‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 54 sur 213 · I.E VOTAGEIJH · texte numérisé non relu

I.E VOTAGEIJH

Pardonnez-moi. Les animaux qui tnraillent dansle tilleul, qui croît dans les tores humides et molles, savent bien que, s'ilsavaient bâti des vusseaux lourds, le poids les eût enfoncés dans le lieu même de leur clmte. Ils ont construit des grainn attachées à un long aileron. Elles tombent en ptrouettanl, et le vent les porte fort loin de 14. Le saule, qui vientaux mêmes lieux, a des aigrettes , ainsi que le roseau. L'orme a une graine placée an ' milieu d'une lai^ follicule. Voua voyei qu'au moyen de ces voiles on peut aller lob. Je suis porté a croire que l'orme est l'arbre des TCllée8,par la construction de sa graine.

LA DAME

Je ne suis plus étonnée de voir les ceriaiws el les pêchers s'^ever à une hauteur médiocre. Une pêche mûre qui tomberait de la hauteur d'mi orme n'irail pas loin. Mais comment font ceux ,

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qui ne s*élè?eiit pas? H ne leur esl pas possible de rouler?

LE TOTAGBUR.

Les animaux des Wuets, des artichauts, des dianlons, etc., attachent leurs colonies à des vokms ; le vent les emporte. Vous en voyez en automne Fair rempli. Ils sont suspendus avec beaucoup d'industrie ; et quoiqu'ils voyagent fort loin , la graine tombe toujours perpendiculairement. Il y a des espèces de pois qui ont des coques élastiques; en s'ouvrant, lorsqu'elles sont mûres, elles lancent leurs graines à dix pas de là. C'est aussi l'industrie de la balsamine. Croyez-vous à présent qu'une plante soit une machine hydraulique ?

Vous ne me citez que les exemples qui vous sont favorables j vous ne me dites pas comment font ceux qui bâtissent des fruits mous et peu élevés; eeux de la framboise et de la fraise ne volent ni ne roulent.

LE VOYAGEUR

Vous avez vu que les babitans du noyer et du châtaignier se fortifiaient contre les oiseaux : ceux du fraisier et du framboisier font bien mieux , ils tirent parti de leurs ennemis. Ceux-là sont des guerriers; ceux-ci sont des politiques. Ils s'entourent d'une substance agréable et d'une couleur àdatante. Les oûseaux s'en nourrissent, et les ressèment dans les bois, qui en sont remplis. Ils avalent les fruits sans faire tort à la graine ; elle est si dure qu'elle échappe à leur digestion. Beaucoup de fruits mous, qui ont des noyaux , sont ressemés de la même manière. Cette ruse n'est pas réservée aux seuls animaux de notre hémisphère. La muscade est une espèce de pèche des Moluques ; sa noix est d'un grand revenu aux Hollandais : ils la détruisent dans toutes les lies éloignées de leurs eomptoirs, pour s'en réserver la récolte à eux seuls; mais elle repousse partout : c'est un oiseau marin qui la ressème après l'avoir avalée. Tant l'homme est bible quand il attaque la nature : une nation ne saurait détmire un végétal !

LA DAME

Hâas! l'homme n'a pas été préservé avec tant de soin; des nations entières ont été exterminées par d'antres nations , sans qu'il en soit réchappé on seul. Mais il font adorer la Providence : je l'admire dans sa prévoyance, que je n'aurais pas soupçonnée. Je croyais qu'un arbre laissait tout shnpienient tomber ses graines : je vois bien qo'eOes auraient manqué d'air et d'espace , et pour me servir de vos termes, que la'^métropole, en vieillissant , aurait anéanti toutes les colonies sous

ses mines. Mais l'idée de vos aniknaox est-elle bien conforme à l'action de cette Proridence ?

LE VOYAGEUR

Le roi de Prusse avait ordonné que l'on coupât des forêts pour donner des terrains à de nouvelles familles. La chambre du domaine de Berlin lui représenta que le bois allait devenir fort rare. Il lui répondit : J'aime mieux avoir des hommes que des arbres. Croyez-vous que le grand roi de tous les êtres n'a pas mieux aimé régner sur des millions, de peuples différens, que sur des macliines aveugles?

LA DAME

Vous allez rendre aussi le bois fort rare. Votre système est séduisant, mais il me laisse des doutes : vous ne me montrez pas les animaux ; on ne croit qu'à moitié , quand on n'a pas vu.

LE VOYAGEUR

Vous avez vu des animaux se mouvoir dans le suc des plantes.

LA DAME

Mais je ne les ai pas vus travailler, agir de concert, et £aire toutes les clioses admirables que vous m'avez dites.

LE VOYAGEUR

Reganlez mes madrépores et mes lithophytes : il y en a qui ressemblent à des choux , d'autres à des gerbes de Ué. Ce sont les plantes de la nier ; les nôtres sont les madrépores de l'air.

LA DAME

Ce n'est plus la même chose ; vous m'avez dit que les madrépores ne donnent pas de fruits.

LE VOYAGEUR

Cela n'est pas bien prouvé. D'ailleurs ils vivent dans un fluide où il n'y aurait eu pour leurs fruits ni chute ni roulement; il était donc inutile d'environner la colonie d'un corps lourd ou d'une substance légère , comme les aigrettes des graines , qui seraient venues à la surface de l'eau. Il est cependant certain qu'on a observé dans leurs fleurs un suc laiteux semblable à celui des graines de nos fruits : cette laite se répand dans la mer comme celle des poissons.

