‹ Œuvres posthumes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 82 sur 213 · DES MOUVEMENS · texte numérisé non relu

DES MOUVEMENS

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qu a juger da caractère des hommes par les couleurs de leurs habits , il y en a beaucoup plus de sérieux que de gais. D me semble aussi que la naum ( car il fiiut toujours revenir à elle pour s'assurer de la yérité) bit décliner la plupart de ses lieautés physiques vers la mélancolie. Les chants plaintifii du rossignol , les ombrages des forêts, les] sombres clartés de la lune, n'inspirent point la gaieté, et cependant nous intéressent. Je suis plus omu du coudier du soleil que de son lever. En général, les beautés vives et enjouées nous plaisent mais U n'y a que les mélancoliques qui noas toi ehenU Nous tâcherons ailleurs de dévelop er les cames de ces affectious morales. Ellesjiennejit à des lois i^us^sublimes que les lois physiques Tlâhilis^que celles-ci amusenmoâ~SënF,1èën^ -ÛTslP «tressent à nos cœnreV~et poos avèrfl^nFqnê riiomme^t né pouTde plus haulfô destinéSl

Je peux me tromperllans^t^wnîFedé c^ généralions et en transporteries termes, mais je ne me pro- [lose que d'ouvrir de nouvelles roules dans l'étude de la nature. Il me suffit que l'effet de ces générations soit généralement reconnu. Des honunes \i\u8 éclairés en établiront les filiations avec plus d'ordre. Tout ce que j'ai dit à ce sujet , et ce que je pourrais dire encore , se réduit à cette grande loi : a Tout^t formé dejçpntFaires^an&Jajialure; » c'est de Jenrs liarmonies que nait le sentiment » du plaisir , et c'est de leurs oppositioDJupiejiatL »> celui^dejjiilouleur. »

Cette loi , cormire nous le verrons y s'étend encore à la morale. Cliaque vérité, excepté les vérités de fait , est le résultat de deux idées contraires. U s'ensuit de là que toutes les fois que nous venons à décomposer par la dialectique une vérité , nous, la divisons dans les deux idées qui la constituent Jl et si nous nous arrêtons à une de ses idées élémentaires comme à un principe unique, et que nous en tirions des conséquences, nous en faisons naître une source de disputes qui n'ont point de fin ; car l'autre idée élémentaire ne manque pas de fournir des conséquences toul-à-fait contraires à celui qui veut s'en saisir; et ces conséquences sont elles-mêmes susceptibles de décompositions contradictoires qui vont à l'inOni. C'est ce que nous apprennent très- bien les écoles , où on nous envoie former notre jugement. Elles nous montrent, non-seulement à séparer les vérités les plus évidentes en deux , mais en quatre, comme disait Hudil>ras. Si , par exemple, quelqu'un de nos logiciens , considérant que le froid influe sur la végétation , voulait prouver qu'il en est la cause unique, et que la chaleur même y est contraire , il ne manquerait pas de citer les effioresccnces et

les végétations de la glace , l'accroissement , la venlure et la floraison des nxNisses pendant l'hiver ; les plantes bn^lées du soleil pendant l'été, et bien d'autres effets relatifs à sa thèse. Mais son aniagonisCe faisant valoir, de son côté, les influences du printemps et les désordres de l'hiver , ne manquerait pas de prouver que la chaleur seule donne la vie aux v^étaux. Cependant le diaud el le froi<l forment ensemble un des principes de la végétation , non-seulement dans les climats tempért^ , mais jusqu*au milieu de la zone torride.

On peut dire que tous les désordres , au physique et au moral , ne sont que des oppositions heurtées de deux contraires. Si les hommes disaient attention à cette loi, elle terminerait la plupart de leurs erreurs et de leurs disputes; car on [»eut dire que, tout étant compensé de contraires, tout homme qui affirme une ^position simple n'a raison qu'à moitié , puisque la proposition contraire existe également dans la nature.

