DO CLERGE ET DES MUNICIPALITÉS
Il ne faut pas confondre le clergé et l'église. L'église est l'assemblée des fldèles dans la même communion ; le clergé est la corporation de ses prêtres. Une église peut exister sans clergé; telle fut celle des patriarches, telle est encore de nos jours celle des quakers; un clergé ne peut subsister sans église.
Rome, dépouillée par les Barbares, reprit sur eux , par le pouvoir de la parole , l'empire qu'eUe avait perdu par la faiblesse de ses armes. Les peuples malheureux dans les Gaules embrassèrent avec ardeur une religion qui prêchait la charité dans ce monde, et promettait un l)onlieur étemel .
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dansraulre ; ils opposèrent les vertus de leurs premiers missionnaires aux brigandages de leurs oonquérans. Les prêtres, soutenus de la fiiveur populaire , acquirent une autorité sans bornes. Maîtres lies consciences, ils le devinrent bientôt des fortunes, et même des personnes. Gomme ils étaient les seuls qui sussent lire et écrire, ils furent chargés de tenir les écoles et de&ire les testamens. Les notaires étaient alors des clercs qui dépendaient des évéques : un testament était nul , si le testateur n'avait Eût un legs à l'église. Les curés, dès œ temp64à , étaient tenus de tenir registre de ceux de leurs paroissiens qui faisaient leurs pàques , de ceux qui ne les faisaient pas, ainsi que de leurs bonnes et mauvaises qualités, et d'en envoyerdes notes aux évéques. II y a grande apparence qu'ils tenaient alors comme aujourd'hui un état des naissances, des mariages et des morts. Toutes les aunidoes étaient données aux églises , auxquelles il était permis de recevoir argent, maisons, terres, seigneuries et jusqu'à des esclaves.
Ainsi, avec tant de lumières, de moyens et d'ordre, les évéques devinrent tout-puissans. On voit dans l'histoire de quelle manière ils en agissaient envers les rois , au nom des peuples , comme kan pasteurs; envers les peuples, au nom de Dieu, comme ses ministres; et envers les papes mêmes , au nom de l'église gallicane , comme ses chefe. Leur autorité excita la jalousie de Rome. Cette capitale du monde chrétien leur opposa les ordres monastiques, qui relevaient immédiatement d'elle, quoique soumis en apparence aux évéques. Le clergé français se divisa alors en deux corps, le séculier et le régulier. Toute puissance divisée s'af&iblit. Les moines qui formaient le clergé réf^nlier, étant par leur constitution plus unis entre eux , et n'ayant qu'un chef unique dans le pape , étendirent leur pouvoir bien plus loin que les membres du clergé séculier , souvent distraits par les af&ires du siècle , et soumis à différens évéques qui n'avaient pas toujours les mêmes vues. l>e clergé séculier dominait dans les villes, les moines s'établirent dans les campagnes. Ds auraient obtenu bientôt la plus grande prépondérance dans tout le royaume, s'ils n'y avaient formé qu'un seul ordre, comme les moines de Saint-Basile en Russie. Mais , dans la crainte peut-être qu'ils ne vinssent comme ceux-ci à se rendre indépendans par leurs richesses, Rome divisa elle-même sa propre force. Elle introduisit en France un grand nombre d'ordres religieux , dont les chefs résidaient chez elle, et qui non-seulement se partagèrent les fonctions ecclésiasli(]ues , mais même envahirent une partie des occupations séculières. I^ plupart ,
dans l'origine, furent mendians, et s'introduisirent sons le prétexte si spécieux de la diarité. Les dominicains, d'abord frères prêcheurs, devinrent aisoiteinquisiteurs . L^ bénédictms se firent archivis* tes dans un siède où l'on ne savait ni lire ni écrire, et se chai^reut d'une partie de l'éducation publique qui donne tant d'influence sur les citoyens. Us furent imités et bientôt surpassés par les jésuites , qai réunirent à eux seuls les talens des différens ordres, et bientôt toute leur puissance. D'autres ne dédaignèrent pas de Caiire des essences , du chocolat , de fabriquer des bas de soie , de conamercer. D'autres furent en mission dans les pays étrangers. Quoique prêchant le christianisme, ils accompagnèrent nos soldats dans leurs conquêtes , et acquirent des terres en Amérique, et des esclaves eu Afrique pour les cultiver. D'autres, comme les mathurins, s'enrichirent en quêtant pour la délivrance de ceux que faisaient sur nous les barbares de l'Afrique. Ils rachetaient les blancs captifs à Maroc, parce que, disaient-ils, ils étaient chrétiens : cependant beaucoup d'autres moines aclietaient des noirs en Guinée , pour en faire des esclaves sur leurs habitations de TAmérique , et les rendaient chrétiens pour les captiver davantage.
Enfin la puissance civile commença à s'éclairer sur ses intérêts. Elle retira d'abord , en partie , l'éducation publique des mains des moines et du clergé , par l'établissement des universités ; enstiite elle créa des notaires municipaux auxquels elle confia le som de recueillir les testamens : elle défendit de donner des biens-fonds aux corps ecclésiastiques déjà b^ucoup trop riches; mais, par une de ces contradictions si conununes dans nos lois, elle cliargea les curés de tenir des registres publics des naissances, des mariages et des morts, afin de constater l'état des citoyens. Il est clair que cet office appartenait aux municipalités ; mais le peuple, accoutumé à la servitude , était comme cette vieille mule à laquelle les Athéniens donnèrent la liberté à cause de ses services , mais qui , par l'habitude du joug, allait d'elle-même se ranger avec les autres mules qui portaient des pierres au temple de Minerve.