Les démens changent les mœurs et les arts. Un matelot et un bourgeois, sont de^ hommes : cependant un vaisseau n'est pas fait comme une maison.

Les petits animaux qui bâtissent les plantes de l'air vivent au milieu d'un élément qui est pour eux dans un mouvement perpétuel. Ils sont si petits qu'un zéphyr leur semble un ouragan. Ils ont pris les plus grandes précautions pour assurer les fondemens de leurs édifices, et pour transportei

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leurs ÊimilJes sans risques. Ils les enclosent dans des bàtimens bien couverts , afin qu'elles ne soient pas dispersées.

Ceux qui bâtissent dans la mer vivent au milieu d'un fluide dont les parties ne s'ébranlent pas aisément ; elles ne sont remuées que par flots et par grandes masses. Les gouttes n'en sont pas mobiles et pénétrantes comme les globules de l'air, que la chaleur dilate et resserre sans cesse. Il ne leur follait donc pas des appartemens bien clos comme les graines , puisqu'ils ne couraient pas le risque d'être dissipés si fiicilement. Je crois au reste avoir observé que leur laite est enduite d'une glaire qui n'est pas aisée à dissoudre.

Si les animaux qui travaillent dans l'eau eussent vécu dans vn élément encore plus solide, par exemple dans la terre, ils n'auraient été exposés à aucune espèce d'agitation. Il est probable qu'alors ils n'auraient pas eu besoin d'enfoncer des racines , d'élever des tiges, d'étendre des feuilles , de façonner des fleurs et de fabriquer des fruits , comme ceux de l'air.

LA DAME

Vraiment vous avez raison : aussi la truffe n'a aucune de ces parties-là ; elles lui seraient inutUes. J'ai vu des gens bien embarrassés à deviner comment elle peut se reproduire. J'imagine que dans les sécheresses les petits animaux se communiquent entre eux par les fentes intérieures du sol où ils vivent. Il règne là un calme étemel : ce sont des canaux d*un fluide tranquille où la navigation est fort aisée : il n'y fiiut point de vaisseaux ; on peut y nager en sâreté. A quoi serviraient les fleurs à une plante qui ne voit pas le soleil, et les racines à un végétal qui n'éprouve aucune secousse ? Cette découverte me fiiit grand plaisir : je suis fâchée cependant que les animaux d'un fruit que j'aime beaucoup aient si peu d'industrie.

LE YOTAGBUR.

Elle est proportionnée à leurs besoins : c'est une loi commune à tous les êtres animés. L'homme , qui est le plus indigent de tous, en est aussi le plus intelligent.

LA DAME

Il vaudrait mieux en être le plus heureux. Ceux qui habitent les trufifes sont peut-être plus conlens que ceux qui vivent dans des palais.

Je trouve dans votre système des idées neuves. Il me parait très-vraisemblable que les fleurs sont des miroirs. On peut, ce me semble , en tirer des conséquences utiles, ainsi que des graines. Je crois qu'il ne faut pas trop les enfoncer lorsqu'on les sème, puisque la nature les répand à la surfece de

la terre, et qu'elle repeuple ainsi les prairies et les forêts. L'industrie des graines qui volent, qui roulent et qui s'élancent, me paraît admirable; mais sans doute ces monvemens peuvent s'attribuer à d'autres lois. H fiiudrait, pour que votre système eât une certaine force, qu'après avoir rendu raison des effets ordinaires de la v^étation, il en expliquât les phénomènes.

LE VOTAGBOR.

Vous en agissez avec moi conmie les daines des anciens chevaliers ; qimnd ils sortaient du toomoi, elles lesenvoyaientcombattre un géant ou nn Maure. N'êtes-vous pas contente de savoir que la troffe est un madrépore de terre? Il a toutes les parties qui lui conviennept, et il ne peut en avoir d'autre». S'il y a d'autres végétations dans la terre , elles n'auront de même aucune des parties de celles qui \ivent dans l'air. Je connais une racine et une fleur qui sont pareillement isolées, et par des rai^ sons semblables; mais il me suffit de vous avoir résolu un fait inexplicable, la reproduction de la truffe.

LA DAME

Oh ! c'est moi qui l'ai expliqué : mais en void un dont toutes les lois de l'hydraulique ne saoraient me rendre raison. Lorsqu'un arbre est jeune , et plein de suc , souvent il continue de pousser des branches et des feuilles, sans donner de fleurs. Un jardinier expérimenté déterre une partie de ses racines , et il devient fécond. Pourquoi ne donne-t-il des fruits que quand il perd sa nourriture?

LE VOYAGEUR

Les animaux qui ont des vivres en abondance ne songent point à s'expatrier , ils cherchent à augmenter les logemens; ils ne ftbriqoent que da bois. Dès qu'on leur a coupé les vivres, Us voient qu'il est temps d'envoyer des colonies s'établir au loin : on ne peut plus fourrager aux environs de la place.

