A.-II
PLAN DE LOUVRAGE.
ëdat cl perses pn-ftuDt la main des amans. Quel-qœin vie cantbarîde , nicfaée dans sa corolle , en rétfe le cannin par son ?ert d'êmeraude; c'est alors qne cette fleor semble nous dire que , S3rnibole do plaMr par ses charmes et par sa rapidité, elle porte, comme loi, le danger aotoor d'elle , et le repentir dans son sein.
Le naturalistes nous éloignent encore bien da-^ vantage de la natore, quand ils Teolent nous eipliquer par des lois uniformes, et par la simple action de Pair, de l'eau et de la chaleur, le développeinent de tant de plantes qui naissent, sur le même (àmier, de couleurs, de formes, de saveurs et de parfoms si diflérens. Veulent-ils en décomposer les principes? le poison et l'aliment présentent dans leurs fourneaux les mêmes résultats. Ainsi la nature se joue de leur art , comme de leur théorie. La seule plante du Mé, qui n'a été manipulée qne |iar le peuple, sert à une infinité d'usages, tandis cfu'une multitude de végétaux sont restés inutiles 4lans de savans laboratoires. Je me souviens d'à- ^-oîr lu autrefois de grandes dissertations sur la manière d'employer des marrons d'Inde à la nourriture des bêtiaux. Chaque académie de l'Eu* rope a au moins donné la sienne ;-et de toutes ces lumières il en était résulté que le marron d'Inde était inutile s'il n'était préparé à grands frais, et qu'il ne pouvait servir qu'à faire de la bougie on de la poudre à poudrer. Je m'étonnais, non pas que les naturalistes en ignorassent l'usage, et qu'ils n'eussent étudié qne les intérêts du luxe , mais que la nature ei^t prodoit un fruit qui ne servit pas même aux animaux. Je fus à la fin tiré de mon ignorance par les bétes mêmes. Je me promenais un jour an bois de Boulogne , en tenant dans ma main un marron d'Inde, lorsque j'aperçus une chèvre qui était à pâturer. Je m'approchai d'elle, et je m'amusai à la caresser. Dès qu'elle eut vu le marron que je tenais entre les doigts, elle le saisit, et le croqua sur-le-champ. L'enfant qui la conduisait me dit que toutes les chèvres en mangeaient, ce qui leur fSûsait venir beaucoup de lait. A quelque distance de là, je vis, dans l'allée des marroniers qui conduit au château de Madrid , tm troupeau de vaches uniquement occupées à chercher des marrons d'Inde , qu'elles mangeaient d'un grand appétit, sans lessive et sans saumure. Ainsi nos méthodes savantes nous cachent les vérités naturelles , connues même des simples bergers.
Quel spectacle nous présentent nos collections d'animaux dans nos cabinets! En vain l'art des Daubenton leur rend une apparence de vie : quelque industrie qu'on emploie pour conserver leurs formes, leur attitude roide et immobile , lenrs yeux
fixes et mornes , leurs poils hérissés , nous disenl que les traits de la mort les ont frappés. C'est là \ qne la beauté même inspire l'horreur, taudis que
les objets les plus laids sont agréables lorsqu' sont à la place oii les a mis la nature. J'ai vu phis d'une fois aux Iles, avec plaisir, des crabes sur le sable, s'efforcer d'entamer avec leurs tenailles un gros coco ; ou un singe velu se balancer au haut d'un arbre, à l'extrémité d'une liane toute chargée de gousses et de fleurs brillantes. Nos livres sur la nature n'en sont que le roman, et nos cabinets que le tombeau. Coinbien nos spéculations et nos coutumes ne l'ont-elles pas dégradée.' Nos traités d'agriculture ne nous montrent plus, dans les cliamps de Cérès, que des sacs de blé; dans les prairies aimées des nymphes, qne des bottes de foin; et dans les majestueuses forêts, que des cordes de bob et des fagots. Que dire du tort que lui ont feil l'orgueil et l'avarice ? Que de collines cliarmantes sont devenues roturières par nos lois ! que de fleuves majestueux sont réduits en servitude par les impôts! L'histoire des hommes a été bien autrement défigurée. Si l'on en excepte l'intérêt que la religion ou l'humanité ont inspiré en leur foveur à quelques hommes de bien , mille passions ont conduit le reste des écrivains. Le politique les représente divisés en nobles ou en vilauis, en papistes ou en huguenots , en soldats ou en esclaves; le moraliste, en avares, en hypocrites, en débauchés, en orgueilleux; le poète tragique, en tyrans, en opprimés; le comique, en bouffons et en ridicules; le médecin, en pituiteux, en flegmatiques, en bilieux. Partout des sujets de dégoût, de haine ou de mépris; partout on a disséqué l'homme, et l'on ne nous montre plus que son cadavre. Ainsi le plus digne objet de la création a été dégradé par notre savoir, comme le reste de la nature. Je ne dis pas cependant que de ces moyens partiaux il ne soit sorti quelque découverte utile ; mais tous ces cercles dont nous circonscrivons la puissance suprême , loin d'en assigner les bornes , ne montrent que celles de notre génie. Nous nous accoutumons à y renfermer toutes nos idées, et à rejeter avec mauvaise foi tout ce qui s'en écarte. Nous ressemblons à ce tyran de Sicile qui appli- (luait les passans sur son lit de fer : il allongeait de force les jambes de ceux qui les avaient plus courtes qne son lit, et il les coupait à ceux qui les avaient plus longues. Ainsi nous appliquons toutes les opérations de la nature à nos petites méthodes , afin (le les restreindre à une seule loi. Moi-même, entraîné par l'esprit de mon siècle, j'ai donné, à la fin d'une relation du voyage que j'ai fait à l'Ile de France, un système sur les plantes, où j'expliquais leur dévelo|»petnent , comme nos physiciens
ÉTUDE PREMIÈRE
expliquentoelui des madrépores , (lar le mécanisme de petits animaux qui les construisent. Je cite cet ouvrage, quoique je Taie fait en m'amusant , pour prouver combien il est aisé d'étayer un principe fàuji d'observations vraies; car, l'ayant communiqué À J.-J. Rousseau, qui était , comme on sait, très-savant en botanique, il médit : « Je n'adopte » pas voire système; mais il me faudrait six mois » pour le réfuter; encore je ne me flatterais pas » d'en venir à bout. » Quand le sufTrage de cet lionimc sincère aurait été sans réserve , il ne justifierait pas ce libertinage de mon esprit. La fiction n'embellit que l'bistoire des hommes; elle dégrade celle de la nature. La nature est elle-même la source de tout ce qu'il y a d'ingénieux, d'utile, d'aimable et de beau. En lui appliquant de force les lois que nous imaginons, ou en étendant à toutes ses opérations celles que nous connaissons, nous en masquons de plus admirables que nous ne connaissons pas. Nous ajoutons, au nuage dont elle voile sa divinité , celui de nos erreurs. Elles s'accréditent par le temps, les chaires, les livres, les protecteurs, les corps , et surtout par les pensions , tandis (|ue personne n'est payé pour chercher des vérités qui ne tournent qu'au profit du genre humain. Nous portons dans ces recherches si indépendantes et si sublimes les passions du collège et du monde , l'intolérance et l'envie. Ceux qui sont entrés les premiers dans la carrière forcent ceux qui viennent après eux de marcher sur leurs pas ou d*en sortir : comme si la nature était leur patrimoine, ou que son étude fût un métier où il n'y eût pas de place pour tout le monde. Que de peines ii'a-t-il pas fallu pour déraciner en France la métaphysique d'Arislote , devenue une espèce de religion ! La philosophie de Descartes , qui la détruite, y subsisterait encore, si elle eût été aussi bien reniée. Celle de Newton , avec ses attractions, n'est pas plus solidement établie. Je respecte infiniment la mémoire de ces grands hommes, dont les écarts mêmes ont servi à nous ouvrir de grandes routes dans le vaste champ de la nature; mais en plus d'une occasion je combattrai leurs principes, et surtout les applications générales qu'on en a faites , bien persuadé que si je m'écarte de leurs systèmes, je me rapproche de leur intention. Ils ont cherché toute leur vie à élever l'honune vers la Divinité par leurs sublimes découvertes, sans se douter que les lois qu'ils établissaient en physique serviraient un jour à détniire celles de la morale.
Pour bien juger du spectacle magnifique de la nature , il faut en laisser chaque objet à sa place , et restera celle où elle nous a mis. C'est fiour notre
bonheur qu'elle nous a caché les lois de sa tuutepoissance. Comment des êtres aussi faibles que nous en pourraient-ils embrasser l'étendue infinie? Mais elle en a mis à notre portée qu'il était plus utile et plus doux de connaître : ce sont celles qui émanent de sa bonté. Afin de lier les hommes par une communication réciproque de lumières , elle a donné à diacun de nous en particulier l'ignorance, et elle a mis la science en commun , pour nous rendre nécessaires et intéressans les uns aux autres. La terre est couveiie de végétaux et d'animaux, dont un savant , une académie, un peuple même, ne pourra jamais savoir la simple nomenclature; mais je présume que le genre hunoain en connaît toutes les propriétés. En vain les nations éclairées se vantent d'avoir réuni chez elles tous les arts et toutes les sciences; c'est à des Sauvages ou à des hommes ignorés que nous devons les premières observations qui les ont fait naître. Ce n'est ni aux Grecs, ni aux Romains policés, mais à des peuples que nous appelons barbares , que nous devons l'usage des simples, du pain, du vin, des animaux domestiques, des toiles, des teintures, des métaux , et de tout ce qu'il y a de plus utile et de plus agréable dans la vie humaine. L'Europe moderne se glorifie de ses découvertes ; mais l'imprimerie, qui doit , dit-on , les immortaliser, a été trouvée par un homme si peu connu que plusieurs villes en Allemagne , en Hollande , et même à la Chine, s'en attribuent l'invention. Galilée n'eût point calculé la pesanteur de l'air, sans l'observation d'un fontainier qui remarqua que l'eau ne pouvait s'élever qu'à trente-deux pieds dans les tuyaux des pompes aspirantes. Newton n'eût point lu dans les cieux , si des en&ns, en se jouant en Zélandeavec les verres d'un lunetier, n'eussent trouvé les premiers tuyaux du télescope. Notre artillerie n'eût point subjugué l'Amérique, si un moine oisif n'avait trouvé par hasard la poudre à canon ; et quelle que soit pour l'Espagne la gloire d'avoir découvert un nouveau monde , les Sauvages de l'Asie y avaient établi des empires avant que Christophe Colomb y eût abordé. Qu'y serait-il devenu lui-même, si les hommes bons et sunples qu'il y trouva ne l'eussent secouru de vivres? Que les académies accumulent donc les machines, les systèmes, les livres et les éloges; les principales louanges en sont dues à des ignorans qui en ont fourni les premiers matériaux.
C'est à ce titre que je présente les miens ; ils sont les fruits de plusieurs années, qui, malgré de longs et de cruels orages, se sont écoulées dans ces douces recherches comme un jour tranquille. J'ai désiré , si je n'ai pu arriver à un terme où je
PLAN DE L'OUVRAGE
pusse nfarrèCer, de donner au moins à d'antres le plaisir que j'avais trouvé dans le diemin. Pai inis dans ces observations le meilleur style que j'ai pu y mettre, m'écartant souvent à droite et à ^udie, entraîné par mon sujet; quelquefois me li\Tant à une multitude de projeta qu'inspire l'intellig:enoe infinie de la nature ; tantôt me plaisant à m'arrèter sur des sites et des temps heureux que je ne reverrai jamais; tantôt me jetant dans l'avenir vers une existence plus fortunée, que la bonté du del nous laisse entrevoir à travers les nuages de cette vie misérable. Descriptions, conjectures, aperçus, vues , objections, doutes, et jusqu'à mes ignorances, j'ai tout ramassé; et j'ai donné à ces ruines le nom d'Études , comme un peintre aux études d'un grand tableau auquel il n'a pu mettre la dernière main.
Au milieu de ce désordre, il Êdlail cependant adopter un ordre, sans quoi la confusion de la matière eût ajouté encore à l'insuffisance de Tauteor. J'ai suivi le plus simple. Je réponds d'abord aux objections faites contre la Providence; j'examine ensuite l'existence de ((uel(|ues sentimens qui sont communs à tous les hommes, et qui suflisent pour reconnaître dans tous les ouvrages de la nature les lois de sa sagesse et de sa bonté. Je lais ensuite l'application de ces lois au globe, aux plantes , aux animaux et à l'homme.
Voici d'abord comme je me proposais de développer ma marche. Si, dans l'exposé rapide que J'en vais faire , le lecteur trouve un peu de sécheresse , je le prie de considérer qu'elle est une suite nécessaire de tout abrégé; que, d'un autre côté , je lui sauve l'ennui d'une préfece; et que Pline, qui avait une meilleure tête que la mienne , n'a pas balancé à faire le premier livre de son histoire natureUe avec les seuls titres des chapitres qui la t»mposent.
Je me disais donc : J'exposerai dans la première PARTIE de mon ouvrage les bien&its de la nature envers notre siècle , et les objections 4|u'on y a élevées contre la providence de son auteur. Je ne dissimulerai aucune de celles que je connais , et je leur donnerai de l'ensemble , afin de leur donner plus de force. J'emploierai , pour les détruire, non pas des raisonnemens métaphysiques, tels que ceux dont elles sont formées, parce qu'ils n'ont jamais terminé aucune dispute; mais les &its mêmes de la nature, qui sont sans réplique. Avec ces mêmes laits, j'élèverai à mon tour des difficultés contre les principes de nos sciences humaines, que nous croyons infaillibles. Je remonterai de là à la faiblesse de notre raison; j'examinerai s'il y a des vérités universelles; ce
que nous entendons par ordre, par beauté, convenance, harmonie, plaisir, bonheur, et par leurs contraires; ce que c'est enfin qu'un corps organisé. De cet examen de nos ^Kîultés et des effets de \b^ nature, résultera l'évidence de plusieurs lois pliy-« siques, dirigées constamment vers une seule fin, et celle d'une loi morale qui n'appartient qu'à l'homme, et dont le sentiment a été universel dans tous les siècles et diez tous les peuples. Ces préliniinaii^ étaient nécessaires : avant d'élever l'édifice, il Mlait nettoyer le terrain , et y poser des fbndemens. Dans la seconde partie , je ferai l'application de ces lois au globe ; j'examinerai sa forme , son étendue, la division de ses hémisphères; et comme il est composé, ainsi que tous les ouvrages organisés de la nature, de parties semblables et de parties contraires, j'en considérerai successivement les élémens,et la manière dont ils sont ordonnés, le fea à l'air, l'air à l'eau, l'eau à la terre. Cet ordre établit entre eux une véritable subordination, dont le soleil est le principal agent ; mais il n'est pas le seul moteur de la nature, et il en est encore moins l'ordonnateur. Son action uniforme sur les élémens devrait à la fin les séparer ou les confondre. D'autres lois balancent les sieimes, et entretiennent riiarmonie générale. J'observerai l'admirable variété de son cours, les effets de sa chaleur et de sa lumière, et de queUe manière merveilleuse ils sont aflfoiblis et multipliés dans les deux , en raison inverse des latitudes et des saisons. Je parlerai des grands réverbères du ciel, de la lune, des aurores boréales, des étoiles et des mystères de la nuit, seulement autant qu'il est permisà l'œil de l'homme de les apercevoir, et à son cœur d'en être ému. J'y parierai aussi de la nature du feu, non pas pour l'expliquer, mais pour nous convaincre à cet égard de notre ignorance profonde. Cet élément, qui nous fait apercevoir toutes choses , échappe lui-même à toutes nos recherches. Nous observerons qu'il n'y a ni animal , ni plante , ni même de fossile , qui puisse y subsister long-temps. Il est le seul être qui augmente son volume en se communiquant ; il pénètre tous les corps sans en être pénétré ; il n'est divisible que dans une dimension ; il n'a point de pesanteur. Quoique rien ne l'attire au centre de la terre, il est répandu dans toutes ses parties. Sa nature diffère de celle de tous les autres corps. Son caractère destructeur et indéfinissable semble fovoriser l'opinion de Newton, qui ne le regardait que comme un mouvement communiqué à la matière, et partant réduisait les élémens à trois '^.
