‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 63 sur 213 · OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE

a II n'y a point de Dieu , disent ces prétendus 5. Par l'ouvrage, jugez de l'ouvrier *. Cond'abord notre globe sans proportion et » sans S3fiiiétrie. Ici, il est noyé de vastes mers; là » il manque d'eau , et ne présente que des sables » arides. Une force centrifuge, qu'il doit à son » moavement de rotation , a liérissé son équateur » de hantes montagnes , tandis qu'elle aplatissait » ses pôles; çai- ce f^lobe a été dans un état de mol- » lesse, soit qu'il soit une vase sortie du sein des » eanx , ou , ce qui est plus vraisemblable , une » égime détachée du soleil. Les volcans, semés » par tonte la terre, démontrent que le feu qui l'a » formée est encore sous nos pieds. Sur cette soo- » rie , mal nivelée, les rivières coulent au hasard. » Les unes inondent les campagnes, les antres s'en- » gloutissent ou se précipitent en cataractes, sans » qu'aucune d'elles ait un cours réglé. Les Ues » sont des restes de continens détruits par les » mers , et notre continent n'est lui-même qu'une 0 boue desséchée. Ici l'Océan sans frein ronge ses » rivages; là il les abandonne, et nous présente de » nouvelles montagnes qu'il a formées dans son » sein. Pendant ce oonQit d'élémens, cette masse » embrasée se refroidit chaque jour ; les glaces V des pôles et des hautes montagnes s'avancent » dans les plainà, et étendent insensiblement » l'unifonnité d'un hiver étemel sur ce globe de » confusion , ravagé par les vents , les feux et les » eaux.

» Le désordre augmente dans les végétaux ^'*^. Ils 9 sont une production fortuite de l'humide et du » sec , du chaud et du froid , une moisissure de la 9 terre. La dialenr du soleil les fidt naître, le froid » des pôles les fait mourir. Leur sève obéit aux » mêmes lois mécaniques que les liqueurs dans le » thermomètre, et dans les tuyaux capillaires. Di- • latée par la chaleur, elle monte par le bois, re- » descend par l'éoorce , et suit dans sa direction la 9 colonne verticale de l'air qui la dirige. De là 9 vient que tous les végétaux s'élèvent perpendi- 9 cnlairement , et que le plan incliné d'une mon-

* Vojei les réponses à cps objections dans l'étude IV. -* nras l'Etude V.

Bernardin.

» Ugne n'en contient pas un plus grand nombre

» que le plan horizontal de sa base, comme le dé-

» montre la géométrie. D'ailleurs la terre est un

» jardin mai ordonné, qui n'offre presque partout

» que des plantes inutiles, ou des poisons mortels.

» Quant aux animaux que nous connaissons

» mieux, parce qu'ils sont rapprochés de nous par

9 les mêmes affections et par les mêmes besoins,

» il ^ nous présentent encore de plus grandes disso-

» nances *. Ils sont sortis d'abord de la force ex-

9 pansive de la terre dans les premiers temps ; ils

» se formèrent des vases fermentées de l'Océan et

» du Nil , comme quelques historiens en font foi ,

» entre autres Hérodote, qui l'avait appris des prt-

9 très de l'Egypte. La plupart sont sans propor-

9 lions. Les uns ont des têtes et des becs énormes,

9 comme le toucan ; d'autres , de longs coos et

9 de longues jambes, comme les grues. Ceux-ci

9 n'ont pas de pieds, ceux-là en ont des cenuines;

» d'autres les ont déûgui-és par des excroissances

» superflues , telles que les ergots appendices du

9 porc, qui , suspendus à la distance de pliisieure

9 pouces de son pied , ne peuvent servir à sa mar-

9 che. Il y a des animaux qui peuvent à peine se

9 mouvoir, et qui sont nés paralytiques, comme

» le slugaid^ou^ paresseux ^qnijie peut faire cin-

» quante pas dans un jour, et qmjetiëài mar-

9 gtmtdeaLcrislamJpihràlJftSi, IVôs cabinets dlifs-

9 toire naturelle sont pleins de monstres, de corps à

» deux têtes, de têtes à trois yeux , de brebis à six

9 pâtes , etc. , qui attestent que la nature agit au

9 hasard, et qu'elle ne se propose aucune On, si ce

» n'est celle de combmer toutes les formes possi-

9 blés : encore, ce plan marquerait une attention

9 que sa monotonie désavoue. Nos pemtres imagi-

9 neront toujours beaucoup plus d'êtres qu'elle

» n'en peut créer. Au reste, la rage et la fureur

9 désolent tout ce qui respire, et l'épervier dévore,

» à la face du ciel, l'innocente colombe,

9 Mais la discorde qui divise les animaux n'ap- » proche pasde celle qui agite les liommes **. D'a- » bord plusieurs espèces d'hommes diflërentes , 9 répandues sur la ten-e, prouvent qu'ils ne sor- » tent pas de la même origine. Il y en a de noirs , 9 de blancsy de rouges, de cuivrés et de cendrés. » Il y en a qni ont de la laine au lieu de cheveux, » d'autres qui n'ont point de barbe. Il y a des 9 nains et des géants. Telles sont en partie les va- » riélw du genre humain , partout également » odieux à la nature. Nulle part, elle ne le uour- » rit de son plein gré. Il est le seul être sensible

Dans l'Etude VI.

* Dans l'Étude VII.

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