Il n'y a peut-être dans le monde qu'une vérité intellectuelle, pure, simple et sans idée contraire; c'est l'existence de Dieu. Il est très-remarquable que ceux qui l'ont niée n'ont apporté d'autres preuves de leur négation que les désordres appareas de la nature, dont ils n'envisageaient que les principes extrêmes ; en sorte qu'ils n'ont \m& prouvé qu'il n'existait pas de Dieu, mais qu'il n'était pas intelligent , ou qu'il n'était pas bon. Ainsi leur erreur vient de leur ignorance des lois naturelles. D'ailleurs, leurs argumens ont été tirés, pour la plupart , des désordres des hommes , qui existent dans un ordre encore différent de celui de la nature, et qui sont les seuls de tous les êtres sensibles qui ont été livrés à leur propre firovidence.

Quant à la nature de Dieu, je sais que la foi même nous le présente comme le principes harmonique par excellence , non-seulement par rapport à tout ce qui l'environne , dont il est le créateur et le moteur , mais dans son essence même divi- . séc en trois personnes. Bossuet a étendu ces harmonies de la Divinité jusqu'à l'homme , en cher chant à trouver dans les opérations de son ame / / quelque consonnanoe avec la Trinité, dont elle est l'image. Ces hautes spéculations sont , je l'avoue i infiniment au-dessus de moi. J'admire même que la Divinité ait permis à des êtres aussi faibles et aussi passagers que nous d'entrevoir seulement sa toute-puissance sur la terre, et qu'elle ait voilé, sous les combinaisons de la matière, les op^Tations de son intelligence infinie, pour la pr()[N)rti(>nner à nos yeux. Un seul acte de sa volonté a suffi pour nous donner l'être; la plus légère nmiuuinicittiou

de ses oavrages , pour éclairer notre raison : mais je suis persuadé que si le plus pelit rayon de son essence divine se communiquait directement à nous dans im corps humain , il suffirait pour nous anéantir.

DES CONSONNANCES

Lg^consonnances sont des répé! itionsd^ mêmes karmonies. Eil^ augmentent nos plaisirs en les i;Biifîrpnint7et en en transférant la jouissance sur de nouvelles scènes. Elles nous pkjsfenl-epeore, en nous^ faisant vnpr g"** *^ ">i^mft '"telligence a présidé aux divers plans de la nature, puisqu'elle nous y présente des harmonies semblables. Ainsi les consonnances nous plaisent plus que les simples harmonies , parce qu'elles nous donnent les sentimens de l'étendue et de la Divinité, si conformes /> à la nature de notre ame. Les objets physiques ',[ n!excitent en nous un certain degré de plaisir

vVqnVn^yjlIgypltnppant nn sftnlimftnt int,fi|l#H^^i<>|.

ÎNTous trouvons de ft*équens exemples de consonnances dans la nature. Lesmiag^ de Phonzon îmiten^wniyent 8ULk mer Jes formes de? moptagiî^et les aspects de la teirç,, au point que les roârtTis Tés plus expérimentés s'y trompent quelquefois. Les eaux reflètent, dans leur sein mobile, (es cieux, les collines et les forêts. Les échos des rochers répètent à leur tour les murmures des e^ux. Un jour , me promenant , au pays de Caux, le long de la mer, et considérant les reflets du ri- : vage dans le sein des eaux , je fus fort étonné d'entendre bniire d'autres flots derrière moi. Je e tournai, et je n'aperçus qu'une haute falaise esrpée , dont les échos répétaient le broit des vales. Cette double consonnance me parut trèsgréable ; on eût dit qu'il y avait une montagne ^ans la mer, et une mer dans la montagne. /; Ces transpositions d'harmonie d'un élément à v( l'autre font beaucoup de plaisir; aussi la nature lesmuTtiplIe fréqueihmènVnon-seulement par des images fugitives , mais par des formes permanentes. Elle a répété , au milieu des mers, les formes des continens dans celles des lies, dont la plupart, comme nous l'avons vu , ont des pitons, des montagnes, des lacs, des rivières et des campagnes proportionnés à leur étendue, comme si elles étaient de [letits mondes; d'un autre côté, elles représentent, au milieu des terres, les basshis du vaste Océan dans les méditerranées, et dans les grands lacs qui ont leurs rivages, leurs rochers, leurs ties , leurs volcans , leurs courans , et quelquefois un flux et reflux qui leur est propre, et qui est occasioné par les efifusions des montagnes à glaces au pied desquelles ils sont communément situés ,