* La pbyiiquu moderne a siugulièremenl niulU|)llëlc mmbre des étéinens , que les ancien» r^luiuient à quatre. Lorw^
ETUDE PREMIÈRE
Cependant, comme il est on des quatre principes généraux de la vie dans tous les êtres vivans, qu'on le découvre souvent dans les autres dans un état de repos , et qu'il n'en est aucun , comme nous le verrons , qui n'ait ou des organes ou des parties disposés pour affaiblir ou pour multiplier ses effets, nous le reconnaissons non-seulement comme élément, mais comme le premier agent de la nature. Du feu je passerai à l'air. J'examinerai la qualité qu'il a de s'étendre et de se resserrer, de s'échauffer et de se refroidir ; et les effets de cette grande couche d'air glacial qui environne notre globe à une lieue environ de sa surface , et dont ou n'a dédoit jusqu'ici l'explication de presque aucun phénomène. Je considérerai ensuite les effets de l'eau : de quelle manière la chaleur l'évaporé et le froid la fixe ; ses diverses existences : de volatilité dans l'air , en nuages, en rosées et en pluies; de fluidité sur la terre, en rivières et en mers; de solidité sur les pôles et sur les hautes montagnes , en neiges et en glaces. J'observerai comment les mers, qui sont les grands réservoirs de cet élément , sont distribuées par rapport au soleil; comment elles reçoivent de lui , par la médiation de l'air, une partie de leurs mouvemens; de quelle manière elles renouvellent sans cesse leurs eaux au moyen des glaces accumulées sur les pôles, dont la fusion annuelle et périodique entretient leurs cours, aussi constamment que la fusion des
que Bernardin de Saint-Pierre publia ses Études, on croyait encore que le feu , l'air, l'eau et la terre étaient des corps simples ; mais les belles expériences de Lavoisier changèrent la face de la science, et dévoilèrent bien des erreurs. II fit voir que l'eau est composée de deux gaz , l'hydrogène et l'oxygène; que l'air dans lequel nous sonunes plongés est un mélange de vingt et une parties de ce même oxygène, de soixante-dix-huit d'azote, et d'un peu de gaz acide carbonique. Ces gaz entrent dans la composition des corps , et l'histoire de leurs diverses combinaisons est presque toute l'histoire de la chimie. Plusieurs terres s'annoncent aussi comme des substances simples, et sont placées au nombre des élémeiis. Quant au feu, il a la plus grande analogie avec la lumière , qui est composée de rayons dont les propriétés sont distinctes : cependant on ne sait point encore s'il doit être placé parmi les corps simples ou composés.' Gomme dans le cours de l'ouvrage le mot élément est quelquefois appliqué à l'air, à l'eau et au feu, nous avons cru devoir rappeler ici l'état actuel de la science , afin de ne pas être obligé de répéter plusieurs fois les mêmes observations. Cependant il est utile de remarquer que toules ces découvertes éprouvent chaque jour des modifications nouvelles. La complication de la nomenclature , des classifications et des expériences , annonce une science dont les bases sont loin d'être fixées. Telle est la variation de nos idées dans les sciences les plus positives , qu'il peut venir un moment où^ cette note, qui ne présente aiùourd'bui que des faits, ne présente phis que des erreurs. Ainsi chaque année nous changeons d'incertitudcs;'et ce.qui prouve notre faiblesse , c'est que nous "ne manquons Jamais fie prendre la dernière pour la vérité. (A.-M.)
glaces qui sont sur les sommets des hautes montagnes entretient et renouvelle les eaux des grands fleuves. J'en déduirai l'origiue des marées, des moussons de l'Inde, et des courans principaux de l'Océan. Je hasarderai ensuite mes conjectures sur la quantité d'eaux qui environnent la terre dans les trois états de volatilité , de fluidité et de solidité ; et j'examinerai s'il est possible qu'étant toutes réunies dans un état de fluidité , elles couvrent entièrement le globe. Je considérerai de quelle manière toutes les parties de la terre, c'està-dire de l'élément aride, sont distribuées par rapport au soleil; de sorte qu'il n'y a aucun entonnoir de vallée , n'y aucun escarpement de rocher qui n'en soit vu dans quelque saison de l'année , et qui ne soit disposé en même temps dans l'ordre le plus convenable pour multiplier sa chaleur, ou pour l'affaiblir, soit par sa forme, soit même par sa couleur. Je ferai voir que malgré l'irrégularité apparente des diverses parties de ce globe, elles sont opposées avec tant d'harmonie aux différens cours de l'air , qu'il n'en est aucune où il ne souffle tour à tour des venis chauds, froids, secs et humides; que les vents froids soufflent le plus oonstanunent dans les pays chauds, et les vents chauds dans les pays froids ; que ces mêmes pays réagissent à leur tour sur l'air , en sorte que la cause des vents n'est \}as, comme on le croit communément, aux lieux d'où ils partent, mais à ceux où ils arrivent. Je parlerai ensuite de la direction des montagnes, de leurs pentes et de leurs aspects par rapport aux lacs et aux mers où leurs chaînes sont toutes ordonnées pour en recevoir les émanations, et de la matière qui les attire et les flxe autour de leurs pics, qui sont comme autant d'aiguilles électriques. J'examinerai enfin par ((ueUe raison la nature a divisé ce globe en deux hémisphères , et quels moyens elle emploie pour accélérer ou retarder le cours des fleuves, et protéger leur embouchure contre les mouvemens et les courans de l'Océan. Je traiterai des bancs, des écueils, des rochers, des îles maritimes et fliiviatiles; et je démontrerai, j'ose dire jusqu'à l'évidence, que ces portions détachées do continent n'en sont pas plus des mines, que les baies, les golfes et les méditerranées ne sont des irruptions de la mer. Je terminerai cette partie par indiquer les principaux agens dont la nature se sert pour réparer ses ouvrages ; comment elle emploie le feu pour purifler , au moyen des tonnerres , l'air souvent chargé de méphitisme pendant les chaleurs de l'été ; et les eaux des grands lacs et des mers , par des volcans qu'elle a placés dans leur voisinage, à l'extrémité de leurs courans, et qu'elle a multi-
PLAN DE L'OUVRAGE
plies dans les pays chauds; comment elle nettoie les faassinsde ces mêmes eaiix, qui seraient en peu de sièdes comblés par les dépouilles de la terre , au moyen des tempêtes et des ouragans qui en bouleversent le fond , et couvrent leurs rivages de débris ; et comment , après avoir rendu ces débris à leors premiers élémens, par les feux de l'air, des folcans , et le mouvement perpétuel des flots qui les rédmt en sable et en poudre impalpable sur les battis de la mer, elle en répare, par la voie des Teats el des attractions , les montagnes sans cesse dégradées par lés pluies et par les torrens. Je fe> rai Toîr enfin que, malgré les masses énormes des montagnes , les profondeurs des vallées , les mers tempétneoses , et les températures les plus opposées qm entrent dans la distribution de ce globe , la communication de toutes ses parties a été rendue tefle à un être aussi petit et aussi faible que rhomme, et n*est possible qu'à lui seul. Cette dem^re vue me fournira quelques conjectures carienses sur les premiers voyages du genre bumain. Je me flatte d'en avoir dit assez pour montrer, dans ce simple aperçu , que la même intelligence dont nous admiroas les ouvrages dans les plantes et dans les animaux , préside encore à l'édifice que nous babitoris. Jusqu'ici on n'a considéré la terre que dans un état de ruines , et c'est ce préjugé qui rend l'étude de la géographie si aride; mais j'ose dire que quand on aura lu mes foibles observations, le cours d'un ruisseau, sur une carte, paraîtra plus agréable que le port d'une plante dans un herbier , et la topographie d'un lieu aussi intéressante que son paysage.
Dans la troisième partie de cet ouvrage , je montrerai comment les diverses parties des plantes sont ordonnées avec les l'iémens, de manière que, loin d'en être une production nécessaire, comme font prétendu quelques philosophes , elles sont au contraire presque toujours opposées à leur action. Je rapporterai donc leurs fleurs au soleil ; l'épaisseur de leurs écorces, les cuirs qui couvrent leurs bourgeons, les poils, les duvets et les résines dont elles sont revêtues , à l'absence de sa chaleur ; la souplesse ou la roidcur de leurs liges, aux diverses impulsions de l'air; leurs feuilles, aux eaux du ciel; enfin leurs racines , aux sables , aux vases , aux roches, par leur chevelu , leurs pivots et leurs longs cordages. Ce dernier rapport des plantes avec la terre est à mon gré un des principaux de tous, quoique le moins observé, parce qu'il n'y en a aucune qui n'y soit attachée , soit qu'elle flotte dans l'eau, on qu'elle se balance dans l'air; qu'elles en tirent toutes une partie de leur nourriture , et qu'elles réagissent à leur tour sur la terre, par
leurs ombrages qui en entretiennent la frafcheor, par leurs dépouilles qui la fertilisent , et par leani racines qui en fortifient les différentes couches. Cependant je m'en tiendrai aux caractères extérieurs par lesquels la nature semble les répartir en différens genres. Leur caractère principal est fbrt difficile à déterminer, non-seulement parce que la plante la plus simple réunit beaucoup de relations différentes avec tous les élémens , mais parce que la nature ne place le caractère de ses ouvrages dans aucune de leurs parties , mais dans leur ensemble. Nous chercherons donc celui de chaque plante daas sa graine, qui , comme principe, doit réunir tout ce qui convient à son développement, et déterminer au moins Télément où elle doit nal • tre. Ainsi celles qui ont des graines très-volatiles, ou accompagnées d'aigrettes, d'ailerons, de volans, etc. , seront rapportées à l'air. Elles naissent en effet aux lieux battus des vents , comme la plupart des graminées, des chardons , etc. Celles qui ont des nacelles, des nageoires et diffërens moyens de flotter, seront assignées à l'eau : non-seulement comme les fucus, les algaes et les plantes marines, mais comme les cocotiers , les noyers , les amandiers et les antres végétaux de rivage. Enfin celles qui, par leur rondeur et les autres variétés de leurs formes, sont propres à rouler , à s'élancer, à s'accrocher, etc., et sont susceptibles de plusieurs autres mouvemens , appartiendront à la terre proprement dite. Ce rapport des plantes à la géographie nous offre à la fois un grand onlre fecile à saisir , et une multitude de divisions très-agréables à parcourir eh détail. D'abord leurs genres se trouvent divisés, comme ceux des animaux, en aériens, en aquatiques et en terrestres. Leors classes sont réparties aux zones et aux degrés de latitude de chaque zone; telles sont, au midi, la classe des pabniers , et au nord celle des sapins ; et leurs espèces aux territoires de chaque zone, à ses plaines, montagnes , rochers , marais , etc.. Ainsi , dans la classe des palmiers , le cocotier des' rivages de la mer , le latanier de ses grèves , le dattier des rochers, le palmiste des n^ntagnes, etc., couronnent les divers sites de la zone torride; tandis que dans celle des sapins, les pins, les épicéas, les mélèzes , les cèdres, etc., se partagent l'empire du nord. Cet ordre, en plaçant chaque végétal dans son lien naturel, nous donne encore les moyens de reconnaître l'usage de toutes ses parties, et j'ose dire les raisons qui ont déterminé la nature à en varier la forme, et à créer tant d'espèces du même genre et tant de variétés de la même espèce, en nous découvrant les convenances admirables qu'elles ont dans chaque latitude avec le soleil , les vents , les
ÉTUDE PREMIÈRE
Cependant, comme il est un des quatre principes généraux de la yie dans tous les êtres vivans, qu'on le découvre souvent dans les autres dans un état de repos , et ({u'il n'en est aucun , comme nous le verrons , qui n'ait ou des organes ou des parties disposés pour affaiblir ou pour multiplier ses effets, nous le reconnaissons non-seulement comme élément, mais comme le premier agent de la nature. Du feu je passerai à l'air. J'examinerai la qualité qu'il a de s'étendre et de se resserrer, de s'échauffer et de se refroidir ; et les effets de cette grande couche d'air glacial qui environne notre globe à une lieue environ de sa surface , et dont on n'a déduit jusqu'ici l'explication de presque aucun phénomène. Je considérerai ensuite les effets de l'eau : de quelle manière la chaleur l'évaporé et le froid la fixe ; ses diverses existences : de volatilité dans l'air , en nuages, en rosées et en pluies ; de fluidité sur la terre, en rivières et en mers; de solidité sur les pôles et sur les hautes montagnes , en neiges et en glaces. J'observerai comment les mers, qui sont les grands réservoirs de cet élément , sont distribuées par rapport au soleil; comment elles reçoivent de lui , par la médiation de l'air, une partie de leurs mouvemens; de quelle manière elles renouvellent sans cesse leurs eaux au moyen des glaces accumulées sur les pôles, dont la fusion annuelle et périodique entretient leurs cours , aussi constamment que la fusion des
que Bernardin de Saiut-Pierre publia ses Études, on croyait encore que le feu , l'air, l'eau et la terre étaient des corps simples ; mais les l)elles expériences de Lavoisier changèrent la face de la science, et dévoilèrent bien des erreurs. U fit voir que l'eau est composée de deux gaz , l'hydrogène et l'oxygène; que l'air dans lequel nous sommes plongés est un mélange de vingt et une parties de ce même oxygène, de soixante-dix-huit d'azote, et d'un peu de gaz acide carbonique. Ces gaz entrent dans la composition des corps , et l'histoire de leurs diverses combinaisons est presque toute l'histoire de la chimie. Plusieurs terres s'annoncent aussi comme des substances simples, et sont placées au nombre des élémens. Quant au feu , il a la plus grande analogie avec la lumière , qui est composée de rayons dont les propriétés sont disUnctes : cependant on ne sait point encore s'il doit être placé parmi les corps simples ou composés.* Gonune dans le cours de l'ouvrage le mot élément est quelquefois appliqué à l'air, à l'eau et au feu , nous avons cru devoir rappeler ici l'état actuel de la science, afin de ne pas être olil'igé de répéter lilusienrsfois les mêmes observations. Cependant il est utile «le remarquer que toutes ces découvertes éprouvent chaque jour des modifications nouvelles. La complication de la nomenclature , des claissifications et des expériences , annonce une science dont les bases sont loin d'être fixées. Telle est la variation de nos idées dans les sciences les plus positives , qu'il peut venir un moment où^ cette note, qui ne présente aigourd'hu! que des faits, ne présente phis que des erreurs. Ainsi chaque année nous changeons d'incertitudes;. et ce.qui prouve notre faiblesse , c'est que nous «ne manquons jamais de prendre la dernière pour la vérité. (A.-M.)
glaces qui sont sur les sommets des hautes montagnes entretient et renouvelle les eaux des grands fleuves. J'en déduirai l'origine des marées, des moussons de l'Inde, et des courans principaux de l'Océan. Je hasarderai ensuite mes conjectures sur la quantité d'eaux qui environnent la terre dans les trois états de volatilité , de fluidité et de solidité ; et j'examinerai s'il est possible qu'étant toutes réunies dans un état de fluidité, elles couvrent entièrement le globe. Je considérerai de quelle manière toutes les parties de la terre, c'està-dire de l'élément aride, sont distribuées par rapport au soleil; de sorte qu'il n'y a aucun entonnoir de vallée , n'y aucun escarpement de rocher qui n'en soit vu dans quelque saison de l'année , et qui ne soit disposé en même temps dans l'ordre le plus convenable pour multiplier sa dialenr, ou pour l'affoiblir, soit par sa forme, soit même par sa couleur. Je ferai voir que malgré TiiTégularité apparente des diverses parties de ce globe , elles sont opposées avec tant d'harmonie atix différens cours de l'air , qu'il n'en est aucune où il ne souffle tour à tour des vents chauds, fïroids, secs et humides; que les vents froids soufQent le plus constamment dans les pays chauds, et les vents diauds dans les pays froids ; que ces mêmes pays réagissent à leur tour sur l'air , en sorte que la cause des vents n'est lias, comme on le croit communément, aux lieux d'où ils partent, mais à ceux où ils arrivent. Je parlerai ensuite de la direction des montagnes, de leurs pentes et de leurs aspects par rapport aux lacs et aux mers où leurs chaînes sont toutes ordonnées pour en recevoir les émanations, et de la matière qui les attire et les flxe autour de leurs pics, qui sont conune autant d'aiguilles électriques. J'examinerai enOn par (|uelle raison la nature a divisé ce globe en deux hémisphères , et quels moyens elle emploie pour accélérer ou retarder le cours des fleuves, et protéger leur embouchure contre les mouvemens et les courans de l'Océan. Je traiterai des bancs, des écueils, des rochers, des îles maritimes et fluviatiles; et je démontrerai, j'ose dire jusqu'à l'évidence, que ces portions détachées du continent n'en sont pas plus des mines, que les baies, les golfes et les méditerranées ne sont des irruptions de la mer. Je terminerai cette partie par indiquer les principaux agens dont la nature se sert pour réparer ses ouvrages ; comment efle emploie le feu pour purifler, au moyen des tonnerres, l'air souvent chargé de méphitisme pendant les chaleurs de l'été ; et les eaux des grands lacs et des mers , par des volcans qu'elle a placés dans leur voisinage, à Tcxtrémité de leurs courans ^ et qu'elle a mulli-
PLAN DE L'OUVRAGE
plies dans les pays chauds ; comment elle nettoie les bassiasde ces mêmes eaux, qui seraient en peu de sièdes comblés par les dépouilles de la terre , au moyen des tempêtes et des ouragans qui en bouIcTcrsent le fond , et couvrent leurs rivages de débris ; et comment , après avoir rendu ces débris â leurs premiers élémens, par les feux de Tair, des volcans , et le mouvement perpétuel des flots qui les rédnit en sable et en poudre impalpable sur les bords de la mer, elle en répare, par la voie des vents et des attractions , les montagnes sans cesse d^radées par lès pluies et par les torrens. Je ferai voir enfin que, malgré les masses énormes des montagnes , les profondeurs des vallées , les mers tempétueuses , et les températures les plus opposées qui entrent dans la distribution de ce globe , la conmiunication de toutes ses parties a été rendue focile à un être aussi petit et aussi faible que Fhomme, et n'est possible qu'à lui seul. Cette dernière vue me foumiiti quelques conjectures enrieuses sur les premiers voyages du genre bnmain. Je me flatte d'en avoir dit assez pour montrer , dans ce simple aperçu , que la même intelligence dont nous admirons les ouvrages dans les liâmes et dans les animaux , préside encore à l'édifice que nous habitods. Jusqu'ici on n'a considéré la terre que dans un état de ruines , et c'est ce préjugé qui rend l'étude de la géographie si aride; mais j'ose dire que quand on aura lu mes faibles observations, le cours d'un ruisseau, sur ane carte, paraîtra plus agréable que le port d'une plante dans un herbier , et la topographie d'un lieu aussi intéressante que son paysage.
