DES MOUVEMENS
verrez leur caractère principal se renforcer mutuellement , du miiins dans les deux extrêmes et dans l'expression harmonique du centre : car les deux premiers termes donneront le rayon blanc , qui est le rayon même de la lumière; la forme cirailaire, jointe à la couleur rouge , produira une forme analogae à la rose , composée de portions sphériques teintes en carmin, et, par Feffet de cette double harmonie, estimée la plus belle des fleurs , au jugement de tous les peuples. Enfin, le noir, joint an vide de la parabole , ajoute à la triste&$e des formes rentrantes et caverneuses.
On peut composer, avec ces cinq formesélémentaires , des figures aussi agréables que les nuances qui naissent des harmonies des cinq couleurs primordiales : en sorte que plus il entrera dans ces fignres mixtes des deux termes ascendans de la progression, pins ces figures seront sveltes et gaies; et, plus les deux termes descendans domineront, plus elles seront lourdes et tristes. Ainsi , la forme sera d'autant pins élégante que le premier terme, qui est la ligne droite, y dominera. Par exemple, la colonne nous platt , parce que c'est un long cylindre qui a pour base le cercle, et pour élévation deux lignes droites, ou un quadrilatère fort allongé. Mais le palmier , d'après lequel elle a été imitée , nous plaît encoie davantage , parce que les formes stelléesou rayonnantes de ses palmes, prises aussi de la ligne droite, font une opposition très-agréable avec la rondeur de sa tige ; et si vous y joignez la forme harmonique par excellence , qui est la forme ronde, vous ajouterez infiniment à la grâce de ce bel arbre. C'est aussi ce qu'a Êiit la nature, qui en sait plus que nous , en suspendant à la base de ses rameaux divergens tantOt des dattes ovales , tantôt des cocos arrondis.
En général, toutes les fois que vous emploierez la forme circulaire, vous en accroîtrez iieaucoup l'agrément, en y joignant les deux contraires qui la composent ; car, vous aturez alors une progression élémentaire complète. La forme circulaire seule ne présente qu'une expression , la plus belle de toutes, à la vérité; mais rénnie à ses deux extrêmes, elle forme, si j'ose dire, une pensée entière. C'est par l'effet qui en résulte que le peuple trouve la forme du cœur si belle , tju'il lui compare tout ce qu'il trouve de plus beau dans le monde, a Cela est beau comme un cceur, » dit-il. Cette forme de cœur est formée à sa base d'un angle saillant, à sa partie supérieture d'un angle rentrant , voilà les extrêmes : et à ses parties collatérales de deux portions sphériques; voilà l'expression harmonique.
C'est encore par ces mêmes harmonies que les
longues croupes des montagnes, snrmontées de hauts pitons en pyramides, et séparées entre elles par de profondes vallées , nous^ravissent par leurs grâces et leur majesté. Si vous y joignez des fleuves qui serpentent au fond, des peupliers qui rayonnent sur leurs bords , des troupeaux et des bergers , vous aurez des vallées semblables à celle de Temp(\ Les formes circulaires des montagnes se trouvent , dans cette hypothèse, placées entre leurs extrêmes, quisontles [tarties saillantes des rochers et les parties rentrantes des vallons. Mais si vous en retranchez les expressions harmoniques, c'est-à-dire les courbun*^ de ces montagnes , ainsi que leurs heureux habi tans , et que vous en laissiez subsister les extrêmes , vous aurez alors quelque coupe de terrain du cap Horn , des rochers anguleux à pic sur le bord des précipices.
Si vous y ajoutez des oppositions de couleur, comme celle de la neige sur les sommets de leurs rochers rembrunis ; l'écume de la mer qui brise sur des rivages noirs; im soleil blafard dans un ciel obscur; des gibouléf» au milieu de l'été; des rafales terribles de vents , suivies de calmes inquiétans; un vaisseau parti d'Europe pour désoler la mer du Sud , qui talonne sur un écueil à l'entrée de la nuit , et qui tire de temps en temps des coups de canon , que répètent les échos de ces affreux déserts; des Patagons effrayés qui s'enfuient dans leurs souterrains , vous aurez un paysage tout entier de cette terre de désolation, couverte des ombres de la mort.
DES MOCVEMEMS.