Depuis que la liberté de conscience est décrétée parmi nous, il est certain que les municipalités seules peuvent constater l'état des citoyens dans les trois principales époques de la vie : la naissance, le mariage et la mort. Comment des ecclésiastiques romains constateraient-ils comme citoyens, des Français qu'ils ne considèrent pas conune des hommes, puisqu'ils les regardent comme ennemis de Dieu , lor$(iu'ils ne sont pas de leur communion ? Il est certain encore que la distribution des
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antnAnpft , la direction des liôpitaax et de tous les lieux de diariti^ . apfMirtient uniquement aux municipalicés. Elles doivent des soins cliaritables à tons les citoyens , de quelque religion qu'ils soient. On ne voit pas sans ëtoimement , à THÔtel-Dieu , sur les lits des malades , des ccritcaux qui portent le mol Confession , écrit en gros caractères. Ainsi , si riIôteÛDieu avait été à Jérusalem, on n'y aurait point reçu le blessé du Samaritain, parce que son bienfaiteur si agréable à Jésus-Clirist y était schismatiqne ! On n'apprend point sans douleur que les filles mises par cliarité à la Salpétrière, n'en peuvent passer les portes, pour se promener dans la campagne , avant l'âge de vingt ans; et que celles qui ont atteint cet âge, n'en peuvent sortir pour leurs alTaircs , si elles ne présentent au portier un billet de confession. Ainsi, nos hôpitaux sont devenus des prisons , et la pauvreté y est punie comme un crime ! Il faut que les municipalités délivrent les établissemens de charité de tout impôt ecclésiastique. J^ liberté de conscience doit y régner comme celle de Fair : il y va de l'intérêt de tous les hommes. Le charbon pestilentiel de rinquisition peut s'y coorer comme toutes les autres maladies épidémi(|ues, physiques et morales, et de là se propager dans les villes. Il y a bien d'autres abusa réformer sur l'emploi de leurs revenus , sur leur police , et même sur la nature de ces établissemens qui entassent tant de malheureux dans le même lieu; mais j'ai indiqué ici les plus dangereux.
Les cimetières ne doivent point être renfermés dans l'intérieur des villes : il y va de la santé de leurs habitans. Il y a d'anciennes lois à ce sujet qui restent sans exécution. La commodité des margiiilliers et des gens d'église les porte à les enfreindre , en persuadant au peuple qu'il y va de sa religion. Qu'est-ce cependant qu'un cimetière dans les villes ? souvent un lieu de passage où tous les ossemens sont confondus. On y voit des fosses profondes d'où s'exliale sans cesse un air méphitique. Un orphelin souvent y trouve la mort sur la tombe de celui qui lui donna la vie. Mère infortunée ! tu crois que le tertre sur lequel tu verses des larmes renferme le corps de ta fille : en vam tu te consoles par le souvenir de ses grâces virginales : il est sur le marbre noir d'un amphithéâtre , exposé no aux regards et au scalpel d'une jeunesse à laquelle un vain savoir a ôté toute pudeur. Peuples qui révérez les cendres de vos ancêtres , portez-les loin des lieux où les passions des vivans viennent trou- Mer le repos des morts. Ce n'est qu'aux champs et loin des villes que la mort, comme la vie, tronve un asile assuré. C'est là qn'on pent rendre à
Diea ce qu'on doit à Dieu , et aux élémens ce qoî appartient aux élémens. C'est là que, dans des lieux aérés, on peut entourer les cimetières de murs , y élever des chapelles sépulcrales , et y mettre des gardiens. On peut même les planter d'arbres qui cliangent l'air mépliitique en air pur. Rien ne serait plus intéressant dans un cimetière, que de voir sous les ombres religieuses des chênes, des sapins et des frênes , des générations entières de charpentiers, de menuisiers et de cliarrons, qui trouveraient le repos au pied des mêmes arbres qui leur auraient donné les moyens de soutenir leur vie. Chaque famille , comme chaque corps , pourrait s'y réserver un coin de terre où les parens et les amis réuniraient leurs cendres.
C*est aux municipalités à veiller particulièrement sur l'exécution de ces lois. Les magistrats sont les véritables pasteurs du peuple. On ne gagne sa confiance qu'en lui parlant; c'est par la parole que les hommes se gouvernent. Jje clergé était le seul corps qui s'en fût réservé l'usage , permis à tous les citoyens dans l'antiquité. Il ftiut donc parler au peuple, sinon de vive voix, an moins par les édits, les proclamations, les journaux ; il fiiut lui dire la vérité et la lui faire aimer. D'un autre côté , c'est une coupable indifférence dans ses chefe , de laisser chaque jour des journalistes mercenaires l'effrayer par des bruits qui tendent à lui ôter la confiance qu'il doit à ses représentans et à renverser la constitution. On ne doit point se jouer de l'opmion des peuples : si ces journalistes disent la vérité, il fant les récompenser comme de bons citoyens ; s'ils ont trompé , il ftiut les punir comme des calomniateurs. L'indifférence à cet égard est un crime dans des magistrats. En vain ils regardent cette licence comme une suite de la liberté. Il n'est point libre d'empoisonner , et la calomnie est le plus dangereux des poisons. Qu'ils y fiissent une sérieuse attention : du mépri» des lois naîtra celui de leurs personnes , et ensuite leur ruine.