Dans la TRorsiÈME partie de cet ouvrage, je montrerai comment les diverses parties des plantes sont ordonnées avec les Siemens, de manière que, loin d'en être une production nécessaire, comme l'ont prétendu quelques philosophes, elles sont au contraire presque toujours opposées à leur action. Je rapporterai donc leurs fleurs au soleil ; l'épaisseur de leurs écorces, les cuirs qui couvrent leurs bourgeons, les poils, les duvets et les résines dont elles sont revêtues , à l'absence de sa chaleur ; la souplesse ou la roideur de leurs tiges, aux diverses impulsions de l'air; leurs feuilles, aux eaux du ciel ; enfin leurs racines , aux sables , aux vases , aux roches, par leur chevelu , leurs pivots et leurs longs cordages. Ce dernier rapport des plantes avec la terre est à mon gré un des principaux de tous, quoique le moins observé, parce qu'il n'y en a aucune qui n'y soit attachée , soit qu'elle flotte dans l'eau, ou qu'elle se balance dans l'air; qu'elles en tirent toutes une partie de leur nourriture , et qu'elles réagissent à leur tour sur la terre, par
leurs ombrages qui en entretiennent la fratcheor , par leurs dépouilles qui la fertilisent , et par leurs racines qui en fortifient les différentes couches. Cependant je m'en tiendrai aux caractères extérieurs par lesquels la nature semble les répartir en différens genres. Leur caractère principal est fort difficile à détermmer, non-seulement parce que la plante la plus simple réunit beaucoup de relations différentes avec tous les élémens , mais parce que la nature ne place le caractère de ses ouvrages dans aucune de leurs parties , mais dans leur ensemble. Nous chercherons donc celui de chaque plante daas sa graine, qui , comme principe, doit réunir tout ce qui convient à son développement, et déterminer au moins Télément où elle doit nal • tre. Ainsi celles qui ont des graines très- volatiles , ou accompagnées d'aigrettes, d'ailerons, de volans, etc. , seront rapportées à l'air. Elles naissent en effet aux lieux battus des vents , comme la plupart des graminées, des chardons , etc. Celles qui ont des nacelles, des nageoires et différens moyens de flotter, seront assignées à l'eau : non-seulement comme les fucus, les algaes et les plantes marines, mais comme les cocotiers , les noyers , les amandiers et les autres végétaux de rivage. Enfin celles qui , par leur rondeur et les autres variétés de leurs formes, sont propres à rouler , à s'élancer, à s'accrocher, etc., et sont susceptibles de plusieurs autres mouvemens , appartiendront à la terre proprement dite. Ce rapport des plantes à la géographie nous offre à la fois un grand ordre fecile à saisir , et une multitude de divisions très-agréables à parcourir eh détail. D'abord leurs genres se trouvent divisés , comme ceux des animaux, en aériens, en aquatiques et en terrestres. Leurs classes sont réparties aux zones et aux degrés de latitude de chaque zone; telles sont, au midi, la classe des pabniers , et au nord celle des sapins ; et le-urs espèces aux territoires de chaque zone, à ses plaines, montagnes , rochers , marais , etc.. Ainsi , dans la classe des palmiers , le cocotier des' rivages de la mer , le lalanier de ses grèves , le dattier des rochers, le palmiste des montagnes, etc., couronnent les divers sites de la zone torride; tandis que dans celle des sapins, les pins, les épicéas, les mélèzes , les cèdres, etc., se partagent l'empire du nord. Cet ordre, en plaçant chaque végétal dans son lieu naturel, nous donne encore les moyens de reconnaître l'usage de toutes ses parties, et j'ose dire les raisons qui ont déterminé la nature à en varier la forme, et à créer tant d'espèces du même genre et tant de variétés de la même espèce, en nous découvrant les convenances admirables qu'elles ont dans chaque latitude avec le soleil , les vents , les
KTLDE PREMIÈKK.
eaux et la ten-e. Ou peul entrevoir, par ce plan , quel jour la géographie peut répandre sur l'étiule de la botanique, et de quelle lumière à son tour la botanique peut éclairer la géographie; car je suppose qu'on vint à faire des cartes botaniques où , par des couleurs et des signes, on représentât dans chaque pays le r^e de chaque végétal qui y croit, en en déterminant le centre et les limites, on apercevrait d'abord la fécondité propre à chaque terrain. Celte connaissance donnerait de grands moyens d'économie rurale, puisqu'on pourrait^bstituer aux plantes indigènes qui y seraient les plus communes et les plus vigoureuses , celles de nos plantes domestiques qui sont de la même espèce, et qui y réussiraient à coup sûr. De plus, ces différentes classesde végétaux nous y présenteraient les degrés d'humidité, de sécheresse , de froid, de chaleur et d'élévati(Hi de chaque territoire , avec une précision à laquelle ne peuvent atteindre les baromètres, les thermomètres et les autres instruraens de notre physique. J'omets une multitude d'autres rapporls d'agrément et d'utilité qui en résulteraient , et que nous tâcherons de développer dans leur lieu.
Dans la quatrième partie , qui traitera des ' animaux, nous suivrons la même marche. Nous présenterons d'abord leurs relations avec les élémens. En commençant par celui du feu, nous considérerons les rapports qn'ils ont avec l'astre qui en est la source, par leurs yeux garnis de paupières et de cils, pour modérer l'éclat de sa lumière ; par cet état d'engourdissement appelé sommeil , dans lequel la plupart d'entre eux tombent lorsqu'il n'est plus sur l'horizon, et par la couleur de lenr peau et l'épaisseur de leurs fourrures, ordonnées à son éloignement. Nous suivrons ensuite ceux qu'ils ont avec l'air, par leur attitude, leur pesanteur , leur légèreté, et les organes de la respiration ; avec l'eau , par les différentes courbures de leur corps, l'onctuosité de leurs poils et de leurs plumes, leurs écailles et leurs nageoires; enfin avec la terre, par la forme de leurs pieds, tantôt fourdius ou armés de pointes et de crochets pour les sols durs , tantôt larges ou garnis de peaux pour les sols qui cèdent aisément; et par les autres moyens de progression, que la nature a autant variés ({ue les obstacles qu'ils avaient à surmonter. Sur quoi nous observerons, comme dans les plantes, que tant de configurations si différentes, loin d'être dans les animaux des effets mécaniques de l'action des élémens dans lesquels ils vivent, sont, au contraire , presque toujours en raison inverse de ces mêmes causes. Ainsi, par exemple, beaucoup de pok<ions sont revêtus d'âpres et dures co-
quilles au sein des eaux, et beaucoup d'animaux qui habitent les rodiers sont couverts de moUes fourrures. Nous diviserons donc les animaux comme les végétaux, eu rapportant leur genre aux élémens , leurs classes aux zones, et leurs espèces aux divers territoires de chaque zone. Cet ordre met d'abord chaque animal dans son lieu naturel ; mais nous l'y fixerons d'une manière encore pluA précise et plus intéressante , en rapportant son espèce à l'espèce de plante qui est la plus commune.
La nature elle-même nous indique cet ordre : elle a ordonné aux plantes l'odorat, les bouches , les lèvres, les langues, les mâchoires, les dents ^ les becs, l'estomac, la chylification , les sécrétioiis qui s'ensuivent, enfin l'appétit et l'instinct des animaux. On ne peut pas dire , â la vérité, que chaque espèce d'animal vive dans une seule espèce de plante; mais on peut se convaincre, par Texpérience, que chacun d'eux en préfère une à toutes les autres, quand il peut se livrer â son choix. C'est surtout dans la saison où ils font leurs petits, qu'on peut remarquer cette préférence. Ils se déterminent alors pour celle qui leur donne à la fois des nourritures, des litières et des abris dans la plus parfaite convenance. C'est amsi que le chardonneret affectionne le diardon, dont il a pris son nom, parce qu'il y trouve un rempart dans ses feuilles^ épineuses, des vivres dans sa semence , et de quoi bâtir son nid dans sa bourre. L'oiseau-mouche de la Floride préfère, par de semblables raisons , la bignonia; c'est une plante sarmenteuse qui s'élève a la hauteur des plus grands arbres , et qui en cour vre souvent tout le tronc. Il fait son nid dans une de ses feuilles, qu'il roule en cornet; il trouve sa vie dans ses fleurs rouges, semblables à celles de la digitale, dont il lèche les glandes nectarées; il y enfonce son petit corps, qui parait dans ces fleur» comme une émeraude enchâssée dans du corail; et il y entre quelquefois si avant, qu'il s'y laisse lureudre. C'est donc dans les nids des animaux que nous diercherons leurs caractères, comme nous avoan cherché celui des plantes dans leui's graines. C'est là que l'on peut reconnaître l'élément où ils doivent vivre , le site qu'ils doivent habiter, les alimens qui leur sont propres, et les pi-emières leçons d'industrie, d'amour ou de férocité qu'ils reçoivent de leurs parens. Le (ïlan de leur vie est renfermé dans leurs berceaux. Quelque étranges que paraissent ces mdications, elles sont celles de la nature, qui semble nous dire que nous reconnaîtrons le caractère de ses enfans comme le sien propre dans les fruits de l'amour , et dans les soins qu'ils |>rennent de leur postérité. Souvent elle
PLAX DE LOCVRAGE.
m Ycgélafe d une Tîe ■ÉBMS dcstÎBfes. Ooles lie 11 wêmf oiM|iK, fdurr^ se ëévcio|iper , « ftapâgcr H nourir. Cest dm le qa'elesoifrenl.sijroseéire, lesm^ Tandis qu'une plante développe snceesîvcnKnt ses^gcnnes, ses boitfons^ ses flensH sesfrniis, on insecte se montre sur son fnriMiçr tour à toor «of, Ter« nyn^ihe et papillon, qui renfcme, cooune ses pères, les semenees de a portàîiê avw odes de U plante qui Fa nonm. Cest ainsi qoeU fiide, moins raerreilense qne la nature, renfènnait sous réooite des chênes la lie des diyades. Ces nppoits sont si frappans dans 1rs insectes, que les naturalistes eox-mteeSy malgré leur nombre prodifôeux de dasses isolées et sHis détermination , en ont caractérisé quelquesuns par le nom de la plaiMe où 3s Tirent; tek sont la cbeniDedn titfajmale et le Ter4-soie du mener. Mais je ne crois pas qu'il y ait un seul ammal qui s'écaite de ce plan , sans en excepter même les caniivores. Quoique U Tie de cenx-d paraisse en quelque sorte grefiee sur celle des espèces TîranleSy il n'y a aucun d'entre eux qui ne bsse usage de quelque espèce de Tégétal. Cest ce qu'on peut ob-
\ non-seidemem dans les chiens qui painent le chiendent , et dans les loups, les renards, les oiseaux de proie, qui mangent des plantes qui ont pris d'eux leurs noms; niaisdans les poissons même de la mer , qui sont tout-à-fiut étrangers à notre élén^ent. Os sont attirés d'abord SOT nos ri^aj^es par les insectes dont ils recueillent les déponiUes; ce qui établit entre eux et les Tégétanx des rapports intermédiaires; ensuite par les plantes dles^nèmes:car la plupart ne viennent frayer sur nos côtes que lorsque certaines espèces y sont en fleur ou en fructification. Si elles riemient à y être détruites. Us s'en élo^çnent. Denis, gouverneur do Canada , rapporte , dans son Histoire mtihwelh de r^mrrique septeniriomale ^ , que les morues qui fréquentaient en foule les côtes de IHe de Miscoo, y disparurent en i669, parce que rannée précédente les Ibrêts en avaient été consumées par un incendie. Il remarque que la même cause avait produit le même effet endiUérens lieux. Quoiqu'il attribue la fiûle de ces poissons aux effets particuliers do £eu, et que cet écrivain soit d'aiUetnrs plein d'intelligence, nous prouverons, par d'autres observations curieuses, qu'elle fut occasionée par b destruction du végétal qm les attirait au rivage. Ainsi tout est lié dai» b nature **, Les bones, les
* Tome il , dup. lia . inse 330.
** Lj mêiDe cause peut produire le mèoie eflrt sur les oi«
dryades et les nmiilcs s'y donnwit la main. Quel spedade channant nous offrirait une aoologie h»taniqne! Que dlarmonies inconnues se reièleraient d*uneplante sur son animal, et d^unanimii sur sa plante! Que île beautés pittoresques s*v dé^ couvriraient ! Que de rebtiotts d*utililé de toute espère en résulteraient pour nos plaisirs et nos besoins! Il ne faudrait qu^une plante nouveUe tians nos champs pour attirer de mtnveaux oiseaux dans nos bueîaquets , et des poissons intoimus à Fembouchurede nos fleures. Ne pourrait-on pas même accroître la bmille de nos animaux domestiques, en peupbnt le voisinage des glaciers des hantes montagnes du Dauphiné et de l'Auvergne avec des troupeaux de reimes si utiles dans le nord de FEurope , ou avec des lamas du Pérou , qui se plaisenl au pied des neiges des Andes, et que la nature a revêtus de la plus belle des laines ? Quelques mousses, quelques joncs de leurs pays sufliraicat poiv les fixer dans le nôtre. A U vérité, on a souvent tenté d'élever dans nos parcs des animaux étrangers, en observant même de choisàr les espèces dont le climat approchait le plus du nôtre; mais ils y ont bientôt dépéri, parce qu^on avait oublié de transpbnter avec eux le végétal qui leur était propre. On les voyait tot^ours inquiets, la tête baissée, gratter la terre, et lui redemander en soupirant la nourriture qu'ils avaient perdue. Une herbe eût suffi pour les cahner, en leur rappelant les goûts du premier âge, les vents qui leur étaient connus, et les doux ombrages de la pairie ; moins malheureux toutefois que les homuH s , qui n'en peuvent perdre les regrets qu'en en perdant entièrement le souvenir.
