DES FRUITS
LA DAME
Je trouve un grand défout à votre système : vos animaux raisonnent trop conâéquemment; ils sont plus sages que les hommes.
LE VOYAGEUR
C'est que l'homme acquiert son expérience , et que l'animal la reçoit L'araignée file dès qu'elle sort de son ceuf. La portion d'intelligence 'qui a été donnée à chaque espèce est toujours par&ite , et suffit à ses besoins. Je vous prie même d'observer que plus l'animal est petit, plus il est industrieux. Dans les oiseaux, l'hirondelle est plus adroite que l'autruche; dans les insectes, c'est la fourmL H semble que l'adresse a été donnée aux plus faibles, comme une compensation de la force. Ainsi , mes animaux étant très-petits , il y a apparence qu'ils sont très-prudens.
J'ai bien envie de les voir partir pour les colonies.
LE VOYAGEUR
Dès qu'une chaleur suffisante , rassemblée par
VOYAGE A L'ILE DE FRANCE
la flciH-, a réuni Im Dittiîlles au Ibnd des calires, loule la nation est occupée à y porter du niiti et (lu lait. Le lait est une snlisiance qai paraît ilestinée à tous les jeunes animaux : le jaune d'un œuf même, délayé dans l'eau, donne nue substance laiteuse. La colonie réside d'abord dans le liru qu'on appelle le germe. Les provisions sont à j'eaionr , sous la fonne d'un lait qoi se rliange ensuite, par l'actionda soleU,en une substance solide et huileuse.
On enveloppe la colonie et ses pnivisîoDS d'une ei>({ue Tort dure , pour la mettre A l'abri des événeniens. Celle couverture a queliiuefuis la dui'eté d'une piei'fe, comme dans les fi'uits à noyau; mais on a grande attention d'y ménager une suture, comme dans la noix, ou de petits trous d l'extrémité, fennés par une soupape; c'est par celle porte que dcât sortir la nouvelle Emilie. II n'y a pas une graine qui n'ait l'équivalent de celte organisation.
tA DAME.
Ali '. vous leur supposez Irop d'industrie.
LE VOVAGBUn.
Je ne leur en donne pas plus qu'aux inscfdes les plus communs. L'araignée, qui met ses u-uls dans un sac, y laisse une ouverture. Le veràsiiie, qui s'enrernie dans un cocon, en rend le lissn Tort serré , excepté â l'endroit de la tête uii il se ménage une sortie. C'est une précaution commune A tous les vers. Mais comme les animaux qui travaillcul en société ont plus d'adresse que les autres , ceuxci en ont une bien merveilleuse. Pendant iju'on travaille â constniire le bâtiment et à rassenjbler le lait de la nouvelle colonie, de peur que 1rs oiseanx ne délniisent l'ouvrage, on l'environne d'nne snbsiance désagréable au goût, comme le brou Iles noix, qui est amer; qiielquerois aussi aa fortilie la ville nouvelle de polissades pointues, comme celles qui Prissent la coque de la châtaigne.
LA DAMB.
Vous leur accordez hieii de l'expérience ; qui leur a dit que les oiseaux viendraient les attaquer?
LB VOTACBIJR.
Celui qui a dit au lapiii de se creuser des terriers, etâ la huppe de suspendre son nid au liout de trob fds. Leur postérité agira toujours de même, comme les canards qui vont à l'eau sans avoir vu leurs pères nager.
LA DAME
Je ne suis plus étonnée qoe la rose ait des épines; ceux qui l'ont bâtie ont pria pour toute la pfauite les précautions qiieceax du châtaignier ont
I prises pour le fruit. Je snig dimnée de Iciir pré- I voyance , fa Ikur la mérite.
I LE VOYAGEUB.
I Cette défense est coramiine k platieurs arbris-
I seaoxqui naissmt sur les lisièresdea bois, exposes
I aux insnltes des animaux qui paissent; le jODcma-
, rin, la ronce, les épines Uaocbe et noire , les gn>-
I seilliers, ei même l'ortie et le chardon qui cruis^
sent le long des chemins , sont garnis et hérissés
de pointes très-aiguês. Ces plantes soQt fortirié»
comme des places frMUJëres.
I LA DAMB.
I £h inai'. quand la c<rionie a ses pravisioM, I comment Tait-elle poiu* s'établir aiUemï ?
I LB VOVAGEITR.
I Si ces insecles avaient reçu des ailes, ils se seraient envolés; mais il parait qu'ils ne peuvent s'ei- I poseràl'airsansdanger.Ilsi-eviventqaedansles I liqueurs. Ils s'enferment dans des vaisseaux liien I carénés, bien poiirvns, et voici comme ils entrcj prennent leur navi)^tinn.
j Pour ceux qui sont suspendus en haut, toute la ! traversée ne consiste que dans une clmte. Le fniil tombe, el va en bondissant s'arrêter àtrente pas de ta métropole. Remarquez que les fruits qui tombent de haut sont arrondùt, et que plus ils sont élevés, [dus le fnnt est dur. Le gland, la faîne, la chAlaigne, la noix, la (umme de pin, résL«trai très-bien à la violeno^ de la secousse. N'admirezvous pas leur précaution d'avoir sm^, en s'élevant si haut , à tomber avec sûreté?
LA DAME
Ce serait quelquefiris une leçon uDTc aux liom- Dies. Mais cette manière de tomber est commune â tous les fruits...