Citoyens, on ne peut trop vous le répéter : si vous voulez être libres, il feut être vertueux. Si vous voos biles suppléer à la guerre par des régimens ; dansles ceuvresde charité, par des corps ecclésiastiques; dans l'étude des sciences, par des académies ; voos serez, comme par le passé , bientôt asservis, dépouillés et trompés par vos stipendiaii-es.
De tous les oorfis , les plus puissans sont ceux qui sont inamovildes. C'est à son inamovibilité que le deiigé a dû surtout son autorité et ses richesses. Comme un rocher au milieu d'un fleuve , qui accroît sans cesse sa base des alluvious des eaux , il a vn s'écouler autour de lui les familles, les corpo-
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ratkms, les dynasties, les royaumes, en augmentant sa puissance de leurs débris. Les corps inamovibles qui la lui disputaient, n'existent plus. Le dergé régulier est supprimé, ainsi que les pariemens. Il n'a plus de contre-poids que dans des assemblées de citoyens , dont les membres se renouvellent sans cesse, et sont bien rarement d'accord. Pour attacher les prêtres à la constitution, il ùut les rendre citoyens. H est plus sôr de les y lier par leurs intérêts que par leurs sermens. Pour en venir à bout, on a déjà employé un très-bon moyen en les faisant soudoyer par l'état. H y en a encore un autre plus puissant, parce qu'il les rapproche des lois de la nature ; c'est celui du mariage. Les anciens patriarches , Abraham et Jacob , ces premiers pontifes de la loi naturelle , ces honunes purs qui communiquaient avec les anges, étaient entourés de nombreux enfans. Moïse , à qui Dieu dicta les lois des Juifs , et Aaron son frère , revêtu du suprême sacerdoce , étaient mariés. I..e8 prêtres catholiques se mariaient dans la primitive église. Saint Paul dit positivement, dans son épitre première aux Corinthiens, chap. xxvi : « Quant » aux vierges , je n'ai point reçu de commande- » ment du Seigneur; mais voici le conseil que je » donne : je crois qu'il est avantageux à Thomme 1» de ne se point marier, à cause des nécessités fâ- » cheuses de la vie présente. » Il est clair que saint Paul n'adresse point ce conseil au peuple, puisque le célibat eiH entraîné sa destruction , mais aux ecclésiastiques qui avaient peu de moyens de subsister dans ces premiers temps , où l'église naissante était pauvre et persécutée. En effet, en parlant de leurs chefs , il dit ailleurs : a Que l'évêque «n'épouse qu'une seule femme, » c'est-à-dire, qu'il ne se marie qu'une fois. Les prêtres de l'église grecque , qui ont conservé la plupart des usages de la primitive église, se marient encore. Mais est-il besoin d'autorité lorsqu'on a celle de la nature ? Elle fait naître par toute la terre les hommes et les femmes en nombre égal. Or, un prêtre qui ne se marie point, force au célibat une Klle que la nature avait fait naître sa contemporaine pour être sa compagne. Que deviendront les filles célibataires , maintenant qu'il n'y a plus de couvens de filles religieuses? Enfin les lois de la société invitent tous les hommes au mariage. Le célibat peut convenir à un particulier, mais jamais à un corps. Les prêtres seront bons citoyens, quand ils seront époux et pères de fomille. Déjà plusieurs d'entre eux viennent d'en donner l'exemple, en se mariant devant les municipalités. Ils ont obéi à cette première loi de Dieu , qui accompagna la naissance du monde : « Croissez et multipliez ; » loi suivie
par les prêtres de l'église patriarcale, de T^lse judaïque , de l'église dirétienne primitive et de l'église grecque. L'église romaine semble ne l'avoir interdite aux siens que pour les attacher davantage à ses intérôls, en les séparant de ceux de leur famille et de leur patrie. Toutes les religions du monde conduiraient les hommes à Dieu en se rapprochant de la nature , mais la plupart s'en éloignent pour ne pas se rapprocher les unes des autres. On peut dire à la louange de notre clergé, qu'il est un des moins intolérans de tous ceux de l'église catholique. Ses libertés, qui passent à Rome pour des hérésies, ont sauvé la nation du joug ultramontain. Il n'a jamais voulu admettre l'inquisition établie en Italie , en Portugal , en Espagne , et jusque dans les Indes. C'est cet odieux tribunal, que la politique de Rome étend par toute la terre, sous le prétexte de protéger la religion , qui a séparé d'elle les peuples du nord de l'Europe. C'est à lui qu'on doit attribuer la révolution d'Avignon, quoique son joug y fût fort léger, à cause du voisinage de la France ; mais il n'y en a point de plus pesant que celui qui encliahie les consciences. Ctiaquelia^ bitant d'Avignon était obligé de présenter à Pâques un billet de confession à son curé : ce n'était , dit^ on, qu'une formalité; mais un homme obligé de dissimuler sur sa conscience, devient feux dans toute sa conduite. Quand on est forcé de tromper sur sa religion , on trompe sans scrupule dans ton-» tes ses affaires. Tout l'ordre civil porte sur l'ordre moral, et celui-ci sur le religieux. L'inquisition est seule la cause de la méfiance, de la mauvaise foi , de tous les vices du cœur et de toutes les erreurs de l'esprit qu'on reproche aux nations chez lesquelles elle a fondé son empU^. Celte justice infernale se glisse partout comme un serpent ; elle empoisonne de son venin les établissemens les plus utiles , même chez les peuples qui lui sont étrangers. Qui croirait , par exemple , qu'il y a à Rome une bulle qui condamne à mort les francs-maçons, dont la société n'a cependant d'autre but que d'aider les malheureux de toutes les religions ? Paralt-il un livre célèbre dans quelque partie de l'Europe , l'inquisition s'en empare , le condamne et le mutile suivant ses intérêts. Les plus innoceus sont souvent les plus maltraités. J'en citerai un exemple tout récent. On vient de m'envoyer une traduction italienne de Paul et Virginie, imprimée à Venise, et approuvée par l'imiuisilion , qui en a ôté presque toute la conversation de Paul et du vieux habitant , sans doute parce qu'on y parle des iignstices des grands envei's le mérite et la vertu. Ainsi ce tribunal est le fauteur de toutes les tvrannies, même de celles qui ne sont pas religieuses.
