissances despotiques, qui interdisent à leurs sujets esclaves l'histoire de vos succès , les Droits de l'homme , traduits dans toutes les langues , et imprimés jusque sur les mouchoirs des femmes, ont pénétré partout. Ainsi l'homme, asservi dans sa conscience même où il n'ose rentrer , lira ses droits jusque sur le sein de sa compagne ; ainsi , comme vous avez influé sur les plaisirs de l'Europe par tos modes, vous influerez encore sur son bonheur par vos vertus. C'est le patriotisme qui vous a rassemblés dans la tempête ; c'est à lui à vous conserver dans le calme. Recevez vos frères fugitifs et 'malheureux avec générosité , vous leur devez protection , sûreté , tranquillité , secours , par la constitution même à laqueUe vous les invitez. Rappelezvous qu'ils ont été vos aînés ; partagez avec ceux qui voudront être citoyens, les services et les honneurs de la patrie, votre mère commune; et, rendus à vos affaires, montrez à vos enfans l'exemple de la concorde.