‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 208 sur 213 · DIALOGUE SUR · texte numérisé non relu

DIALOGUE SUR

Imprimé ma réponse, il seraH resté joonudiste. Mais comme les objections qu'il m'avait faites paraissaient tontes seules sor son champ de bataille, «lies avaient an certain air victorieux dont son parti pouvait fort bien se féliciter comme d'un triomphe.

MON AMI

Celui dont vous vous moquez était un de ces tHseaux innocens qui voltigent autour des greniers pour y ramasser quelques grains. Mais le Jounml de$ Débats est un oiseau de proie : son plaisir est de s'acharner aux réputations d'écrivains célèbres, surtout après leur mort. Comment ne traite-t-il pas ce pauvre Jean -Jacques ! A-t-il besoin de quelque philosophe d'une grande autorité en morale? c'est Jean- Jacques qu'il loue. Ses lecteurs, accoutumés à se repaître de sa malignité, viennent-ils à s'ennuyer de ses éloges ? c'est Jean- Jaoques qu'il déchire ; il le dénonce comme la source de toute corruption.

MOI

Il en agit donc avec lui comme les matelots portugais avec Saint-Antoine de Pade ou de Padoue. Ces bonnes gens ont une petite statue de ce saint au pied de leur grand mât. Dans le beau temps, ils lui allument des cierges; dans le mauvais, ils l'invoquent; mais dans le calme, ils lui disent des injures et le jettent à la mer au bout d'une corde , jusqu'à ce que le bon vent revienne.

MON AMI

Vous en riez ; mais cela n'est pas plaisant pour la réputation des gens de lettres. Voyez comme les journaux de parti en ont agi avec Voltaire pendant sa vie. Ils l'ont tait passer pour un fripon qui vendait ses manuscrits à plusieurs libraires à la fois, et pour un lâche superstitieux sans cesse effrayé de la crainte de la mort. Enfin sa correspondance secrète et intime pendant trente ans a été publiée : elle a prouvé qu'il était l'homme de lettres le plus généreux ; qu'il donnait le produit de la plupart de ses ouvrages à ses libraires, à des acteurs et â des gens de lettres malheureux ; que , presque toujours malade, il s'était si bien familiarisé avec l'idée de la mort, qu'il se jouait per^iétuellement des fantômes que la superstition a placés au delà des tombeaux, pour gouverner les âmes foibles pendant leur vie. Aujourd'hui \e Journal des Débats poursuit sa mémoire, et, ce qui est le comble de l'absurdité, il veut faire passer pour un imbécile l'écrivain de son siècle qui avait le plus d'esprit. Oui , quand je vois , dans un feuilleton , un ^rand homme, utile au genre humain par ses lalens et ses travaux , mis en pièces par des gens de lettres éclairés de ses lumières, qui n'ont imité

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