Dans te ciivqciême PAariB , nous parierons de l'homme. Chaque otivrage de la nature ne ihhis a
aqualMiQes. Sonolnl rapporte, d'après un ohsenraleur Iwlanilais . qne des conaorans {peJetamms cwrho , LinQ fiii- ■ùtnt autrefois leurs nids dans TépaisM iorét de Sevenhois . mais <|ue leurs nombreuses peuplades disparurent arec let artires antiques qui les protégèrent La colonie entière ala s'établir dans un de ces terrains inondés que les iJollandais appellent |io/iirr« : c'est U que leurs nid», poaéssur des louF> iâ de joncs et de roseaux, s'éièrent de distance en distance comme de petites Hes , de sorte qne ce potder a de luin l'aspect le plus singulier.
lies habîtans du pays se sont bit un revenu asseï constd^ rable de la vmte des oenfc de ces oiseaux . que les boulangers recbercbent beaucoup, parce que leur emploi donne une quaBté supérieure au biscuit de mer.
Chaque Jour, des volées innombrables de cormorans se dûpersent, et se partagent, pour ainsi dire, les eaux du pays; les m» se Jettent sur la mer de Harlem, d'autres sur le Wael. leLedL.lalleuseoul'Tssel: d'autres enfin sur les étangs et lesmarabiituésà quelques lieue». Mais un fait digne de remarque, et qui est attesté par les pécheurs, c'est qu'ils ne louchent jamais aux poissons des eaux qui Mmt à portée de leur habitation. (A.-M.:
ÉTUDE PREMIÈRE
présenté jasqu'ici que des relations particulières ; l'homme nous en offrira d'universelles. Nous examinerons d'abord celles qu'il a avec les élémens. En commençant par celui de la lumière et du feu, nous observerons que ses yeux ne sont pas tournés vers le ciel, comme le disent les poètes, et même les philosophes, mais à l'horizon, en sorte qu'il voit à la fois le ciel qui l'éclalre , et la terre qui le porte. Ses rayons visuels embrassent à peu près la moitié de l'hémisphère céleste et de la plaine où il marche, et leur portée s'étend depuis le grain de sable qu'il foule aux pieds, jusqu'à l'étoile qui brille sur sa tète, à une distance qu'on ne peut assigner. Il n'y a que lui qui jouisse du jour et de la nuit, et qui puisse vivre dans la zone torride et dans la zone glaciale. Si quelques animaux partagent avec lui ces avantages , ce n'est que par ses soins et sous sa protection; il ne les doit qu'à l'élément du feu , dont il est seul le maître. Quelques écrivains ont prétendu que les animaux pouvaient s'en servir, et que les singes en Amérique entretenaient les feux que les voyageurs allumaient dans les forêts. U est constant qu'ils en aiment la chaleur, et qu'ils viennent s'y chauffer dès qu'ils n'y voient plus d'hommes. Mais, puisqu'ils en ont senti l'utilité , pourquoi n'en ont-ibi pas conservé l'usage? Quelque simple que soit la manière de l'entretenir, en y mettant du bois, aucun d'eux ne s'élèvera jamais à ce degré de sagacité. Le chien, bien plus intelligent que le singe , témoin chaque jour des effets du feu , accoutumé dans nos cuisines à ne vivre que de chair cuite, ne s'avisera jamais, si on lui en donne de crue, de la porter sur les charbons du foyer. Quelque faible que paraisse cette barrière qui sépare l'homme de la brute, elle est insunnontable aux animaux. C'est par im bienfait de la Providence pour la sûreté commune; car, que d'incendies imprévus et irréparables arriveraient si le feu était en leur disposition ! Dieu n'a confié le premier agent de la nature qu'au seul être capable d'en faire usage par sa raison. Pendant que quelques historiens l'accordent aux bétes, d'autres le refusent aux hommes. Ils disent que plusieurs peuples en étaient privés avant l'arrivée des Européens dans leur pays. Ils citent en preuve les liabitans des Iles Mariannes, autrement dites Iles des Larrons * , par une dénomination calomnieuse si commune à nos navigateurs : mais ils ne fondent cette assertion que sur une supposition; c'est sur Tétonnement très-naturel où parurent ces insulaires , loi-squ'ils virent leurs villages incendies par les Espagnols qu'ils avaient bien reçus; et ils
' Voyez l'histoire de leur d«»coiiYrle, par Magellan, dans
8e contredisent en même tem|M, en rapportam qae ces peuples se servaient de canoU qu'Us enduisaient de bitume., ce qui suppose, dans des Sauvages qui ne connaissaient pas le fer, qu'ils employaient le feu pour les creuser, ou au moins pour les espaimer. £nûn, ils ajoutent qu'ils vivaient de riz, dont l'apprêt, quel qu'il soit, en exige nécessairement l'usage. Cet élément est partout nécessaire à l'existence de l'homme dans les dimals les plus diauds. Ce n'est qu'avec le feu qu'il éloigne la nuit les bétes de son habitation; qu'il en diasse les insectes avides de son sang; qu'il nettoie la terre des arbres et des herbes qui la couvrent, et dont les tiges et les troncs s'opposeraient à toute espèce de culture, quand il trouverait d'ailleun le moyen de les renverser. Enûn, dans tout pays, avec le feu U prépare ses alimens, fond les méUux, vitrifie les rochers, durcit l'argile, pétrit le fer, et donne à toutes les productions de la terre ks formes et les combinaisons qui conviennent à ses besoins.
L'utilité qu'il tire de l'air n'est pas moins étendue. U y a peu d'animaux qui puissent, comme lui, le respirer au niveau des mers, et au sommet des plus hautes montagnes. Il est le seul être qui lui donne toutes les modulations dont il est susceptible. Avec sa seule voix , il imite les sifflemens , ks cris et les diants de tous les animaux, et il n'y a que lui qui emploie la parole, dont aucun d'eux ne peut se servir. Tantôt il rend l'air sensible, il le fiût soupirer dans les chalumeaux , gémir dans les flûtes, menacer dans les trompettes, et animer au gré de ses passions le bronze, le buis et les n>seaux : Untôt il en fait son esclave; il le force de moudre, de broyer et de mouvoir à son profit une multitude de machincb ; enfin il l'attelle à son char, et l'oblige de le voiturer sur les flots mêmes de l'Océan.
Cet élément, où ne peuvent vivre k plupart des habitans de k terre , et qui met entre leurs différentes dasses une barrière plus difficile à franchir que les climats, offre à l'homme seul k phis finik des communications. H y nage , il y plonge, il y poursuit les monstres marins dans leurs abimes, il y darde la baleine jusque sous les glaces, et il abordedans toutes ses Ues pour y kire reconnaître sou empire.
Mais il n'avait pas besoin de cdui qu'il exerce sur l'air et sur les eaux pour le rendre univerad. Il lui suffit de rester sur k terre où U est né. La nature a placé son trône sur son berceau. Tout ce
l'Histoire des iles Mariannes, par le père Le Gobien. L II , p. 44 ; et dans celle des Indes ooddenutos, par Herrera , t III, p. 10 et 712.
PLAN DE L'OUVRAGE
qui a Tk Tient y rendre bommage. H n*y a point de végéUl qui n*y attache ses racines , point d*oiseau qoi n'y fiisse son nid, point 'de poisson qui n'y Tienne frayer. Quelque irrégularité qui paraisse à la surface de son domaine, il est le seul être qui soit formé d'une manière propre à en parcourir toutes les parties. Ce qu!il y a d'admirable , c'est qu'il r^ne entre tons ses membres un équilibre si parfait, si difficile à conserver, si contraire aux lois de notre mécanique, qu'il n'y a point de sculpteur qui puisse faire une statue à l'imitation de rhoniroe, plus large et plus pesante par le haut que par le bas, laquelle puisse se soutenir droite et immobOe sur une base aussi petite que ses pieds. Elle serait bientôt renversée par le moindre vent. Que serait-ce donc s'U fallait la faire mouvoir oonune Phomme même ? Il n'y a point d'animaux fioDt le corps se prête à tant de mouvemens différens, et je suis tenté de croire qu'il réunit en lui tous ceux dont ils sont capables , en voyant comme il s'incline, s'agenouille, rampe , glisse, nage, se renverse en arc, fait la roue sur les pieds et sur les mains, se met en boule, court, marche, saute, s'élance, descend, monte, grimpe; enfin comme il est également propre à giavir au sommet des rochers et à marcher sur la surface des neiges, à traverser les fleuves et les forêts, à cueMlir la mousse dés fontaines et le fruit des palmiers , à nourrir l'abeille et à dompter l'éléphant.
Avec tous ces avantages la nature a rassemblé dans sa figure ce que les couleurs et les formes ont de plus aimable par leurs consonnances et par leurs contrastes. Elle y a joint les mouvemens les plus majestueux et les plus doux. C'est pour les avoir bien observés que Virgile a achevé, par un coup de mattre , le portrait de Vénus déguisée parlant à Enée, qui la méconnaît malgré toute sa beauté, mais qui la reconnaît à sa démarche : f^era incessu patuit dea. « A son marcher elle parut une « vraie déesse. » L auteur de la nature a réuni dans l'homme tous les genres de beauté , il en a formé un assemblage si merveilleux , que les animaux, dans leur état naturel, sont frap|>és à sa vue d'amour ou de crainte ; c'est ce que nous prou- TeroaH par plus d'une observation curieuse. Ainsi s'accomplit encore cette parole qui lui donna l'empire dès les premiers jours du monde : « * Que tous » les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel • soient frappés de terreur, et tremblent devant » vous, avec tout ce qui se ment sur la terre. J'ai » mis entre vos mains tous les poissons de la mer. »
Comme il est le seul être qui dispose du feu ,
* Gméte, cap. I, v. 28.
Bernardin;
qui est le principe de la vie, il est encore le seul qui exerce l'agriculture, qui en est le soutien. Tous les animaux frugivores en ont comme lui le besoin, la plupart l'expérience; mais aucun n'en a l'exercice. Le bœuf ne s'avisa jamab de' ressemer les grains qu'il foule dans l'aire , ni le singe le mais des champs qu'il ravage. On va chercher bien loin les rapports que les bêtes peuvent avoir avec l'homme pour lés mettre de niveau , et on écarte ces différences triviales qui mettent sous nos yeux , entre elles et nous , un intervalle incommensurable , et qui sont d'autant plus merveilleuses qu'elles paraissent plus faciles à franchir. Cliacune d'elles est circonscrite dans un petit cercle de végétaux et de moyens propres à les recueillir: elle n'étend point son industrie au-delA de son instinct , quels que soient ses besoins. L'homme seul élève son intelligence jusqu'à celle de la nature. Non-seulement il suit ses plans, mais il s'en écarte : il leur en substitue de nouveaux ; il couvre de vignes et de moissons les lieux destinés aux forêts; il dit au pin de la Virginie et au marronnier de l'Inde : a Vous croîtrez en Europe. » La nature seconde ses travaux , et semble par sa complaisance l'inviter à lui donner des lois. C'est pour lui qu'elle a couvert la terre de plantes; et quoique leurs espèces soient en nombre infini , il n'y en a pas une seule qui ne tourne à son usage. D'abord elle en a tiré de chaque classe pour subvenir à sa nourriture et à ses plaisirs , partout où il voudrait habiter : dans les palmiers de l'Arabie, le dattier; dans les fougères des Moluques, le sagou ; dans les roseaux de l'Asie , la canne à sucre ; dans les solanum de l'Amérique , la pomme-de-terre ; dans les lianes , la vigne; dans les papilionacées , les haricots et les pois : enfin la patate , le manioc , le mais, et une multitude innombrable de fruits , de graines et de racines comestibles, sont distribués pour lui dans toutes les familles des végétaux , et sous toutes les latitudes du globe. Elle a donné aux plantes qui lui sont le plus utiles de croître dans tous les climats; les plantes domestiques , depuis le chou jusqu'au blé, sont les seules qui, comme l'homme, soient cosmopolites. Les autres servent à son lit, à son toit, à son vêtement, à la guérison de ses maux, ou au moins à son foyer. Mais afin qu'il n'y en eiU aucune qui ne fût utile au soutien de sa vie, et que l'éloignement et l'àpreté du sol où elles croissent ne fussent pas des obstacles pour en jouir , la nature a formé des animaux pour les aller chercher , et pour les tourner à son profit.
Ces animaux sont à la fois formés d'une manière admirable pour vivre dans les sites les plus rudes , et animés de l'instinct le plus docile pour se rap-
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iSO
ÉTUDE PREMIÈRE
procherde riioiuiue. Jx; lama du Pérou {gravit avec ses pieds fourchus et armés de deux ergoU les précipices des Andes, et lui rapporle sa toison couleur de rose. Le renne au pied larfçe et fendu parcourt les nei<^s du nord, et remplit pour lui ses mamelles de crème dans des pâturages de mousse. L'âne , le chameau, Féléphant , le rhinocéros, soni repartis pour son service aux. rochers, aux sahles, aux montagnes et aux marais de la zone torride. Tous les territoires lui nourrissent un serviteur; les plus âpres, le plus rohuste; les plus ingrats, le plus patient. Mais les animaux qui réunissent le plus grand nomhre d' utilités sont les seuls qui vivent avec lui par toute la terre. La vache peante paît au fond des vallées ; la hrebis, légère sur les flancs des collines; la chèvre grimpante broute les arbrisseaux des rochers; le porc, armé d'un groin, fouille les racines des marais à Taide des ergots en appendices que la nature a placés au-dessus de ses talons pour Tempêcher d'y enfoncer; le canaid nageur mange les plantes fluviatiles ; la poule, à l'œil attentif, ramasse toutes les graines perdues dans les champs; le pigeon aux ailes rapides, celles des fo- .rèts les plus écartées; et l'abeille économe, jusqu'aux poussières des fleurs. Il n'y a point de coin de terre dont ils ne puissent moissonner toutes les plantes. Celles qui sont rebutées des uns font les délices des autres, et jusqu'aux poisons servent à les engraisser. Le porc dévore la prèle et la jUvStpiianie; la chèvre , le tithymale et la cigué. Tous reviennent le soir à l'habitation de l'homme avec des murmures, des bélemenset des cris de joie, en lui ra|>portant les doux tributs des plantes, changées, par une métamorphose inconcevable , en miel , en lait , en beurre , en œufs et en crème.
Non-seulement l'homme fait ressortir à lui toutes les plantes, mais encore tous les animaux, quoique leur petitesse , leur légèreté , leurs forces , leurs rases , et les élémens mêmes , semblent les soustraire à son empire. A commencer par les légions infinies d'insectes , son canard et sa poule s'en nourrissent. Ces oiseaux avalent jusqu'aux reptiles venimeux, sans en éprouver aucun mal. Son chien lui assujétit toutes les autres bêtes. Ses nombreuses variétés paraissent ordonnées à leurs différentes espèces : le chien de berger, aux loups; le basset, aux renards ; le lémer , aux animaux de la plaine; le matin , à ceux de la montagne; le chien couchant, aux oiseaux; le barbet, aux amphibies : enfin, depuis l'épagneul de Malte, fait pour plaire , jusqu'à ces énormes chiens des Indes qui ne veulent coniliattre que des lions et des éléphans, suivant Pline et Plutarque, et dont la race subsiste encore chez les Tartares , Içurs espèces sont si variées en for-
mes, en grandffnrs et an.inrtinrta ^ qni». j^jAiw» que la nature en a Ifait d'autant de aortes qu'ij^y avait d'espèces d'animaux à subjugaer.^oascroisons les races des diats , des chèvres, des moutoiLs et des chevaux de mille manières; et , malgré toutes nos combinaisons, il n'en sort qoe quelques variétés, qui ne peuvent en aucune fiiçon èlre comparées à celles des chiens.