LA DAME

Celui-là était trop aisé : en voici on phis difficile. Lorsqu'un arbre a reçu quelque dommage considérable, par exemple lorsqu'on lui a enlevé une partie de son écorce , au printemps il se charge de fleurs, ensuite de fruits , après quoi il meort. Pourquoi à la veille de sa ruine rapporte-(-il ptas qu'à l'ordinaire?

LE VOYAGEUR

Dans l'arbre écorcé, le conseil s'assemble; et voici comme on raisonne : « On nousa Dût une brè- » che irréparable ; nos remparts et nos diemins sont » détruits : nous allons mourir de froid on de &im, » allons-nous-en. » Tout le monde se met à eon^

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stroire des fleurs; oii se retire dans les Cniits; la métropole est abandonnée, et l'arbre meurt Tannée soiTante.

LA DAME

Je ne sais par on vous prendre. Il me semble que TOUS satisfaites à toutes les difficultés; le système ordinafa'e en laisse de grandes. J'avais oui expUqner le développement des plantes par l'air qui monte en ligne droite dans les canaux de la végétation, et cependant j'avais vu les pivots des pois se recourber vers la terre, qu'ils semblent chercher. J'avais oof dire que, dans les germes, la plante était toot entière avec ses graines à venir , qui contenaient encore les plantes futures, ainsi de suite à rînfini ; ce qui me paraissait tout-à-fait incompréhetulble.

LE VOYAGEUR

H y a un degré en descendant où la matière n'est plus susceptible de forme; car la forme n'est que les limites de la matière. Si cela n'était pas, il y aurait antant de matière dans uh gland que dans un cbène, puisqu'il y aurait autant de formes, attendu qu'il y a , dit-on, un chêne tout entier renfermé diins le gfond.

Si OB me dit qu'A n'y a que les formes principales^ je demanderai on sont les antres, qui sont tontes essentielles dans un diéne développé.

S'fl n'y a que les formes principales, parce que fespace est trop petit , celui des seconds glands étant beaucoup plus petit , le nombre des formes principales doit encore diminuer. Or, toute grandeor qui décroît vient nécessairement à rien. Dans ces glands imaginaires qui vont toujours en diminoant , il y aurait un terme où la race des diénes devrait ^arrêter et finir.

Voflà cependant l'hypothèse dont on s'est servi poor raisonner sur la végétation. Je suis charmé ijne voos ayez adopté mes idées.

LA DAME

Monsieur, point do tout, je vous assure.

LE TOTAGEUH.

Gomment ! madame , vous n'êtes pas persuadée ? Y a-t-ii encore quelque dragon à combattre ?

LA DAME

Un grand sompule. Je ne saurais imaginer que , pour soQtenir ma vie , je détruise cette d'une infinité d'êtres. Eussiez-vous raison , j'aime mieux me tromper que de croire une vérité cruelle.

LE TOTAGEUa.

On est sensible quand on est belle; mais voilà la première fois qu'on rejette on système par compassioii. Les anatondstes ont plus de courage : quand ils en font mi, Os tuent toot ce qui leur tonAe sous la main. Il y eut un Anglais qui fit ouvrir toutes I

les biches pleines d'un grand parc , pour découvrir les lois de la génération, qu'il n'a point découvertes.

LA DAME

Je ne veux point ressembler à ces savans-là* J'aimeceuxd'aiijourd'hui, qui recommandent la tolérance et l'humanité, qu'on devrait étendre jus« qu'aux animaux. Je sais bien bon gré à M. de Voltaire d'avoir traité de barbares ceux qui éventreni un chien vivant pour nous montrer les vaines lactées. Cette idée fait borrear.

LE VOYAGEUR

Mes expériences n'ont coûté la vie à aucun animal: j'ai même de quoi vous rassiu^r; ceux qui vivent dans les fruits échappent à votre digestion comme à votre vue : n'enavez-voos pas une preuve dans les oiseaux qui ressèment les graines des fraisiers?

LA DAME

Je veux vous croire ; après tout , si je suis trompée , j'ai été amusée. Vous m'avez appris sur la nature des faits plus pîquans que les anecdotes de la société. Nous n'avons ni médit, ni joué ; et ce qui est plus rare , vous ne m'avez point dit de Meurs , suivant la ooutimie de ceux qui veulent instruire les dames. Le temps a été fort bien employé ; maïs j'en dois foire encore un meillenr usage : je vais rejoindre mon mari et mes cfaers enfons. Adieu , monsieur le voyageur.

LE VOYAGEUR ftti fait un€ profonde révérence,

{En s'en allant:) O le bon ccpur ! ah, la digne femme ! Quand en aurai-je une comme cette-là?

EXPUCATION

DE QUELQUES TERMES DE MARINE, A L'USAGB DES LECTEURS QUI IfE SONT PAS MARINS.

J'ai ]oint,à l'explication dequelques teimes nautiques emptoyés dans ce Journal , des étymologies qui ne sont point savantes, mais conformes à l'esprit du peuple. Partoat c'est le peuple qui donne le ■om aux choses , et il le prend ordinairement de la partie la plus nécessaire de chaque objet : ainsi , le bord d'un vaisseau étant sa partie principale, puisqu'on n*est séparé de la mer que par im bord , les marins disent aUer à 6ord^ être sur le bord, poar dire aller ou être sor le wUsseau,

Ne dit-on pas : La maison de Bourbon est trèsancienne? Comme la maison renferme la Aunille, le peuple a transporté ce nom à ceux, qui l'habitent , à leurs ancêtres et à leur postérité. Remarquez Inen qu'il n'emploie que le nom des choses qui sont à sonproprensage. Pour désigner la pimille royale,

lââ

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il ne dit pas Thôtel, ie château ou le palais de Bourbon, parce qu'il n'habite lui-même que dans des maisons.