ÉTUDE DIXIÈME

comme les courans et les marées de l'Océan te sont par celles des pôles.

Il est trè»'remarquable que les plus belles harmonies sont celles qui ont le plus de consonnances. Par exemple , rien , dans le monde , n'est plus beau que le soleil , et rien n'y est plus répété que sa forme et sa lumière. Il est réfléchi de mille manières par les réfractions de l'air, qui le montrent chaque jour sur tous les horizons de la terre, avant qu'il y soit et lors(]u'il n'y est plus; par les parélies, qui réfléeliissent quelquefois son disque deux ou trois fois dans les nuages brumeux du nord; par les nuages pkivieux , où ses rayons réfraugés tracent un arc nuancé de mille couleurs ; et par les eaux , dont les reflets le représentent en une infinité de lieux où il n'est pas , au sein des prai-^ ries parmi les fleurs couvertes de rosée, et dans l'ombre des vertes forêts. La terre sombre et brute le réfléchit encore dans les parties spcculaires des sables, des mica , des cristaux et des rochers. EUe nous présente la forme de son disque et de ses rayons dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte. Enfin ce bel astre est multiplié lui-même à l'infini, avec des variétés qui nous sont inconnoes, dans les étoiles innombrables du firmament , qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre iiorizon, comme s'il ne se refusait aux consomiances de la terre que pour nous faire apercevoir celles des

cieux.

Il s'ensuit de celte loi de consonnaiifi£L,^que ce qu|il ï^ a, de plus beau èt~de"mëll!éur dans la na- ^tire çstcç. fly'JJ y a de plus commun et Be plus" répété. C'est à eile qu'il KùTatlrîbuer les variétés des espèces dans chaque genre , qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile. Par exemple, il n'y a pohit, dans le règne végétal, de fomille aussi nécessaire que celle des graminées, dont vivent non -seulement tous les quadrupèdes, mais une infinité d'oiseaux et d'insectes : il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi vaiiées. Nous observerons dans l'étnde des plantes les raisons de cette variété; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que l'homme a trouvé cette grande diversité de blés dont il tire sa principale subsistance; et que c'est par des raisons de coasonnanoe que non-seulement les espèces , mais plusieurs genres ,-se rapprochent les uns des autres , afin qu'ils puissent offrir les mêmes services i^ l'homme , sous des latitudes touT^faît différentes. Amsi , les rails de rÀfirîqne, les~maîs du Br^r, les riz de l'Asie, les ])almîers-sagou des Moluques , dont les troncs sont pleins de ferines comestibles, oonsonnent avec les blés de l'Europe.

DES CONSONNANCES

Nous retrouvons des consonnances d'une autre sorte dans les mêmes lieux , comme si la nature eiH voulu multiplier ses bienfaits en en variant seulement la forme , sans clianger presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins, l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier; et dans nos métairies, le cheval et l'âne, Toie et le canard , la vache et la chèvre.

