‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 80 sur 213 · DES FORMES · texte numérisé non relu

DES FORMES

Passons mamtenant à la génération des formes. Il me semble qu'on peut en réduire les principes , comme ceux des couleurs, à cinq, qui sont la ligne , le triangle , le cercle, l'ellipse et la parabole.

Ia ligne engendre toutes les formes, comme le rayon de lumière toutes les couleurs. Elle pi-ocède comme celui-ci dans sei. générations , par degrés , produisant d'abord, par trois fractions, le triangle, qui, de toutes les figures , renferme la pluTpètfte ides surfîacea^ seafr le ^lIitf^^Bnu^t "des" circiiffk Le triangle ensuite, oomposé-lui-même de trois triangles au centre, produit le carré qui en a quatre, le pentagone qui en a cinq, l'hexagone qui en a six , et le reste des polygones, jusqu'au oecctecomposé d'une multitude de triangles, dont les sommets sont à son centre , 6t les bases à sa circonférence, et qui , au contraire du triangle, contient ia plus. grande des surfeces sous le. moindj^ des^pfHmètr^. La forme qui a toujours été, depuis la ligne, en se rapprochant d'un centre jusqu'au cercle, s'en écarte ensuite, et produit l'ellipse, puis la parabole, et en-

fin toutes les autres courbes évasées, dont on f»etit rat>porter les équations à celles-ci.

£n sorte que , sous cet aspect , la ligne indéfinie n'a point de centre commun ; le triangle a trois points de son périmètre, qui en ont un; le carn* en a quatre , le pentagone cim] , l'hexagone six; et le cercle a tous les points de sa circonférence onlonnés à un seul et unique centre. L'ellipse oommeiioe à s'écarter de cette onlonnance , et a deux centres; et la parabole , ainsi que les autres courbes qui leur sont analogues , en ont une infinité renfermés dans leur axe , dont elles s'éloignent de plus en plus en formant des espèces d'entonnoirs. En supposant cette génération ascendante de formes depuis ki ligne par le triangle jusqu'au cercle, et lenr génération descendante depuis le cercle par l'ovale jusqu'à la parabole , je déduis de ces cinq formes ék^ mentaires toutes les formes de la nature; comme avec les cinq couleurs primordiales j'en C(Hn[Kise toutes les nuances.

I^ ligne présente la forme I9 plus aiguë, le cercle la forme la plus pleine, et la parabole I.1 forme la plus évidée. Nous pouvons remanpier, dans cette progression , que le cercle , qui occuf »e le milieu des deux extrêmes , est la plus belle de toutes les formes élémentaires , comme le ntn^ est la plus belle de toutes les couleurs primordiales. Je ne dirai point, comme quelques philosopiies anciens , que cette figure est la plus belle , parce qu'elle est celle des astres, ce qui au fond ne serait pas une si mauvaise raison ; mais , à n'employer que le témoignage de nos sens, elle est la plus douce à la vue et au toucher; elle est aussi la plus susceptible de mouvement; enfin, ce qui n'est |)as une petite autorité dans les vérités naturelles, elle est regardée comme la plus aimable, au goût de tous les peuples qui l'emploient dans leurs omemens et dans leur architecture , et surtout à celui des enfans , qui la préfèrent à tontes les autres dans leurs jouets.

Il est très-remarquable que ces cinq formes élémentaires ont entre elles les mêmes analogies qiie les cinq couleurs primordiales ; en sorte que si vous remontez leur génération ascendante depuis la sphère jusqu'à la ligne , vous aurez des formes anguleuses , vives et gaies , qui se teiminent à la ligne droite , dont la nature compose tant de figures stel lées et rayonnantes, si agréables dans les cieux et sur la terre. Si, au contraire, vous descendez de la sphère aux parties évidées de la parabole , vons au rez des formes caverneuses , qui sont si effrayantes dans les abîmes et les précipices.

De plus , si vous joignez des formes élémentaires aux couleurs primordiales , terme à terme , vous

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