DE LA MORALE
Fragment d'an Bapport sur les Mémoires qui ont ooncoiini pour le prix de llnslitat national , dans sa séance publique du fSmessidor de l'an VI (3 juillet 1798), nr cette question:
QUBJLBa SONT UB mSTfTVflOIIB LES «LUS PBOraBS A PONDBB UtnOBALI D'Oa PIOPLI ?
La classe des sciences morales et politiques n'ayant pas jugé à propos de couronner aucun des mémoires du eonoours, j'ai cru, comme rapporteur de sa conunission pour l'examen de ces mémoires, devoir publier la fin de mon rapport, parce qu'elle contient des idées que je crois essentielles à la nature de la morale. J'ai usé en cela du droit de tous les citoyens, et j'ai suivi l'exemple des représentans du peuple y qui font imprimer les discours destinés pour la tribune, lorsqu'ils ne peuvent y être admis. L'impression de celui-ci sera \m peu plus étendue que la lecture que j'en ai fhite à ma
* Cette lecture Ait faite le S vendémiaire an vn (Sseplenibre I7M )} une paroUe date dispense de toute réflexion.
DE LA NATURE DE LA MORALE
classe , parce que je m'entretiens avec plus de loisir et de confiance avec un lecteur qu'avec des auditeurs. J'ai distingué , par un signe d'indication , mes additions, entre lesquelles sont quelques preuves de l'existence de Dieu. Je sais bien que Dieu n'a pas besoin de mon faible témoignage pour manifester son existence ; mais j'ai besoin de m'en rappeler le souvenir, lorsque j'ai aflfôire aux hommes.
FRAGMENT
Nous nous permettrons quelques réflexions rapides, mais importantes, sur la nature de la morale. Les auteurs des quinze mémoires du concours, quoique trës-estlmables à bien des égards, ne l'ont déiinie que par ses effets, quand ils l'ont définie. Il en est résulté qu'ils se sont trouvés dans un grand embarras pour en asseoir les fondemens. Les uas les ont placés dans l'éducation , les autres dans les lois; ceux-ci, dans des fêtes et des spectacles; ceux-là, dans notre propre cœur si
versatile.
La morale n'est point, comme l'ont prétendu quelques philosophes modernes, l'amour de soi; car elle ne différerait point de nos passions, qui ont aussi leur morale. Elle ne peut être, comme le veulent quelques autres, l'amour de l'ordre social, qui quelquefois nous opprime , ou fait le malheur d'une nation : tel que serait une république de brigands. Elle n'est pas même notre intérêt particulier, fondé sur l'intérêt général, lequel, souvent, lui est contraire. Enfin elle n'est pas une simple sympathie avec nos semblables, comme la définit Smith, puisqu'elle nous impose des devoirs avec nous-mêmes , jusque dans la solitude.
Sans doute , pour trouver l'origine de tant d'opinions et de coutumes qui rendent les mœurs des hommes si variées et si variables , il faudrait admettre encore , à l'exemple d'écrivains célèbres , des morales d'âge, de sexe, de tempérament, de saison , de climat , de nation , de religion , de gouvernement, etc. : d'où il résulterait qu'il n'y aurait point de morale proprement dite. Ainsi Thomme, sans cesse agité par ses propres instincts ou par ceux d'autroi, serait dans la vie, comme un vaisseau sur la mer, chargé de toutes sortes de voiles, mais sans gouvernail, et le jouet perpétuel des vents et des courans.
Pour fixer nos idées sur le premier mobile de riiomme et de ses sociétés, nous admettrons deux morales , comme les anciens admettaient deux Vénus : l'une terrestre, source de mille passions; l'autre céleste , prototype de toute beauté. Il y a de même deux morales, l'une humaine et l'autre di- i
vine; Fane résolte de nos paisioiis, Faiitre est la raison qui les gouverne ; l'une est la connaissance des usages particuliers à chaque société, l'autre est le sentiment des lois que Dieu a établies de l'homme à l'honmie ; l'une est une science qoi s'acquiert par la connaissance da monde , l'antre est une conscience donnée par la nature.
