AUX OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE
miss DBS DB80IDIE8 DU GLOU.
Quoique mon ignorance des moyens que la nature emploie dans le gouvernement du monde soit plus grande que je ne puis le dire, il suffit cependant de jeter les yeux sur les cartes et d'avoir un peu lu, pour montrer que ceux par lesquels on nous explique ses opérations ne sont pas les véritables. C'est de l'insuffisance humaine que sortent les objections dirigées contre la Providence divine.
D'abord , il ne me parait pas |>lus naturel de former le mouvement uniforme de la terre dans les cieux des deux mouvemeiis de projection et d'attraction, que d'attribuer à de pareilles causes celui d'un homme qui marche sur la terre. Les forces centrifuge et centripète ne me semblent pas plus exister dans le ciel , que les cercles de l'équateur et du zodiaque. Quelque ingénieuses que soient ces lois, ce ne sont que des échafaudages
ÉTUDE QUATRIÈME
imapnés par des lionimefi de génie, pour élerer rédilice de ta science, mais qui ne servent pas davantage à pénétrer dans le sanctuaire de la nature, que ceux qui servent à construire nos temples ne nous aident à pénétrer dans celui de la religion. Ces forces combinées ne sont pas plus les mobiles de la course des astres, que les cercles delà sphère n'en sont les barrières. Ce ne sont que des signes qui ont», à la fin, remplacé les objets qu'ils devaient représenter , comme il est arrivé dans tout ce cpii est d'établissement humain.
Si une force centrifuge avait élevé les montagnes du globe lorsqu'il était dans an état de fusion , il y aurait des montagnes bien plus élevées que les Andes du Pérou et du Cldli. Celle du Chimboraço, qui en est la plus haute, n'a que 3,220 toises de hauteur, ou 3,350; car les sciences ne sont pas d'accord même sur les observations *. Cette élévation , qui est à peu près la plus grande que Ton connaisse sur la terre, y est moins sensible cfue ne seraient la troisième partie d'une ligne sur un globe de six pieds de diamètre. Or, un bloc de métal fondu présente, à proportion de sa masse, des scories bien plus considérables. Voyez les anfractuosités d'un simple morceau de mâchefer. Quelles effroyables boufUssnres auraient dû donc se former sur un globe de matières hétérogènes et bouillantes, de trois mille lieues d'épaisseur! La lune, d'un diamètre bien moins considérable, a des montagnes de trois lieues de hauteur, suivant Cassini. Mais que serait-ce, si, avec l'action de l'hétérogénéité de nos matières terrestres en fusion , on suppose encore celle d'une force centrifuge produite par la rotation de la terre? Je m'imagine que celte force se fât nécessairement dirigée sur son €(iuateur , et qu'au lieu d'en former un globe, elle l'eiU étendue dans le ciel, comme ces grands plateaux de verre que soufflent les verriers.
Non-seulement la terre n'a pas plus de diamètre sons son équateur que sous ses méridiens, mais tes montagnes n'y sont pas plus élevées qu'ailleurs. L(ss fameuses Andes du Pérou ne commencent
' C'est M. de La Condamine qui a évalué à 3,220 toises la hauteur du Cliimlwraço. Le géomètre espagnol don Jorge Juan trouva que cette hauteur était de 3,3S0 toises, ce qui faisait une difTércqce considérable, mais que Af. de Ilumboldt a légèrement modifiée, en ne portant la hauteur du Chimboraço qu'à 3,338 loiscs (6,544 mètres). Ce dernier calcul semble devoir ia^rer quelque' confiance, parce qu'il a été le résultat de plusieurs opérations bien faites. Au reste, comme les mesures «xécutées dans la Cordillère des Andes ne peuvent être qu'à demi géométriques et à demi barométriques , ectte cora|>HcaUon est sans doute la principale cause des variations qui se trouvent dam les calciils des savans. (A, -M,)