Tandis que des philosoplies donnent à tontes les espèces de chiens une origine commune, d'autres en attribuent de différentes aux hommes. Ils fondent leur svstème sur la variété des tailles et des couleurs dans l'espèce humaine ; mais ni la couleur, ni la grandeur, ne sont des caractères, au jugement de tous les naturalistes. Selon eux , la pre-, mière n'est qu'un accident; la seconde n'est qu'un plus grand développement de formes. La différence des espèces vient de la différence des proportions : or , elle caractérise celle des chiens. Les proportions de l'homme ne varient nulle part : sa couleur noire entre les tropiques est un simple effet de la chaleur du soleil , qui le rembrunit à mesure qu'il approche de la ligne. Elle est , comme nous le verrons , un bienfait de la nature. Sa taille est constamment la même dans tous les temps et dans tous les lieux , malgré les influences de la nourriture et du climat , (pii sont si puissantes sur les autres animaux. Il y a des races de chevaux et de bœufs d'une grandeur double l'une de l'autre, comme on peut le remarquer en comparant les grands chevauiç d'artillerie tirés du Holstein , aux petits chevaux de Sardaigne qui sont grands comme des moutons; et les gros bœufs de la Flandre aux petits bœufs du Bengale : mais de la plus grande race d'hommes à la plus petite , il y a tout au plas un pied de différence. Leur grandeur est la même aujourd'hui que du temps des Egyptiens, et la même à Arcliangel qu'en Afrique, comme on le peut voir à la grandeur des momies, et à celle des tombeaux des anciens Indiens qu'on trouve en Sibérie le long du fleuve Petzora. La taille, un peu raccourcie des Lapons est, à ce que je présume, un effet de leur vie trop sédentaire; car j'ai obsené parmi nous le même raccourcissement dans les hommes de certains métiers qui demandent peu d'exercice. Celle des Patagons, au contraire, est plus développée que celle des Lapons , quoiqu'ils vivent sous une latitude aussi froide , parce qu'ils s'y donnent beaucoup plus de mouvement. Les Lapons passent la plus grande partie de l'année renfermés au milieu de leurs troupeaux de rennes; les Patagons, au contraire, sont sans cesse errans, ne vivant (|ue de chasse et de pêche. D'ailleurs, les premiers voyageurs qui ont parlé de ces deux peu-
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il'A
pies ont beaucoup exagéré la petitesse des uiis et la grandeur des autres , parce qu'ils ont vu les premiers accroupis dans leurs cabanes enfumées, et les antres dans une position qui agrandit tous les objets, c'est-à-dire de loin, sur les hauteurs de leurs rivages, où ils accourent dès qu'ils voient des Taisseanx , et à travers les brumes qui sont si fréquentes dans leurs climats , et qui , comme on sait, agrandissent tous les coips , surtout ceux qui sont à rhorizon , en réfrangeant la lumière qui les environne. Les Suédois et les Norwégiens , qui habitent des latitudes semblables , où le froid empêche, dit-on , le développement du corps humain , sont de la même taille que les habitaus du Sénégal , où b dialeur, par la raison contraire, devrait le fa- Todser; et les uns et les autres ne sont pas plus grands que nous. L'homnie parjqule Jajeire est an centre de toutes les grandeurs, de tous les inôiiih vCTD^^t de tpotes les harmonies." Sa uîir(r,~siès" membres et ses organes ont des proportions si justes avec tous les ouvrages de la nature , qu'elle les a rendues invariables comme leur ensemble. Il fait à lui seuljm^enrejiui n'a ni classes ni espèces , et qui a raéritéjar^excellence le nom dé genre humain. ÎTforme une véritable familTe, dohtlo'us les membres sont dispersés sur la terre pour en recueillir les productions, et qui peuvent se correspondre d'une manière admirable dans leurs besoins. Nonseulement les hommes ont été unis , daas tous les temps , par les intérêts du commerce , mais par les liens plus sacrés et plus durables de l'humanité. Des sages ont paru en Orient , il y a deux ou trois mille ans , et leur sagesse nous éclaire encore au fond de l'Occident. Aujourd'hui , un Sauvage est opprimé dans un désert de l'Amérique ; 'il fait courir sa flèche de famille en famille , de nation en nation , et la guerre s'allume dans les quatre parties da monde. Nous sonmies toas solidaires les uns pour les autres. Nous reviendrons souvent sur celte grande vérité , qui est la base de la morale des particuliers comme de celle des rois. Le bonheur de chaque homme est attaché au bonheur du genre humain. Il doit travailler au bien général, parce que le sien en dépend. Mais son mtérêt n'est pas le seul motif qui lui fiisse un devoir de la vertu ; fl en doit de plus sublimes leçons à la nature. Comme il est né sans instinct, il a été obligé de fonner son intelligence sur ses ouvrages. Il n'a rien imaginé que d'après les modèles qu'elle lui a présentés dans tous les genres : il a créé des arts mé* caniques d'après l'industrie des animaux ; les arts libéraux et les sciences, d'après les harmonies et les plans mêmes de la nature. Il doit à ses études sublimes une lumière qui n'éclaire aucun animal.
L'instinct ne montre à celui-ci que ses besoins ; mais l'homme seul, du sein d'une ignorance profonde , a connu qu'il y avait un Dieu. Cette connaissance n'a point été particulière aux Socrate et aux Platon ; elle est commune «ux Tartares, aux Indiens , aux Sauvages, aux Nègres, aux lapons, et à tous les hommes : elle est le résultat de toutes les contemplations ^ de celle d'une mousse comme de celle du soleil. C'est sur elle que sont fondées toutes les sociétés du genre humain , s^ns en ex cepter aucune. Comme l'homme a développé son intelligence sur celle de la nature, il a cherché à régler sa morale sur celle de son auteur. Il a senti que pour plaire à celui qui était le principe de tous les biens , il fallait concourir au bien général , et il s'est efforcé dans tous les temps de s'élever à lut parla vertu. Ce caractère religieux, qui le dislingue de tous les êtres sensibles , appartient encore plus à son cœur qu'à sa raison. C'est moins en lui une lumière qu'un sentiment ; car il parait indépendant du spectacle même de la nature, et il se manifeste avec autant de force dans ceux qui en vivent les plus éloignés que dans ceux qui en jouissent continuellement. Les sensations de l'infini , de l'universalité, de la gloire et de l'immortalité , qui en sont les suites, agitent sans cesse les habitans des villes comme ceux des campagnes. L'homme faible, misérable mortel, s'abandonne partout à ces passions célestes. Il y dirige , sans s'en apercevoir, ses espérances, ses craintes, ses plaisirs, ses peines, ses amours; et il passe sa vie à poursuivre ces impressions fugitives de la Divinité, ou à les combattre.
l'elle est la carrière que je me suis proposé de parcourir. Mais comme , dans un long voyage , on aperçoit quelquefois sur la route des lies fleuries au milieu d'un grand fleuve , et des bocages enchantés sur le sommet d'un rocher inaccessible ; de même les pas (|ue nous ferons dans l'iétude de la nature nous ouvriront, le long de notre chemin , des perspectives ravissantes.- Si nous n'y pouvons mettre les pieds, nous y jetterons au moins les yeux. Nous remarquerons que tous les ouvrages de la nature ont des contrastes , des consonnances et des passages qui joignent leur&différens règnes les uns aux autres.
Nous examinerons par quelle magie les contrastes font naître à la fois le plaisir et la douleur , l'amitié et la haine , l'existence et la destruction. C'est d'eux que sort ce grand principe d'amour qui divise tous les individus en deux grandes classes d'objets airaans et d'objets aimés. Ce principe s'étend depuis les animaux et les plantes, qui ont des sexes, jusqu'aux fossiles insensibles , comme les mé^
ÉTUDE PREMIÈRE
taux qui ont des aimans dont la plupart nous sont encore inconnus ; et depuis les sels qui cherchent à se réunir dans les fluides où ils nagent , jusqu'aux globes qui s'attirent mutuellement dans les cieux. Il oppose les individus par les ^xe&^..eli€^^gënres paroles formes , afin d'en tirer une infinité d'harmonies. j)ans les élëmèns, la lumière est upptKMie aux ténèbres , le diaud au froid , la terre à l'eau y et Jeurs accords produisent les jours, les températures et les vues les plus agréables. Dans les végétaux nous verrons , dans les forêts du nord , le feuUlage épais et sombre, l'attitude tranquille et la forme pyramidale des sapins contraster avec la verdure tendre et le feuillage mobile des bouleaux , qui ressemblent , par leurs vastes cimes et leur bases étroites , à des pyramides renversées. Les forêts du midi nous offriront de pareilles liarmonies , et nous les retrouverons jusque dans les herbes de nos prairies. Les^noêmes oppositions régnent dans 1^ animaux j et , saiâ sôilîrISecëùx'qiri nous sonT le plus familiers, la mouche et le papillon , la poule et le canard , le moineau sédentaire et l'hirondelle voyageuse , le cheval foit pour la course et le bœuf pesant, l'àne patient et la chèvre capricieuse, enfin le chat et le chien , contrastent sur nos fleurs , dans nos prairies et dans nos maisons, en formes, en mouvemens et en instincts.
Je ne comprends point dans ces oppositions harmoniques les animaux carnassiers qui font la guerre aux autres. Ils ne sont point ordonnés aux vivans, inais aux morts. J'entends par contrastes ceux que la nature a établis entre deux classes différentes en mœurs , en inclinations et en figures , et auxqueUes cependant elle a donné des convenances secrètes qui les portent, dans l'état naturel, à habiter 1i» mêmes lieux, à se rapprocher les uns des aiîtrês, et à y vivre en paix. Tel est le contraste du cheval , qui aime à s'exercer à la course dans la même prairie où le bœuf se promène gravement en ruminant. Tel est encore celui de l'âne , qui se plait à suivre d'un pas lent et tranquille la chèvre légère jusque dans les rochers où elle grimpe. Depuis la mouche et le papillon jusqu'à l'éléphant et au caméléopard, \ 'In'y a point d'animal sur la terre (jui n'ait son f contraste'j êxoë[^ l'homme.
Les contrastes de l'homme sont aurclfidana.^
lui-même. Dpjix paMJqns opjywiyj;^^ tnii^
tgs ses^ actions > )'aiaQttr,.fit J*flmhi ji^^^ A l'amour se rapportent tous les plaisirs des sens ; à Tambîlipn , tous ceux de i'ame. Ces deux passions sont toujours en contre-poids égal dans le même sujet; et tandis que la première rassemble sur l'homme toutes les jouissances corporeUes , et le fait descendre insensiblement au-dessous de la bête , la
seconde le porte à réunir sur lui toas le» empires , et à se mettre , à la fin , au-dessus de la Divinité. On peut observer ces deux effets contradictoires dans tous les honmies qui ont pu se livrer sans obstacles à ces deux impulsions , dans la classe des rois comme dans celle des esclaves : les Néron, lesCaligula, lesDomitien, vécurent comme des brutes , et se firent adorer comme des dieux. On retrouve chez des nègres la même incontinence , le même oi^ueil et la même stupidité.
Cependant la nature a donné à l'homme ces deux passions pour son bonheur; elle Eût naître les deux sexes en nombre égal, afin de fixer l'amour de diaque homme à un seul objet , sur lequel elle a réuni toutes ses harmonies éparses dans ses plus beaux ouvrages. Il y a entre l'homn^ et la femme une grande analogie de formes, d'inclinations et de goûts , mais il y a une différence encore plus grande entre leurs qualités. L'amour , comme nous le verrons, ne résulte que des contrastes; et plus ils sont grands, plus il a d'énergie : c'est ce que je pourrais prouver par niiUe traits d'histoire. On sait, par exemple, avec quelle ivresse ce grand et lourd soldat de Marc-Antoine aima et fut aimé de Cléopâtre; non pas de celle que nos sctUpteurs représentent avec une taille de Sabine, mais de la Cléopâti'e que l'histoire nous dépeint petite , vive, enjouée, courant la nuit les rues d'Alexandrie , déguisée en marchande, et se faisant porter, cacliée parmi des liardes , sur les épaules d'Apollodore, pour aller voir Jules-César.
L'influence des contrastes en amour est si certaine , qu'en voyant l'amant on peut faire le portrait de l'objet aimé sans l'avoir vu , pourvu qu'on sache seulement qu'il est afifecté d'une forte passion : c'est ce que j'ai éprouvé plusieurs fois, entre autres, dans une ville où j'étais tout-à-feit étranger. Un de mes amis m'y mena voir sa sœur, demoiselle fort vertueuse, et il m'apprit en chemin qu'elle avait une passion. Quand nous fûmes chez elle , la conversation s'étant tournée sur i'amotu*, je m'avisai de lui dire que je connaissais les lois qui nous déterminaient à aimer, et que je lui ferais, si elle le voulait, le portrait de son amant, quoiqu'U me fût tout-à-fait inconnu. Elle m'en défia. Alors prenant l'opposé de sa grande et forte taille, de son tempérament et de son caractère, dont son frère m'avait entretenu , je lui dépeignis son amant petit, peu chargé d'embonpoint, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, un peuTolage, aimant à s'instruire... Chaque mot la fit rougir jusqu'au blanc des yeux , et elle se fâcha fort sérieusement contre son fr^, en l'accusant de m'avoîr révélé son secret. Il n'en était cependant rien
PLAN DE L*OL'VRAGE
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el fl liolaosBi éUmaé qo*efle. Ces olnerfatioiis sont phB importantes qa*oo ne pense; eDes nous proo> Teront couAicn nos institations s'écaiteot des lois de b nature, et affinfatissent k poovoir de l'amour, lorsqd'dlfs donnent anx femmes les éludes et les oecnpatkms des hommes. La Tertu seule sait fiure usage de ces contrastes dans le mariage, oùlesdevoirs des deox sexes sont si difRérens. Elle y présente encore à leur ambition naturelle la plus sublime des carrières dans Féducation de leurs enfims, «•ont ils doivent former la raison, et recevoir en liommage les premiers sentimens. Ce sont les cœurs de leurs enCms qui doiveirt perpétuer leur mémoire sur la terre d'une manière plus touchante et phis durable que les monumens publics n'y conservent le souvenir des rois. Quelle puissance peut égaler celle qui donne Pexistence et la pensée, et qod souvenir peut durer autant que celui de la reconnaissance filiale? On compare le gouvernement d'un bon roi à celui d'un père; mais on ne peut comparer celui d'un père vertueux qu'à celui de Dieu même. La vertu est pour l'homme la véritable loi de la nature; elle est l'harmonie de toutes les harmonies ; elle seule rend l'amour su- ' Mime et Fambition bienfinsante; elle tire des privations mêmes ses plus grandes jouissances. Otezlui l'amour, l'amitié, l'honneur, le soleil, les élémens , elle sent que, sous un être juste et bon , d'autres compensations lui sont réservées, et die accroît sa confiance en Dieu de l'injustice même des hommes. C'est elle qui a soutenu dans toutes les positions de la vie les Antonin, les Socrate, les Epicfète, les Fénelon , et qui les a fait vivre à la fois les plus heureiu des hommes , et les plus dignes d'hommages.
Si d'un c6té la nature a établi des contrastes dans tons ses ouvrages , de l'autre elle en foit sortir des cousonnances qui en rapprochent tous les genres. îl semble qu'après avoir déterminé un modèle, elle a voulu que tous les lieux participassent de sa beauté. Cest ainsi que la lumière et le disque du soleil sont réfléchis de mille manières, par les planètes dans les cieux , par les parélies et l'arc-encîel dans les nuages, parles aurores boréales dans les glaces du nord; enfin par les réfractions de l'air, les reflets des eaux , et les réflexions spéculaires de la plupart des corps sur la terre. Les lies représentent, au milieu des mers, les formes montueuses du continent ; et les méditerranées et les lacs, au sein des montagnes, les vastes plaines de la mer.