La morale des passions divise les hommes entre eux. Elle se subdivise d'abord elle-même en deax tronc» principaux, l'Amour et l'Ambition, qui ont autant de têtes que Thydre. L'amoar, d^énérant en voluptés de toute espèce, substitua les affections dépravées aux naturelles , les concubines et les sérails aux épouses légitimes ; il repoussa Fenfont du sein maternel; et, le livrant à une nourrice , pub à un instituteur étranger, il rompit les premiers liens des fils avec leurs parens , et ceux des frères avec les sœurs. L'ambition , à son tour , se composant de toutes sortes de cupidités , classa les hommes, à leur naissance , en serfe et en nobles, en aînés fortunés et en cadets indigens. Elle fit nahre les jalousies entre les frères, les duels parmi les citoyens, Fintolérance dans les corps, les guerres chez les nations, la discorde, les ressentimens et les vengeances dans tout le genre humain. Enfin , ne voyant plus sur la terre que les maux qu'elle y a faits, devenue impie ou superstitieuse, elle nie l'Auteur de la nature à la vue du del, on va le cherdier au fond des enfers.
La morale de la raison , au contraire , est le sentiment des lois que la nature a établies entre tous les hommes. C'est elle qui, dès la mamelle, attacha la mère à l'enfant par l'habitude des bienfaits , et l'enfant à sa mère par celle de la reconnaissance. C'est elle qui , en montrant à Fhonune , dès l'aurore de la vie, les biens dont la terre est couverte , lui fit entrevoir un bienfiiitenr dans les deux, et des amis destinés à recueillir ses biens avec lui , dans ses semblables. Elle forma dans l'adolescence le premier anneau de la concorde entre les frères, dans la jeunesse celui de Famour conjugal entre les époux , dans l'âge viril celui de Famour paternel entre le père et les enfans. Elle harmonia les familles en tribus par leurs senices mutuels , les tribus en nations par Famour de la patrie , et les nations avec les nations par celui de Fhomanité. Enfin ce fut elle qui , en inspirant à l'honmie seul , de tous les animaux , Finstinct de la gloire et de l'immortalité , lui montra la récompense de ses vertus dans les deux, comme un pris placé à la fin de sa carrière.
C'est du sentiment des lois établies par la nature, de Fhomme à Fhomme, que sont dérivées toutes les vertus fondamentales des sociétés t la
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piété eoTCTR le ciel, h tempérmoe eoTers non»mêmes, h jostîoe à l'égard des antres, la forée oootre les érénemeos. C'est cette morale céleste, kmée dans chacun de nous, qm seule noos fiût supporter Tordre social, lors même qu'il nous opprime. Elle âoigne des jouissances corrompues du monde la jeune 611e laborieuse , et en la rerétissant d'innocence et de pudeur, rend bien plus digne d'être aimée que celle que le vice courre de diamans. Le cœur lui doit ses sacriâces , la coq science son repos, le del une récompense. Cest an ciel qu'elle attache la chaîne dont elle lie tous les habitans innocens de la terre les uns aux autres : c'est par elle qu'ils s'approchent encore sans se connaître, qu'ils s'entendent sans se parler, et qu'ils se serrent sans antre intérêt que celui de s'obhger.
Hélas! elle porta autrefois rhabitant de TAfrique à tendre une main amie à TAsiatique, qm la courrît de fers; et celui de rAmériqueàoffHrsa cabane hospitalière à fEuropéen , qm la baigna de sang. Mais qmmd la politique des puissances imoqne la patrie pour détruire les patries; quand la morale de leurs passions a sanctionné leurs crimes par des religioQS corrompues; quand les infortunés sans défense semblent n'aToir plus d'espoir, la mth ralecéleste feit entendre leur ?oix. Toutes les âmes sont émues, toutes les tyiannîes sont âiranlées. Le fil de la pitié , touché par eOe, a des secousses plus rapides que le fil éieetiique agité par la foudre.
Ce fut elle qui , montrant le corps «ngfarrt de Lucrèce au peuple romain, renTcrsa le pooroir odieux des Tarquins. Gé fut elle qui, jetant les Sabines entre deux armées qui couraient à la vengeance, fit oublier à leurs soldats forieux les noms de Sabins et de RowuLtus , pour les rappeler à ceux de frères, de pères et d'époux; et fit tomber de leurs mains les épées tranchantes, en leur opposant, pour boudieni , des petits enfens nus, sur le sein maternel. Cest elle qui ébranle anjonnThui les deux mondes, en criant aux rois et aux svjett, ma blancs et aux noirs : Vous êtes tous des hom-
Elle n'a pas besoin de diplômes pour constater les droits du genre humain ; eOe les a renfermés dans le ccenr de chacun de nous. Elle y a imprimé ce sentiment ineffiiçable : Ife fiAies pas à autrui ce que vous ne teudriez pas qt^om vous fSt. Vhas habile que la politique des nations, eBe seule composa l'intérêt général des mtérêts particuliers. EOe ne Tarie point arec celle-^; mais elle est immuable comme la divinité , sur laquelle elle s'appuie. Cest d'elle seule qu'elle espère sa récompense : en effet, si rhoomie moral rattcndait de ses sembiiH
Mes, combien de fois il serait tenté de s'écrier comme Brutus : O verfv, tu n'es quum vaim nom!