Chaque genre consonne encore avec lui-même par les sexes. Il y a cependant entre les sexes des contrastes qui donnent à leurs amours la plus grande énergie, par l'opposition même 'des contraires, d'où nous avons vu que toute harmonie prenait sa naissance; mais, sans la consonnance générale des formes qui est entre eux, les êtres sensibles du même genre ne se seraient jamais rapprochés. Sans elle, un sexe aurait toujours été étranger à l'autre. Avant que chacun d'eux eiM observé ce que l'autre pouvait avoir de convenable à ses besoins, le temps de la réflexion aurait absorbé celui de l'amour , et en eiH peut-être éteint le désir. C'est la consonnance qui les attire , et c'est le contraste qui les unit. Je ne crois pas qu'il y ait, dans aucun genre d'animal , un sexe tout-à-fait différent de l'autre en formes extérieures; et si ces différences se trouvent, comme le prétendent quelques naturalistes , dans plusieurs es|ièces de poissons et d'insectes , je suis persuadé que la nature y fait vivi-e le mâle et la femelle dans le voisinage l'un de l'autre , et ne met pas leur couche nuptiale loin de leur berceau.

Mais il y a une consonnance de formes bien pins Intime encore que celle des deux sexes ; c'est la duplicité d'organes qui ex4ste dans chaque individu. Tout animal est double. Si vous considérez ses deux yeux , ses deux narines , ses deux oreilles, le nombre de ses jambes disposées par paires , vous diriez deux animaux collés l'un à l'autre et réunis sous la même peau. Les parties mêmes de son corps qui sont uniques , comme la tête , la queue et la langue, paraissent formées de deux moitiés, et rapprochées l'une de l'autre par des sutures. Il n'en est pas ainsi des membres proprement dits: parexem^ pie, une main, une oreille, un œil, ne peuvent pas se diviser en deux moitiés semblables; mais la duplicité de formes dans les parties du corps les distingue essentiellement des membres ; car la partie du corps est double, et le membre est simple; la première est toujours unique, et l'autre toujours répétée. Ainsi la tête et la queue d'un animal sont des parties de son corps , et ses jambes et ses oreilles en sont des membres.

Cette loi, une des plus merveilleuses et des

moins observées de la nature, détruit tontes les hypothèses qui font entrer le hasard dans l'organisation des êtres ; car , indépendamment des harmonies qu'elle présente, elle double tout d'un coup les preuves d'une Providence qui ne s'est pas contentée de donner un organe principal à chaque animal pour cha(|ùe élément en particulier, tel que l'œil pour la lumière du soleil; l'oreille, pour les sons de l'air; le pied, pour le sol qui devait le soutenir, mais a voulu encore qu'il eOt chaque organe en nombre pair.

Quelques sages ont considéré cette admirable répartition comme une prévoyance de la Providence, alin que l'animal pût suppléer à la perte de ses organes exposés à divers accidens; mais il est remarquable que les parties intérieures du corps, qui paraissent uniques au premier coup d'œil, présentent, à l'examen, une pareille duplicité de formes, même dans le corps humain, où elles sont plus confondues que dans les autres animaux. AiiL^i , les cinq lobes du poumon, dont l'un a une espèce de division; la Assure du foie; la séparation supérieure du cerveau par la réduplicalion de la dure-mère; le septum lucidum, semblable à une feuille de talc qui en sépare les deux ventricules antérieurs; les deux ventricules du cœur, et les divisions des autres viscères, annoncent cette double union, et semblent nous indiquer que a le principe même de la vie est la conson- » nance de deux harmonies semblables ^^. »

Il résulte encore de cette duplicité d'oi^anes un usage bien plus étendu que s'ils étaient uniques. L'homme aperçoit avec deux yeux plus de la moitié de l'horizon; il n'en découvrirait guère que le tiers avec un seul. Il fait avec ses deux bras une infinité de choses dont il ne pourrait jamais venir à bout s'il n'en avait qu'un, telles que de charger sur sa tête un poids d'un grand volume, et de grimper dans un arbre. S'il n'était posé que sur une jambe , non-seulement son assiette serait beaucoup moins solide que sur deux , mais il ne pourrait pas marcher; il serait forcé de s'avancer en rampant ou en sautant. Cette progression de mouvement serait tout-à-foit discordante à la constitution des autres parties de son corps , et des divers plans de la terre qu'il devait parcourir.