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Ce qui m'a le plus surpris , c'est qu'B a retranché | de nia pastorale des images fort naïves et fort naturelles ; telle est ceUe où Paul et Virginie, allaités alternativement parleurs mères infortunées, sont comparés à deux Iwurgeons greffés sur des arbres dont la tempête a brisé toutes les branches; et celle où Tun et l'autre, enfans, se mettent à l'abri de la pluie sous le même jupon.
L'inquisition est l'ennemie de la nature et du genre humain. Je crois donc que le genre humain doit user envers tlle de représailles. Comme elle a partout des émissaires et des confréries , il me semble que l'assemMée nationale, qui a établi pour base de la constitution les droits de l'homme, ferait fort sagement de décréter que tout liomme affilié à rinipiisition ne pourrait être reçu en France, même étant revêtu d'un caractère public; et que tout livre approuvé par elle y serait défendu , comme étant , par cette approbation même , suspect de contenir des maximes ÊivoraUes à ses intérêts , et contraires à ceux du genre humain. Il convient à une nation généreuse de fiiire une guerre perpétuelle aux ennemis des droits de l'Iiomme.
Quoiqu'il y ait eu chez nous en tout temps des prêtres qui ont tâché d'y introduire l'inquisition , en commençant par des billets de confession et de communion pascale, et qu'il en reste encore des traces dans nos bô|>itaux , on peut dire que la masse générale de notre clergé a beaucoup de patriotisme. C'est ce que nous venons d'éprouver dans notre révolution. Un grand nombre d'ecclésiastiques des plus éclairés et des mceurs les plus pures, se sont rangés du cùté du peuple. Il but donc les attadier de plus en plus à ses intérêts , et rien n'y est plus propre que la solde publique et les mariages. Ils deviendront citoyens en devenant fonctionnaires publics et pères de fiimille *. Mais il ne suffit pas de rapprocher les prêtres du peuple par les liens de la société et de la nature , il fiiut rapprocher le peuple des prêtres et de la religion par ceux de l'mtelligence et du sentiment. Pour cda, il faut substituer la langue française à la langue latine dans les prières de notre étjïiMe go/Zirane.
A quelles coutumes déraisonnables l'habitude ne peut -elle pas assujétir les liommes? N'est-il pas bien étrange que le peuple français prie Dieu en
* J'ohsf n-prai à ce sojct qu'il ne semhle pas Jmte de dépouiller les praires non assermentés de leurs pensions : parce qn'ls refbseni de pifter le serment civi(|ae. Ces penskms ne lenr ont été accordées que |»arce qu'ils l'avaient refusé «et qu'en ooosé<iueuce étant déchus de leurs foiictiODs publiques, on leur laissait quelques moyens de subsistance. Ce aérait donc aller contre l'esprit do premier décret, qued'exigerle serment ciTifpie pour ces mêmes pensions; il soBIt d'en priver ceux qui calialeraieut contre la constitution.
latin ? Que dirait-il si on le prêchait dans la même langue? Ce ne serait cependant qu'une conséquence de son propre usage ; le sermon étant , comme les offices de Téglise, la parole de Dieu , il serait naturel de faire parler Dieu au peuple, dans la même langue que le peuple parle à Dieu. Cette coutume, en effet , a existe* pendant beaucoup de siècles, n a été un temps où l'église romaine ne permettait pas de traduire récriture sainte en langue vul^raire. Quelle communication pouvait donc exister entre Dieu et les peiqiles , qui se parlaient dans une langue inintelligible? C'était, disait le clergé romain, pour entretenir le respect de la religion ; mais quelle étrange religion que celle d'où l'on a banni l'aiiHMir de Dieu ! car il ne peut y en avoir dans des prières que l'esprit ne comprend pas, et avec lesquelles le ccrur ne peut exprimer ses sentimens. Il y a long-temps que saint Paul s'était récrié contre cet abus; et ce qu'il y a de bien extraordinaire, et que je ne crois pas qu'on ait remaniué, c'est à l'occasion des premiers chrétiens qui avaient reçu le don des langues , et qui ne les entendaient pas eux-mêmes. Voici ce qu'il en dit dans sa première épitre aux Corinthiens : « Que » si la trompette ne rend qu'un son confus, qui se » préparera au combat? De même, si la langue » que vous parlez n'est intelligible , conmient » pourra-t-ou savoir œ que vous dites? Vous ne 9 parlerez qu'en fair.... Si donc je n'entends pas » ce que signifient les paroles, je serai barbare à » celui qui me fMirie, et celui qui me parie, sera
» barbare C'est pourquoi que celui qui parie
» tme langue, demande à Dieu le don de Tinter- » prêter : car si je prie en tme langue que je ii'en- » tends pas, mon oonir prie , mais mon esprit et » mon intelligence sont sans fruit.».. Que si vous » ne louez Dieu que du cœur, comment celui qui » est du simple peuple, répondra-t-il : Ainsi soit- » il, à la fin de votre action de grâces , puis(|u'il » n'entend pas ce que vous dites?... * »
Puisqu'il Êiut dire la vérité , quand nous n'aurions pas l'exemple de saint Paul , l'usage de la langue latine, comme le célibat des prêtres, est on effet de la politique de Rome moderne , f »our asservir les peuples à son empire. En retrancîiant aux prêtres les femmes et les enfons , elle les détachait de leurs familles et de leur patrie, et les attachait plus particulièrement à sa puissance, en ne leur donnant d'autre affection que celle de son service. Les princes conquérans exigent les mêmes sacrifices de leurs soldats; ils ne leur permettent pas de se marier. D*un autre côté, Rome, en ne
'Gh4i.in,vcneU8et9,lt 13. Met 16.
