DES CONCERTS
tempête ? Comme elle a opposé dam les bètes féroces le fea des yeux à Tépaisseur des soufdls , les bandes et les marbrares dont elles sont peintes à la oonleor feove de leur peau , et le silence de leurs mooyemens aux rugissemens de leurs voix , elle rassemble de même, dans le ciel et sur les eaux, une multitude d'oppositions heurtées , qui annoncent de concert la destniction. Des nuages sonittres trayersent les airs en formes horribles de dragons. On y Toit jaillir çà et là le feu pâle des éclairs. Le brntt du tonnerre , qu'ils portent dans leurs flancs, retentit comme le nigissement du lion K^leste. L'astre du jour, qui paraît À peine à travers leurs voiles pluvieux et multipliés, laisse échapper de kmgs rayons d'une lumière blafarde. La surface plombée de la mer se creuse et se sillonne de larges écumes blanches. De sourds gémissemens semblent sortir de ses flots. Les noirs écueils blanchissent au loin, et font entendre des bruits affreux, entrecoupés de lugubres silences. La mer , qui les oonvre et les découvre tour à tour, fait apparaître à la lumière du jour leurs fondemens caverneux. Le lumme de Norwège se perche sur la pointe de leurs rochers, et fait entendre ses cris alarmans, semblables à ceux d'un homme qui se noie. L'orfraie marine s'élève au liant des airs , et n'osant s'abandonner à l'impétuosité des vents, elle lutte, en jetant des voix plaintives , contre la tempête qui fiiit ployer ses ailes. La noire procellaria voltige en rasant l'écume des flots , et cherche au fond de leurs mobiles vallées des abiîs contre la fureur des vents. Si ce petit et foible oiseau aperçoit un vaisseau au milieu de la mer , il vient se réfugier le kmg de sa carène; et , pour prix de Facile qu'il lui demande , il lui annonce la tempête avant qu'elle arrive.
La nature proportionne toujours les signes de destruction à la grandeur du danger. Ainsi, par exemple , les signes de tempête du cap de Boone- Eapéranoe surpassent en beaucoup de points ceux de nos cdies. Il s'en fout bien que le célèbre Veniet, qnt nous a oiiert tant de tableaux effrayans de k mer , nous en ait peint toutes ks horreurs. Chaque tempête a son caractère particulier dans cba« que parage : autres sont les tempêtes du cap. de Bonne-Espérance et celles du cap Hom , de la mer Baltique et de la Méditerranée , du banc de Terreffenve et «le la cdte d'Afrique. Elles diffèrent encore suivant les saisons , et même suivant les heures do jour. Celles de l'été ne sont point les mêmci que celles de l'hiver ; et autre est le spectacle d'ime mer irritée, luisante en plein raidi sous les rayons dn soleil, et celui de la même mer éclairée, an ml* Hen de la nuit, d'un seul coup de tonnerre. Mais
Bernardin.
vous reconnaissez dans tontes les oppositions heurtées dont j'ai parlé.
J'ai remarqué ime ebose dans les tempêtes dn cap de Bonne-Espérance qui appuie admirablement tout ce que j'ai avancé jusqu'ici sur les principes de la discorde et de l'harmonie , et qui peut foire naître de profondes réflexions à quelqu'un do plus habile que moi. C'est que la nature accompagne souvent les signes du désordre qui bouleverse ses mers , par des expressions agréables d'har monie qui en redoublent l'horreur. Ainsi, par exemple, dans les deux tempêtes que j'y ai essuyées, je n'y ai point vu le del obscurci par de sombres nuages , ni ces nuages sillonnés par le feti alternatif des éclairs, ni une mer sale et plombée, comme dans les tempêtes de nos climats. Le del . au contraire , y était d'un bleu An , et la mer azurée ; U n'y avait d'autres nuages en l'air que de petites fumées rousses, obscures à leur centre, et édairées sur leurs bords de l'éclat jaune du cuivre poli. Elles partaient d'un seul point de l'horizon, et traversaient le ciel avec la rapidité d'un oiseau. Quand le tonnerre brisa notre grand mât , au milieu de la nuit, il ne roula point , et ne fit d'autre bruit que cdui d'un canon qu'on aurait tiré près de nous. Deux antres coups qui avaient précédé celui-ci n'en avaient pas feit davantage. C'était au mois de juin , c'est-A-dire dans l'hiver du cap de Bonne-Espérance. J'y éprouvai une antre tempête en repassant dans le vaoa de janvier, qui est le milieu de l'été de ce pays-là. Le fond du dd en était bleu «omme dans la pi'emière , et on ne voyait que cinq ou six nuages sur l'horizon; mais chacun d'eux, blanc, noir, eavemeux, et d'une grandeur énonne, ressemblait à une portion des Alpes suapendue en l'air. Cdle-d était bien moms violente que l'autre, avec ses petites fumées rousses. Dans toutes les deux , ia mer était azurée comme le del; et sur les crêtes de ses grands flots, hériasés en jets d'eau , se formaient des arcs-en-ciel très-eolorés. Ces tempêtes, au milieu de la lumière, sont plus affirenses qu'on ne le pent dire. L'ame se trou* Me de voir des signes de calme devenm des signes de tempête; l'azur dans les cieux, et l'arc-en-del sur les flots. Les prindpes de l'harmonie paraissent bonleveraés; b nature semble s^y revêtir d'un caractère perfide , et couvrir la fureur sons les apparences de la bienvdilanee. Ijba écueils de ces parages ont les mêmes contrastes. Jean-Hugues Linschoten , qui vit de près eeux de la Juive , dans le canal M ozamlûque , contre lesquels il pensa périr, dit qu'ils sont hideux à vmr, étant noirs, blanc.% et verts. Ainsi la nature angmente les caractères de la terreur, en y mêlant des expressions agréables.