Il me reste à dire quelque chose des monveinens. Nous en distinguerons également cinq principaux : le mouvement propre ou de rotation sur lui-même, qui ne suppose point de déplacement et qui est le principe de tout noonvement, tel qu'est peut-être celui du soleO; ensuite le perpendiculaire, le circulaire, l'horizontal, et le repos. Tons les jnouvemens peuvent se rapporter à ceux-là. Vous remarquerez même que les géomètres, qui les représentent aussi par des figures , supposent le mouvement circulaire engendré par le perpendiculaire et Fhorizontal , et , pour me servir de leurs expressions , produit par la diagonale de leurs carrés.
Je ne m'arrêterai pas aux analogies de la génération dés couleurs et des formes avec celles de la génération des mouvemens , et qui existent entre la couleur blanche, la ligne droite et le mouvement propre ou de rotation; entre la couleur rouge , la forme sphérique et le mouvement circulaire; entre les ténèbres, le vide et le repos. Je ne développerai pas les combinaisons infinies qui peu-
ÉTUDE DIXIÈME
venl résiiller de Funion on de l'opposition des termes correspondans de chaque généralion , et des filiations de ces mêmes termes ; je laisse au lecteur le plaisir de s'en occuper , et de se former avec ces éiémens de la nature des harmonies ra-' vissantes et tout-à-fait nouvelles. Je me bornerai ici à quelques observations rapides sur les mouvemen».
De tous les mouvemens, le plus agréable est le mouvement harmonique ou circulaire. La nature Ta répandu dans la plupart de ses ouvrages , et en a rendu susceptibles les végétaux mêmes attadiés à la terre. Nos campagnes nous en offrent de firé' quentes images, lorsque les vents forment, sur les prairies, de longues ondulations semblables aux flots de la mer , ou qu'ils agitent doucement , sur le sommet des montagnes , les hautes cimes des arbres, en leur faisant décrire des portions de cercle. La plupart des oiseaux forment de grands cercles en se jouant dans les plaines de l'air, et se plaisent à y tracer une nmûitude de courbes et de spirales. Il est remarquadile que la nature a donné -ce vol agréable à plusieurs oiseaux innoceas , qui ne sont point autrement reconmiandables par la beauté de leur chant ou de leur plumage. Tel est, entre autres, le vol de l'hirondelle.
Il n'en est pas de même des mouvemens de progression des bêtes féroces ou nuisibles ; eUes vont |Mir sauts et par bonds , et joignent à des mouvemens quelquefois fort lents, d'autres qui sont précipités ; c'est ce qu'on peut observer dans ceux du chat lorsqu'il veut attraper une souris. Les tigres en ont de pareils lorsqu'ils cherchent à atteindre leur proie. Ou peut remarquer les mêmes discordances dans le vol des oiseaux carnassiers. Celui qu'on appelle le grand-duc , espèce de hibou , vole au milieu d'un air calme comme si le vent l'emportait çà et là. Les tempêtes présentent dans le ciel les mêmes caractères de destruction. Quelquefois vous en voyez les nuages se mouvoir de mouvemens opposés ; d'autres fois vous en apercevez qui courent avec la vitesse d'un courrier, tandis que d'autres sont imniiobiles comme des rochers. Dans les ouragans des Indes , les tourbillons de vent sont toujours entremêlés de calmes profonds.
Plus un corps a en lui de mouvement propre ou de rotation , plus il nous parait agréable , surtout lorsqu'à ce mouvement se joint le mouvement liarmoniqne ou circulaire. C'est par cette raison que les arbres, dont les feuillages sont mobiles, comme les trembles et les peupliers , ont beaucoup plus de grâce que les autres arbres des forêts , lorsque le vent les agite. Ils plaisent à la vue par le balancement de leurs cimes , et en présentant tour à tour les deux faces de leurs feuilles , de deux verts dif-
férens. Ils plaisent encore k l'ouïe , en ii^tant ie bouilloimement des eaux. C'est parl'elTetdu monvement propre que, toute idée morale àrpart, les animaux nous intéressent plus que les Vitaux, parce qu'ils ont en eux-mêmes le priucip|e du mouvement.
Je ne crois pas qu'il y ait un seul ilieu sur la terre où il n'y ait quelque corps en moavement. Je me suis trouvé bien des fois au initteu des pb» vastes solitudes, de jour et de nuit 7 par les plu^ grands calmes , et j'y ai toi^ours entendu quelque bruit. Souvent , à la vérité, c'est celui d'un oiseau qui vole, ou d'un inseele qui rempe une feuille ; maïs ce bruit suppose toujours du gouvernent.