point à l'équatenr, mais plusiears degrés aa-<)elH ▼ers le. sud; et côtoyant le Pérou, le Chili et la Terre-Magellanlque, elles s'an^étent au 555 degré de latitude australe, dans la Terre-de-Fea, ow elles présentent à l'Océan un promontoire de gl»ces étemelles d'une hauteur prodigieuse. Dan» toute cette longueur, elles ne s'ouvrent qu'an détroit de Magellan, formant partout, suivant le témoignage de Garcilasso de la Y^a * , un rempart hérissé de pyramides de ndge inaecesBibles anx hommes , aux quadrupèdes , et même anx oiseanx. An contraire, les montagnes de l'isthme de Panama, qui sont dans le voisinage de la ligne, sont si peu élevées en comparaison de oeDea-cff, que l'amiral Anson , qui les avait tontes côtoyée», rapporte que , dès qu'il parvint à cette hantenr, il éprouva des dialeurs élooffontes, parce que l'air, dit-il , n'était plus rafraîchi par l'atmoaphère des hautes montagnes du Chili et dn Péron. Le» montagnes de l'Asie les plus élevées sont tont-àfait hors des tropiques. La diahie des monta Tanrus et Imaûs commence en Afrique an mont Atlas, vers le 30^ degré de latitude nord; elle traverse toute l'Afrique et toute l'Asie, entre le 38* et le 40* degré de latitude , portant , dans cette longue étendue, là plupart de ses sonmiets converts de neiges en tout temps; ce qui leur suppose, comme nons le verrons ailleurs, une élévation considérable. Le mont Ararat, qui en Ikit partie, est pent-étre plus élevé qu'aucune montagne du Nouveau-Monde, si l'on en juge par le temps que Toumefort et d'autres voyageurs ont mis à venir de la base de celte montagne au pied de ses neiges, et, ce qui est moins arbitraire, par la distance on on l'aperçoit, qui est au moins de six journées de caravane. Le pic de Ténériffe se voit de quarante lieues. Les monts Félices, en Norwège, appelés les Alpes du nord , se découvrent en mer à cinquante lieues de distance; et, suivant un savant Suédois, ils ont trois mille toises d'élévation. Les pics du Spitzberg, de la Nouvelle-Zélande, des Alpes , des Pyrénées, de la Suisse , et ceux où l'on trouve de la glace toute Tannée, sont très-élevés, et sont, pour la plupart, fort loin de l'équatenr. Ils ne sont pas même dans des directions qui soient parallèles à ce cercle, comme il eAt dA arriver par l'effet supposé de la rotation du globe; car si la dialne du Taurus va , dans l'ancien continent , d'ooddent en orient, celle des Andes va, dans le nouveau, dn noixl au midi. D'autres chaînés ont d'autres directions. Mais si la prétendue force centrifàge avait pu élever autrefois des montagnes, pourquoi n'a-
• Histoire de» Ineas , liv. i, chap. S.
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
iiX)
l-ede plus à préseni la force d'élever en Tair une paille? Elle ne devrait laisser aucnn corps à la surbce .de la terre. Ils y sont fixés, dit-on, par la hnx centripète, ou par la pesanteur. Mais, si celle-d y ramène en effet tous les corps, pourquoi dooc les montagnes elles-mêmes n'y ont-elles pas obéi , lorsqu'elles étaient dans un état de fusion ? Je ne sais ce qu'on peut répondre à celte double olijection.