Je vous prends à témoin , génies de tous les siècles qui avez bien mérité des hommes, malgré leurs persécutions: Confodus, Pythagore, Homère, Socrate, Platon, Épictète, Marc-Aurèle, Féndkn, Jean-Jacques , et tous tous qui avez excellé en vertus, en science, en art, en éloquence: soit que vous ayez vécu dans la solitode ou dans les assemblées des nations, sur le trône ou dans les fers; c'est cette lueur divine qui vous a guidés. EDe seule édaire fesprit et réchauffe le coeur. Sans eOe, tout est froid mortd et obscurité profonde; et il est bien remarquabfe que parmi les hommes aveuglés par leur ambition , qui ont eu le malheor de la méoonnattre, il n'y en a pas un seul qui ait f^it une décoovene utile au genre humain.
En effet, nous n'avons rien que d'empnml, et c'est de la Divinité que nous recevons tout. Socrate disait à Aristodème qui niait les dieox : Vous croyez que vous avez de l'inteUigenoe; comment donc poovez-voos croire qu'il n'y ait point aussi dans la nature un être universel mtelligent ? Vous savez que votre corps n'est formé que d'une petite portion des âémens; il n'y anrait donc que votre entendement qui vous serait venu de je ne san où, par un bonheur tout-èfoit extraordinaire? Vous êtes bien persuadé que c'estcetenlendementqui conduit votre corps dans toutes ses actions; comment pouvez-vons donc penser quil n'y ait pas aussi une intelligence qui le grand corps de l'univers, et qui en ait
rangé toutes les parties dans l'ordre que vous y voyez? Je ne vois pas, me direzvous, cette Divinité qui gouverne toutes choses; mais vous ne voyez pas non plus votre ame; en condnrez-vonsque ce n'est pas elle qui vous conduit, mais le hasard seulement? Croyez-vous que votre vue puisse embrasser un paysage, et que celle de la Providence ne s'étende pas à lool le monde? Pensez-vous que votre esprit puisse songer tour à tour aux affeires d'Athènes, de Sidle et d'Egypte , et que l'esprit universel ne pmsseiroocnperàlalbisde tontes celles de HJnivcrs? »
Aristodème ayant répondu à Socrate , qu'il concevait une si hante idée de la Divinité, qu'il en concluait qu'elle n'avait pas besoin de ses services: « Vous pensez donc , reprit Socrate, qu'on ne doit » point de reconnaissance à son bienfeitenr! Plus » la Divinité a fiût paraître de magnificence dans » le soin qu'elle a pris des hommes, plus ils lui » doivent de respect. En effet, eonndérez qu'elle
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» a réuni dans les hommes seuls toutes les jouis- » sanoes qu'elle a dispersées dans les autres ani- » maux; qu'elle a revêtu leurs corps des plus bd- » les formes ; qu'elle n'a donné qu'à eux la foculté » de parler et de converser; qu'elle a mis le com- M ble à ses bien&its en leur donnant des âmes ea-
V pables de la connaître , d'imiter ses ouvrages par » leur intelligence, et d'entrer en communication
V avec elle par leurs vertus. »
Socrate avait sans doute raison. On peut même pousser ses argumens plus loin. On peut dire que c'est sur T intelligence seule de la nature que se forme la nôtre , à la différence del'instinct des animaux, qui naît avec eux. Il y a apparence que si un enfant était élevé tout seul, d^ sa naissance, dans une caverne obscure, il y resterait constamment dans un état d'imbécillité. Si cette caverne était remplie des monumens de l'industrie humaine, et qu'elle vkit à être éclairée par la lumière d'une lamiie, sans doute il acquerrait bientôt quelque connaissance des arts, sans toutefois se former aucune idée de la Divinité. Supposons qu'un Vaucanson lui apparaisse avec quelque machine qui pourvoie à ses besoins, il est vraisemblable qu'un sentiment religieux s'élèverait dans son cœur avec celui de la reconnaissance : l'inventeur d'im art utile serait pour lui un Dieu. C'est ainsi que des peuples enfans ont déifié une Minerve , une Cérès, un Bacchus. Supposons maintenant que la lampe s'éteigne, que la machine disparaisse; mais que tout à coup les portes de la caverne s'ouvrent, et qa'il voie, pour la première fois, une terre couverte de verdure et de fleurs, des vergers chargés de fruits, une forêt, une rivière , des oiseaux, une jeune fille au pied d'un arbre et un astre au haut des cienx, baignant tous ces objets des flots de sa lumière ; oh ! dans quel ravissement seraient tous ses sens ! Croyez-vous qu'il méconnôt alors un Dieu dans la nature? Voyez comme sa curiosité l'agite! Semblable