Des arbres, dans le climat de l'Inde , affectent le port des herbes; et des herbes, dans nos jardins, celui des arbres. Une multitude de fleurs semblent |ia(ronées sur les roses et sur les Us. Dans nos ani-
maox domestiques, le chat parait formé sur le tigre, le diien sur le kwp, le monton sur le chameau. Xo^ les genres ont leurs cansiw^fTt^, excepté le genre humain. Cehn des singes, dont on a vouhTbSre unë'Uiiété de Fespèce humaine , a des relations beaucoup plus directes avec les autres animaux. L'homme des bois , avec ses longs bras , ses pieds maires , ses pâtes décharnées, son nei écrasé , sa gueule sans lèvres terminées, ses yeux ronds , son vilain poil, a certainement des ressemblances fort impartîtes avec F Apollon du Belvédère; et, quelque en\ie qu'on ait de rapprocher rhonune de la bête, fl serait difficile de trouver, dans la femelle de cet ammal, un second modèle de la figure humaine qui approchât de la Vénus de Médicis , ou de la Diane d'Allegniin, qu'on voit à Lucienne. Mais j'ai vu des singes qui ressemblaient fort bien à des ours, comme le bavian du cap de Bonne-Espérance, ou à des lévriers, comme le maki de Madagikscar. Il y en a qui sont bits comme de petits lions; telle est une très-jolie espèce blandie à criiii^, qu'on trouve au Brésil. Je présume que la plupart des espèces de quadrupèdes, surtout l»armi les bêtes féroces , ont leurs consonnances daus celles des singes. Ces mêmes consonnances se relrouyent dan» let ^n?Tft"lMHfflgg!^gJjg perroquets, qui, par letirs forna»^ leurs becs, leurs grif^lëûirs cris et leurs jeux, imitent la plupart dès]Qisj^x ciç proie. l::nfin7ên^s^Sliâd(»iirjusque dans les plantes appelées mimenses pour cette i-aison, qui représentent, aans leurs deurs ou dans Fagrégation de leurs graines , des insectes et des reptiles , tels que des limaçons, des mouches , des chenilles, des lézards, des scorpions, etc... LaL nature, dans ces sortes de consonnances, a quelque
intehtlnirqnj"pft m*i>£> |^« i«onnm> Cj^ g^f il y »
de remarquable , c'est qu'elles ne sont communes qu'entre les tropiques , dont les forêts fourmillent de toutes sortes d'espèces de singes et de perroquets. Peut-être a-t-elle voulu mettre sous des formes innocentes celles des animaux nuisibles qui y sont très-nombreuses , afin de faire paraître à la lumière du jour la figure terrible de ces euAins de. la nuit et dg carnage, et qu'aucun de ses ouvrages ne demeurât caché dans les ténèbres, aux yeux de Fhomme. Quoi qu'il en soit , aucun animal sur la terre n'est formé sur les nobles proportions de la figure humaine; et si l'homme descend souvent, par ses passions , au niveau des bêtes , ses inquiétudes, ses lumières et ses affections sublimes démontrent assez qu'il est lui-même une consonnanœdeJa Si3dnitéJ
Enfin les sphères de tous les êtres se communiquent par des rayons qui semblent réunir leurs
ÉTUDE PREMIÈRE
extrémités. Nous remarquerons, dans les stalactites et les cristallisaiions des fossiles , des procédés de vé&:étation; et nous croirons même apercevoir le I Mouvement des animaux dans celui de leurs aitiians. D'un autre côté y nous verrons des plantes se former, à la manière des fossiles , sans organisation apparente : telle est , entre autres, la trufCe, qui n'a ni feuilles, ni fleurs, ni racines; d'autres représenter dans leurs fleurs la flgure des animaux, comme les orcliis; ou leur irritabilité, comme la sensitive, qui abaisse ses feuilles et les ferme au moindre attouchement ; ou leur instinct apparent, comme la dionœa muscipuh, qui prend des mouches. Les feuilles de cette plante sont formées de folioles oppusées , enduites d'une substance sucrée (|ul attire les mouches ; mais , dès qu'elles 8*y po- .sent, ces folioles se rapprochent tout à coup, comme les mâchoires d'un piège à loup, et les percent des épines dont elles sont hérissées *, Il y en a encore de plus étonnantes , en ce qu'elles ont elles-mêmes le principe du mouvement : tel est Vhedysarum (jyranSy qu'on a appoilé, il y a quelques années , du Bengale en Angleterre. Celte plante remue alternativement lés deux lobes allongés qui accompagnent ses feuilles , sans qu'aucune cause exté* rieure et apparente contribue à celte espèce d'oscillation. Mais , sans aller chercher des merveilles si loin , nous en trouverons peut-être de plus surprenantes dans nos jardins. Nous verrons nos pois |M)iisser leurs vrilles précisément à la hauteur où lis commencent à avoir besoin d'appui, et les accrocher aux ramées avec une adresse qu'on ne |ieut attribuer au hasard. Ces relations semblent supposer de l'intelligence; mais nous en trouverons encore de plus aimai)Ies, qui prouvent de la bonté non pas dans le végétal, mais daasla main qui l'a fonné. Le silphium de nos jardins est une grande fénilacée qui ressemble, au premier coup d'œil, à la plante qu'on appelle soleil. Ses larges feuilles sont opposées à leiu* base, et leurs aisselles, qui s'imîssent , forment un godet ovale où l'eau des pluies se ramasse jusqu'à la concurrence d'un bon verre d'eau. Elles sont placées par étages, non pas dans la même direction, mais à angles droits, afîn qu'elles puissent recevoir les pluies dans toute l'étendue de leur circonférence; sa tige carrée est très-propre à être saisie fermement par les pâtes des oiseaux , et ses fleurs leur présentent des graines que plusieurs
* Les droset-a rotundifolia et angtutifolia , qui fleuris- Afiît darui la vallée de Montraoreocy, au bord de l'étang de j!»aiiit-fîratipn . ferment éi;ak*nient leurs feuilles au phis léger attouchement : ces plantes fmt mérité, comme la dionasa, le >urnom d'attrape-moudie, (A.-M.)
d*entre eux, et surtout les grives , aimenl beaucoup : en sorte que toute cette plante , semblable à un bâton de perroquet, offre à la fois aux oiseaux à se percher, à manger et à boire.
Nous parlerons aussi des parfums et des saveurs des plantes. Nous remanpierons, sous ces relations, un ;:rand nomI)re de caractères botaniques qui ne sont [)as les moins sûrs. C'est par l'odorat et le goAl que l'homme a acquis les premières coniiaissancesde leurs qualités vénéneuses, médicinales ou alimentaires. Les bruits mêmes des plantes ne sont pas à négliger ; car lorsqu'elles soot agitées par les vents , la plu|)art rendent des sons qui leur sont propres, et qui produisent des convenances oo des contrastes fort agréables avec les sites où elles ont coutume de naître. Aux Indes, tes cannes creuses du bambou, qui ombragent les rivages des fleuves, imitent , en se froissant les imes contre les autres, le gémissement des mancBuvres d'un vaisseau ; et les siliques du caneGcier, agitées par Jes vents sur le liant d'ime montagne , le tic-tac d'un moulin. Les feuilles mobiles des peupliers font entendre, au milieu de nos bois, les bouillonnemens des ruisseaux, l^s vertes prairies et les tranquilles forêts , agitées par les zéphyrs , représentent , au fond des vallées et sur les pentes des coteaux , les ondulations et les murmures des flots de la mer qui se brisent sur le rivage. Les premiers hommes, frapfH}s de ces bruits mystérieux, crurent entendre des oracles sortir du tronc des chênes, et que des nymphes et des dryades habitaient , soos leurs rudes écorces, les montagnes de Dodone.
La sphère des animaux étend. QBCQre pbisjQin sies consonnances nierveilleuscs.' Depuis le coquillage immobile qui pave et fortifie le bassin des mers , jus(]u*à la inouclie qui vole la nuit sur les campagnes de la zone ton-ide , tout étincelante de limiière comme une étoile , vous trouverez en eux les confîgurations des rochers, des végétaux et des astres. Mille passions et mille instincts ineffables les animent, et leur font produire des citants, des cris, des bourdonnemens , et jusqu'à des mots articulés de la voix humaine. Les uns virent en républiques tmnultueuses, d'auu*es dans une solitude profonde. Les uns passent leur vie à faire la guerre, d'autres à faire Tamour. Ils emploient dans leurs combats toutes les espèces d'armures imaginables, et toutes les manières de s'en servir , depuis le porc-épic qui lance des traits , jusqu'à la torpille qui frappe invisiblement comme l'électricité'^. Leurs amours
* La torpilU n'est fias le seul poisson qui jouisse de cette. |)ro|>riété ; les gynmoU* électt^qws , le trembieur du yitjff, {'anguille de Sminam.àKreal le mènif phéuomtee:
PLAN DE LOUVRAGE.
ne sont pas nioins variées que leurs haines. Aux uns , il faut des sérails ; aux autres des maltresses passagères; à d'autres, des œmpagnes fidèles qu'ils n abandonnent qu'au tombeau. L'homme réunit, dans ses jouissances , leurs plaisirs et leurs fureurs; et quand il les a satisfoiles, il soupire, et demande au cid un autre bonheur. Nous examinerons, par les seules lumières de la raison, si l'homme, assiijéti par son corps à la condition des animaux , dont il réunit en lui tous les besoins, ne tient pas, par son ame, à des créatures d'un ordre supérieur; si la naturt» qni a.^it ressortii: surja terre l'imm^téde.ses iBSdqcUQOsAun £treim,.aaQ&instinct, et à quHl faut plusieurs années d'apprentissage pouFàpprendre seulement à marcher, l'a mis, dès à naissance , dans l'alternative d'en étudier tes qualités oû"3e penrj et si elle ne s'est pasréserve quelque màj-en extraordinaire de venir à son secours, au milieu des maux de toute espèce qui traversent son existence jusque parmi ses semblables.
En parcourant ces passages qui unissent les differeiis règnes, et qui étendent leurs limites à des régions qui nous sont encore inconnues , nous n'ad4>(ilerons pas l'opinion de ceux qui croient que les ouvrages de la nature étant les résultats de toutes les combinaisons possibles, toutes les manières d'exister doivent s'y rencontrer, a Vous y trouve- » rez Tordre, disent-ils , et en même tera|>s le dés- » «mire. Jetez d'une infinité de manière les carac- » tères de Talphabet, vous en formerez V Iliade el
ma» il ne doit pas élre attribué à l'électricité. Hunter a décrit les organes , ou , si l'on veut , les instrumens qui servent aux g^Anotes pour frapper leurs ennemis d'engourdissement, et quelquefois de mort. L'intérieur de chacun de ccsiustiiimens prétenle un grani) nombre de séparations horizontah^s, coupées presque à angle droit par d'autres séparations à peu près verticales , et si notnbreuses qu'on en a compté 240 dans la longueur d'un pouce : il est facile de reconnaître que cet appareil est une véritable pile galvanique. Les gymnotes ont la faculté de proportionner la force de leur conmioUon i b force de leurs ennemis ; mais ils s'épuisent . et leurs pertes ne se réftarent qu'après un long repos. Les habitans de l'Amérique méridionale profitent de cette circonstance pour se donner le plaisir de la pèche. M. de llumboldt . qui a fait une description de cette pèche singulière, dit que les Indiens bnt courir des mulets et des chevaux dans les eaux stagnantes des marais, et que ce bruit et ce mouvement excitent les gymnotes au combat. On les voit glisser comme des serpens à la surface des eaux , se di*esser sous le ventre des chevaux, et les frapper sans relâche ; les ims succombent à la violence des coups; les autres, haletans. la crinière hérissée, les yeuxétinoelans, cberclient à s'élancer sur le rivage, mais les Indiens les n-poussent avec de longs bamboiLH. Cependant peu à peu l'impétutisité de ce combat inégal diminue; les lOrmnotes . faUgués , se dispersent comme des nuées déchargée» d'électricilé; et c'est alors que les pécheurs les frappeiitavecdes harpons, et les entraînent sur le rivage. (A.-M.)
u des poèmes même supérieurs à V Iliade; mais vous » aurez en même teiiqKs une inûiiité d'assemblages » informes. )) Nous adoptons cette comparaison, en observant cependant que la supposition des vingtquatre lettres de Talplialiet renferme déjà une idée d'ortlie, qu'on est forcé d'admettre pour établir l'hypothèse même du hasard. Si donc les jets niiillipliés de ces vingt -quatre lettres domiaient en effet une infinité de poèmes bons et mauvais, combien les principes bien plus nombreux de l'existence en elle-même, tels que les élémens, les couleurs, les surfaces , les formes , les profondeurs, les mouv*»mens, produiraient de diverses manières d'exister! Quand on ne prendrait qu'une centaine de inoditieations de cliaque combinaison primordiale de la matière , on aurait , au moins , le6 pas^^ages généraux des différens règnes. On verrait des plantes marcher avec dis pieds comme les animaux, des animaux fixés à la terre avec des racines comme les plantes , des rochers avec des yeux, des herbes qui ne végéteraient qu'en l'air. Les principaux intervalles des sphères de l'existence seraient remplis ; mais tout ce qui est possible n'existe pas. Il n'y a d'existant que ce qui est utile relativement à riioiutue. Le même ordre qui règne dans l'ensemble des sphères subsiste dans les parties de chacun des iiuiividus qui les composent. Il n'y en a aucun qui ait dans ses organes quelque excès ou quelque défaut. Leurs convenances sont si sensibles, et elles ont des caractères si frappans, que si l'on montre à un habile naturaliste quelque représentation de plante ou d'animal qu'il n'ait jamais vu , il pourra juger, à riuu*monie de ses [)arlies,si elle est faite d'après l'imaghialion, ou d'après la nature. Un jour, des élèves de botanique, voulant éprouver le savoir du célèbre Bernard de Jussieu , lui présentèrent une plante qui n'était point dans l'école du Jardhi du roi, en le priant d'eu déterminer le genre el l'espèce. Dès qu'il y eut jeté les yeux , il leur dit t a Cette plante est composée ar- » tiRciellement ; vous en avez pris les feuilles de » celle-ci, la lige de celle-là, el la fleur de celle » autre. » C'était la vérité. Ils avaient cependant rassenibié , avec le plus grand art, les parties de celles qui avaient le plus d'analogie. J'ose assurer que, par la méthode que je présenterai, la science peut aller beaucoup plus loin , et déterminer, à la vue d'une plante étrangère, la nature du sol où elle croit, si elle est d'un pays cliaud ou d'un pays froid, de montagne ou aquatique; et peut-être même les espèces d'animaux auxquels^ elle est particulièrement affectée.
En éttidiant ces lois, dont la plupart sont iuccmnues ou négligées, nous en détruirons d'autres
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qui ne sont fondées qae sur des observations particulières qu'on a rendues trop générales. Telles sont , par exemple , celles-ci : que le nombre et la fécondité des êtres sont en raison inverse de leur grandeur, et que le temps de leur dépérissement est proportionné à celui de leur accroissement. Nous ferons voir qu'il y a des mousses moins fécondes que les sapins, et des co(|uillages moins nombreux que les baleines; tel est, entre autres, le marteau. Il y a des aniniaux qui croissent fort vite, et qui dépérissent fort lentement : tels sont la plupart des poissons. Nous ne nous lasserons pas de prouver que la durée, la force, la grandeur, la fé^ condité, la forme dediaque être, sont proportionnées d'une manière admirable, non-seulement à son bonlieur particulier, mais au bonheur général de tous, d'où résulte celui du genre humain. Nous détruirons aussi ces analogies si communes que l'on tiredusol et du climat, pour expliquer toutes les opérations de la nature par des causes mécani^ qnes, en faisant voir qu'elle y fait naître- souvent les végétaux et les animaux dont les qualités y sont le plus opposées. Les plantes tu}>ulées et les plus sèches, comme les roseaux, les joncs, ainsi que les bouleaux, dont l'écorce, semblable à un cuir passé à l'huile , est incorruptible à l'humidité, croissent sur le bord des eaux , comme des bateaux propres à les traverser. Au contraire , les plantes les plus grasses et les plus humides viennent dans les lieux les plus secs , telles que les aloès , les cierges du Pérou, et les lianes pleines d'eau, qu'on ne trouve que dans les rochers arides de la zone torride, où elles sont placées comme des fontaines végétales. Les instincts mêmes des animaux paraissent moins ordonnés à leur utilité propre qu'à celle de l'homme, et sont tantôt d'accord, tantôt en opposition avec la nature du sol qu'ils habitent. Le porc gourmand se plaît à vivre dans les fonges dont il devait nettoyer l'iiabitatiou de l'homme; et le chameau sobre, à voyager dans les sables arides de l'Afrique, inaccessibles sans lui aux voyageurs. Les appétit^s de ces animaux ne naissent point des lieux qu'ils liabitent; car l'autruche, qui vit dans les mêmes déserts que le chameau , est encore plus vorace que le porc. Aucune loi de magnétisme , de pesanteur, d'attraction, d'électricité, de chaleur ou de fh)id, ne gouverne le monde. Ces prétendues lois générales ne sont (]ue des moyens particuliers. Nos sciences nous trompent, en supposant à la nature une fausse Providence. Elles mettent à la vérité des balances dans ses mains; mais ce ne sont pas celles de la justice, ce sont celles du commerce. Elles ne pèsent que des sels et des masses, et elles mettent de côté la sagesse, l'intelligence et
la bonté. Elles ne craignent pas d'écarter du cœur de l'homme le sentiment des qualités divines qui lui donne tant de force, et de rassembler sur son esprit des poids et des moavemens qui l'accablent. Elles mettent en opposition les carrés des temps et des vitesses, et eUes négligent ces compensations admhrables avec lesquelles la nature est venue au secours de tous les êtres, en donnant les plus ingénieuses aux plus faibles, les plus abondantes aux plus pauvres, et en les réunissant toutes sur le genre humain, sans doute comme sur l'espèce la plus misérable.