Les Arabes , qui demeurèrent fort long-temps sous des tentes , trouvèrent , en se fixant dans des maisons, que la porte en était la partie la phis essentielle : c'était aussi pour ce peuple errant le lieu le plus agréable de ce logement; on sortait par là quand o;^ voulait. Ils ne donnèrent point le nom de tnaison à la famille de leurs souverains , mais celui déporte ottomane.

Je crois les étymologies d'autant plus vraies qu'elles sont plus simples. J'en dois quelques-unes au chevalier Grenier, mon ami, oflicier de mérite de la marine du roi ; je lui fais honunage des meilleures ; je prends les autres pour mon compte.

Amarrer. Lier, attaclier. U est probable que les premiers marins attachaient autour du mât ce qui était susceptible de mouvement. Ulysse , qui craignait beaucoup les syrènes , se fit attacher au mât. On Vamarra,

A MURER une voile. Attacher la voile contre le bord, qui est aussi le mur du vaisseau.

Appareiller. Partir, s'en aller. Cette manœuvre se fait avec beaucoup de préparatif ou d'appareil. Tout l'équipage est sur le pont. On lève l'ancre, on déferle les voiles , on hisse les huniers : tout le monde est eu mouvement.

Arrimage. Distribution des marchandises dans la cale, faite de manière que rien ne se dérange dans les roulis.

Arriver au vent. Lorsqu'un vaisseau reçoit le vent de côté dans ses voiles , s'il survient un orage imprévu , il obéit pour quelque temps à l'effort du vent, et lui présente sa poupe. Il reçoit alors le vent par son arrière. Il se trouve par cette manœuvre dans la dh*ection qui lui est propre, arriver signifie 'm céder, et se remettre dans son lieu naturel. Ce mot n'a pomt de relation avec dériver. Souvent un vaisseau dérive en arrivant.

Artimon. Mât près du timon : il fait venir au vent.

Aumônier. Ecclésiastique qui fait les prières et dit la messe. J'imagine que nos ancêtres étaient fort charitables. Dans leurs courses de guerre , et quelquefois de brigandage, ils menaient avec eux un ecclésiastique chargé de faire les aumônes. Les vaisseaux ont aussi des aumôniers , quoiqu'il n'y ait point de mendians sur leur chemm.

Habord. C'est le bord gauche du vaisseau ,

lorsqu'on est tourné vers l'avant. Tribord oo stri' bord est le côté droit.

Banc de quart. C'est on banc où s'assied Toffîcier qui commande le quart.

Bau ou beau. Un vaisseau a différentes largeurs. Elles se mesurent entre les couples , qoL sont des courbes dont la carène est formée. Ces pièces sont rares , et les premiers charpentiers ont pu les trouver fort belles. Ils ont pu appeler beaux les espaces compris d'une courbe à l'autre. Le dernier de ces espaces est sur l'avant.

Voilà une étymologie conmie celle de la Beance. Gargantua , qui la trouva belle, s'écria : Beau-ce. Gargantua peut fort bien être une dUégorie du peuple.

Beaupré ou prés du beau. C'est on mât indiné sur l'avant , au-delà et près du dernier beau. C'est par la même raison qu'aux lies les charpentiers appellent 6efijotii un arbre assez commun , dont le bois joint bien.

Beausoir ou bossoir. Pièce de bcns qu'on pose ou qu'on assied sur le dernier bau: c'est là que s'attachent les ancres.

Berne (Pavillon en). C'est un pavillon qui n'est plus flottant , et qui n'est plus, en quelque sorte, dans ses honneurs. On l'élève à la moitié de son mât sans le déployer : ce signal ne se £aiit guère que dans les dangers.

Bord. A été expliqué. On fait des 6ords ou on louvoie lorsqu'on présente alternativement un des bords du vaisseau au vent : sa route est alors en zigzag ; cette manœuvre ne se fait que quand le vent est contraire.

Bout dehors. C'est un bout de mât ou de vergue qu'on met dehors à l'extrémité d'une antre vergue.

Bras. Ce sont des cordages qui servent à fiiire mouvoir les vergues à droite oo à gauche. Ce sont en quelque sorte les bras de l'équipage , qui n'y saurait autrement atteindre.

Brasse. Distance comprise entre les bras étendus d'un homme. Sur mer, elle est fixée à cinq pieds. Je crois avoir observé que les matelots ont les bras plus longs et les épaules plus grosses que les autres hommes. Ils exercent plos leors bra que leurs jambes.

Cajllebotis. Ce sont des panneaux de treillage à carreaux vides. On en ferme l'espace compris entre les gaillards , ce qui forme une espèce de pont , sous lefjuel l'air circule. Dans les gros temps on le couvre de toiles goudronnées, appelées prélah'. Cette construction est ingénieuse; et peut-

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être panriendrail-OD à fonner ainsi toas les ponts du vaisseau; ce qui donnerait une libre circulation d'air jusque dans la cale.