à un enfant de nos villes qui, après un rigoureux hiver, sort dans les campâmes , sans précepteur , il interroge tout ce qui l'environne, il creuse la terre , il effeuille une fleur, il escalade un arbre. H veut tout voir, tout manier, tout connaître : son corps et sa raison se forment à la fois , d'après les lois et les dons de la nature. Pénétré de cette puissance qui l'environne de bien- Êiits , il l'adore dans l'arbre qui le nourrit, dans la fontaine qui le désaltère, dans le soleil qui l'édaire et le réchauffe , et bientôt dans l'objet de ses amours. C'est ainsi que vous vivez encore, peuples simples, vous que nous appelons ignorans et sauvages ! Pour nous, habitans des cités , nous n'adorons que les ouvrages de notre esprit et de nos
mains : des monumens , des statues, des systèmes. Mais ne nous enviez point nos arts (bstueux et ao^ doctrines trompeuses; les prairies sont vos lycées, des jeux innocens vos exercices, de majestoenset (bréts vos temples toujours révérés. Au sein de la nature vous n'en méconnaissez jamais l'auteur; et sans doute, à ses yeux, c'est vous qui vivez à la lumière , et nous dans d'obscurs souterrains.
Quelque haute opinion que nous ayons de nos sciences et de nos arts , tous les modèles en sont dans la nature. Que dis-je ? nos ouvrages les plus vantés n'en sont que de vaines images. Le génie le plus sublime n'en est qu'un foible nourrisson ; il n'est industrieux que de son industrie. C'est par les convenances qu'elle lui montre qu'il entrevdt les convenances qu'elle lui cache. Christophe Colomb , pénétré de cette seule vérité , que Dieu n'a rien foit en vaUi , juge , à l'aspect d'un ^obe, que sa partie occidentale ne peut être réservée tout entière à l'Océan : il s'emlMurque, et il découvre un nouveau monde.
Si notre intelligence ne se dévdoppe que sur celle de la Divinité, notre morale ne se modèle que sur le sentiment de sa bienÊûsance. L'honmie juste, semblable à elle, est bienfoisant sans se mettre en peine de la reconnaissance des hommes. Il fôit du bien, même à ses ennemis, comme l'arbre fruitier, dit Marc-Aurèle, qui donne ses fruits à ceux mêmes qui lui jettent des pierres.
Confudus prêche la morale aux rois corrompus de la Chine; il la fonde sur les lois de la nature et sur la souverame raison de l'univers; il établit sur elle la politique des nations : il vit et il meurt persécuté. Cependant un philosophe sur le trône se revêt, après lui, de son auguste sacerdoce. Les diverses nations de la Chine , éprises de cette doctrine céleste, se réunissent à ses états et forment un empire qui dure depuis quatre mille ans. Un sage parait dans un royaume prêt à se dissoudre ; il veut en rappeler les habitans aux lois étemelles de la morale : il paie sa mission de sa vie. Mais ses divins documens se répandent dans le monde; ils étayent pendant des sièdes les ruines de rempûre romain; et son énorme colosse ne s'écroule aujourd'hui , que parce que les vices en avaient sapé tous les fondemens.
Que dirai-je de ces hommes si chers au genre humain , qui ont tant de fois guéri ses plaies par les seules influences de la morale ? Guillaume Penn, fuyant les troubles de son pays, appelle ses frères persécutés sur les bords de b Ddaware , et il y établit un état toujours pacifique au milieu même des antropophages. Fénelon , avec un seul livre, ramène les rois de l'Europe , de l'esprit destructeur
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des eooqaH» à edm de Yê^naÊtmt^ et pt^épire de loio notre Hierté. Gook el Banks Toot transplanter nos ▼égétanx utiles dans on antre bémisphère, et ks Sanvages admirent, poor la première fois y des Européens qui abordent sor kiirs côtes poor leur faire da bien. Howard paroonrt toutes les prisons poor adooeir le sort des criminds» et son homanité inspire ao gooremement britanniqoe de fonder aTec eax Bolany-Bay. Vinoent de Paoie donne des berceaox et do lait à des milliers d*enÊu]s troovés. Un philosophe , égaré par Texempie, expose les siens dans on pa3r5 où les mères les abandonnaient à des noorrioes mercenaires; en expiation de sa fiiote, il compose on livre sur Fédocation, et son cœur, affligé de si tristes ressoovenirs, loi inspirant une éloquence paternelle, il rend les mères à leurs enfons et les cânCins k leors mères. Ainsi le ciel indulgent traça à nos pas incertains deux routes vers la irertn , Finnocencc ei le repentir.
