RKPONSBS AUX OBJECTIONS CONTRE LA PRO- VIDENCE
TiailS DBS MAUX OU QENU BUMAITV.
Les argumens qu'on tire des variétés du genre humain et des fléaux réunis sur lui par la nature , par les gouvememeus et par les religions, tendent à prouver que les hommes n'ont ni la même origine, ni de supériorité naturelle au-dessus des bêles, et qu'il n'y a point d'espoir pour leurs vertus, ni de Providence pour leurs besoins. Nous exammerons successivement ces maux , en commençant par ceux de la nature , dont nous ferons voir la nécessité et l'utilité ; et nous démontrerons que les maux politiques ne naissent que des écarts de la loi naturelle, et qu'ils sont eux-mêmes des preuves de l'existence d'une Providence.
Nous commencerons ce sujet intéressant par répondre aux objections thrées des variétés de l'espèce humahie. A la vérité , il y a des hommes noirs et blancs, de cuivrés el de cendrés. Il y en a qui ont de la barbe, et d'autres qui n'en ont presque points mais ces prétendus caractères ne sont que des acddens, comme nous l'avons dit ailleurs. Des chevaux blancs, bais ou noirs, à poil frisé conune ceux de Tartarie, ou à poil ras conmie ceux de Naples, sont certainement des animaux de la même espèce^ Les ^WinoSt on Nègres blancs, sont des espèces de lépreux ; et ils ne fiMmient pas plus une race particulière de Nègres , que ceux qui
ÉTUDE SEPTIÈME
sortent parmi nous d'avoir la petite-vérole ne forment une race d'Enropéens mouchetés. Quoiqu'il n'entre pas dans mon plan de substituer ici toutes les convenances naturelles à toutes les incul|»alions de notre mauvaise physique, et que j'aie resserve, dans cet ouvrage , quelques Etudes ponr ni'occuper principalement de cet objet, suivant mes faibles lumières, j'observerai cependant ici que la coideur noire est un bienfait de la Providence envers les peuples du midL La couleur blanche réfléchit le plus les rayons du soleil , et la noire les réfléchit le moins. Ainsi , la première redouble sa chaleur, et la seconde l'affaiblit; c'est ce que l'expérience démontre de mille manières. La nature s'est servie , entre autres moyens, de l'effet opposé de ces couleurs pour multiplier ou pour affaiblir, sur la tenre , la chaleur de l'astre du jour. Plus on avance vers le midi , plus les honunes et les animaux sont noirs; et plus on va vers le nord , plus les uns et les autres sont blancs *, Lorsque le soleil même s'éloigne des parties septentrionales , beaucoup d'animaux qui y étaient, en été, de différentes couleurs, commencent à blanchir : tels sont
les écureuils, les loups, les lièvres ; et ceux
des parties méridionales dont il s'approche se revêtissent alors de temtes plus foncées : tels sont , dans les oiseaux, la veuve , le cardinal , etc. , ({ui sont ])eaucoup plus fortement colorés lors(]ue le soleil s'approche de la ligne que quand il s'en éloigne. C'est donc par des convenances de climat que la nature a rendu noirs les peuples de la zone torride, conmie elle a blanchi ceux des zones gla-
* Les observationsdes physiciens modernes viennpiil à Tappuidesspéculatious toutes moralesderanteur des ÉtiMffi. Les corps lancent de tous cdtésleur propre chaleur, c'est ce que les savans appellent le rayonnement du calorique. A mesure que les rayons s'échappent, les corps se refroidissent; et ib tomberaient bientôt à la température de la glace, si la nature n'avait employé divers moyens pour empêdier le rayoonemenLAinsi, par exemple, elle a donné aux couleurs la propriété de retenir ou d'abandonner le calorique, suivant qu'elles sont plus ou moins foncées. Le blanc rayonne peu , le noir rayonne beaucoup; c'est-ihdire que le bUnc conserve la dudeor des corps, et que le noir la laisse échapper. Voilà pourquoi toutes les premières fleurs du printemps sont blanches: leoroouleurest comme un vêtement chaud, mais léger, dont la nature les enveloppe avec une soUicitode toute maternelle. Gela est si vrai, que les fleurs se rembrunissent à mesure que les frimas s'éloignent : elles changent d'habit, pour avoir frais. Si l'on bit l'application de ctjtte théorie adx nègres del'Afrique , on aura le secret de leur couleur. La nature bienfSiiisante jette sur eux un voile noir afin de faciliter leur rayonnement, conmie elle enveloppe nos terres froides d'un voile de neige, comme elle donne la couleur blanche aux premières flenrs de la saison , afin d'y concentrer la chaleur. Bernardin de Saint-Pierre ignorait cette théorie; mab la Justesse de son esprit lui en faisait deviner tous les résultats, long-temps avant que les physiciens en enssent Cait la déoonverte. ( A.-M.)