Le mouvemfiRt est l'expressîoa-de la vie. Voilà pourquoi la nature en a multiplié les caus^^^^ toSsJM ouvrages. H n ae» i^raods charmes des pay sages esf d'y voir du mouvement ^ el c'est ce que j^TàKlëafnrdela pltr^h de nos peintrea manquent souvent d'exprimer. Si vous en exceptez ceux qui représentent des tempêtes , vous trouverez partout ailleurs leurs forêts et leurs prairies tnmiobiles, et les eaux de leurs lacs glacées. Cependant le retroussis des feuilles des ari)res , frappées en dessous de gris ou de blanc , les ondulations des herbes dans les vallées et sur les croupes des montagnes , celles qui rident la surface polie des eaux , et les écumes qui blanchissent les rivages, rappellent avec grand plaisir, dans une scène briUante de l'été, le souffle si agréable des zéphyrs. On peut y joindre avec une grâce infinie les mouvemens particuliers aux animaux qui les habitent , par exemple , les cercles concentriques qu'un plongeon forme sur la surface de l'eau ; le vol d'un oiseau de marine qui part de dessus uu tertre, les, pâtes allongées en arrière et le cou tendu en avant; celui de deux tourterelles blanches qui filent côte à côte , dans l'ombre , le long d'une forêt; le balancement d'une bergeronnette à l'extrémité d'une feuille de roseau qui se couriie sous son poids. On peut y faire sentir même le mouvement et le poids d'un lourtl chariot qui gravit dans une montagne , en y exprimant la poussière des cailloux broyés qui s'élève de dessous ses roues. Je crois encore qu'il serait possible d'y rendre les effets du diant des oiseaux et des échos , en y exprimant certaines convenances dont il n'est pas nécessaire de nous occuper ici. Il s'en fout bien que la plupart de nos peintres, même parmi ceux qui ont le plus de talent, emploient des accessoires si agréables, puisqu'ils les omettent dans les sujets dont ces accessoires forment le caractère principal. Par exemple , s'ils représentent un char en course , ils ne manquent jamais d'y exprimer tous les rayons de ses roues. A
DES iMOUVEMENS.
fei vérité, les chevaux galoppeot , mais le char est immobile. Cependant , dans un char qai court rapidement, chaque roue ne présente qu*nne seule surfaice ; toutes ses jantes se confondent à la vue. Ce n'est pas ainsi que les anciens, qui ont été nos maîtres en tout genre, imitaient la nature. Pline dit qu'Apelle avait si bien peint des chariots à qnatrechevaux, que leurs roues semblaient tourner. Dans la liste curieuse qu'il nous a conservée des plus fomeux tableaux de l'antiquité , admirés encore à Rome de son temps , il en cite un représentant des femmes qui filaient de la laine, dont les fuseaux paraissaient pirouetter. Un autre très-estimé ^y « où l'on voyait , dit son vieux traducteur, » deux soldats armés à la légère , dont l'un est si » échauffé à courir en la bataille, qu'on le voit suer ; » et l'autre, qui pose ses armes , se montre si re- » cren, qu'on le sent quasi haleiner. » J'ai vu, dans beaucoup de tableaux modernes, des machines en mouvement, des lutteurs et des guerriers en action, et jamais je n'y ai vu ces effets si simples , qui expriment si bien la vérité. Nos peintres les regardent comme de petits détails où ne s'arrêtent pas les gens de génie. Cependant ç^ petits détails sont des traits de caractère.
%rc-Aufèle, qui avait bien autant de génie qu'aucun de nos modernes, a très-bien observé que c'^t souvent là que rattention f^y l'ffsprit «» fixe, et preqd le plus de plaisir: « Le j*idéJ^^ » gués mûres, dit-il^ l'épais jonroil des lions, l'é- » cùme des sangliers en fureur, les écaîUes rousses » qui s'élèvent de la croûte du pain sortant du four, » nonsTfonTp^tsI^ Il y^pTùsiéurs^ raisons
de ce plaisir: d'abord de la part de la Êiiblesse de notre esprit, qui dans diaque objet s'arrête à un point prindjial ; ensuite de la part de la nature , qui nous offre aussi dans tous ses ouvrages un point unique de convenance ou de discorde, qui en est comme le centre. Notre ame en augmente d'autant |4iis son affection ou sa haine , que ce trait caractéristique est simple, et en apparence méprisable. Voilà pourquoi dans l'éloquence les expressions les plus courtes marquent toujours les passions les plus fortes; car il ne s'agit, comme nous l'avons vu jusqu'ici , pour faire naître une sensation de plaisir ou cle douleur , que de déterminer un point d'harmonie ou de discorde entre deux contraires : or , lorsque ces deux contraires sont opposés en nature , et qu'ils le sont encore en grandeur et en feiblesse , leur (^iposition redouble, et par conséquent leur effet.