La mer ne me parait pas plus propre que la force centrifuge à former des montagnes. Comment peut-on concevoir qu'elle ait jamais pu les élever hors de son sein? Il est constant toutefois que les marbres et les pierres calcaires , qui ne sont que des pAîes de madrépores et de coquilles amalgamées; que les silex , qui en sont des concrétions; que les marnes, qui en sont des dissolutions, et que tous les corps marins qu'on trouve répandus dans les deux continens , sont sortis de la mer. Ces matières servent de base à une grande partie de l'Europe; des collines fort hautes en sont composées, et on les trouve dans plusieurs parties de l'ancien et du nouveau monde, à nne^gale liauteur. mais leur dépôt ne peut s'expliquer par aucun des mouvemens actuels de l'Océan. On a beau lui supposer des révolutions d'occident en orient, jamaiS'On ne lui fera rien élever au-dessus de son niveau. Si l'on cite quelques ports de la Méditerranée qui en effet ont été laissés à sec par la mer, il n'est pas moins certain qu'il y en a un bien plus grand nombre, sur les mêmes côtes, qui n'en ont point été abandonnés. Voici ce que dit à ce sujet le judicieux observateur Maundrel, dans son voyage d'Alepà Jérusalem, en 1699 : « Dans le golfe • Adriatique, le phare d'Arminium ou Rimini » est à une lieue de la mer; niais Ancône, bâtie » par les Syracusains, est toujours sur le même » rivage. L'arc de Tnyan , qui rendit son port plus » commode aux marchands, est situé immédlate- »ment an-dessus. Bérite, si aimée d'Auguste, » qui lui donna le nom de Julia felix, n'a plus de » soo ancienne beauté que sa situation sur le bord » de la mer, au-dessus de laquelle elle n'est élevée » qa'autant qu'il le fout pour n'être pas sujette aux » inondations de cet élément. »
Le témoignage des voyageurs les plus exacts est conforme à celui de ce savant Anglais. Son oompatriole Richard Pococke, qui voyageait ea Egypte en i737, avec moins de goôt, mais avec encore plus d'exactitude, atteste que la Méditerranée a gagné autant de terrain qu'elle en a peixlu'^. « Il suffit, dit-il, fiour s'en convaincre, d'eu exami-
' yoif-nge en Égffpte , tome i , fuges; tel 30.
» ner le rivage ; et Ton voit non-seulement dans la » mer quantité d'ouvrages taillés dans le roc, mais » encore les ruines de plusieurs édifices. Environ )> à deux milles d'Alexandrie, on aperçoit dans l'eau » les ruines d'un ancien temple. )> Un anonyme anglais , dans un voyage rempli d'excellentes observations, décrit plusieurs villes fort anciennes de l'Archipel, telles queSamos, dont les ruines sont sur le bord de la mer. Voici ce qu'il dit de Dêlos, qui est, comme on sait, au centre des Cyclades * : a Nous ne trouvâmes rien autre chose, le long de » la côte, que des restes d'ouvrages superbes, et » nous aperçûmes, jusque dans l'eau, des fonda- » tions de quelques grands édifices qui n'ont ja- » mais été continués , et des ruines d'autres qui » ont été détruits. La mer semble avoh* anticipé » sur l'Ile de Délos; et comme l'eau était claire et » le temps calme, nous eûmes la commodité de » voir des restes de beaux édifices à des endroits » où les poissons nagent à l'aise, et sur lesquels les » petits vaisseaux de ces cantons voguent pour ar- » river à la côte. » Les ports de Marseille, de Car- Ihage, de Malte, de Rhodes, de Cadix, etc. , sont encore fréquentés des navigateurs , comme ils l'étaient dans la plus haute antiquité. La Méditerranée n'eût pu baisser dans un seul point de ses rivages, qu'elle ne se fût abaissée dans tous les autres;car les eaux se mettent toujours de niveau dans un bassin. Ce raisonnement pent s'étendre à toutes les côtes de l'Océan. Si l'on trouve quelque paît des plages abandoimées, ce n'est point la mer c]ui se retire, c'est la terre qui s'avance. Ce sont desaU lovions occasionées souvent par les dêgorgemens des fleuves, et quelquefois par les travaux impnidens des hommes '*^'^. Les invasions de la mer dans
* Voyage en France , en Italie, et aux Ues de VArchi" pel, 1763, 4* vol. , lettre cxxvii, page 236.