Gîales. Elle a donné eooore nn autre préservailf contre la clialeur aux Nègres qui habitent l'Afrique, qui est la partie la plu» chaude do globe, principalement à cause de cette laiige zone dei^abje qui la traverse, et dont nous avons hidiqné l'utilité. Elle a coiffé ces peuples hisoudanset sans industrie d'une chevelure plus crépue qu'un tissu de laine, qui abrite irès-bîen leur tète des ardeur^ du soleil. Ils en reconnaissent si bien ]tt commôditf^ , qu'ils ne lui en substituent pas d'autres; et il a*y a pas de nation parmi lesquelles les ooifTores artilicidles, comme les Ijonnets, turbans, chapeaux, etc., soient plus rares que parmi les Nègres. Ils ne se servent même de celles-ci , qui leur sont étrangères, que comme d'objets de vanité. et de luxe ; et je ne leur en connais point qui appartiennent proprement à leur nation. Les peuples de la presqu'île de l'Inde sont aussi noirs qu'eux; mais leiire turbans donnent à leurs cheveux, qui sans leur coiffure seraient peut-être crépus, la fodlité de croître et de se développer, l^s peuples de l'Amérique , qui liabitent sous la ligne , fie sont pas noirs, à la vérité ; ils sont simplement cuivrés. J'attribue cet afbiblissement de la teinte noire à plusieurs causes qui sont particulières à leurs pays. La première , en ce qu'ils se frottent de roucoiu , qui garantit la surface de leur peau des impressions trop vives du soleil. I^ seconde, en ce qu'ils liabitent un' pays couvert de forêts, et traversé par le plus grand fleuve du monde, qui le couvre de vapeurs. 1^ troisième, parce que leur territoire B*éléxe insensiblement depuis les rivages du Brésil jusqu'aux montagnes du Pérou; ce qui, lui donnant |>liis d'élévation dans l'atmosplière, loi procure aussi plus de fraîcheur. La quatrième enlln , parce que les vents d'est , qui y soufflent jour et nuit , le rafraîchissent pei^uellement. Enfin, les couleurs de tous ces peuples sont tellement des effets de leurs climats, que les descendaqs des Européens qui y sont établis en prennent les teiniet au bout de quelques générations. CTest ce qu'on peut fuir évidemment aui^tndes, chez les descendans des Mogols, peuples venus du nord de l'Asie, dont le nom signifie blancs , et qui sont aujounf iiol aussi noirs que les peuples qu'ils ont conquis.
La grandeur de la taille ne caractérise pas plus les espèces , dans quelque genre que ce soit , que la différence des couleurs. Un pommier nain et un grand pommier sortent des mêmes greffea. Cependant la natiu^ l'a rendue invariable dans la seule espèce humaine , parce que des variétés d« grandeur eussent détruit, dans l'ordre physique, les proportions de l'homme avec l'imiversalité de ses ouvrages, et qu'elles eussent entraîné, dans l'ordre
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
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moial, Jcsconjfqaencfi!^<MPOnc pins tbiigcfx'UMs, m «sernssant , suis rrtoiir, les |rfiK petitrs espèces dlMiDiines aux ph» gnmdfs.