* HUtùire natwelle de Pline , liv. xixfii, chap. x et xf, trai luction cte Du Pinet
Il s'y joint surtout la surprise de voir naître de grands sujets d'espérance ou de crainte , d'un objet peu imfiortant en apparence; car tout effet physique produit dans Tbomme un sentiment moral. Par exemple, j'ai vu beaucoup de tableaux et de descriptions de batailles, qui dierdiaient à inspirer de la terreur par une infinité d'armes de toute espèce qui y étaient représentées, et par une foule de morts et de mourans blessés de toutes les manières. Ils m'ont d'autant moins ému , qu'ils employaient plus de machines pour m'émod^oir ; un effet détruisait l'autre. Mais je l'ai été beaucoup ea lisant dans Plutarque la mort de Cléopâtre. Ce grand peintre du malheur représente la'i^ine d'Egypte méditant,dans le tombeau d' A ntoine,sur les moyens d'échapper au triomphe d'Auguste. Un paysan Itii apporte , avec la permission des gardes qui veillail à la porte du tombeau , un panier de figues. Dès que cet homme est sorti , elle se hâte de découvrir ce panier, et elle y voit un aspic qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses mallieureux jours. Ce contraste , dans une femme, de la liberté et de l'esclavage, de la puissance royale et de l'anéantissement , de la volupté et de la mort ; ces feuillages et ces fruits, parmi lesquels elle aperçoit seulement la tête et les yeux étlnoelans d'un petit reptile qui va terminer de si grands intérêts , et à qui elle dit : a Te voUà donc ! » toutes ces oppositions font frissonner. Mais pour rendre la personne même de Géopâtre intéressante , il ne faut pas se la figurer comme nos peintres et nos sculpteurs nous la représentent , en figtu-e académique sans expression, une Sabine pour la taille , l'air robuste et plein de santé , avec de grands yeux tournés vers le ciel , et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ce n'est point là la petite et voluptueuse reine d'Egypte, se feisant porter, conmie nous l'avons dit ailleiu^ , dans iia paquet de bardes, sur les épaules d'ApoUodOre, pour aller voir incognito Jules-César ; courant la nuit, déguisée en marchande, les rues d'Alexandrie avec Antoine, en se raillant de Ini^ et lui reprochant que ses jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est encore moins l'infortunée Cléopâtre réduite au dernier terme du malheur, tirant avec des cordes et des chaînes , à l'aide de deux de ses femmes , par la fenêtre du monument où elle s'était réfugiée , la tête contre-bas, sans jamais lâcher prise , dit Plutarque, ce même Antoine couvert de sang-, qui s'était percé de son épée , et qui s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle.
Les détails nesontpasà mépriser; ce sontsouvent des traitsde caractère. Pour revenirà nos peintres €;(
7SZ
ÉTUDE DIXIÈME
à nos9culpteur8,s*îls refusent rexpression du mou vemeot aux paysages, aux lutteurs, et aux duirs en course, ils la donnent aux poilraiisjsLJ.uX-ftatues de nos gr9nds bonuu® et de nos pliilpbQphgs^Ils les représenteni comme ie&anRes tromjyttes du jugement, Tes cheveux agités, les yeux ^aré§j^iâi^ inascles.dûjyîsagc en convulsion , et teure draperles^allant jet veôaiâi^u^cé -des 3tent&. Ce sont là, disent-ils, les expressions du génie. Mais les gens de génie et les grands honunes ne sont pas des fous. J'ai vu de leurs portraits sur des antiques. Les médailles de Virgile , de Platon , de Scipion , d'Épaminondas, d'Alexandre même, les représentent avec un aircalme et tranquille. C'est auxcorps brûles, aux végétaux et aux animaux d'obéir à tous les mouvemens de la nature; mais il me semble qu'il est d'un grand homme d'être le maître des siens, et que ce n'est que par cet empire-là même qu'ail mérite le nom de grand.