Si la nature a donné un organe extérieur simple aux animaux, tel que la queue, c'est parce que son usage fbrt borné ne s'étendait qu'à une seule action à laquelle elle satisfait pleinement. D'ailleurs, la queue est par sa position à l'abri de la plupart des dangers. De plus, il n'y a guère que les animaux forts qui l'aient longue , comme 1 es taureaux, les chevaux et les lions. Les lapins et les

ÉTUDE DIXrÈME.

lièvres l'onl fort oourle. Daiis les animaux faibles qai la portent longue, comme dans les raies, elle est hérissée d'épines, ou bien elle repousse, si elle vient à être arrachée par quelque accident , oomme dans les lézards. Enfin, quelle que soit la shnplicité de son usage, il est remarquable qu'elle est formée de deux moitiés semblables, comme les autres [»arties du corps.

Il y a d'antres consonnances intérieures qui assemblent, pour aiuNi dire, en diagonale les divers organes du corps, afin de ne former qu'un seul et unique animal de ses deux moitiés. J'en laisse chercher l'inoompréliensible connexion aux analomistes : mais quel(]ue étendues que soient leurs lumières, je doute qu'ils pénètrent jamais dans ce labyrinthe. Poui-quoi, par exemple , la douleur «in'on éprouve à un pied se foit-dle ressentir quelquefois à la partie opposée de la tète, et vice versa ? J'ai vu une preuve bien étonnante de cette consonnance dans un sergent qui vit encore, je crois, à r Hôtel des Invalides. Cet homme, tirant un jour des armes avec nn de ses camarades, qui se servait, ainsi que lui , de son épée renfermée dans le fourreau , reçut une botte dans l'angle lacrymal de l'œil gauche , qui lui fit perdre connaissance surle-champ. Quand il eut repris ses sens (ce qui n'arriva qu'au bout de quelques heures), il se trouva entièrement paralysé de la jambe droite et du bras droit, sans qu'aucim remède ait jamais pu lui en rendre l'usage ".

J'observerai ici que les expériences ci uelles que Ton feil chaque jour sur les bêtes, pour découvrir ces correspondances secrètes de la nature, ne font qu'y jeter de plus grands voiles; car leurs muscles, contractés par la frayeur et la douleur, dérangent le cours des esprits animaux , accélèrent la vitesse du sang, fout entrer les nerfs en convulsion, et sont bien plus propres à déranger l'économie animale (|u'à la dévelo|jper. Ces moyens barbares de notre physique moderne ont une influence encore plus funeste sur le moral de ceux qui les cmploîeut; car ils leur inspirent , avec de fausses lumières , le plus atroce des vices , qui est la cruauté. S'il est permis à l'homme d'interroger la nature dans les opérations qu'elle nous caclie, j'y croirais le plaisir bien phis |>ropreque la douleur. J'en ai vu 00 exemple dans une maison de campagne de Normandie. Je me promenais, dans un pâturage qui était autour, avec un jeune gentilhomme qui en était le maître; nous aperçûmes des bœufs qui se battaient; il courut à eux, le bâton levé, et ces animaux se séparèrent aussitôt. Ensuite il s'approcha du bœuf le plus farouche , et se mit à le ; gratter à la naissance de la queue, avec les doigts.

[Cet animal , qui avait encore la fureur dans les

reux, resta sur-le-champ immobile, allongeant le

m , ouvrant les naseaux , et aspirant lair avec un

ilaisir (pii démontrait d'une manière très-amn-

mte la correspondance intime de celte extrémité

de son corps avec sa tête.