On appdle caillehoitty en Normandie, le lait caillé et batiu qui forme une espèce de réseau. On appelle aussi cailUèotté ou pommelé ces espaces blancs et bleus qui paraissent au ciel lorsqu'il se dispose ^ changer.

Cajlb. Est la partie inférieure du creux d'un vaisseau. C'est le lieu on l'on met les marchandises. On dit d'un vaisseau qu'il est bien calé, lorsque sa charge est bien distribuée clans sa cale. Pour l'ordinaire, on met an fond les poids les plus lourds;' mais s'il y a une quantité considérable de fer ou de plomb, les mouvemens du vaisseau sont trop durs, et Fexposent à rompre sa mâture. Il y a encore beaucoup dk^ précautions à prendre pour l'arrimage. Le 3farqiit« de Casiries était fort mal calé.

Cap (avoir le). Ce mot vient du portugais il rapo , la tête. Mettre le cap au nord , c'est tourner la proue du vaisseau , ou sa iéte, vers le nonl.

Cape (tenir la). Dans les gros temps, lorsque le vent est contraire, on ne porte que peu de voiles; ordinairement c'est la misaine. On dirige le cap du vaisseau le plus près du vent qu'il est possible. Le vaisseau fatigue beaucoup dans celte position.

C ARGUER. C'est reployer les voiles, sans les lier, le long des vergues : ce qui se fait au moyen des cargue-fonds, qui sont des cordes qui retroussent b grande voile à peu près comme les rideaux d'un dais. Un marin qui verrait lever la toile à FOpéra dirait qu'on l'a çarguée,

CivADiÊRE. C'est la voile attachée au beaupré.

Coiffe (être). Lorsque les vents sautent tout à coup de la poupe à la proue,. les voiles sont repousses contre les mâts, qui en sont, pour ainsi dire, coiffés : quelquefois on ne peut les descendre ni les manier. Un vaisseau alors est heureux d'en être quitte pour sa mâture , si le vent est fort.

Coq. Cuisinier des matelots. Ce mot vient évidemment de coquus, et nos traiteurs portent le titre de maîtres-gueux.

Courant. Quoique la mer ressemble à un grand étang, elle est remplie de courons particuliers. Nous avons peu d'observations sur cet objetf un des plus essentiels de la navigation. J'en ai vu de fort intéressantes sur les mers de l'Inde , faites par le chevalier Grenier.

Déferler les voiles. Les déployer.

Degré. C'est la 360^ partie d'un cercle. Sous l'équateur, chaque degré est de vingt lieues marines, ou de vingt-cinq lieues de France; mais

comme les cercles deviennent plus petits en s'approchant du pôle, les degrés diminuent à proportion. Les degrés de longitode sont nuls sous le pôle. Il est très-probable qu'il y a aussi une grande différence entre les degrés de latitude, surtout si la terre est fort aplatie aiix pôles.

DÉRIVER. Lorsqu'un vaisseau reçoit le vent île côté, il s'écarte sans cesse de la ligne droite sur laquelle il dirige sa route. Je ne connais point de moyen sûr d'évaluer la dérive. Les pilotes y sont souvent embarrassés : à la Gn du voyage ils rejettent leurs erreurs sur les courans.

' Dunette. Espèce de tente, d'une charpente légère , sur l'arrière du vaisseau.

Ecoute. Ce sont des ouvertures obli(|ues an bord du vaisseau, par où passent les cordes des voiles inférieures. Ces ouvertures resseniblftit à celles qu'on pratique au mur des parioirs dans les convens, pour écouter. Comme il y a dans la marine beaucoup de termes portugais, il n'est pas étonnant qu'il s'y trouve des expressions monastiques.

ËGOUTiLLES. Sout de grandes ouvertures semblables À des trappes, au milieu des ponts du vaisseau. C'est par ces portes horizontales qu'on descend dans les cales.

Entre-pont. Dans les premiers vaisseaux , on lit les cales couvertes d'un seul plancher, qu*on appela un pont. Les matelots logeaient dans la ca!e, sous ce pont. Quand on fit de plus grands Mliraens, on trouva plus commode de sé|Kirer Kéquipage des marchandises, en leur ménageant un logement entre le pont et la cale.

EspoNTiLLE. Petits pilastres de bois qui supportent les ponts.

Est. Le nom d'un des quatre vents principaux. C'est l'orient. On prétend que est signifie le voilà, en p^irlant du soleil. Sud y propter sudorem, parce qu'à midi le soleil est chaud. Ouest, où est-il? parce qu'il disparaît au couchant.

Fasier. Lorsque le vent, au lieu d'enfler la voile , la prend par le côté et^ l'agite en différens sens , on dit qu'elle fasie : il vient peut-être de phase , révolution.

Focs. Voiles triangulaires disposées entre lesmâts : eUes ne servent que quand le vent soulHle de côté. Leiur nom poim-ait bien venir de focus, foyer, soit parce que quelques-unes sont au-dessus de^ cuisiues , soit parce que leur plan étant daas

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Taxe du vaisseau , elles se trouvent dans les foyers de ses courbes.