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réservant qu'au préIres la connaîssance de la langue sacerdolale, soumettait, par son moyen , les peuples qui ne la comprenaient pas, à une obéissance aveugle : c'est ainsi que les despotes de l'Orient emploient, pour l'exécution de leurs volontés , des eunuques et des muets.
Il est cependant du plus grand intérêt pour l'église romaine , de propager la religion par tous les dialectes du monde. Les religions ne se répandent que par les langues; ce sont nos nourrices qui sont nos premiers apôtres; et chez la plupart des peuples , ce sont des femmes qui ont été les premiers missionnaires. Je ferai à ce sujet une observation bien importante ; c'est que, par tout pays, les religions ont suivi le sort des langues où elles sont nées. La première religion des Romains périt avec la langue toscane qui lui avait domié naissance; celle du dieu Lama, en Tartane, s'est répandue dans la Chine avec les Tartares, qui y introduisirent leur langue lorsqu'ils en firent la conquête. Ijd judaïsme resta long- temps renfermé parmi les seuls Hébreux , parce qu'ils ne communiquaient pas avec les autres nations ; mais lorsque le christianisme leur fut prêclié , il pénétra au midi en Afrique avec eux, et y forma ime religion mêlée de judaïsme , comme on le voit encore de nos jours en Ethiopie ; lorsqu'ensuite il fut annoncé à l'Orient , aux Grecs , il s'étendit successivement avec les débris de leurs langues, cliez les Grecs de l'Archipel , de la Grèce proprement dite , et de Constantinople , dans la Moldavie , la Russie , une partie de la Pologne, et dans tous les pays où l'on parle la langue esclavone, qui est dérivée du grec. Lorsqu'il fut prêché aux Romains , il se répandit à l'Occident chez les peuples qui parlent des langues dérivées de la langue latine, tels que les Italiens , les Espagnols, les Portugais et les Français. Enfin , ayant pénétré dans le nord avec la langue celtique , il s'établit chez les peuples qui en parlent les dialectes, tels que les Allemands, les Suisses , les Hollandais, les Suédois, les Danois, les Anglais. Ainsi, comme il y a trois langues primitives en Europe , qui sont la grecque , la latine et la celtique, la religion durétienne se divisa en trois grandes églises, qui sont la grecque, la romaine, et la dissidente , qu'on pourrait appeler celticiue. Chacune d'elles produisit différentes communions, suivant les différens dialectes de leur langue-mère : ainsi l'église grecque se subdivisa en différens patriarcats, de Constanlinople, de Russie; en maronite, etc. : la latine en romaine, en gallicane, etc. : la dissidente ou celtique, en luthérienne, en calviniste, en anglicane, etc. Cela est si vrai , que chez les peuples où il y a un mélange de deux langnes,
il y en a aussi un de deux oommunioDs. Ainsi , chez les Polonais, dont la langue est mêlée de grec et de latin , il y a l'église grecque et l'église latine; chez les Suisses , dont une partie parle français et l'autre allemand , il y a des cantons catholiques et des cantons dissidens. Il y aurait eu, suivant toute apparence, en Europe, une quatrième église dirétienne , qui aurait été hébraïque, si les premiers Hébreux qui se Orent chrétiens, eussent été sédentaires ; mais leur commerce les portant vers l'Afrique et l'Arabie , ils y établirent, comme je l'ai dit , le christianisme abyssin , mêlé de judaïsme, et ils donnèrent probablement naissance au mahométisme, qui est, comme on le sait, un mélange de ces deux religions. Le mahométisme luimême se propageant, avec la langue arabe, chez les Arabes, les Africains, les Turcs, les Persans et les Indiens, se subdivisa en plusieurs sectes, suivant les dialectes de cette langue-mère.