La duplicité d'organes se trouve encore dans les végétaux, surtout dans leurs parties essentielles, telles (|ue les anthères des fleurs, qui sont des corps doubles; dans leurs pétales, dont une moitié correspond exactement à l'autre; dans les lobes de leur semence , etc. Une seule de ces parties parait cependant suffisante pour le développement et la génération de la plante. On peut étendre cette observation jusque sur les feuilles, dont les deux moitiés sont correspondantes dans la plu|)art des végétaux; et si quelqu'un d'entre eux s'écarte de cet onlre, c'est sans doute pour quelque raison particulière digne d'être recherchée.

Ces faits confirment la distinction que nous avons faite entre les parties et les membres d'im corps; car, dans les feuilles, où cette duplicité se rencontre, on retrouve ordinairement la faculté végétative qui est répandue dans le corps du végétal même. En sorte que , si vous re|>lantez ces feuilles avec soin et dans une saison convenable, vous en verrez renaître le végétal entier. Peut-être est-ce parce que les organes intérieurs de l'arbre sont doubles, que le principe de la vie v^tative est répandu jusque dans ses tronçons, coinnie on le voit dans un grand nombre qui renaissent d'une branche. II y en a même qui peuvent se perpétuer par de simples éclats. On en trouve un exemple célèbre dans les Mémoires de l'Académie des Sciences. Deux sœurs , après la mort de leur n)ère, héritèrent d'un oranger. Chacune d'elles prétendit l'avoir dans son lot. Enfin, l'une ne voulant pas le céder à l'autre, elles décidèrent de le fendre en deux , et d'en prendre cliacune la moitié. L'arbre éprouva la destinée à laquelle fut condamné l'enfant du jugement de Salomon. H fut |)at1agé en deux : chacune des sœurs en replanta la moitié , et-, chose merveilleuse , l'arbre divine par la haine fraternelle fut recouvert d'écorce par la nature.

C'est cette consonnance universelle de formes qui a donné à l'homme l'idée de la symétrie. Il la fhit entrer dans la plupart des arts, et surtout dans l'architecture, comme ime partie essentielle de l'ordre. Elle est, en effet , tellement l'ouvrage de l'intelligence et de la combinaison, que je la re- . garde comme le caractère principal où l'on peut distinguer tout corps organisé d'avec ceux qui ne le sont pas, et qui ne sont (;iic les résultats d'une

DES CONSOiNNANCES.

agrégation fortuite , quelque régulier que paraisse leur assemblage ; tels sont ceux que produisent les cristallisations , les efflorences, les végétations chimiques et les effusions ignées.

C'est d'après ces réflexions que, venant à considérer que le globe de la terre , j'observai , avec la plus grande surprise , qu'il présentait, ainsi que tous les corps organisés, une duplicité de formes. D'abord j'avais bien pensé que ce globe étant Touvrage d'une intelligence, il devait y régner de l'ordre. J'avais reconnu l'utilité des lies, et même celle des bancs , des récifs et des rochers , poor protéger les parties les plus exposées des con- Unens contre les courans de l'Océan , à l'extrémité desquels ils sont toujours situés. J'avais reconnu pareillement celle des baies, qui sont, au contraire, écartées des courans de l'Oct^an, et creusées en profondeur , pour abriter l'embonchure des fleuves, et servir, par la tranquillité de leurs eaux, d'asiles aux poissons, qui , dans toutes les mers , s'y rendent en foule pour y recueillir les dépouilles de la végétation et les alluvions de la terre qui s'y déchargent par les fleuves. J'avais admiré en détail les proportions de leurs diverses fabriques ; mais je ne concevais rien à leur ensemble. Mon esprit se fourvoyait au milieu de tant de découpures de terre et de mers ; et je les aurais attribuées, sans balancer , au hasard, si l'ordre que j'avais aperçu dans diacune de ces parties ne m'avait fait soupçonner qu'il y en avait un dans la totalité de l'ouvrage.