Gaillards. Ce sont les extrémités du pont supérieur. Celui de Tarrière s'étend jusqu'au grand mât : celui de l'avant commence au mât de misaine, et va jusqu'à la proue. Cest où se rassemble l'équipage pour se promener et se réjouir. Il peut avoir la même origine que galerie. Le gaillard d'arrière est réservé aux seuls officiers et passagers, qui n'en sont pas plus gais.

Galerie. Espèce de balcon placé sur l'arrière des grands vaisseaux. C'est à la fois un ornement et une commodité. f\ vient du vieux mot gala y se galer, se réjouir.

Garans. Sont des cordages qu'on passe dans le gros temps à la barre du gouvernail, pour l'assurer davantage, ou la garantir.

Grains. Sont de petits orages de peu^ durée. Ce sont, en quelque sorte, des grains ou des parcelles de mauvais temps.

Grappins. Ancres des chaloupes. Celles du vaisseau n'ont que deux becs , celles-ci en ont quatre, ce qui leur donne la forme d'une grappe. Le poids des grosses ancres ne permet pas de leur donner quatre branches. D'ailleurs, par leur forme, elles pourraient s'accrocher au bord. Je croîs qu'il serait possible d'en foire à trois becs, qui n'auraient pas cette incommodité, et qui auraient toujours l'avantage d'enfoncer à la fois deux de leurs becs dans le fond.

Haubans. Echelles de corde qui assurent les mâts , et par où grimpent les matelots.

Hauteur (Prendre). A midi, avec des quarts de cercle, ou plutôt des huitièmes, appelés octans, on volt à quelle hauteur le soleil est sur l'horizon. Cest par là que l'on trouve la latitude.

Hauts-fonds. Ce sont les fonds élevés, qui sont ' couverts de peu d'eau. La mer, dans ces endroits, change de couleur, et les vagues aux environs sont plus fortes.

Hisser. Elever en l'air quelque fardeau au moyen des poulies. Ce nom vient du bruit même de la manoeuvre. On ne doit pas me cliicaner celui-là. Les Latins appelaient hiatusle choc de deux voyelles.

Hune (Mât de). Il y a, comme on sait, trois mâts sur les grands vaisseaux : le grand mât, qui est à peopièsau milieu; le mât d'artimon, qui est sur l'arriàe; et le mât de misaine , qui est sur l'avant. On ne compte pas le beaupré qui est incliné.

et qni n'est pas mdii , c'est-à-dire perpendiciilairp. Le mât de pavillon ne porte pis die voile.

Les mâts ont une tr^grande élévation. H n'est pas possible de trouver des pièeet de bon d'une longueur suffisante, surtout poqr le gruid mât et le mât de misaine, qui ont qoelquelois plus de cent trente pieds d'élévation : on les bdt à trois étages. Dans le mât du milieu, l'arbre inlërîeur s'appelle le grand mât; le sopérieor, grand mât de hune; le troisième, qui est le plus élevé, grand mât de perroquet. Aux endroits où ils sont attachés, il y a un espace autour en forme ronde, appelé hune. Les hnniers sont les voiles des mâts de hune.

Latitude. On sait que la latltndç d'un lieo est sa distance à l'éqnatenr; et sa longitode, sa distance au premier méridien. Autrefois on oom> mençait à le compter du pic de TénâiOë : au> jourd'hui chaque nation maritime fiiit passer son premier méridien par sa capitale. H est bon d'y faire attention quand on voit des cartes on des relations étrangères.

Ligne. U y a des gens simples qui croient qu'on voit la ligne au ciel : quelquefois de mauvais plaisans s'amusent, sur le vaisseau, à la leur foire voir dans une lunette où ils mettent un fil. U y a aussi des marins qui ne savent pas ce que c'est que Téquateur, et qui ne connaissent la ligne que parce qu'elle est marquée d'un trait bien noir sur leurs cartes.

Lisses. Sont des barrières le long des passavans. Ce terme est pris des tournois. Les chevaliers titraient et sortaient des lisses (lices), n me semble que le nom de garde-fous conviendrait mieux à des vaisseaux.

Louvoyer. Ce mot peut venir de voie et de loup. Les loups s'approdient de leur proie en se tenant sous le vent, et en s'avançant en zigzag. ^ayez Bord.

Marquis de Castries. Ce n'est point un nom de marine, mais celui d'un officier très-respectable : c'était aussi le nom de notre vaisseau.

Le bon Plutarque dit que les Grecs appelaient leurs vaisseaux l'Heureuse Pritoyancey la Double Sûreté , la Bonne Navigation. On peut voir, à ces noms, qu'ils n'étaient pas grands marins : ils avaient peur.

Les Portugais et les Espagnols ont beaoooap de Saint'j4ntoinede Padouey de Saint-Fram^Mip etc. : ils sont dévots.

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là»

Les Anglais naviguent sur le Northwnberland , sur le Dewmshire , sur la faille de Londres ; et les IloUandab ont beaucoup de Baiatia^ ^Amsierdam ; oe sont des noms de villes ou de provinces : ils sont républicain^.

J'ai vu des vaisseaux du roi qui s'appelaient la Boudeuse, V Heure du Berger, la Brune et 2a Blonde, etc. A la bonne heure; ces noms-là valent bien ceux de More ou de Galaiée; mais pourquoi prendre pour des noms de guerre V Hector, le Sphinx, ou V Hercule? N'avons-nous pas le Turenne, le Condé, le Riclielieu, le Sully, etc ?