Nous ne pouvons connaître que ce que la nature nous feit sentir, et nous ne pouvons juger de ses ouvrages que dans le lieu et dans le temps où elle nous les montre. Tout ce que nous nous fi^;nrons audelà , ne nous présente que contradiction , doute, erreur ou absurdité ; je n'en excepte pas même les plans de perfection que nous imaginons. Par exemple, c'est une tradition commune à tous les peuples, appuyée sur le témoignage de l'Écriture sainte, et fondée sur un sentiment naturel, que nous avons vécu dans un meilleur ordre de choses, et que nous M>mmes destinés à un autre qui doit le surpasser. Cependant nous ne pouvons rien dire ni de l'un ni de l'autre. Il nous est impossible de rien retrandier ou de rien ajouter à celui où nous vivons, sans empirer notre situation. Tout ce que la natiu^ y a mis est nécessaire : la douleur et la mort même sont des témoignages de sa bonté. Sans la douleur, nous nous briserions à chaque pas sans nous en apercevoir; sans la mort, de nouveaux êtres ne pourraient renaître dans le monde; et si l'on suppose que ceux qui existent maintenant pouvaient être étemels, leur éternité entraînerait la ruine des générations , de la conûguration des deux sexes, et de toutes les relations de l'amour conjugal, filial et paternel, c'est-à-dire de tout le système du bonheur actuel. En vain nous allons cliercher dans nos berceaux les archives que le tombeau nous refuse ; le passé comme Pavenir couvre nos mystérieuses destinées d'un voile impénétrable. En vain nous y portons la lumière qui nous éclaire, et nous cherchons, dans l'origine des dioses, les poids, les temps et les mesures que nous trouvons dans leur jouissance; mais l'ordre qui les a produites n'a eu, par rapport à Dieu, ni temps, ni poids, ni mesure. Les divisions de la matière et du temps n'ont été faites que pour l'homme circonscrit, fiûble et passager. L'univers, disait TVtf»wtnna^f^ ji>^ f^'^^p «piiI jet^ Nous cherchons une jeunesse à ce qui a toujours été vieux, une vieillesse à ce qui est toujours jeune, des germes aux espèces, des naissances aux générations, des époques à la nature; mais quand
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la splièie Où nous vivons sortît de la main divine de mm aotear, tous les temps, tons les âges, toutes les proportions s'y manifestèrent à la fois. Pour que TEtna pât vomir ses feux , il fallut à la construction de ses fourneaux des laves qui n'avaient jamais ooulé ; pour que l'Amazone pût rouler ses eaux à travers l'Amérique, les Andes du Pérou durent se convrir de neiges que les vents d'orient n'y avaient point encore accumulées. Au sein des foréls nouvelles naquirent des arbres antiques , afin que les insectes et les oiseaux pussent trouver des alimens sous leurs vieilles écorces. Des cadavres furent crées par les animaux carnassiers. Il dut nattre clans tous les règnes des êtres jeunei7~YÎSQXr^- ^il^j™"w**' Tuuti'S les pji tifs dec^^tté iliïBignse fabrique parurent à la foiii, et si elle eut un écbafeùd, il a disparu pour nous.
Que d'autres étendent les bornes de nos sciences; je me croirai plus utile si je peux fixer celles de notre ignorance. Nos lumières, comme nos vertus, consistent à descendre, et notre force à sentir notre feiblesse. Si je ne suis pas la route que la nature s'est réservée, au moins je marcherai dans celle que Thomme doit parcourir : c'est la seule qui lui présente des obsorations faciles, des découvertes utiles, des jouissances de toute espèce, sans instrument, sans cabinet, sans métaphysique et sans système. ^
Pour nous convaincre de son agrément, ordon^ nons, d'après notre méthode, quelques groupes avec les sites, les végétaux et les animaux les plus communs de nos climats. Supposons le terroir le plus ingrat, un écueil sur nos côtes, à l'embouchure d'un fleuve escarpé du côté de la mer, et en pente douce de celui de la terre. Que, du côté de la mer, les flots couvrent d'écume ses roches revêtues de varechs, de fucus et d'algues de toutes les couleurs et de toutes les formes, vertes, brimes, purpurines, en houppes et en guirlandes, comme j'en ai vu sur les oftles de Normandie à des roches de marne blanche que la mer détache de ses felaises ; que du côté du fleuve on voie, sur son sable jaune, un gazon fin mêlé d'un peu de trèfle, et çà^t là quelques touffes d'absintlie marine; mettons-y quelques saules, non pas conune ceux de nos prairies, mais avec leur crue natureOe, et semblables à ceux que j'ai vussur les bords de la Sprée , aux environs de Berlin, qui avaient one lai^ dme et plus de cinquante pieds de hauteur; n'y oublions pas l'harmonie des différens âges , si agréable à rencontrer dans toute espèce d'agrégation, mais surtout dans celle des végétaux; qu'on voie de ces saules , lisses et remplis de suc, dresser en l'air leurs jeunes rameaux, et d'autres,
bien vieux, dont la cime soit pendante et les troncs caverneux; ajoutons-y leurs plantes auxiliaires, telles que des mousses vertes et des licliens dorés qui marbrent leurs écorces grises, et quelques-uns de ces convolvulus appelés cliemises de Notre- Dame, qui se plaisent à grimper sur leur tronc et à en garnir les branches, sans fleurs apparentes, de leurs feuilles en cœur et de leurs fleurs évidées en cloches blanches comme la neige; mettons-y les hahhans naturels au saule et à ses plantes, leurs papillons, leurs mouches , leurs scarabées et leurs autres insectes, avec les volatiles qui leur font la guerre, tels que les demoiselles aquatiques, polies comme l'acier bruni, qui les attrapent en l'air; des bergeronnettes qui les poursuivent à terre en hochant la queue, et des martins-pécheurs qui les prennent à fleur d'eau : vous verrez naître d'une seule espèce d'arbre une multitude d'harmonies agréables.
Cependant elles sont encore imparfaites. Opposons au saule l'aune qui se plaît comme lui sur les bords des fleuves, et qui, par sa forme, pareille à celle d'une longue tour, son feuillage large, sa verdure sombre, ses racines charnues, faites comme des cordes qui courent le long des rivages dont elles lient les terres, contraste en tout avec la masse étendue , la feuille légère, la verdure frappée de blanc et les racines pivotantes du saule; ajoutons-y les individus de Faune de différens âges , qui s'élèvent comme autant d'obélisques de verdure, avec leurs plantes parasites , telles que des capillaires qui rayonnent en étoile sur leur tronc humide , de longues scolopendres qui pendent de leurs rameaux jusqu'à terre , et les autres accessoires en insectes et en oiseaux, et même en quadrupèdes, qui contrastent probablement en formes, en couleurs, en allures et en instincts avec ceux du saule : nous aurons, avec deux genres d'arbres, un concert ravissant de végétaux et d'animaux. Si nous éclairons ces bosquets des premiers rayons de l'aurore, nous verrons à la fois des ombres fortes et des ombres transparentes se répandre sur le gazon, une verdure sombre et une verdure argentée se découper sur l'azur des deux, et leurs doux reflets, confondus ensemble, se mouvoir au sein des eaux. Supposons-y (ce que ne peut rendre ni la peinture ni la poésie) l'odeur des herbes, et même celle de la marine, le frémissement des feuilles, le bourdonnement des insectes, le chant matinal des oiseaux, le murmure sourd et entremêlé de silence des flots (|ui se brisent sur le rivage, et les répétitions que les échos font au loin de tous ces bruits qui, se perdant sur la mer, ressemblent aux voix desnéréides : ah ! si l'amour ou la philosophie vous fiorte dans
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cette sc^tude, tous y trouverez an asile plus doux i habiter que les palais des rois.
Voulez-vous y faire naître des sensations d'un >autre ordre , et «ntendre des passions et <jles sentimens sortir du sein des rochers ? qu'an milieu de cet tk^ueil s'élève le tombeau d'un homme vertueux et infortuné , et qu'on y lise ces mois : Ici repose J.-J. Rousseau.
Voulez-vous augmenter l'impression de ce tableau, sans toutefois en dénaturer le sujet ? Éloignez leJieu, le temps et le monument. Que cette ile soit celle de Lemnos, les arbres de ces bosquets des lauriei's, des oliviers sauvages, et ce tombeau ^uî de Rhiloctèle. Qu'on y voie la grotte où ce grand homme vécut abandonné des Grecs qu'il •avait servis, son pot de bois, les lambeaux dont il se couvrait, l'arc et les flèches d'Hercule qui renversèrent tant de monstres dans ses mains, et dont il se hlessa lui-même : vous éprouverez à la fois <leux grands sentimens, l'un physique qui s'accroît à mesure qu'on s'approche des ouvrages de la naiure , (tareeque leur beauté ne se développe que par l'examen; l'autre moral qui augmente à mesure qu'on s'éloigne des monumens de la vertu, parce que faire du bien aux honmies, et n'être plus à leur portée, est une ressemblance avec la Divinité.
Que serait-ce donc si nous jetions un coup d'œil sur les harmonies générales de ce globe? En ne nous arrêtant qu'à celles qui nous sont les mieux connues, voyez comme le soleil environne constamment de ses rayons une moitié de la terre, tandis que la nuit couvre l'autre de son ombre. Combien de contrastes et d'accords résultent de leurs I oppositions versatiles ! Il n'y a pas un point desdeux hémisphères où ne paraissent tour à tour une aube, un crépuscule, une aurore, un midi, un occident chargé de feux, et une nuit tantôt constellée, tantôt ténébreuse. Les saisons s'y donnent la main conmie les heures du jour. I^ printemps, couronné de fleurs, y devance le char du soleil ; l'été l'enviroime de ses moissons, et l'automne le suit avec sa corne chargée de fruits. En vain l'hiver et la nuit , retirés sur les pôles du monde, veulent donner des bornesàsa magnifique carrière, en vain ils élèvent du sein des mers australes et boréales de nouveaux continens (|ui ont leurs vallées, leurs montagnes et leurs clartés : le père du jour renverse de ses flèches de feu ces ouvrages fantastiques, et, saas sortir de son trône, il reprend l'empire de Tmiivers. Rien n'échappe à sa chaleur féconde. Du sein de l'Océan, il élève dans les airs les fleuves qui vont couler dans les deux mondes. Il ordonne aux vents de les distribuer sur les Ues et sur les
continens. Ces invisibles enfans de Tair les transportent sous mille formes capricieuses. Tantôt ils les étendent dans le ciel comme des voiles d'or et des pavillons de soie ; tantôt ils les roulent en forme d'horribles dragons et de lions rugissans, qui vo • missent les feux du tonnerre. Ils les versent sur les montagnes d'autant de manières différentes, en rosées, en pluies, en grêles, eu neiges, en torrens impétueux. Quelque bizarres que paraissent leurs services , chaque partie de la terre n'en reçoit tous les ans que sa portion d'eau accoutumée. Chaque fleuve remplit son urne, et cbaqne naïade sa coquille. Chemin faisant, ils déploient sur les plaines liquides de la mer la variété de leors caractères. Les uns rident à peine la surface deses flots; les autres les sillonnent en ondes d'azur ; d'antres les bouleversent en mugissant, et couvrent d'écume les hauts promon^pires. Chaque lieu a ses harmonies qui lui sont propres, et cliaque lieu les présente tour à tour. Parcourez à vnlre gré np mé~ l^ndieai^u un parallèliu vous y trouverez des mon- * ^a^fM»g À giapfi et dfts montagnes à feu ^ des plaines . de toutes sortes de niveaux, des colUnes de toutes les courbures , des lies de toutes les formes , des fleuves de tous les cours : les uns qui jaiUissent et semblent sortir du centre de la terre; d'autres qui se précipitent en cataractes, et paraissent tomber des nues. Cependant ce globe agité de tant de mouvemens , et chargé de poids en apparence si irrcguliers, s'avance d'une course ferme et inaltérable à travers l'immensité des cieux.
Des beautés d'un autre ordre décorent son architecture , et le rendent habitable aux êtres sensibles. Une cemture de palmiers, auxquels sont ^spendus la datte et le coco, l'entoure entre les brûlans tropiques, et des forêts de sapins moussus le couronnent sous les cercles polaires. D'autres végétaux s'étendent, comme des rayons, du midi au nord, et viennent expirer à différens degrés. Le bananier s'avance depuis la ligne jusqu'aux bords de la Méditerranée. L'oranger passe la mer, et borde de ses fmits dorés les rivages méridionaux de l'Europe. Les plus nécessaires, comme le blé et les graminées, pénètrent le plus loin, et, forts de leur faiblesse , s'étendent à Tabri des vallées, depuis les lx)rds du Gange jus(|u'à ceux de la mer Glaciale. D'autres, plus ro])ustes, partent des rudes climats du Nord, s'avancent sur les croupes du Taurus, et arrivent, à la faveur des neiges, jusque dans le sein de la zone torride. Les sapins et les cèdres couronnent les montagnes de l'Arabie et du royaume de Cachemire, et voient à leurs pieds les plaines brûlantes 'd'Aden et de Lalior, où se recueillent la datte et la canne à sucre. D'autres ar^
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bres, ennemis à la fois du chaud et du froid , ont leur centre dans les zones tempérées. La vigne languit en Allemagne et au Sénégal. Le pommier, Tarbre de ma patrie, n'a jamais vu le soleil à plomb sur sa tête , ou, décrivant autour de lui le cercle entier de l'horizon , mûrir ses beaux fruits. Mais chaque sol a sa Flore et sa Pomone. Les rochers, les marais, les vases, les sables, ont des végétaux qui leur sont propres; les écueils mêmes de la mer sont fertiles. Le cocotier ne se plaît que sur les sables marins, où il4aisse pendre ses fruits pleins de lait au-dessus des flots salés. D'autres plantes sont ordonnées aux vents, aux saisons et aux heures du jour avec tant de précision , que Linnée en avait formé des alraaiiachs et des horioges botaniques. Qui pourrait décrire la variété infinie de leurs figures? Que de berceaux, de voûtes, d'avenues, de pyramides de verdure chargées de fruits, offrent de ravissantes habitations ! Que d'heureuses républiques vivent sous leurs tranquilles ombrages! Que de banquets délicieux y sont préparés! Rien n'en est perdu. Les quadrupèdes en mangent les tendres feuillages, les oiseaux les semences, d'antres animaux les racines et les écorces. Les insectes en ont la desserte : leurs légions infinies sont armées de toutes sortes d'instrumens pour la recueillir. I>es abeilles ont sur leurs cuisses des cuillers garnies de poils pour ramasser les poussières de leurs fleurs; les mouches, des pompes pour en sucer la sève ; les vers, des tarières, des vilebrequins et des râpes pour en dépecer les parties solides; et les fourmis, des pinces pour en emporter les miettes. A la diversité de formes, de mœurs, de gouvernemeiis , et aux guerres perpétuelles de tous ces animaux, vous diriez d'une multitude de nations étrangères et ennemies , qui vont bientôt s'entre-détruire. A la constance de leurs amours, à la perpétuité de leurs espèces, à leur admirable harmonie avec toutes les partie du règne végétal, vous diriez d'un seul peuple qui a sa noblesse domaniale, ses charpentiers, ses pompiers, sesartisans. D'autres tribus dédaignent les végétaux, et sont ordonnées aux élémens, au jour, à la nuit , aux tempêtes, et aux diverses parties du globe. L'aigle confie son nid au rocher qui se perd dans la nue; l'autruche, aux sables arides des déserts; le flamant, couleur de rose , aux vases de l'Océan méridional. L'oiseau blanc du tropique et la noire frégate se plaisent à parcourir ensemble la va^ste étendue des mers, à voir du liautdes airs voguer les flottes des Indes sous leurs ailes , et à circonscrire ce globe d'orient en occident, en disputant de rapidité avec le cours du soleil. Sous les mêmes latitudes, des tourterelles et des perroquetsnioinsliardis ne voya-
gent que d'Ile en lle^ promenant à leur suite leurs petits, et ramassant dans les forêts des graines d'épiceries qu'ils font crouler de brandie en branche. Pendant que ces oiseaux conservent une température égale sous les mêmes parallèles, d'autres la trouvent en suivant le même méridien. De longs triangles d'oies sauvages et de cygnes vont et viennent chaque année du midi au nord, ne s'arrêtent qu'aux Umites brumeuses de l'hiver, passent sans s'étonner au-dessus des cités populeuses de l'Europe, et dédaignent leurs campagnes fécondes sillonnées de blés verts au milieu des neiges, tant la liberté parait préférable à l'abondance, même aux animaux! D'un autre côté, des légions de lourdes cailles traversent la mer, et vont an midi chercher les chaleurs de l'été. Vers la fin de septembre, elles profilent d'un vent de nord pour quitter l'Europe; et en battant une aile et présentant l'autre au vent, moitié voile, moitié rame, elles rasent les flots de la Méditerranée de leurs croupions chargés de graisse, et se réfugient dans les sables de l'Afrique pour y servir de nourriture aux faméliques habitaiis du Zara. Il y a des animaux qui ne voyagent que la nuit. Des millions de crabes descendent, aux Antilles, des montagnes, à la clarté delà lune, en faisant sonner leurs tenailles, et offrent aux Caraïbes, sur les grèves stériles de leurs lies, leurs écailles remplies de moelles exquises. Dans d'antres saisons , au contraire, les tortues quittent la nier pour aborder aux mêmes rivages, et entassent des sachées d'œufs dans leurs sables cliauds. Les glaces mêmes des pôles sont liabitées.On voit dans leurs mers, et sous leurs promontoires flottans de cristal, de noires baleines cliargées de plus d'huile que n'en peut donner un champ d'oliviers. Des renards, revêtus de précieuses fourrures, trouvent à vivre sur leurs rivages abandonnés du soleil ; des troupeaux de rennes y grattent la neige pour chercher les mousses, et s'avancent en bramant dans ces régions désolées de la nuit , à la lueur des aurores boréales. Par une providence admirable, les lieux les plus arides présentent à l'homme, dans la plus grande abondance, des vivres, des habits, des lampes et des foyers qu'ils n'ont pas produits.
