‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 78 sur 213 · DE LA CONVENANCE · texte numérisé non relu

DE LA CONVENANCE

Quoique la convenance soit une percexttjon de notre raison, je là niëts^ la tête des lois physiques, parcë~qu^e est le premier sèhlinieiiYt~qnê"nbïïs" cherchons^satisifau^ arêxaniiiiânt "Tés objets~de la nature. Il y a même une si grahdè~cônnêxion entre le physique de ces objets et Tinstinct de tout être sensible, qu'une simple couleur suffit pour mettre en mouvement les passions des animaux. La couleur rouge met les taureaux en fnrenr , et rappelle à la plupart des poissons et des oiseaux des idées de proie. Les objets deja nature développent dans rhomine un sentiment d'Iin~5râre^snpért6ùr, indépen%iant de ses besoins; c^tcélûî de la convenant» C'est avec les cônvênàricies multipliées de là nature que l'homme a formé sa propre raisou; car raison ne signifie autre chose que le rapport^tm la coiit^eiiaiice des étî^ Ainsi, par exemple, sTjrexâraînëûn quadrupède, les paupières de ses yeux, qu'il hausse ou baisse à volonté, me présentent des convenances avec la lumière; les formes de ses pieds m'en montrent d'autres avec le sol qu'il habite. Je ne peux en avoir d'idée déterminée , que je ne rassemble à son sujet plusieurs sentimens de convenance ou de disconvenanœ. Les objets même les plus matériels, et qui n'ont pour ainsi dire point de formes décidées, ne peuvent se présenter à nous sans ces relations intellectuelles. Une grotte rustique ou un rocher escarpé nous plaisent ou nous déplaisent , en nous présentant des idées de repos ou d'obscurité , de perspective ou de précipice.

Les animaux ne sont sensibles qu'aux objets qui ont des convenances particulières avec leurs 1^^ soiiisT On peut dire qu'ils ont à cet égâWï nne~'pôrtioïTde raison aussi parfaite que la nôtre. Si Newton eût été une abeille , il n'eût pu faire avec toute sa géométrie son alvéole dans une ruche , qu'en lui donnant, comme la mouche à miel, six pans égaux. Mais l'homme diffère des animaux , en ce qu'il étend ce sentiment de convenance à toutes files relations de la nature', quelque étrangères ' qu'elles soient avec ses besoins. C'est cette extension de raison qui lui a fait donner par excellence le nom d'animal raisonnable.

A la vérité, si toutes les raisons particulières des animaux étaient réunies, il y a apparence qu'elles l'emporteraient sur la raison générale de l'honri&e, puisque celui-ci n'a imaginé la plupart de ses arts et de ses métiers qu'en imitant leurs travaux; que

d'ailleurs les animaux naissent Cous avec leur pro~ pre industrie, tandis que l'homme est obligé d'acquérir la sienne avec beaucoup de temps et de réiflexions, et, comme je l'ai dit, par l'imitation de XljCfillSjL'autrui. Mais l'homme les surpasse non-séulement en réunissant en lui seul l'intelligence qui est éparse chez eux tous, mais en remontant jusqu'à la source de toutes les convenances , qm est la Divinité ménie. Lé seul caractëre quT distingue ess«nUeJLçmeDii!hQmmej3çiâ anin c'est qu'ilest un être religiei^x.

Aucmi animal ne partage avec lui cette faculté sublime. On peut la considérer comme le principe de l'intelligence humaine. C'est par elle que riiomme s'est élevé au-dessus de l'instinct des bêtes, jusqu'à concevoir les plans généraux de la nature; et qu'il lui a soupçonné un ordre dès qu'il lui a entrevu un auteur. C'est par elle qu'il a osé employer le feu comme le premier des agens, traverser les mers, donner une nouvelle foce à la terre par l'agriculture, soinnettre à son empire tous les animaux, fonder sa société sur une religion, et qu'il a tenté de s'élever jusqu'à la divinité par ses vertus. Ce n'est point, comme on le croit, la nature qui a d'abord montré Dieu à l'homme, mais c'est le sentiment de la divinité dans l'homme qui lui a indiqué l'ordre de la nature. Les sauvages sont religieux bien avant d'être physiciens.

Aiasi, par le sentiment de cette convenance universelle , l'homme est frappé de toutes'lês ?3onve- . nahc^ possibles, quoiqu'elles lui soiênVéCran^res. L'histoire d'un insecte l'intéresse; et s'il ne s'occupe pas de tous les insectes qui l'environnent, c'est qu'il n'aperçoit pas leurs relations, à moins que quelque Réaumur ne les lui mette en évidence; ou bien c'est que l'habitude de les voir les lui rend insipides, ou que les préjugés les lui rendent odieux et méprisables; car il est encore plus ému par les idées morales que par les physiques, et par les passions que par sa raison.

Nous remarquerons encore que tous les sentimens de convenance naissent dans l'homme, à l'aspect de quelque utilité qui souvent n'a aucun rapport avec ses besoins; it s'ensuit que l'iiorame est bon de sa nature, par cela même qu'il est raisonnable, puisqu'à l'aspect d'une convenance qui lui est étrangère, il éprouve un sentiment de plaisir. C'est par ce sentiment naturel de bonté que la vne d'un animal bien proportionné m»us donne des sensations agréables, qui augmentent à mesm^ qu'il nous développe son instinct. Nous aimons à voir une tourterelle dans une volière; mais cet oiseau nous platt encore davantage dans les forêts, lorsqne l'amour le fait murmurer au haut d'un

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