Ainsi, les religions suivent le sort des langues. Je tire de cette importante observation deux conséquences très-essentielles : la première, c'est qu'un peuple doit parler la langue de sa religion, pour y être attaché. Il est très-remarquable que les peuples qui prient Dieu dans leur langue maternelle, tiennent bien plus à lenr religion qne les autres. Tels sont les Juifs, les Arabes , les Turcs ; et en Europe, les communions dissidentes, chez lesquelles il y a bien moins de renégats que dans les catholiques. Il est donc nécessaire de faire chanter les offices latins de nos églises, en français, afin de lier notre peuple à sa religion , et de mettre d'accord les paroles et les sentimens des fidèles , comme le voulait saint Paul. Comme toute réforme doit se faire peu à peu , on poinrait laisser subdster quelque temps dans la langue sacerdotale , la messe et les fonctions religieuses qui renferment des mystères; mais on introduirait dans les autres offices de l'église gallicane, nonseulement des psaumes français , mais des prières et des hynmes qui auraient des rapports directs avec les besoins de notre patrie , plutôt qu'avec ceux de Jérusalem. C'est par des moyens semblables que les missionnaires , et surtout les jésuites, avaient attiré tant de peuples sauvages au catholicisme. La seconde conséquence qui résulte des relations que la religion de chaque peuple a avec sa langue , c'est qu'il faut tolérer toutes les communions. Damner un homme parce qu'il n'est pas catliolique , c'est l'envoyer en enfer parce qu'il ne parle pas un des dialectes de la langue latine : d*un autre côté , ne sauver que des Italiens , des Espagnols , des Français , c'est n*ouvrir le ciel qu'à un bien petit nombre d'élus, dont le principal mérite
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e naître dans un coin de l'Europe, qui n*est ttM qu'une bien petite portion de la terre , l'en est ceriainemeiit pas la plus innocente, c'est faire du salut des hommes une af&ire ^pliie, ou plutôt de grammaire. Jésusné pensait pas ainsi lorsqu'il vint rappeler 1 les Juifs aux lois étemelles de la nature ; pts l'intention de confier l'empire des cons et de la rérité à nne portion de la terre , 1 cid; à aucun honmie, mais à Dieu; à auogoe artificielle et orale, mais à celle du t du sentiment. Si donc les papes veulent T les peuples à Dieu , c'est de les rappeler à re , sans violence , sans ruse, sans inquisil'ils exercent en grand l'empire de la vertu ; r emploient le respect qu'inspirent leur dileurâge, cet ancien souvenir de Rome, laltresse du monde , et surtout la morale s del'É^-angile et de la religion ; qu'ils vîen- 1 secours des peuples malheureux , en fiél ceux qui réduisent les noirs à l'esdavage, nparent des terres des pauvres Indiens, qui s guerres ambitieuses, qui troublent les naur leurs intrigues, etc. Cette langue, comme * l'Evangile, sera entendue par toat l'unit runivers alors se fera Romain, a nne autre langue qui impose pour le intant au peuple que la latine, et qui n'est plus intelligible pour lui : c'est celle des . L'ambition de chaque corps a deux lanle premier parle aux yeux par des signes; nd, aux oreilles par des bruits : ainsi elle les deux sens principaux de l'ame, qui ne nt s'ouvrir qu'à la raison, n autrefois dans Paris, suspendus anx boules marchands, des volans de six pieds de r y des perles grosses comme des tonneaux , unes qui allaient an troisième étage ; un mt les doigts ressemblaient à des troncs s , nne botte qui contenait plusieurs barri- » aurait cru Paris habité par des géans. tant ces énormes enseignes n'annonçaient \ marchands de jouets d'enfans, de bijoux, es ; des gantiers, des cordonniers. Eofm , elles allaient toujours en augmentant, ainsi, it tous les signes de l'ambition , la police éduire à une grandeur raisonnable , parce I empêchaient de voir les maisons , et que 1 coup de vent elles pouvaient en écraser itans. Tout ce monstrueux appareil était ige fidèle des ambitieux en concurrence ; tous veulent se distinguer, aucun ne se diset leurs grands efforts généraux finissent t par les anéantir en particulier.
Bernardin
La police ne réfumie point les autres langages de l'ambition, parce qu'ils n'importent point à la vie des citoyens : tels sont ceux qui ne sont que bruvans. Le but de tout ambitimx étant d'attirer sur Ini l'attention publique, il est certain que le moyen le plus sur d'y parvenir est de faire beaucoup de brait. Aussi entend-on dans la capitale du royaume la plupart des métiers s'évertuer à qui criera le plus fort. Tous les marchands ambulans ont leurs cris; et, si vous joignez à leurs paroles inintelligibles les cris aigus des laitières , les voix enrouées et les cornets des porteurs d'eau, les juremens et les fouets des charretiers, les clameurs des poissardes, les roulemens des charrettes et des carrosses, les cabriolets à ressorts d'acier résonnant, les cliquetis de la petite poste, les tambours des gardes , etc. , vous trouverez que Paris est la ville la plus tumultueuse de l'Europe. Mais tout cela n'est rien auprès du bruit des cloches. L'ambitioû des paroisses et des oouvens a jouté à qui en aurait de [dus grosses et en plus grand nombre. Il y a telle cloche qui foit plus de bruit à elle seule que dix mille citoyens: et comme il y a à Paris plus de deux cents clochers, on doit juger du tumulte époovantable que font ces monumens, surtout les jours de fête. Certes c'est ime diose monstrueuse et à laquelle la seule habitude peut nous former, d'entendre mugir de grosses tours , et des sons barbares sortir des temples de la paix, même pendant la nuit. Les cloches sonnent la veille, le jour et le lendemain des grandes fêtes , de celles des paroisses et même des simples confréries. Comme le bruit des cloches est un moyen siV à im bdui^geois inconnu d'attirer sur lui la considération de son quartier, il Mi sonner son mariage^ le baptême de