Je vais exposer ici le globe sous un nouvel aspect; je prie le lecteur de me pardonner cette digression, qui est un débris de mes matériaux sur la géographie, mais qui tend à prouver l'universalité des lois naturelles, dont je constate l'existence. Je serai , à mon ordinaire, rapide et super- (iciel : mais peu m'importe d'afEiiblir des idées qu'il ne m'a pas été permis de mettre dans leur ordre naturel , si j'en jette le germe dans des têtes qui valent mieux que la mienne.

Je cherchai d'abord les consonnances du globe dans ses deux moitiés septentrionale et méridionale. Mais , loin de trouver des ressemblances entre elles, je n'y aperçus que des oppositions; la |M-emière n'étant , pour aiasi dire , qu'un hémisphère terrestre, et l'autre qu'un hémisphère maritime , tellement différens entre eux , que l'un a l'hiver lorsque l'autre a^l'été, et que les mers du premier hémisphère semblent être opposées aux terres et aux lies qui sont éparses dans le second. Ce contraste me présenia uue autre analogie avec un corps organisé ; car , comme nous le verrons ^ans les articles suivans, tout corps organj^^ ^

deux moitiés en contraste, comme il en a deux en consonnance.

Je lui trouvai donc , sons cet aspect nouveau, je ne sais quelle analogie avec un animal dont la tête aurait été au nord par l'attraction de l'aimant, particulière à notre p61e, qui semble y déterminer un sensorium comme dans la tête d'un animal; le cœur sous la ligne , |)ar la chaleur constante qui règne dans la zone lorride^4il semble y fixer la région du cœur; enlin, les organes excrétoires dans la partie au jtrale, où sont situées les plus grandes mei's , qu'on peut considérer comme les réceptacles des alluvions, desconlinens, et où l'on trouve aussi lej^liia grand noinbi-e de volcans , que l'on peut considérer comme les organes excrétoires des mers, dont ils consument sans cessjB les^t^mfiL et Iffff , soufres^ D'aifleurs le soleil, qui séjourne cinq ou six jours de phis dans l'hémisphère septentrional, semblait encore m'offrir une ressendilance plus marquée avec le corps d'un animal , où le cœur, qui est le centre de la chaleur, est un peu plus près de la tête que des parties inférieures.

Quoique ces contrastjca me. parussent . assez .d<^ terminés pourmanifester im ordre sur le plobe, et qu^il s'en pirésente de semblables dans les végétaux, distingués en deux parties opposées enibnctionset en formes, telles que les feuilles et les racines, je craignais de me livi-er à mon imagination , et de généraliser, par la faiblesse de l'esprit humain , des lois de la nature particulières À chaque existe nce, eu les étendant à des règnes qui n'en étaient pas susceptibles.

Mais je cessai de donter de l'orlre général de la terre , lorsque , avec IttdeuQa^iiife.en jœntraale^ j'en aperçus deux autres en consonnance. Je fus

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frappé 1"|<^ l'avoue . d étonnement , lorsque j'oliservai, dans la duplicité des formes qui constituent son

corps, des membres exactement répétés de part et d'autre.

Le globe, à le considérer d'orient en occiilent , est divisé, connue tous les corps organisés, en deux moitiés semblables, qui sont l'ancien et le nouveau monde. Chacune de leurs parties se correspond dans l'hémisphère oriental et occidental , mer à mer. Ile à lie , cap à cap , presqu'île à presqu'île. Les lacs de Finlande et le golfe d'Arcliangel correspondent aux lacs du Canada et à la baie de Baffin , la NouveUe-Zemble au Groenland; la mer Baltique, à la baie d'IIudson; les Iles d'Angleterre et d'Irlande qui couvrent la première de ces méditerranées, aux Iles de Bonne-Fortune et de Welcome, qui protègent la seconde; la Méditerranée proprement dite , au golfe du i\lexi(|ue , qui est une es^ pèce de meiliterranée Tonnée en partie par des

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