Tant de bienfiûteun de l'humanité , si éclairés, auraient-ils lait des sacrifices si longs , â pénibles, pour des hommes Inconstans et ingrats, s'ils n'avaient senti qu'il existait un Dieu ?
Non-seulement cette morale sainte protège les nations contre les erreurs et les foreurs de la politique , mais elle guérit les hommes des maux regardés par la médecine même comme incurables.
Je vais vous en citer un exemple bien digne de vos réflexions. Un médecin^ vient de présenter ao gouvernement une méthode curative de la folie par des remèdes moraux. En effet, la folie est nne maladie morale qui se combine souvent, ainsi qœ les passions, avec la santé physiqoe la plus robuste. Parmi les preuves que ce respectable phibntrope rapporte de la bonté de ses moyens , certifiée par deux médecins célèbres , dont Tnn , le citoyen Desessarts , est un de nos confrères , il y en a une fort touchante. Une fille , âgée de vingtcinq ans, était devenue folle par les mjustices réitérées de son père. Il lui enlevait tous les fruits de ses travaux pour les donner à son frère. Il lui promit une croix d'or en dédoomiagement; mais il manqua de parole. L'infortunée ne pot résistera ee dernier trait; elle en perdit la raison. Elle entrait en foreur au seul nom de l'auteur de ses jours. On remm«ia au célèbre hospice des insensés, à Avignon. Le médecin moraliste, après lui avoir foit administrer, sans succès, les remèdes physiques accoutumés, la console, lui dit que son père se repent de ses torts, qu'il lui a acheté le byoo qu'il
loi a promis, et qu*fl a envoyé son frère au foin apprendre one profession. La fille écoule , et devient pensive. Bientôt le père se présente à elle« mais die le repousse. Après quelques nouvelles tentatives , il s*en rapproche , la caresse , lui présente le bijou £ital. La fille émue , verse des larmes, lui tend la main , Tembrasse , et en peu de temps recouvre sa santé. Ainsi le père reirou\*a sa tencfa^sse dans le malheur de sa fille , et h tille sa raison dans Famour de son père, et tous deux baignèrent de leurs larmes la main du sage qui les avait guéris.
Notre ame ne ressemble que trop souvent à cette fille ^arée. Combien d*hommes ont méconnu on père dans la nature , à cause de la perte imprévue desobjets de leurs affections ! U n'y a point de Dieu, s'éGrient-ils,ou,s'il en est un, il estinjuste! Ah! sans doQte , iTil disait à diacun d*eux : EnGmt de la terre, reprends ta jeunesse fugitive , tes anuHirs inconstans , tes dignités si vaines, et vis heureux, si ta le peux ; ils reconnaîtraient peut-être un père au retour de ses blen&its. Mais ses dons ne sont pas nos propriétés; U nous les prête pour un temps, poor les Cure passer bientdt à d'autres.
« La vie, dit Marc-Aurèle, est un banquet oo » noos sommes invités tour à tour. N*en sortons » pas sans remercier la Divinité qui nous y a ap- » pelés. » Ne semble-t-eile pas nous dire , par le spedade de la terre et des deux : « J'ai donné à » vos passions des biens passagers comme elles, » j'en destine d'immortels à vos vertus? La bonté 9 est dans mon essence , la justice dans mes dis- » tribntions, l'éternité dans mes plans, et l'infini 9 dans mes ouvrages. »
Laborieux naturalistes, qui essayez d'en faire des nomendatures , dites-nous si vous entrevoyez seulement sur la terre les limites de sa puissance. Poètes, peintres, musiciens, avez- vous jamais exprimé ce que ses harmonies vous ont fait sentir ? A vei- vous jamais créé dans vos plus diarmans tableaux des êtres vivans, parlans,aimans? Orateurs diserts, philosophes profonds, qui remontez aux sources de la peosée et qui cherchez à en perfectionner les signes , arrangez vos types et vosdiiemmes ! une femme timide , doquente des seules formes de la natore , va , d'un sourire , troubler votre kigique , ou la renverser avec ses larmes. La même intdligoioe, qui a protégé la foiblesse et l'ignorance sur la terre, confond le savoir et l'orgueil dans les deux. Croira-t-on que les astres obéissent aux fois du hasard , parce que leurs mouvemens sont régufiers? Que dirait-on de plus s'ils étaient irr^liers? Peut-on dire que l'astre des nuits n'est pas fait poor les édairer, parce que dans le cours