Pourquoi ne formons-nous pas des escadres de nos f^rands hommes ? H me semble que des noms chers à la nation en redoubleraient le courage.

On pourrait nommer nos frégates du nom de nos dames célèbres par leur beauté ou par leur esprit. J'aimerais mieux la 3farquise de SMgné, de Brionne , ou la Comtesse d^Egmont, que Thétis et toutes ses Néréides.

Mat. Foyes Hdne.

Matelots. Vient de mdt , et du vieux mot ost, troupe, Vost du mdt. On disait l'ost des Grecs, pour l'armée des Grecs.

Misaine (voile de). C'est la plus utile dans les gros temps : elle agit à l'extrémité du vaisseau , et le fait obéir prompteroent à l'action du gouvernail.

Mouiller. Jeter l'ancre à la mer. On dit aussi tnouiller l'ancre.

Panne (Mettre en). Lorsqu'un vaisseau veut s'arrêter sans mouiller son ancre, il cargue ses basses voiles; il dispose les voiles de l'avant, de manière que le vent les coiffe contre le mât , tandis qu'il enfle celles de l'arrière. Dans cette situation , le vent feit , sur la voilure , deux eflbrls contraires qui se compensent. Le vaisseau reste comme immobÛe.

Perroquet. C'est la voile supérieure aux huniers. De loin, cette petite voile, surmontée de la girouette, a quelque ressemblance avec cet oiseau.

Perruche. C'est une voile placée au-dessus du penroquet. U n'y a que les grands vaisseaux qui en fiissent usage. Ces deux petites voilures sont d'une médiocre utilité. Elles sont à l'extrémité d'un trop grand levier , et leur effort ne sert guère qu'à foire ployer le mât en avant ; il vaudrait mieux augmenter la largeur des voiles que leur élévation.

Plat-rord. C'est la partie du pont qui avoisine le bord. Le bord du vaisseau est, en quelque sorte, perpendicnkûre. Le pont, qui, dans un sens, est aussi un bord , est dans une situation horizontale ou à plat.

Plus près (Etre au). Lorsque le vent vient du point même où le vaisseau veut aller, on dispose la voilure de manière à s'appi'ocher du vent le plus près qu'on peut.

Pont. Cest le plancher du ^'aisseau ; il est un peu convexe, pour l'écoulement de l'eau. Un vaisseau à trois ponts est celui dont le creux est divisé en trois étages.

Quarts. On devrait plutôt dire des quints. Sur mer, on divise le jour de vingt-quatre heures en cinq portions appelées quarts. Le premier commence depuis midi jusqu'à six heures. Le second, depuis six heures jusqu'à minuit. Les trois derniers quarts sont formés des douze heures qui restent, et chacun d'eux est de quatre heures. L'équipage, partagé en deux brigades, veille et se relève alternativement.

Récifs. Sont des rochers à fleur d'eau, où la mer brise, et où les vaisseaux se mettent en pièces quand ils y échouent. Ce mot peut venir du latin rescindere, couper, trancher. Il y a des récifs sur la côte de Bretagne, qu'on appelle les charpentiers.

Ris. On devrait dire des rides. On prend des ris dans le hunier , lorsqu'on ride une partie de cette voile sur sa vergue, quand la violence du vent ne permet pas de l'exposer tout entière.

Rouus. Balancement d'un vaisseau sur sa largeur. Le tangage est son balancen)ent sur sa longueur. Un vaisseau roule vent arrière; il tangue au plus près. Le premier mouvement est moins dangereux : le second fatigue beaucoup la quille et la mâture.

Sarords. Sont des ouvertures par où passent les canons. Ce mot peut venir de sas et de hord, trous ou pertuis au bord. En quelques endroits on appelle sas un crible : on dit sasser la farine.

Sainte-Barre. C'est le nom de la patronne et du lieu où l'on met les poudres. C'était une martyre qui fut renfermée dans le souterrain d'une lour. Comme nous y logeons aussi nos poudres, nos canonniers les ont nises sous sa protection. Ils la représeutent^aux genoux de son père, armé d'un grand sabre dont il va lui couper la tète, au- pied d'une toiu* dont la plate-forme est couverte d'artillerie. Ce fait, que l'on rapporte, je crois, au temps de Dîoclétien , est contredit par la nature, et ces tableaux par le costume.

VOYAGE A L'ILE DE FRANCE

Tangage. Foyez Roulis.

Tribord. Fayez Bâbord.

Vbnt (Venir au). Lorequ'un vaisseau a trop de voilure sur l'arrière, sa proue vient dans le vent. Les voiles du mât d'artimon contribuent beaucoup à ce mouvement.

Vergue. De virga^ verge ou branche. Les vergues du mât sont comme les branches d'un aiiire.

Virer. Tourner. Ou vire le câble; on vire de bord. Comme ces manœuvi'es emploient beaucoup d'efforts, il y a apparence que virer vient de vis , dont on a fait aussi vtr, un homme.

Yole. Petite chaloupe fort légère et jolie. Ce nom-là pourrait fort bien venir du grec. Je n'en serais pas fâché pour rhonnenr de notre marine. C'est la seule science qui ait emprunté ses termes des liarbaresdu Nord ou des Portugais. Si quelque savant veut se donner la peine de rechercher cette origine, je le prie de faire attention qu'Hercule fut un des.premiers marins, et que son ami lolas était avec lui.