n n'y a peinl de nées de nains , ni île sèaiis. Oqx qne l'on montre aox Ibires sont de |ietits hommes raooonrœ, on de grands hommes efBan- <|nés sans praportion et sans Tigoeur. fis ne se reprodoîsent ni dans leur petitesse, ni dans lenr gfandear,ipiefc|ne8 tentalÎTes que phisaenrs princes aient laites ponr y lêassir, entre antres le feu roi de Prasse Frédéric f\ D'ailleurs, sortent-ils assez des proportions de Fespèee humaine pour élre appelés des nains ou des geans ? Y a-t-il seulement entre enx la même diflêrence qu'entre un petit cheval <le Sardaigne et un graml cheval brahançon, qu'entre un épagneul et un de ces grands chiens danois qui courent devant nos carrosses ? Tontes les nations ont été et sont aicore de fai même taille , à peu de diflerence près. J'ai vu des momies d'Egypte, et des corps de guanches des Iles Canaries, enveloppés dans leurs peaux. J'ai vu tirer à Malte , d'un tombeau creusé dans le roc vif, le squelette d'un Carthaginois dont tous les os étaient violets, et qui reposait là , peut-être, depuis le règneile Didon. Tous ces corps étaient de la grandeur commune. Des voyageurs éclairés et sans entlMMHiasme ont réduit à ime taille peu différente de la ndtre la taille prétendue gigantesque des Pa* lagons. Je sais bien que j'ai déjà allégué ailleurs ces mêmes raisons; mais on ne saurait trop les répéter, parce qu'elles détniisent sans retour les prétendues influences du climat , qui sont devenues les principes de notre physique, et qui plus est , de noire morale. ^
Il y a en , dit-on , autrefois de véritables geans. Cela est possBile; ma» cette vérité nous est devenue inconcevable, comme toutes celles dont la nature ne nousofhne plusde témoignage. S'il existait des Polyphèmes de la hauteur d'une tour, ils enfonceraient, en marchant, la plupart des terrains. Comment leurs gros et longs doigts pourraient-ils traire les petites chèvres, moissoniier les Mes, fimeber les prairies , cueillir les fruits des vergers? La plupart de nos alimens échapperaient à letir vue, comme à leurs mains. D'im autre côté, s'il y aialt des raoesde nains, comment pourraientelles abattre les forêts pour cultiver la terre? Elles se perdraient dans les herbes. Chaque ruisseau serait pour elles im fleuve , et chaque caîflou un rocher. Les oiseaux de proie les enlèveraient dans leurs serres, à moins qu'elles ne fissent la guerre à leurs <bo& , comme Homère dit que les Pygmées la Élisaient aux œufs des gnies. Dans ces deux * hypothèses, tous les rapports de Tordre naturel
sont romiNB, et ces disrordances entraînent ne> cessairement fai ruine de Tordre social. Supposons qn*une nation de géans existât avec notre industrie et nos passions féroces; mettons à sa tête un Tamerlan : que deviewlraienl nos polygones et nos armées de«^nt leur artillerie et leurs baïonnettes? Autant hi natuie a affiraté de variétés dans les espèces d'animaux du même geiue. quoiqu'ils liabilassent le même sol et qu'ils \ écnsseol des mêmes alimens, autant eUea observe d'uniformité ikns Tespèce humaine , malgré la dif^renre des climats et des nourritures. On a pris ilans quelques imlividus humains un prolongement accidentel du coccix pour un caractère naturel, et on n'a pas manqué d'en conclure une nou^-eUe espèce d'homnws à quene. Ijcs passions des bêtes petivent dégrader Thomme; mais jamais leurs queues, leurs pietls fourriius et leurs cornes n'ont déshotioré sa noble figure. On essaie en vain de le rapprocher de hi classe des animaux par des i^assages insensibles. S'il y avait quelqiie race d'honmies avec des formes d'animal, ou quelque animal doué de la raison humaine, on les montrerait en public. On en verrait en Europe, surtout aujourd'hui, que la tern^ est parcourue par tant de vo}'ageurs éclairés, et que, je ne dis pas des princes, mais des joueurs de marionnettes , font apporter vivans dans nos foires les zèbres si sauvages, les éléphans si lourds, les tigres, les lions , les ours Mancs, et jusqu'à des crocodiles qu'on a montrés publiquement à Londres. En vain on suppo.^ des analogies entre la fertime lis Thomiue et la fSielie dejjôB^gHMitaïutTdans' la situation et la configuration du sein , dans les purgations périodiques du sexe, dans l'attitude, et même dans une sorte de pudeur. Quoique la femelle de Torang-ootang passe sa vie vlans les forêts, certainement Allegrain, comme je l'ai dit, n'a point été prendre sur eHe le modèle de sa Diane que Ton voit à Lucienne. Il y a une bien plus grande différence encore de la raison de l'homme à celle des bêtes, qn'iln'y euaentre leurs formes; et il fiiut avoir égaré la sienne pour avancer, comme Ta dit un célèbre écrivain , qu'il y a plus de distance de Tintelligence de Newton à celle de tel homme, que de celle de cet homme à Tmstinct d'un animal. Nous l'avons déjà dit, le plus stupide des hommes fera usage du feu et de l'agriculture, dont le plus intelligent des animaux ne pourra jamais se servir; mais ce qne nousn'avons pasdit, c'est que Tusage si simple du feu et de l'agriculture Temporle de beaiKXNip sur toutes les découvertes de Newton. L'agriculture est l'art de la nature, et le feu est son premier agent. Il résulte de Texpérience que les hommes ont acquis,' par cet art et par cet élé;