** Les physiciens modernes sont assez gëuéralenicnt d'accord sur la diminution graduelle des eaux de la mer. BuIToil a recueilli uu grand nombre d'otiservations qui appuient cet(e opinion. EaefTet, depuis quelque temps l'Océan semble avoir liaissé de plusieurs pieds, tant sur nos côtes que sur celles d'Espagne, de Portugal et d'Italie : Ravcnne . qui était un. port de merdes Exan|ues, n'est plus une ville maritime.. Hubert Thomas dit , dans sa Description du pays de Liège , qpe la mer baignait autrefob les murs de la viUc de Tongres , qui maintenant en est éloignée de trcnte^nq. lieues ; la Méditerranée a baissé à peu près dans les mêmes proportions. Damtettc est actuellement éloignée de la mer de plus'dc dix milles, et du temps de Louis IX les vaisseaux abordaient dans son port. La diminution de la Balticiue est un phénomène biea constaté ; le géomètre Celsius a recueilli , dans un excellent mémoire, un grand nombre de laits qui ne permettent pas d'en douter. Les bahitaus de la Bothnie, dit Linuée, ont olMservé que leur uier décroit tous les ans de (|uatre à cimi doigts. Enfin, le système du déplacement des eaux, et de leur progrès d'Orient en Occident , est celui qui parait le mieux cUi^
ÉTUDE QUATRIÈME
les terres sout également locales, et ont pour cause quelque tremblement de terre, dont Teflet ne s'est pas étendu fort loin. Comme ces empiétemens réciproques des deux élémens sont pailiculiers, et souvent en opposition sur les mômes rivages, qui ont d'ailleurs conservé constamment leur ancien niveau, on n'en {«ul conclure aucune loi générale pour les niouvemens de l'Océan.
Nous allons examiner bientôt comment tant de corps marins fossiles ont pu sortir de son lit; et notis osons croire qu'en nous conformant à des traditions respectables, nous dirons à ce sujet des choses dignes de l'attention des lecteurs. Pour revenir donc aux montagnes, telles que celles de granit, qui sont les plus élevées du globe, -et dont la fonnation n'est pas attribuée à la mer, parce qu'elles ne contiennent aucun dépôt qui atteste son passage, les mêmes pliysiciens emploient un autre système pour nous en expliquer l'origine. Ils supposent une terre primitive qni avait de hauteur celle où s'élèvent aujourd'hui les pics lés plus élevés des Andes, du mont Taurus, des Alpes, etc., qui sont restés comme autant de témoins de l'existence de ce premier sol : ensuite ils emploient les neiges, les pluies , les vents et je ne sais quoi en* core, à dégrader cet ancien continent jusqu'au rivage de la mer; en sorte que nous n'habitons que le fond de cette énorme fondrière. Cette idée a qoel(|ue chose d'imposant; d'abord , parce qu'elle fait peur; de plus, parce qu'elle est conforme au tableau de ruine apparente que nous présente le globe : mais elle s'évanouit par ime simple question. Que sont devenues les terres et les roclies de cet effit)yable déblai?
Si l'on dit qu'elles se sont jetées dans la mer, il fAUi supposer, avant toute dégradation, l'existence du bassin de la mer; et son excavation présenterait alors bien d'autres difficultés. Mais admet-
1:11. Cependant plusieurs obsenrations contrarient oette opinion. BridAne aTu à l'Ile de Malte des cheroins. Jadis creusés dans le roc , maintenant ensevelis sous les eaux. Suivant Barrai , l'ancien temple de Sérapis , près de Pouziol . est de trois pieds au-dessous du niveau de la mer; enfin, Diquemara a obsen'é ipi'au Havre la butte sur laquelle on a placé le bnal est sans cesse dégradée par les flots, qui autrefois ne pouvaient l'atteindre. De tous ces faits contradictoires , on pourrait peut-être conclure, avec Bernardin de Saint-Pierre, qu'il n'f a eu ni proj^rès. ni retraite, ni élévation; ou au moins que chacun de ces pbénomtoes peut s'expliquer par des causes locales. Parmi ces causes « la phis générale sans doute est celle de la décomposition de l'eau , soit par l'effiptde la végétation , soit par l'action vitale des testacés et de tous les animaux marins à enveloppe pierreuse , soit enfin par les frax des volcans. Cette demi^ opinion était celle de M. Fatrin , et nous aurons occasion de la rappeler dans une note sur sa Théorie des volcans, dont il devait sans doute l'idée IHremière aux Éiudf$de la ffalure, (A. M.)