Je ne garantis aucune de ces étymologies; mais elles ont cela de conmiode, qu'en rapprochant le nom des choses, de leurs usages, elles les expUquent; et c'est ce que je me suis proposé.

FIN DU voyage a L'ILE DE FRANCE.

NOTES

Daoaûs vint d'Egypte chez les Grecs exprès pour leur apprendre à faire des puits , tant la plus belle partie de l'Europe et la première civilisée était encore dans Tenfanœ. Les Grecs furent si étonnés de voir les filles de Danaûs tirer de Teau d'un puits sans le vider, qu'ils s'imaginèrent que c'était un tonneau inépuisable, ou que le seau du puits était criblé ; et voilà la fable des Danafdes. On n'a pas de dates de l'arrivée de Danaûs, parce qu'il y a trois mille ans les peuples policés de l'Europe n'avaient pas de chronologie.

Quatre cent cinquante ans avant la fondation de Rome, Minos construisit les premiers bateaux. Dédale, dans le même temps, inventa les outils, l'art du charpentier et les voiles de vaisseaux , qui passèrent pour des ailes ; de là l'histoire de son fils Icare.

L'art de sculpter commença à Sdo ^00 ans avant la fondation de Rome. Celui de' peindre et de jeter en fonte ne fut inventé que du tempi de Phidias, l'an de

Rome 308. D'autres arts encore ploÉ olilei avaient me moindre antiquité.

Voyons en quel tempi ils ont commencé ches les Romains. Avant Servios TuBins on ne battait point monnaie. Il fut le premier qui en fit frapper de cuivre. C'étaient des as qui pesaient deux livres , comme les pièces de Suède d'aujourd'hui. Ce ne fut que l'an de Rome 585 que l'on battit pour la première fois de la monnaie d'argent , et ce ne fot qu'en 647 que l'on frappa de la monnaie d'or ' . On ne vécut à Rome que de bouillie ou de fromentée jusqu'à l'année 580, où, pour la première fois, les boulangers et les médecins grecs vinrent s'établir à Rome.

L'agriculture n'était \ws plus avancée. Les Grecs avaient tiré la vigne de l'Asie, selon Plntarqoe. EUe passa ensuite chez les Latins ; mais le vin était si rare sous Numa , qu'U défendit qu'on en arrosât les bûchers des funérailles. Ludus Papinianus, général contre les Samnites , fit vœu d'en offrir un petit gobelet à Jupiter s'il gagnait la bataille : tant le vin alors était rare , dit Pline.

Selon Fenestella, l'an de Rome 48S, il n'y avait point d'oliviers en Italie, en Espagne, ni en Afrique. Pline dit qu'en 440 il n'y avait d'oliviers en Italie qu'à 40 milles de la mer, et que l'huile ne devint commune qu'en 690 : mais sous Caton on n'avait pas encore imaginé d'exprimer de l'huile d'autres graines que de Tolive.

Quant aux légumes, les Romains tirèrent lesécbalottes, ou ascalonites, d'Ascalon eu Judée ; les ognons, et la chicorée^ dont le nom chicoritim est égyptien , de Chypre et d'Egypte; la menthe et cinq sortes de navets, de Grèce ; la poirée blanche, de Sicile ; les choux , de Naples ; les cardons , de Carthage ; le chervi ou can i , de Carie ; les melons, de Lacédémone et de Réotie.

Us avaient importé de même la plupart de leurs arbres fruitiers des pays plus orientaux : les figuiers , des environs de Troie , d'Hyrcanie et de Syrie ; les citronniers, de la Médie; les noyers et les pêchers, de la Pêne ; ne léflier, le cognassier, le cyprès et le plane , de Crète; le châtaignier, de Sardaigne; le myrte, de la Grèce ; les lauriers , de Delphes et de Chypre ; les grenadiers, d'Aftique ; beaucoup d'espèces de pommiers et de poiriers, du royaume d'Epire. Les pruniers, du temps de Caton , étaient fort rares : ceux que nous appelons de Damas venaient d'Arménie. De son temps, il n'y avait point d'amandiers en Italie. Les aveKnes vinrent à Rome du royaume de Pont , d'où Luculh» apporta aussi les cerises; les pistaches furent apportées de Syrie par Vitellius, et les jujubes , par le consul Papinianus , sous Auguste.

Les Gaulois ont tiré de l'Italie leurs arts et leurs végétaux. De quoi vivaient-ils donc quand les Romains n'avaient encore ni légumes, ni fruits , ni pain , ni vin , ni argent, ni industrie? S'ils vivaient en peuples pasteurs, ils n'étaient pas nombreux. Et qu'étaient-ce alors

' Depuis les Romains, on a imaginé de la monnaie de papier. Comme on voit, tout se perEecUonnc. J'ai perdu, sur cette perfection de l'art « trente-trois pour cent.' Je ne sais pas n les autres arts font d'aussi grands progrès.

VOYAGE A LILE DE FRANCE

que les natioDs do Nord? Celles qui firent une incursion eo Italie do temps de Marins étaient probablement des nations errantes comme celles do Canada. Les Scythes les chassaient ?ers Tocddent et vers le midi.

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