Je me suis un peu éloigné de mon sujet , pour donner des leçons de convenances à des artistes dont Fart est bien plus difficile que ma critique n'est aisée. A Dieu ne plaise qu'elle devienne un sujet de peine pour des hommes dont les ouvrages m*oot si souvent donné du plaisir ! Je désire seulement qu'ils s'écartent des manières académiques qui les lient, et qu'ils soient tentés d'aller, sur les (Kis de la nature , aussi loin que leur génie peut les porter.
Ce serait ici le lieu de parler de la musique , IMiisque les sons ne sont que des mouvemens; mais des gens bien plus habiles que moi ont traité c^ grand art à fond. Si quelque témoignage étranger fiouvait même me confirmer dans la certitude des principes que j'ai posés jusqu'ici , c'est celui des plus savans musicien», qui ont û%é à trois sons l'expression liarmonique. J'aurais pu, comme eux, réduire à trois termes les générations élémentaires des couleurs, des formes et des mouvemens; mais il me semble (ju'ils ont omis eux-mêmes dans leur base fondamentale le principe génératif qui est le son proprement dit , et le terme négatif qui est le silence , puisrjue ce dernier produit surtout de si grands effets dans les mouvemens de musique.
Je pourrais étendre ces proportions aux saveurs du goût, et démontrer que les plus agréables d'entre elles ont de semblables générations, ainsi qu'on l'éprouve dans la plupart des fruits , dont les divers degrés de maturité présentent successivement cinq saveurs , savoir , l'acide , le doux , le sucré , le vir neux et l'amer. Ils sont acides en croissant , doux en mûrissant , sucrés dans leur parfaite maturité , vineux dans leur fermentation, et amers dans leur état de sécheresse. Nous trouverions encore que la
plus agréable de ces saveurs, c'est-à-dire la saveur sucrée, est celle qui occupe le miUeo de cette progression , dont elle est le terme harroosiique ; qu'elle forme, par sa nature, de nouvelles harmonies en se combinant avec ses extrêmes , puisque les boissons qui nous plaisent le plus sont formées de Tacide et du sucre, comme dans les liqueurs rafraichû^antes préparées avec le jus de citron ; ou do sucré et de l'amer, comme dans le café. Mais en tâcliaut d'ouvrir de nouvelles routes à la philosophie , mon intention n'est pas d'offrir de nouvelles combinaisons à la volupté.
Quoique je sois intimement convaincu de ces générations élémentaires , et que je puisse les appuyer d'une foule de preuves que j'ai recueillies dans les goûts des peuples policés et sauvages , mais que je n'ai pas le temps de rapporter ici, cependant je ne serais pas surpris de ne pas obtenir l'approbation de (^usieurs de mes lecteurs. Nos goûts naturels sont aXiérés dès l'enfaDce par des préjugés qui détermûient nos sensations physiques , bien plus fortement que celles-ci ne dirigent nos affections nuirales. Plus d'un homme d'église estime le violet la plus belle des couleurs, parce que c'est celle de son évêque ; plus d'un évêque, à son tour, croit que c'est î'écariate, parce que c'est la couleur du cardinal; et plus d'un cardinal , sans doute , préférerait d'être revêtu de la coideur blanche, parce que c'est celle du chef de l'Église. Un militaire regarde souvent le rulian rouge comme le plus beau de tous les rubans, et son officier supérieur pense que c'est le ruban bleu. Nos tempéramens influent comme nos étals sur nos opinions. Les gens gais préfèrent les couleurs vives à toutes les autres , les gens sensibles celles qui sont tendres , les mélancoliques les rembrunies. Quoique je regarde moi-même le rouge comme la plus belle des couleurs , et la sphèi*e comme la plus parfiûte des formes , et que je doive tenir plus fortement qu'un autre à cet ordre, |>arce que c'est celui de mon système, je préfère, au rouge la couleur carminée, qui a une nuance de violet; et à la sphère, la forme d'œuf, ou elliptique. Il me semble aussi, si j'ose dire, que la nature a affecté l'une et l'autre modification à la rose , du moms avant son parfait développe ment. J'aime mieux encore les fleurs violettes que les blanches, et surtout que les jaunes. Je préfère une branche de lilas à un pot de giroflée ; et une marguerite de Chine, avec son disque d'un jaune enfumé, son pluché chiffonné, et ses pétales violets et sombres , à la plus éclatante gerbe de tournesols du Luxembourg. Je crois que ces goûts me sont communs avec plusieurs autres personnes* et