tons-la. Comment ces ruines ne i'oni-elles pu coni' blée en partie? Comment la mer ne s'esl-eDe pas débordée ? Comment est-il arrivé , an contmire, qu'elle ait abandonné des teirains si grands, que la plus grande |iartie des deux continens en est formée ? Ainsi nos systèmes ne peuvent rendre raison de l'escarpement des montagnes de gmài par «icune<k gradation, parceqii'ils ne savent où en placer les débris ; ni de la formation des montagnes orieûres par les niouvemens de l'Océan, parce que, dans son état actuel, il ne peut les couvrir. Au reale, œ n'est pas d'aujourd'hui queles philoaopliesout considéré la terre oonmie un édifice qui dépérissait. Voici ce que dit de ropinion de Polybele btronde Busbecq, dans ses lettres eurietnei et agréables : « Polybe prétend avoir prouvé queFentréede la mer » Noire serait dans la suite ccnublée par des bancs » de sable et parle limon que le Danube et leBo- 9 rysibène y entraîneraient; que l'on ne pourrait » plus, par conséquent, entrer dans la mer Noire, » et que les embarquemens que Ton forait pour y » aller seraient totalement inutiles. Cependant la » mer du Pont est aujourd'hui aussi navigable que » du temps de Polybe *. »
Les baies, les golfos et les méditerranées ne sont |»as plus des irruptions de l'Océan dans les terres, (fue les montagnes ne sont des productions du mouvement centrifuge. Ces prétendus désordres sont nécessaii-es à l'Iiarmonie de toutes les parties de la terre. Qu'on suppose, par exemple, que le déiroit de Gibraltar soit formé, comme on dit qu'il l'était autrefois , et (|ue la Méditerranée n'existe plus; que deviendront tant de fleuves de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, qui sont entretenus par les vapeurs qui s'élèvent de cette mer, et qoi rapportent leurs eaux dans ime proportion admirable , comme les calculs de plusieurs sa vansfont très-bien démontré? Les vents du nonl, qui rafralddssent constamment l'Egypte en été, et qni chassent les émanations de la Méditerranée jusqu'aux montagnes de l'Ethiopie, pour entretenir les soan^es du Nil, passant alors sur un espace sans eaux, porteraient l'aridité et la sécheresse sur tonte la partie septentrionale de l'Afrique, et jusque dans Fintérieur de son continent. Il arriverait encore pis aux parties méridionales de l'Europe; car les vents chauds et bri^lans de l'Afrique, qui se chargent de tant de nuées pluvieuses en traversant la Méditerranée, venant à souffler sur le bassin dessédié de cette mer, sanstempérerleurchaleur par aucune humidité, frapperaient d'une stérilité brûlante toute Ci'tte vaste partie de l'Europe qui s'étend depuis
* Lettre 1, fuigelSI.
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
le délroil de Gibraltar jusqu'au Pout-Euxin, et assécheraîenl tontes les terres d'où coulent aujourd'hui une multitude de fleuves, tels que le Rhône, le Pô, le Danube, etc. 11 ne snfGt pas d'ailleurs de supposer que la mer s'est ouvert un passage dans le bassin de la Méditerranée, comme une rivière <]ui se répand dans une prairie après avoir rompu ses digues; il fiiut supposer encore que ce terrain inondé ait été plus bas que FOcéan , ce qui ne se rencontre nulle part dans aucime partie de la terre ferme , qui sont tontes au-dessus du niveau de la mer, à l'exception de celles qui ont été enlevées niix eaux parles travaux des hommes, comme on le Toit en Hollande. Il Ikut de plus supposer qu'il se soit foit un affaissement latéral de la terre tout autour du bassin de la Méditerranée, pour régler les circuits, pentes, canaux et détours de tant de fleuves qni viennent s'y rendre de si loin, et que cet aflaissement se soit foit avec des proportions admi> râbles : car ces fleuves, partant souvent de la même niontagne , arrivent par les mêmes pentes , à des ilibtances fort différentes, sans que leur canal cesse d'être plein et que leurs eaux s'écoulent trop vite ou trop lentement , malgré la différence de leurs cours et de leurs niveaux. Ainsi, ce n'est plus à- une irruption de l'Océan qu'on doit attribuer la Méditerranée, mais à un écroulement du globe, de plus de douze cents lieues de longueur sur plus de Imit cents de largeur, qui s'est effectué avec des dispositions si heureuses et si favorables à la circulation de tant de fleuves latéraux, que si j'avais le temps de développer le cours d'un seul, on verrait combien cette dernière supposition esU dénuée de tout fondement. Les tremblemens de terre, à la vérité, produisent des écroulemens, mais qni sont de peu d'étendue, et qui, loin de ménager descanauxaux fleuves, absorbent les cours des ruisseaux, et les changent quelquefois en étangs ou en mares. On peut appliquer ces hypothèses à tous les golfes, baies, grands lacs et médilerranées; et Ton verra que si ces eaux intérieures n'existaient pas, il ne resterait pas une fontaine dans la plus grande partie de la terre habitable.