ses enfans, mais snrtont les enterremens de ses parens , la veille , le jour et le bout de l'an. U fonde même des obits pour f^ire sonner après sa mort à perpétuité. Enfin , s'il est riche , il feit sonner son dîner et son souper; car chaque hôtel a aussi sa cloche. Tous ces bruits nous rendent le peuple le plus bruyant de l'Elbrope, et partant le plus vain ; car si l'ambition a pour but principal de fkire du bruit , le bruit a aussi pour objet de nous donner de l'ambition. On en voit la preuve dans les tambours et les trompettes dont on anime à la guerre, non-senlement les soldats, mais les chevaux. Aussi le premier meuble que les mères donnent chez nous à leurs petits garçons est un tambour. C'est en effet le premier instrument de la plus glorieuse des ambitions, celle de tuer des hommes; et si elles ne leur donnent pas des cloches , c'est que le son n'en est pas militaire. Je voudrais donc qu'on diminuât le nombre, le calibre et la sonnerie de la plupart des cloches, et qne le
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cteffé fit entendre an peuple qu'elles n'entrent |ionr rien dans la reltgkm, encore qu'elles soient baptisées : elles sont souvent des monumeus, non de la piété de leurs fondateurs, mais de leur aml»tion , comme on le voit à leurs armoiries qui y sont empreintes. Les apôtres n'en avaient jamais TU. Elles nous viennent de l'Inde et de la Chine y ainsi que beaucoup d'antres inventions que nous avons adoptées des peuples idolâtres et multipKées à Texcës. Les Turcs, les Persans, les Arabes, loin de s'en servir , les ont défendues dans leurs états aux peuples dirétiens ; ils les regardent comme des instrumens d'idolâtrie. Ils croient qu'A n'y a que la voix de l'homme qui soit digne de louer Dieu. Ce sont chez eux les voix des Mnsselims qui appellent du haut des mmarets les peuples à la prière. Les dodies ne sont point nécessaires poiv* réunir les hommes. On s'assemble sans cloches aux théâtres, aux tribunaux , à l'assemblée nationale, n serait donc à propos que l'on ne conservât des cloches que celles qui annoncent les heures et les offices publics. Leur sonnerie est un abus, lucratif à la vérité pour les églises, mais ennuyeux pour les vivans et inutUe aux morts.
Rapprochons -nous en tout de la nature. Elle n'emploie les sons aigus et les bruits tumultueux que pour annoncer les tempêtes. Elle foit précéder l'orage des roulemens du tonnerre , et l'hiver du gémissement des vents ; mais elle annonce les beaux join^ et le printemps par le chant des oiseaux. Imitons-la dans nos villes. Leurs cris aigus, enroués, menaçans , les sons bruyans des tambours et des cloches exaspèrent à la longue Toufe et l'ame des citoyens. Remplaçons-les par des sons convenables à chaque état. Chacun d*eux doit y pourvoir aux besoins de la société : qu'ils s'annoncent donc par des chants et par des sons agréables; nous verrons insensiblement s'adoucir les organes et le caractère de leurs habitans. Chaque jour deviendra dans les villes un jour de fête, comme il devrait l'être au milieu des campagnes.
Il n'est pas nécessaire de répéter ici que les municipalités , et surtout celle de Paris , dont elles prennent l'exemple, doivent établir dans les villes des trottoirs, des latrines publiques; faire couvrir de terre les voieries des environs; donner aux maisons des citoyens des dispositions agréables et commodes; les faire construire en pierres pour les
préserver du feu La nouvelle constitution les
appelle à des fonctions encore plus relevées; elles doivent s'occuper autant des besoins moraux du peuple que de ses besoins physiques. Les princinanx sont les fêtes publiques. Les fêtes sont néœssaires aux honmies. La nature n'a pris tant de
soin de décorer la terre de verdure, de fleurs, de parfums, d'oiseaux chantans, et d'en varier les scènes de forêts, de prairies, de montagnes, de fleuves, que chaquejour elle éclaîre des feux d'une nouvelle aurore et d'un nouveau couchant , que pour foire de ce globe un lieu de fêtes perpétuelles. La pompe bienfaisante de la nature invite l'hoaune à l'amour de ses semblables et de la Divinité. Le peuple en est privé dans les villes, où il ne tfoave au milieu de ses travaux d'autres délassemeosqne des fêtes religieuses, instituées souvent pour des étrangers, remplies de cérénaonies qui lui sontinoonnues , et qu'il ne comprend pas plus qœ la langue dans laquelle U s'adresse à Dieu. Si quelquefois les municipalités lui offrent des réjouîssanns patriotiques , c'est dans quelque ciroonstanee meurtrière où le bruit du canon l'invite à un feu d'artifice qui ooAte fort cher, qui ne dure qu'un moment, et qu'il voit de loin.
Les fêtes sont dans la navigation de lavie eeqoe sont les îles au milieu de la mer, des lieux de rafhilchissement et de repos. Les [kos mystérieuses même ont tant de pouvoir sur les peuples p»r leur musique et leurs processions , qu'on peut les regarda* comme les principaux moyens qui attirent au catholicisme les peuples sauvages , et qn y maintiennent les peuples policés. Que serait-ce , » à leur expression pliysiqne il s'en joignait une na* raie ? Lias municipalités doivent donc établir dei fêtes patriotiques pour attacher les citoyens à b constitution. On en a fait un sublime essai as Champ-de-Mars , appelé à cette époque le Champ de la Confédération ; mais ce n'était qu'une f^e militaire , on n'y voyait presque que des hommes en uniforme. Il font entourer l'autel de la patrie d'un appareil civil et religieux , et entremêler aux gardes nationales des chœurs de jeunes filles et d'enfans couronnés de fleurs , qui chantent alteniatfvement au son des fiâtes et des haut bob, des hynrnes françaises semblables au poème séculaire d'Horace. Enfin ces fêtes publiques doivent être présidées, comme par leurs pontifes natnrek, par les chefs de l'administration, ayant le roi à lenr tête : ainsi on ramènera le sacerdoce à sa première origine.
