‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 61 sur 213 · BIENFAISANCE DE LÀ NATURE · texte numérisé non relu

BIENFAISANCE DE LÀ NATURE

La plupart des hommes policés regardant la nature avec indifférence, ils sont au milieu deses ouvrages, et ils n'admirent que la grandeur humaine. Qu'a donc de si intéressant l'histoire des hommes? EUe ne vante que de vains objets de glove , des opinions mcertaines, des victoires sanglantes, ou tout au plus des travaux inutiles. Si quelquefois elle parle de la nature ; c'est ponr en observer les tléaux, et pour mettre sur son compte des malheurs qui viennent presque toujours de notre imprudence. Quels soins , au contraire , cette mère commune ne prend-elle pas de notre bonheur ! Elle n'a répandu ses biens d'un pôle à l'autre qu'afin de nous engager à nous réunir pour nous les communiquer. Elle nous rappelle sans cesse, malgré les préjugés qui nous divisent, aux lois universelles de la justice et de l'humanité, en mettant bien souvent nos maux dans les mains des conquérans si vantés , et nos plaisirs dans celles des opprimés , à qui nous n'accordons pas même de la pitié. Quand les princes de l'Europe furent , l'Evangile à la main, ravager l'Asie, ils nous en rapportèrent la peste, la lèpre et la petite-vérole ; mais la nature montra k un déniche l'arbre du café dans les montagnes de l'Yemen, et elle fit naître à la fois nos fléaux de rioscrolslgles , et. nos délices de la tasse d'un moine mahom^tan. Les despendans de ces {HÎnces se sonf emparés de l'Amérique, et ils nous ont transmis, par cette conquête, une succession inépuisable de guerres et de maladies vénériennes. Pendant qu'ils en exterminaient les habitans à coups de canon , nn Caraïbe feit fa-

Page 1