Pour se former une idée de l'ordre de la nature, il faut perdre nos idées circonscrites d'ordre humain. U fout renoncer aux plans de notre architecture, qui emploie fréquemment les lignes droites, afin que la faiblesse de notre vue puisse embrasser d'un cpup d'œil tout notre domaine; qui syméirise toutes nos distributions; qui met, dans nos maisons, des ailes à droite et desailes à gauche, afin que toutes les partiesde notre habitation soient à notre portée, lorsque nous en occupons le milieu; et qui nivelle, met à plomb, lisse et polit les pierres |
qu'elle y emploie, afin que nos monuinens soient doux au toucher et à la vue. Les convenances de la nature ne sont pas ceUes d'un Sybarite, mais elles sontcelles du genre humain et de tous les êtres. Quand la nature élève un rodier, elle y met des fentes, des anfractuosités, des cames, des pitons. Elle le creuse et l'exaspère avec le ciseau du temps et des élémens ; elle y plante des herbes, des arbres; elle y loge des animaux, et elle le place au sein des mers et au foyer des tempêtes, afin qu'il y offre des asiles aux habitans de l'air et des eaux. Quand la nature a voulu de même creuser des bassins aux mers, elle n'en a ni arrondi, ni aligné les bords; tuais elle y a ménagé des baies profondes e( abritées des courans généraux de l'Océan, afin que, dans les tempêtes, les fleuves pussent s'y dégorger en sûreté ; et que les légions de poissons vinssent s'y réfugier en tout temps, y lécher les alluvions des terres qui s'y déchargent avec les eaux douces; qu'ils y frayassent, pour la plupart, en remontant jusque dans les rivières, où ils viennent chercher des abris et des4^tures pour leurs petits. C'est pour le maintien de ces convenaocea que |^ nature a fortifié tous les rivages de longs banei de sables, de récife^ d'énormes rochers et d'Ues, qui en sont placés à des distances convenables pour les protéger contre les fureurs de l'Océan.
Elle a employé des dispositions équivalentes pour les bassms des fleuves, comme nous en dirons quelque chose dans la suite de cette Étude, quoique le lieu ne nous permette que d'effleurer une matière si riche et si nouvelle en observations. Ainsi , elle ne faji point courir les eaux des fleuves en ligne droite , comme elles devraient couler à la longue par les lois derhydraulique,à cause de la tendance de leurs mouvemens, vers un seul point; mais elle les fait serpenter long-temps au sein des terres avant qu'elles se rendent à la mer. Pour régler le r cours de ces fleuves, et l'accélérer ou le retarder, \ suivant le niveau des terres où ils coulent, elle y Élit tomber des rivières latérales qni l'aocélèrent dans un pays uni, lorsqu'elles forment un angle aign avec la source de ces fleuves ; ou qui le retardent dans un pays élevé, en formant un angle droit el quelquefois obtus avec la source de ces mêmes fleuves. Ces lois sont si certaines, qu'on peut juger, sur une simple carte, si Tes fleuves qui arrosent un pays sont lents ou rapides, et si ce pays est uni ou élevé, par l'angle que forment avec leurs cours les rivières confluentes. Ainsi , la plupart de cel- \ les qui se jettent dans le Rhône,; (ÎFKinent avec ce j \ fleuve rapide des angles droits ||^ modérer son ' cours. Il y a de ces rivières f^MM sont de
véritables digues, et qui tràiÉiÉl^lui fleuve de
part en part; en sorte que le fleuve traversé , qui est fort rapide au-dessus du confluent, coule fort lentement au-dessous. C'est ce qu'on peut observer sur plusieurs fleuves de l'Amérique, et notamment sur le Méchassipi. On peut conclure de ces simples perceptions, que je n'ai ici que le temps d'indiquer, qu'il est aisé de relarder ou d'accélérer le cours d'un fleuve, en changeant simplement l'angle d'incidence de ses rivières confluentes. C'est ce que je présente, non conune un conseil, mais comme une spéculation très-curieuse ; car il est toujours dangereux à l'homme de déranger les plans de la nature.