Le Champ de la Confédération peut devenir, pour cet objet , un lieu de la plus grande dignité , en l'entourant, conmie un cirque romain, de banfs de pierre et des statues de nos hommes illustrer , et en logeant rassemblée nationale dans FiBoole- Militaire qui le termine à une de ses extrémités. Mais , quelque vaste qu'il soit, il me parait encore trop petit pour donner des fêtes au peuple de Paris.
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Tû à propoœr on espace beaucoup pins grand , ph» à sa port^ , et dont rarchitectore est tonte fUle. Il n'y apoînt de place dans Paris où Ton poisBeréonîr seulement la dixiènie partie de sa popnbtion; et quand on pourrait la rassembler tout entière dans quelque plaine voisine , comme celle des Sablons, ce serait toujours un grand obstacle à eette réunion que réloignementoù selrouyeraient la plupart descitoyensdes quartiers qu'ils babitent. Paris a près d'une lieue et demie de diamètre ; joignez à cette distance , que doivent parcourir à pied et au soleil la plupart des femmes et des entes à alllr et venir ( ce qui entraîne la nécessité dnÉlMruuipre dans Paris la circulation des voitures eldesgeasàdieval), joignez le désordre inséparable des grandes multitudes qui, réunies en mie seule masse , pèsent toujours sur leur centre.
Pour rassembler ooomiodément le peuple de PiriSy il ne fiiut pas Téloigner delà ville ; et comme aucune place ne peut l'y contenir, au lieu de Fattirer des faul^mi^ vers un centre commun, il fiuit» ao contraire , le porter du centre aox fiioboorgs. Ainsi , au lieu de l'attirer, comme sons Tanden r^ime , dans cette misérable petite place de la Grève, destinée aux exécutionsqui soufflent depois tant de siècles l'Hôtel-de-Yille, fl l^nt le rassembler sur les boulevards. Il y trouvera une large promenade de plusieurs lieues de longueur, ombragée de quatre rangs d'arbres , sans compter eeox qu'on a plantés au dehors des murs. Cbaque boolevard est à la portée des habitans de chaque quartier, et chaqne habitant peut parcourir à pied, achevai ou en carrosse , ce vaste espace circulaire qm entoure Paris , jouissant à la fois de la ville et de la campagne , lorsqu'on aura abattu les murs qui en interceptent la vue. II résulte de cet empheement d'autres avantages considérables : c'est qo'on peut employer les superbes bâtimens des barrières , construits en forme de rotondes , de colonnes ooloasaies, de panthéons, de temples égyptiens, destmés jadis aux logemensdes commis dafisc, à servir désormais de monomens aux gtands hommes qui ont bien mérité de la patrie. On en placerait les statues entre les colonnes ou snr les entablemens de ces édifices , aux mêmes barrières on 'aboutissent les chemins des provinces dont ces grands hommes sont originaires. Leurs simalacres augustes seraient tournés vers ces mêmes provinces , comme s'ils en invitaient les habitans à venir dans la capitale, ou ceux de la capitale à s'intéresser à ceux des provinces. Chacun de ces monnmens pourrait servir d'hospice passager à de pauvres voyageurs. On y lirait , snr de grandes tables de pierre, des in$criptioa<t relatives aux grands
hommes qui ont mérité d'en devenir les divinités tnlélaires par les services qu'ils ont rendus aux infortunés. Les jours de fêtes patriotiques , on les décorerait de guirlandes de feuillages et de fleurs : on y ferait des distributions de vivres au peuple ; et ces mêmes nuits on les illuminerait de cordons de lumières. Ces temples de Phospitalité , d'une architecture antique, liés les uns aux autres par une triple avenue d'artMres verts , remplis d'un peuple libre et heureux , formeraient autour de Paris une couronne de fâidté et de gloire qui la rendrait la capitale des nations.
L'assemblée constituante a décrété que Féglise neuve de Saime-CfCneviève servirait à réunir les tombeaux des grands hommes qoi ont bien mérité de la nation. Comme ces citoyens fflostres sont souvent de différentes communions qui s'excomnranientmutnèDenient, on a cru , pour les mettre d'accord au moins après leur mort , devoir n'admettre aucun culte dans le temple qui réunirait leurs oendres.na pam à ce sqjet im Mémoire inlcressant on l'on proposed'eB dédier raotel à la patrie, et d'y fidre prononcer les sermensdes magistrats. Mais où sont les vertus qui peuvent se reposer afBeurs que sur PEtre-Suprêine qui les donne, et peut seul les récompenser dignement ?
Je voudrais donc que ce monument fût consacré à la Divinité par ces mots : A Dieu^ père de tous les hommes. Le Mémoire que f ai cité observe que la sculpture devait figurer, aux extrémités de ses nefe, quatre religions ; la jndaiqne , la grecque , la romaine et la gallicane. Je ne sais quelles réflexions auraient fidt naître les symboles de quatre religions engendrées les unes des autres , qui se haïssent et se persécutent. Il me semble bien plus convenable d'y introduire la religion primitive ou patriarcale , dont toutes les autres sont émanées , et d'en nommer pour pontifes les premiers magistrats. Son culte antique, simple et répandu par toute la terre , conviendrait aux grands hommes
de tontes les
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puisqu'ils ne peuvent
être grands qu'en servant le genre humain. Il est le seul qui puisse rapprodierles hommes de toutes les religions : car il n'y en a aucune qui n'admette Dieu pour principe et pour Ou. Ainsi les morts donneraient aux rivansdes leçons de tcriérance.
7+4 PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
SUR LIS TIAVAUX