Qu'il serait doux devoir le genre humain recueillir tant de biens, et se les conununiquer en paix d'un climat à l'autre ! Nous attendons chaque hiver que l'hirondelle et le rossignol nous annoncent le retour des beaux jours. Il serait bien plus touchant de voir des peuples éloignés arriver avec le printemps sur nus rivages, non pas au bruit de l'artillerie, comme les modernes Européens, mais au son des flûtes et des hautbois , comme les anciens navigateurs, aux premiers temps du monde. Nous
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venions les noirs Indiens de l'Asie méridionale remonter comme aatrefois leurs grands flenves dans des canots de cuir; pénétrer, par les eaux du Pet^ora , jusqu'aux extrémités du nord, et étaler, «ur les bords de la mer Glaciale, les richesses du Gange. Nous verrions les Indiens cuivrés de l'Amérique parcourir en pirogues la longue chaîne des Antilles, et d'Ile en lie , de rivage en rivage, apporter, jieut-élre jusque dans notre continent, leur or et leurs émeraudes. De longues caravanes d'Arabes, moutés sur des chameaux et sur des bœufs, viendraient, en suivant le cours du soleil, de prairie en prairie, nous rappeler la vie innocente et heureuse des anciens patriarches. L'hiver même ne serait point un obstacle à la communication des peuples. Des I.apon$, cou verts de chaudes fourrures, arriveraient, à la faveur des neiges, dans lejrs traîneaux tirés par des rennes, et étaleraient dans nos marchés les zibelines de la Sibérie. Si les hommes vivaient en paix, toutes les mers seraient naviguées, toutes les terres seraient parcourues, toutes les productions ep seraient ramassées. Qu'il serait curieux d'entendre les aventures de ces voyageurs étrangers, attirés chez nous par la douceur de nos moeurs! Ils ne tarderaient pas à donner à notre hospitalité les secrets de leurs plantes, de leur industrie et de leurs traditions, qu'ils cacheront toujours à notre commerce ambit ieux. C'est parmi les membres de la vaste famille du genre humain que sont épars les fragmens de son histoire. Qu'U serait intéressant d'entendre celle de notre antique séparation, les motifo qui détermmèrent chaque peuple à se partager sur un globe inconnu , et à traverser an hasard des montagnes qui n'avaient pas de chemins, et des fleuves qui ne portaient pas encore de noms ! Quels tableaux nous offriraient les descriptions de ces pays décorés d'une pompe magnifique, puisqu'ils sortaient des mains de la nature, mais sauvage et inutile aux besoins de l'homme sans expérience ! Ils nous diraient quel futl'étonnement de leurs aïeux à la vue des nouvelles plantes que leur présentait chaque nouveau climat; les essais qu'ils en firent pour subsister; comment ils furent aidés sans doute , dans leurs besoins et dans leur industrie, par quelque intelligence céleste touchée de leurs malheurs; comment ite s'établirent, quelle fut l'origine de leurs lois, de lem^ coutumes et de leurs religions. Que d'actes de vertu , que d'amours généreux ont ennobli des déserts, et sont inconnus à notre orgueil! Nous nous flattons, d'aprèsquelques anecdotes recueillies au hasard par les voyageurs , d'avoir mis en évidence l'histoire des nations étrangères. Mais c'est comme s'ils composaient la nôtre d'après les contes
d'un matelot, ou les récits artificieux d'unoourtiiian, ao milieu des méfiances de la guerre et des corruptions du commerce. I^es lumières et les sentimens d'uB peuple ne sont point renfermés dans des livres : ils reposent dans la tète et dans le corar de ses sages, si toutefois la vérité peut avoir sur la terre quelque asile assuré. Nous les avons assez jugés: il serait plus intéressant pour nous d'en être jugés à notre tour, et d'éprouver leur surprise à la vue de nos coutumes , de nos sciences et de nos arts. S'il est doux d'accfuérir des lumières, il est bien plus doux de les répandre. Le plus noUe prix de la science est le plaisir de l'ignorant éclairé. Quelle joie pour nous de jouir de leur joie, de voir leurs danses dans nos places publiques, et d'entendre retentir les tambours desTartareset les cornets d'ivoire des Nègres autour des statues de nos rois! Ah ! si nous étions bons, je me les figure , frappés de l'excessive et malheureuse population de nos villes, nous inviter à nous répandre dans leurs solitudes, à contracter avec eux des mariages, et à rapprocher par de nouvelles alliances les branches du genre humain, qui s'écartent de plus en plus, et que les passions nationales divisent encore plus que les siècles et que les climats.
Hélas ! les biens nous ont été donnés en commun, et nous n'avons partagé que les maux. Partout l'homme manque de terre, et le globe est couvert de déserts. L'homme seul est exposé à la famine, et jusqu'aux insectes regorgent de biens. Presque partout il est esclave de son semblable , et les animaux les plus faibles se sont maintenus libres contre les plus forts. La nature, qui l'avait foit pour aimer, lui avait refusé des armes, et il s'en est forgé pour combattre ses semblables. Elle présente à tous ses enfhns des asiles et des festins; et les avenuesde nos villes ne s'annoncent au loin que par des i oues et par des gibets. L'histoire de la nature n'offre que des bienfaits, et celle de l'homme que brigandage et fureur. Ses héros sont ceux qui se sont rendus les phis redoutables. Partout il méprise la main qui file ses habits, et qui laboure pour lui le sein de la terre. Partout il eslûne qui le trompe, et révère qui l'opprime. Toujours mécontent du présent, il est le seul être qui réglette le passé et qui redoute l'avenir. La nature n'avait donné qu'à lui d'entrevoir qu'il existât un Dieu , et des milliers de religions inhumaines sont nées d'un sentiment si simple et si consolant. Quelle est donc la puissance qui a mis obstacle à celle de la nature ? Quelle illusion a égaré cette raison merveilleuse d'où sont sortis tant d'arts, excepté celui d'être heureux ? O législateurs! ne vantez plus vos lob. Ou Thonmie est né pour être misérable, ou la terre, arrosée
PLAN DE L'OUVRAGE
inrtoat de son sang et de ses larmes , vous accuse tous d'avoir méconnu celles de la nature.
Qui ne s'ordonne pas à sa patrie , sa patrie au genre humain , et le genre humain à Dieu , n'a pas plus connu les lois de la politique que celui qui, se feisant une physique pour lui seul , et séparant ses relations personnelles d'avec les élémens, la terre et le soleil , n'aurait connu les lois de la nature. C'est àja rfThfrfhiM|fjffi harmanin di"'n^ qiT" j'ai ffnsâcr^" "ma viç et Cet ouvraf^. Si , comme tant d'autres, je me suis égaré , au moins mes erreurs ne seront point fatales à ma religion. EUe seule m'ajparu le lien naturel du genre humain , Xiapoir de nos passions sublimes, et le compféjfiwit <je nos de^Iirig ml5firâblg. Heureux si j^al |^i quelquefois étayer de mon hïfie support son édifice merveilleux, ébranlé aujourd'hui de toutes parts ! Mais ses fondeméns ne portent point sur la terre, et c*estau ciel que sont attachées ses colonnes augustes. Quelque hardies que soient mes spéculations , il n'y a rien pour les méchans. Mais peut-être plus d'un épicurien y reconnaîtra que la volupté suprême est dans la vertu. Peut-être de bons citoyens y trouveront de nouveaux moyens d'être utiles. Au moins je serai récompensé de mes travaux, si un seul infortuné, troublé par le spectacle du monde, se rassure en voyant dans la nature un père, un ami et un rémunérateur.
Tel est le vaste plan que je me proposais de remplir. J'avais ramassé pour cet objet plus de matériaux que je n'en avais besoin; mais plusieurs obstacles m'ont empêché de les rassembler en entier. Je m'en occuperai peut-être dans des temps plus heureux. En attendant, j'en ai extrait ce qui était suflisant pour donner nnejdée des harmonies de l^LuaLoie. Quoique mes travaux se trouvent réduits ici à de simples études , j'y ai conservé cependant assez d'ordre pour y laisser entrevoir mou plan général. C'est ainsi qu'un péristyle, des arcades à demi ruinées, des avenues de colonnes, de simples pans de murs, présentent encore aux voyageurs, dans une lie de la Grèce, l'image d'un temple antique, malgré les injures du temps et des barbares qui l'ont renversé.
D'abord, je ne change presque rien à la première partie de mon ouvrage, si ce n'est la distribution. J'y expose, en premier lieu, les bienfaits de la nature envers notre siècle, et les objections qu'on y a élevées contre la providence de son Auteur. Je réponds ensuite successivement à ce;lles qui sont tirées des désordres des élémens , des végétaux , des animaux, des hommes, et à celles qui sont dirigées contre la nature même de Dieu. J'ose dire que j'ai traité ces sujets sans aucune ooasidération
personnelle ni étrangère. Après avoir répondu à ces objections, j'en propose quelques-unes contre les élémens de nos sciences, que nous croyons infaillibles ; et je combats ce principe prétendu de nos lumières, que nous appelons raison.
Après avoir nettoyé le champ de nos opinions dans mes premières Eludes, je tâche d'élever dans les suivantes l'édifice de nos connaissances. J'examine quelle est la portion de notre intelligence où se fixe la lumière naturelle; ce que nous entendons par beauté, ordre, vertu, et par leurs contraires. J'en déduis l'évidence de plusieurs lois physiques et morales dont le sentiment est universel chez tous les peuples. Je fais ensuite l'application des lois physiques, non pas à l'ordre de la terre, mais à celui des plantes.
J'ai balancé beaucoup entre ces deux ordres, je l'avoue. Le premier aurait présenté des relations, j'ose dire tout-à-fait neuves, utiles à la navigation, au commerce et à la géographie; mais le second m'en a offert d'aussi nouvelles, d'aussi agréables, de plus aisées à vérifier au commun des lecteurs, de très^hnportantes à l'agriculture, et par conséquent à un [lÂus grand nombre d'hommes. D'ailleurs, raelques-unes des relations liarmoniques de^
aux objections contre la Providence, et dans les relationsélémentaires des plantes, d'une manière assez développée pour démontrer l'existence de ce nouvel ordre. L'ordre^végétal m'a donné de pjus l'occasion de parler des relations du globe qui s'étendenT directement aux animaux et aux hommes, et de toucher. même quelque chose des preraiéii voyages du genre humain vers les principales parties du monde.
J'applique, dans l'Etude suivante, les lois delà nature à l'homme. J'établis des preuves de l'immortalité de l'ame et de la Divinité, non pas d'après notre raison qui nous égare si souvent, mais d'après notre sentiment intime qui ne nous trompe jamais. Je rapporte à ces lois physiques et morales l'origine de nos principales passions, l'amour et l'ambition , et les causes mêmes qui en troublent les jouissances , et qui rendent nos joies si volages et nos mélancolies si profondes. J'ose croire que ces preuves intéresserdnt par leur nouveauté et leur simplicité.
Je pars ensuite de ces notions , pour proposer les remèdes et les palliatifs convenables aux maux de la société, dont j'ai exposé le tal)]eau dans les Etudes qui précèdent. Je n'ai pas voulu imiter la phipartde nos moralistes, qui se contentent de sévir contre nos vices , ou de les tourner en ridicule , sans nous en assigner ni les causes principales, ni
ÉTUDE DEUXIÈME
les remèdes; et bien moins encore nos pditiiiues modernes, qui les fomentent pour en tirer parti. J*ose espérer que , dans cette dernière Etude, qui m*a été très-agréable, il se trouvera plus d'une vue utile à ma patrie.
Les riches et les puissans croient qu'on est mir sérable et hors du monde quand on ne vit pas comme eux ; mais ce sont eux qui , vivant loin de la nature , vivent hors du monde. Ils vous trouveraient, ô éternelle beauté! toujours ancienne et toujours nouvelle *, 6 vie pure et bienheureuse de tous ceux qui vivent véritablement, s'ils vous cherchaient seulement au dedans d'eux-mêmes ! Si vous étiez un amas stérile d'or , ou un roi victorieux qui ne vivra pas demain , ou quelque femme attrayante et trompeuse , ils vous apercevraient , et vous attribueraient la puissance de leur donner quelque plaisir. Votre nature vaine occuperait leur vanité ; vous seriez un objet proportionné à leurs pensées craintives et rampantes. Mais , parce que vous êtes trop au dedans d'eux , où ils ne rentrent jamais, et trop magnifique au dehors, où vous vous répandez dans l'infini , vous leur êtes un Dieu caché **. Ils vous ont perdue en se perdant. L'ordre et la beauté même que vous avez répandus sur toutes vos créatures, comme des degrés pour élever l'homme à vous, sont devenus des voiles qui vous dérobent à leurs yeux malades. Us n'en ont plus que pour voir des ombres. La lumière les éblouit. Ce qui n'est rien est tout pour eux; ce qui est tout ne leur semble rien. Cependant, qui ne vous voit pas n'a rien vu ; qui ne vous goûte point n*a jamais rien senti : il est comme s'il n'était pas , et sa vie entière n'est qu'un songe malheureux. Moimême, ô mon' Dieu! égaré par une éducation trompeuse, j'ai cherché un vain bonheur dans les systèmes des sciences, dans les armes, dans la faveur des grands, quelquefois dans de frivoles et dangereux plaisirs. Dans toutes ces agitations, je courais aprèsie^ malheur, tandis que le bonheur éta^t^âîuprès de moi. Quand j'étais loin de ma pa- Vfip , je soupirais après des biens que je n'y avais pas; et cependant vous me faisiez connaître les biens sans nombre que vous avez répandus sur toute la terre , qui est la patrie du genre humain. Je m'inquiétais de ne tenir ni à aucun grand^ ni à aucun corps; etj'd été protégé.par vous dans miïle dan^rs où ils ne peuvent rien^ Je m'attristais de viyre seiïl" et sans considération; et vous^n*a'\èz appris que la solitude valait mieiiîTqûë 7é sejbiîr ^cours , et que la liberté élâît~pi-éférâble kTi
• Saint Augustin , Cité de Dieu.
•• Ff^rielon , Exinlmcf de Dieu,
grandeur. Je m'affligeais de u*avoir pas troavédVpoose qui eût été la compagne de ma vie et l'objet de mon amour; et votre sagesse m'inviuît à mardier vers elle , et me montrait dans diacon de sesl ouvrages une Vénus inunortelle. Je n'ai cessé d'éA tre heureux que quand j'ai cessé de me fier à voos, y O mon Dieu ! donnez à ces travaux d'un homme, je ne dis pas la durée ou l'esprit de vie , mais la fraîcheur du moindre de vos ouvrages ! Que leurs grâces divines passent dans mes écriu et ramènent mon siècle à vous, comme elles m'y ont ramené moi-même ! Contre vous toute puissance est &iblesse; avec vous tonte faiblesse devient puissance. Quand les rudes aquilons ont ravagé la terre, vons appelez le plus feible des vents; à votre voix le zéph>T souffle, la verdure renaît , les dooœs primevères et les humbles violettes colorent d'or et de pourpre le sein des noirs rochers.
ÉTUDE DEUXIÈME