Les fleuves, en se jetant dans la mer, apportent â leur tour, par les directionsde leurs emix)uchnres, du retardement ou de l'accélération au cours des marées. Mais je ne m'engagerai pas plus avantdans l'étude de ces grandes et sublimes harmonies. Il me suffit d'en avoir dit assez pour convaincre que le bassin des mers a été creusé exprès p^'"* en r^-
Cependant voici encore un raisonnement propre A lever, à ce sujet , toute espèce de doute. Si le bassin des mers avait été formé comme on le suppose, par un abaissement des terres du globe, les rivages des mers , sous les eaux, auraient les mêmes pentes que le continent voisin. Or, c'est ce qui ne se trouve sur nulle côte. La pente du bassin de la mer est beaucoup plus rapide que celte des terres limitrophes, et n'en est point le prolongement. Par exemple , Paris est élevé au-dessus du niveau de la merde 26 brasses environ, en comptant du bas du pont Notre-Dame. Ainsi, la Seine, depuis ce pont juscfu'à son embouchure dans la mer, n'a que 130 pieds de pente, dans une distance de 40 lieues; tandis qu'à compter depuis son embouchure jusqu'à une lieue et demie en mer seulement, on trouve tout d'un coup€0 ou 80 brasses d'inclinaison, qui est la profondeur que les vaisseaux ont au mouillage de la rade du Havre-de-Grâce. Ces différences du niveau des terres au niveau du fond du bassin de la mer, dans le même alignement, se rencontrent sur toutes les côtes, du plus au moins. A la vérité, l'Anglais Dampier a observé que les mers ont beaucoup de profondeur le long des côtes élevées, et qu'elles en ont fort peu le long des côtes basses; mais il y a toutefois cette notable différence, que le long des terres basses le fond de la mer est beaucoup plus incliné que le sol du continent voisin, et que le long des terres hautes on ne trouve -quelquefois point de fond du tout. Ceci prouve donc évidemment cpie les bassins des mers ont été creusés exprès pour les contenir. La pente de leors excavations a été réglée [»ar des lois infi-
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niment sages ; car si elle était la même que celle des terrains euvironnans, les flots de la mer, au moindre vent du lai^, s'étendraient à des distances considérables sur 1^ ten-es voisines. C'est ce qui arrive en effet, lorsque, dans des tempêtes ou des marées extraordinaires, les flots surmontent leurs rivages accoutumés; car alors, trouvant une pente faible et douce, en comparaison de celle de leur lit, ils s'étendentquêlquefois à plusieurs lieues de distance dans le sein^des terres. C'est ce qui arrive de temps en temps à l'Ile Formose^dont il est probable que les liabitans ont détruit autrefois les digues naturelles, telles que les mangUers. Cest par une raison à peu près semblable que la Hollande se trouve exposée aux inondations , parce qu'elle a empiété sur le lit même de la mer. C'est principalement sur le rivage de l'Océan qu'est placée cette borne invisible que l'Auteur de la nature a prescrite à ses flots. C'est là que vous apercevez que vous êtes à Tintersectton de deux plans différens, dont l'un termine la pente des terres, et l'autre commence celle de la mer.
On ne peut pas dire que ce sont les courans de la mer qui en ont creusé le bassin ; car dans quel lieu eu auraient-ils porté les terres? Ils ne peuvent rien élever au-dessus de leur niveau. On ne peut pas dire même que les canaux des fleuves aient été creusés par le cours de leurs propres eaux; car il y en a plusieurs qui passent par des routes souterraines, à travers des masses de roc vif d'une dureté et d'une épaisseur impénétrables aux piodios et aux pics de nos ouvriers. D'ailleurs , ces fleuves auraient dû former, à leur emboudiure dans la mer, des bancs de sable et des langues de terre d'une grandeur proportionnée à la quantité de terre qu'ils auraient excavée en formant leurs lits; et la plupart, au contraire , comme nous l'avons observe se dccliargent au fond des baies creusées exprès pour les recevoir. Comment n'ont-ils pas rempli ces baies depuis qu'ils y apportent sans cesse des alluvions de terres ? Comment le bassin de l'Océan ne s'est-il pas comblé lui-même , lui qui reçoit perpétuellement les dépouilles des v^étaux, les sables, les rochers et les débris des terres, qui rendent tout jaunes, à la moindre pluie, les fleuvesqni s'y décliargept? Les eaux de l'Océan n'ont pas haussé d'un pouce depuis que les hommes observent, comme il est aisé de le prouver par l'état des plus anciens ports de mer de l'univers , qui sont encore, pour la plupart, au même niveau. Je n'ai pas le temps de parler ici des moyens dont la nature s'est servie pour la construction , la protection et le nettoiement de ce bassin ; ils nous donneraient de nouveaux sujets d'admiration. J'en ai dit assez pour montrer que ce qui nous parait dans la nature
UÉPONSES AUX
Touviage de la cuine et du hasard» est souvent celui de l'intelligenoe la plus profonde. Non-seulemait il ne tombe pas un cheveu de noire tête, ni un moineau d'un arbre, mais un caillou n'est pas roulé sar les rivages de la mer sans la permission de Dieu, suivant l'expression sublime de Job :
Tenipus poMiit tenebrû, et nuiversorum finem ipsecousi» dergMapidcin qooqoe caiigi nis el umbram mor(i8.(Cap.xxv m . V.9.) ' - - - -
• Il a bonié le temps des ténèbres, et il considère lai-
■ même la fin de toutes choses ; il yoiLiufqu'iLU pierre ensc- • Tdw dans robsconté de la terre, et dans l'ombré de Ta
■ mort.» "
Il connaît aussi le moment où elle doit en sortir ponr servir de monument aux nations.
Indépendamment des preuves géographiques innombrables qui attestent que l'Océan n'a, par ses irruptions, creusé aucune baie, ni délaché aucune pallie du continent, il y en a encore qui peuvent se tirer des végétaux, des animaux et des hommes. Ce n'estpas ici le lieu de m'y arrêter ; mais je citerai , en passant , une observation végétale qui prouve, par exemple, que l'Angleten^e n'a jamais été jointe au continent de l'Europe, comme on le suppose, et qu'elle en a toujours été séparée par la Manche: c'est que César remarque, dans sesOommentaires , qu'il n'y avait, dans le temps qu'il y passa, ni héu^^ ni sapins, quoique ces arbres fussent fort communs dans les Gaules , le long de la Seine et du Rhin. Si donc ces fleuves avaient coulé autrefois sur l'Angleterre, ils y auraient porté les semences des végétaux qui croissaient à leurs sources et sur leurs rivages. Les héllres et les sapins, qui réussissent fort bien aujourd'hui en Angleterre, n'auraientpas manqué d'y croître dans ce lemps-là, d'autant qu'ils n'auraient pas changé de latitude , et qu'ils sont, comme nous le verrons ailleurs^ du genre des arbres fiuviatiles, dont les semences se ressèment par le moyen des eaux.. D'ailleurs, d'où la Seine, le Rhm, la Tamise, et tant d'autres fleuves qui entretiennent leurs cours des émanations de la Manche, auraient-ils tiré leurs eaux? La Tamise aurait donc coulé sur la France, ou la Seine sur l'Angleterre; ou, pour mieux dire, les pays que ces fleuves arrosent aujourd'hui auraient été à sec.
Ce sont nos cartes qui, comme la plupart des instrumens de nos sciences, nous induisent en erreur. En y voyant tant d'enfoncemens et de découpures dans les côtes du continent, nous avons été portés à crohre que c'étaient les courans de la mer qui les avaient dégradées. Nous venons de voir qn'ils n'ont pas produit cet effet : nous allons montrer, maintenant, qu'Os n'ont jamais pu le faire.
L'Anglais Dampier, qui n'est {ki^ le premier